‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 2)Chapitre 53 sur 84 · DES SOUIU)S-MUETS. CONCLUSION. 65 I · texte numérisé non relu

DES SOUIU)S-MUETS. CONCLUSION. 65 I

Il est un premier ordre de voeux que nous adresserions à l'administration publique ; nous lui diriors : « Les gouvernemens ont reconnu les droits « sacrés que l'indigence, la souffrance physique, « ont à leur sollicitude; ils se sont fait un devoir « de prendre les mesures générales et prévoyantes, « nécessaires pour leur assurer les souîagemens et « les secours. Eh bien ! voici une autre indigence « qui réclame une assistance non moins indispen- « sable , avec des droits plus sacrés encore ! Vous « donnez aux enfans abandonnés une couche et une « nourrice. Voici des enfans qui invoquent leur ad- « mission aux premières prérogatives de l'huma- « nité , qui sollicitent le premier de tous les biens , « les alimens de la vie sociale, morale, religieuse! « Leur abandon vous accuserait , non pas seulece ment aux yeux de la société , mais aux yeux de « Dieu même. Aussi long-temps que vous n'aurez « pas employé tous les moyens qui sont en votre « pouvoir, pour tendre à chaque sourd-muet une « main secourable , en lui ouvrant à sa portée une « source d'instruction, votre dette ne sera point « accomplie. Prenez exemple des sages et bienfai- « santés dispensations adoptées dans le royaume « de Wurtemberg : il s'agit moins de tout créer « par vous-même , que de provoquer, de seconder, « d'encourager, de régulariser. » (i)

(i) Voyez la note Q, à la fin de l'ouvrage.

Nous nous adresserions ensuite à cette portion éclairée du public qui est capable d'apprécier l'importance du bienfait , de connaître l'esprit et le but de l'art destiné à instruire les sourds-muets , et particulièrement aux hommes qui, par leurs études en philosophie , en grammaire , sont naturellement placés pour juger les méthodes dont cet art se compose ; nous leur dirions : « Ne vous bor- « nez pas à venir quelquefois satisfaire une frivole « curiosité , en assistant à des exercices publics « dont les apparences peuvent être trompeuses, « qui ne donnent du moins qu'une id^e vague et « superficielle de l'art ! Cet art mérite toute votre « attention, par ses conditions, ses procédés; comme « il mérite, par son but, votre plus vif intérêt; il « se lie peut-être étroitement à vos études ; il peut « vous fournir sur les facultés humaines , sur la « langue , des lumières inattendues. Il peut à son « tour recevoir de vous de précieux secours ; il les « sollicite. Soutenez les instituteurs qui le cultive vent, de votre estime, qui leur est si bien acquise, « de vos encouragemens , de vos conseils, et au « besoin de ces bienveillantes critiques qui sont « aussi des conseils! »

Nous nous adresserions aux administrateurs, aux directeurs des divers instituts de sourds-muets qui existent dans les différentes régions du monde civilisé, et nous leur dirions : « Les établissemens e< auxquels vous présidez, sont restés jusqu'à ce jour

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« ti'op étrangers les uns aux autres; ils demandent « à être unis par les nœuds d'une étroite alliance. « Organisez entre vous une correspondance géné- « raie , périodique et régulière; mettez en commun « votre expérience; fournissez les élémens néces- « saires à une suite de comparaisons méthodiques; « communiquez-vous les uns aux autres vos obser- « vations et vos doutes! » Nous oserions ajouter : « La France, par sa situation, semble être appelée à « devenir le centre de cette confédération toute « bienfaisante ; nous vous offrons de donner tous « nos soins à la former, à l'entretenir, à la rendre « fructueuse » (i). Nous désirerions aussi que chacun des principaux instituts publiât chaque année un résumé succinct de ses opérations, à l'exemple de ceux de l'Angleterre et des Etats-Unis. Leur collection formerait certainement l'ensemble de documens le plus utile aux progrès de l'art. (2)

Nous nous adresserions à ceux que leur zèle et leurs lumières appellent à prendre rang parmi les écrivains qui servent cette belle cause; car, ainsi que nous venons de le dire , ce n'est pas aux seuls instituteurs de sourds-muets que cette mission

(1) S. Exe. M. le baron de Damas, avec la bienveillance dont il nous a déjà donné tant de preuves, nous a offert lui-même l'intervention du département des affaires étrangères , pour servir de canal à ces communications.

