CHAPITRE lu
DV GHIU8TUSISMB DBS nBMIBRS SIÉGUft BT 0U CHRISTUJIISMB D»A€JOIIBO»HUl/
La religion des Indiens promet dans ce monde des plaisirs; celle des Juifs, des richesses; celle des Turcs, des victoires; la notre nous ordonne des verlui, et elle n*en promet le récompeiue que dene le ciel.
(BsaiTABDZir de Saint-Pierrb« Ëtade lepUème, p. 4dt.) ,
La vie des premiers chrétiens est sans doate le
meilleur commentaire de l'Évangile; si près du maître 9 les disciples n'ont pu se tromper. La doctrine étant entrée dans la société, la société devenait l'ex* pression de la doctrine. Mais les témoignages sont rares à cette époque. Les premiers chrétiens écri* vaient peu, occupés qu'ils étaient à sceller leur foi par le martyre. Apeineqaelqaes lignes, œnvred'nne main inconnue, et que le temps n'a pas plus ménagées que le reste, sont-elles parvenues jusqu'à nous.
2S4 BU CHRISTIA1II8HB d'aIÏTBBFOIS
MonQineniprécieiîx, mais incomplet» d'une religion
alors toute nouvelle, et dont Fauteur fixe lui-même la date en se qualifiant disciple des apôtres.
it Les chrétiens, dit-il, ne sont pas un peuple à » part; ils n'ont point de villes qui leur soient pro- » près. Répandus sur toute la surface de la Grèce, » et jusque chez les barbares, ils observent les » usagesde chaque pays, dansles vêtements, lanourîi riLurcctla vie commune, formantnéanmoînsentre n eux une société régie par des lois admirables, et » une morale à laquelle on n'eût jamais pensé que )» des hommes pussent atteindre. Ils sont sur la terre » comme des hôtes qui ne tout que passer. Ils troo- » vent partout des concitoyens , et partout ils se 1» regardent comme étrangers. Ils se marient ainsi » que les autres hommes , et ils ont des enfants de )» leur mariage; mai s iîsne les sacrifientpas.La table » est commune entre eux , et offerte à tous } mais î» la couche nuptiale est inviolablement respectée* » Revêtus d'un corps de chair , ils ne vivent point » selm la chair. HabitanU du globe, leur patrie n'est )i pas sur le globe ; elle est dans le ciel. Ils obcis- » sent aux lois établies; mais, par la sainteté de leurs 1» mœurs , ils surpassent la sagesse de ces lois. Ils i» aiment tous les hommes, et tous les hommes lespe^ » séctttent : on ne les connaît point, et on lesmé- » prise; ils pratiquent le bien, et on les punit comme n des malfaiteurs; calomniés, condamnés, jetés dam » les arènes, ou sous la main sanglante des bour-
ET SU CHBISmilISHB D'AUJOUaD^HUI. 23IS
1» reaux; opposant toujours Tamoar i rimalte , et
)i lesbénédictioQsaox outrages, ils trouvent la gloire aa sein de Topprobre , et la vie éternelle au mi* >i Heu des supplices : c'est là qu'on les voitseréjouis- » saat comme devant bientôt cesser de vivre pour n devenir immortels. Les Juifs leur font laguerre, » les Grecs les persécutent ; mais ni les uns ni les » autres ne peuvent rendre raison de la haine qu'ils » leur portent ^ » * '
Tableau admirable d'une vie toute consacrée à la verta, et que Fauteur termine par cette noble image : que les chrétiens sont aux peuples parmi lesquels la Providence les envoie, ce que l'âme est au corps qu'elle dirige et qu elle inspire ; car les chrétiens travaillent à éclairer les nations qui les persécutent, commeràmetravailleà conserver^ à purifier le corps qui la retient captive. Ils sont la lumière du monde et la partie sublime de rbumanité*
C'est ainsi que les premiers chrétiens, ceux qui purent entendre la voix des apôtres , comprirent les paroles de Jésus-Christ. Ils jie demandent à la terre que la vie du corps, et toute leur ambition 86 tourne vers le ciel ; ils. obéissent aux lois éta^ blies , et ils surpassent ces lois par la sainteté de leurs mœurs; tous les hommes les persécutent ^ et
(*) VoyezrÉpîtreàDîognète, mal à propos insérée dans ïes Œuvres de saint Justin, SancH JnsHni Opéra, Cramoisy, aG15,p. 482.
236 ou CUaiSTIANISMii. Il' AL ïa£^ OIS
Us aimefil leurs peistoiteors, et Us opposent Um* joursles bénédictious aux oalrages .Tableau sublime de charité et de grandeur ! première page de This-
. toire de notre religion, qui sera probablement aussi la dernière : nous devons revenir au passé, puisque le passé s*est trouvé en avant de nous. Le point de départ et le point d'arrivée se toucheront par le double charme de la simplicité, de la vertu.
Mais quelle roule immense à parcourir, et que la raison est lente à se montrer ! Ce que les hommes
ont ajouté d'horrible et de stupidc à ce tableau primitif ne peut s'expliquer que par les ténèbres qai ont couvert le monde.
Quel abyme il a fallu franchir, quel sophisme il a fiiUu inventer pour découvrir l'inquisition dans rÉvangile !
Malgré tout ce que Jésus a dit sur ridolâtrie des
petites dévotions et des petites pratiques ;
Tout ce qu*U a dit contre l'esprit prêtre et pha*
risien ;
Malgré sa définition de Tamour du prochain , et cette parole divine : Rendre le bien pour le mal; et cette autre parole également divine : Tous les hommes sont frères; et ces enseignements sur la bonté de Dieu , et les premiers mots de l'oraison : Notre père !
L'autorité cpiscopale a substitué les petites pratiques à la morale^ Tadoration des fétiches à Tado-
IT DO CBRinTAinSMB vfkViOVM^BVl. 857
ralioa de Dieu ; le jeûne , le froc et le foael, à la vertu.
Elle s'est incarné Tesprit des docteurs et des pharisiens; elle a menti en face de l'Évangile en faisant un dieu de vengeance, un dieu qui, comme Saturne, dévorait ses enfants*
Jésos-Christ nous élevait jusqu'à Dieu; iious avons fait descendre Dieu jusqu'à nous. Nous lui avons prêté nos passions, nos ambitions, nosvices^ nos crimes. La haine et la colère, ces péchés mortels des bommes, sont devenues les attributs de la Divinité. Dès^Iors, les bûchers s'allument , la dé-* mence humaine prend la place de la sagesse di« vine ; et cette croix , instrument de supplice et de rédemption , au pied de laqueiie nous'ne devions plus voir que le repentir ou la vertu, ne nous apparaît qu'environnée de victimes et de bourreaux.
L'autorité ecclésiastique a des armées ; elle ti^e, elle brûle, damne et maudit.
Reconnaissez-vous la robe du pasteur? (lisait Richard à Philippe-Âuguste en lui envoyant Tarmure de fer d*un évéque fait prisonnier dans le combat. £t moi je vous dirai : Reconnaissez-vous la morale de l'Évangile dans les doctrines de l'intolérance ? les lumières de Jésus-Christ dans les superstitions du moyen âge ? la robe modeste des apôtres dans les haillons du moine et dans la pourpre des cardinaux?
Commentramourdu genre humain s'est-il changé
238 DO CUaiSTIAIlISttK D'i^UIREVOIS , ETC.
en persécution et en damnation? comment ie Dieu qui est venu chercher la brebis égarée, le Dieu qui appelle tous les hommes, est*!! devenu le Dieu des anathèmes et des exclusions? Si ces doctrines sont, l'œuvre de Jésus^Ghrist , il faut les rejeter comme fatales ; si elles sont l'œuvre des hommes , il faut en purifier la foi. Le pis est qu'on reconnaisse l'homme dans la religion : elle ne- doit montrer que Dieu.
Tel sera le travail de la sagesse et du temps. Ce
qui obscurcit la doctrine de l'amour doit disparaître ; ce qui est contraire aux principes de la bienveillance universelle doit être retranché. Il faol que tous les voiles tombent, et que le Christ se révèle, non comme au sommet de la montagne , où sa lumière éblouit ses disciples ; dix-huit siècles de fanatisme et quinze.ans de liberté ont préparé nos faibles yeux à cette transfiguration nouvelle, où la noble figure de Jésus-Christ s'élèvera pure et majestueuse sur les débris des superstitions humaines.