(2) Voyez la note R , à la fin de l'ouvrage.

appartient ; il est nécessaire qu'elle ait aussi pour coopérateurs, des savans étrangers à la pratique de l'art , mais exercés dans les théories qui s'y appliquent. Nous leur rappellerions les divers travaux qui restent encore à exécuter pour conduire l'art à sa perfection. Nous demanderions aux philosophes, de bonnes méthodes inductives, de bons modèles d'arbres généalogiques , propres à mettre en lumière l'enchaînement logique des idées. Nous inviterions les grammairiens à compléter les modèles d'exercices pratiques, pour l'enseignement de la grammaire , à l'aide d'inductions tirées des exemples. Nous solliciterions des tableaux synoptiques de nomenclature , des sujets de lecture gradués , à la portée des sourds-muets. Nous solliciterions aussi des recueils d'estampes bien entendus. Nous réclamerions spécialement, de ceux qui pratiquent les sourds-muets , un vocabulaire où soit consigné la description des signes mimiques , tels que les sourds-muets les inventent, et avec les réformes qu'ils subissent. Nous exprimerions le désir de voir rédiger deux instructions, adressées aux familles qui renferment des sourds-muets : l'une , pour leur indiquer les moyens de préparer convenablement les enfans sourds-muets à l'éducation qui leur est destinée dans les instituts; l'autre, pour leur tracer les moyens de conserver et de multiplier les fruits que cette éducation aura produits, lorsque ces enfans auront quitté les instituts pu-

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blics. Nous appellerions surtout de tous nos vœux la création d'un manuel, où l'art, réduit à sa plus extrême simplicité, serait mis, autant qu'il est possible, à la portée des païens et des instituteurs ordinaires.

Enfin, nous nous adresserions encore une fois aux instituteurs , aux institutrices de sourds-muets , avec un profond sentiment de reconnaissance et d'estime, et nous leur dirions : « Vous avez vu « combien nous portons haut la noblesse de vos « fonctions , quel caractère sacré nous leur avons « imprimé aux yeux du public; c'est à vous de « soutenir ce que nous en avons dit, de répondre « à notre attente ! Ne vous engagez point dans cette « honorable carrière, sans vous y être disposés par « un noviciat convenable , sans avoir fait des étu- « des sérieuses , sans vous être bien consultés sur « vos forces, sans vous sentir capables de tout le « dévoûment qui est exigé de vous 11 ne vous suf- « fit pas d'avoir étudié la grammaire; vous n'êtes pas « seulement des maîtres de signes, des professeurs « de langue; vous êtes des démonstrateurs d'idées, « des introducteurs aux connaissances, des guides « pour l'intelligence : vous devez donc avoir étudié « avec soin la nature et les opérations de l'esprit « humain. Votre mission est plus haute encore et a plus étendue; vous êtes, près de vos élèves, les « missionnaires de la civilisation , les messagers de « la société humaine, les ministres de la morale, les

« précurseurs de la religion. C'est l'âme tout en- <t tière de vos élèves qui vous est remise en dépôt , « pour la mettre en jouissance de toutes ses facul- « tés, pour la conduire à sa noble destination. Vous « auriez peu fait encore si vous vous étiez bornés « à enseigner : vivez au milieu de vos élèves , parce courez avec eux et la scène du monde et le grand « théâtre de la nature , les exerçant à bien voir , à « comparer, à réfléchir, à se rendre compte de « tout ce qu'ils ont observé , éprouvé ! Obtenez « leur confiance , leurs affections ; sachez pour cela « et la provoquer et la mériter par votre tendre et « active bienveillance , par votre infatigable part tience, par votre constante sérénité! agissez surce tout par l'influence de votre caractère et l'auto- « rite de vos exemples ! Nous admirons justement ce le beau zèle de ces missionnaires de la bonne « nouvelle , qui portent dans un autre hémisphère, ce au milieu des peuplades sauvages , dans des îles ce inconnues , les bienfaisantes lumières de cette ce religion qui est, en quelque sorte, la civilisation ce elle-même , dans ses plus hauts attributs et ses ce plus sublimes garanties: eh bien ! le ministère que ce vous êtes appelés à remplir a quelque chose de ce semblable , vous , aux soins de qui les sourdsce muets sont remis ; que vous êtes appelés à remcc plir au milieu de nous, et sur une échelle encore ce plus étendue, puisque vous avez à guérir une « ignorance bien plus profonde encore : la gran-

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