‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 15 sur 41 · I 4 1>1B L ÉDUCATION · texte numérisé non relu

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une nouvelle méthode qui aurait pour objet de supprimer entièrement l'emploi du langage à» signes. Il voudrait restreindre exclusivement les instrumens employés pour l'instruction du aounimuet, à l'art de lui faire lire sur les lèvres de ceux qui parlent, et à lui faire imiter la pronoo<ciation. Mais le moyen qu'il propose, contraire en lui-même aux indications de la nature, et qui priverait l'instituteur de son premier m^en d'action , est directement contraire aussi au but même qu'il a prétendu atteindre.

Il nous resterait à passer en revue une dernière classe d'écrivains , celle des auteurs qui , en Allemagne , ont publié soit des modèles d'exercices , soit des sujets de lecture, soit des instruotioiis, spécialement destinés aux sourds - muets. Si nous ne pouvons, sans trop nous écarter de notre plan , nous y arrêter avec détail , nous ne saurions du moins assez applaudir à la louable émulation qui a donné le jour à ce grand nombre de productions, au zèle qui les a inspirées, au but vers lequel elles sont dirigées. En écrivant pour une classe particulière d'infortunés trop oubliés, ces auteurs n'ont pu espérer ni le suffrage, ni même l'attention du public; mais les amis de l'huma* nité leur tiennent compte de leurs efforts. Ici encore Heinicke a donné l'exemple (i), et cet

( I ) Neues A. B, C. , etc. , neffst eincr anweissung de:»

B£S SOUfiOS-MUETS. — * PART. II , GHAP. Xin. 1 1 5

euB^fe a été suivi par ses disciples. A leur tèle, QQni trouvons celui qui a été son successeur, IL Petsefake (i). Les modèles d'exercices {%) publiés par ce dernier, spécialement destinés aux élèvM de ^institut des sourds-muets de Leipsick ^ et qu'il jugeait propres à être employés avec friiit dans Véducation ordinaire, sont en partie empruntés à Thirase (3). Us sont gradués sur tine échelle progressive, en partant des idées sensibles les plus familières, pour s'^ever jusqu'aux no^ tîons morales et religieuses , et en commençant par la proposition la plus simple, pour arriver à de petites périodes. Chaque exercice est composé d'un petit nombre de phrases détachées qui ont pour objet, soit de présenter une même idée sous ses dififérentes faces, soit de faire le dénombrement des différentes parties d'un même tout, et d'une de questions qui correspondent à ces mêmes

tesen, etc. Leipsig, 1820. = Biblische Gœschichte^ etc» Hamboiu;^, 1776.

(i) If. Pctsdiie a été enlevé lai^méme, il y a peu de temps, à ITnstittit de Leipsîg, dans la direction duquel il asilsrah madame la Teure âeinicke.

(2) Erste anfangsgrunde der Menschlichen f^issens , etc. Leipug, 1800.= Lesebuchfùr Taub-Stumme, ftid., 1800. = Ardeiiung in Kurger-Zeît lesen zu Unten, etc. Ibîd., 1799, i8an.

(3) Ente Nahrung fur fien gtsunden menschen vrrstaml.

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phrases , et qui ont pour but de faire répéter à rélève ce qui vient de lui être enseigné. L'homme, ses alimens, ses vétemens, son habitation, les métiers qui se rapportent à ces trois ordres de besoins, l'école, les jeux de l'enfant, forment la première portion de ces tableaux : viennent ensuite les animaux et leurs diverses espèces, depuis les quadrupèdes jusqu'aux insectes et aux vers ; puis les plantes; puis la terre, l'air, le ciel et leurs principaux phénomènes ; puis le temps et ses divisions. Alors l'élève arrive à la société humaine, aux groupes qui la forment, aux diverses conditions qui y sont comprises, aux rapports de ses membres , aux fonctions qui y sont exercées. Enfin, les sens de l'homme, son âme, la Divinité, sont l'objet des trois dernières divisions. On peut critiquer dans ce plan plusieurs in^gularités : on peut lui reprocher, par exemple , d'attendre à la fin de l'instruction , pour exposer les fonctions des sens de l'homme , lorsqu'on a débuté par décrire les parties de son corps, et lorsque les fonctions des sens sont aussi communes aux animaux. On peut lui reprocher encore de vouloir expliquer les rapports qui unissent les hommes en société , avant d'avoir appelé l'attention de l'élève sur Tâme et ses facultés, lorsque cependant nos rapports sociaux dérivent de nos facultés morales; de prétendre expliquer ce qu'il y a de bien et de mal dans les actions humaines, ce qui mérite d'être

récompeosé OU puni (i), avant d'avoir enseigné ce que c'est que la raison, la liberté, les passions, le. vice et la vertu (2). Nous lui reprocherions encore de donner la notion du vice avant ^le de. la vertu, et, par conséquent, de présenter la violation de l'ordre, avant d'avoir fait connaître Pordre lui-même, si cette grave erreur, qui entraîne aussi de fôcheuses conséquences dans la pratique , ne lui était malheureusement commune avec la plupart des instituteurs. Mais nous loue^ rons la simplicité, la clarté, l'exactitude qui cai'aetérisent généralement ces thème», et la méthode qui règne dans les détails. Le digne émule de M. Petschke , le professeur Ëschke , a fait un semblable présent aux élèves de Hnstitut de Berlin , confiés à ses soins (3) , et a composé de petits récits à leur usage; MM. Sttuve (4), Hensen (5),

(1) BelemchtMHg eines cuifsatzes ^ etc, sect. 21, $. 85^ 86, page 100.

(a) Beleuchtung eines aufsatzesy etc, sect. 23, §. 96, 97,

(3) Enahlhngen fur TauthStummc^i Lesebuch fur Taub-

Siumme. Berlin , 1 796 , 1 799. ( Une 2« édition de cet ouvrage a été publiée en i8o5.) = A. B. C. Bach fur Taub^tumme. Berlin, i8o3. Ce dernier ouvrage a eu trois nouvelles éditions en i8o5, 1806, 181 1.

(4) Kurzer unUrrichtfûr Taube unil Taub-Stumme. Leipsig, 1804.

(5) Unterrichtcur$us fur Taub^Stummc. Schleswig, 1819.

Il8 «DE L EDUCATION

Hauer (i), i^ May (2), se sont exercés dans le même genre de productions. L'abbé Storck, MM. Berger et Ërnsdorffer ont publié des programmes d'exercices. L'instruction morale et re* ligieuse des sourds -muets a inspiré en puticn^ lier une juste sollicitude à MM. d'Ernsdorffer (3), Czech (4) y KjioU (5) et Schmahling (6). Les écrits des trois premiers auteurs sont spédalement destinés aux élèves catholiques. M. d'Ernsdorf* fer a embrassé tout l'ensemble de l'enseignement religieux, pour les élèves de l'Institut de Freysing; M. Czech a voulu rappeler aux élèves formés à l'Institut de Vienne les leçons qu'ils y ont reçues, et les entretenir, lorsqu'ils sont de retour chez leurs parens, dans les bonnes dispositions qu'ils y rapportent ; M. Knoll a cru devoir appuyer l'exposition des idées religieuses sur

(1) £lementar unterricht fur Taub^Stummen Kinder, Quedlinb et Leipsig ,1891.

(!i) Erste Kentnisse fur Taub^Stumme. Cet ouvrage « eu deux éditions. Fienne , 1798, 181 3.

(3) Fblstandiger unterricht in der christichen MstCf eic», Landshuty 1821.

(4) Kurz gefasster religions^lesebuch , eic. Vienne , 18a i.

(5) KcutoUsche normal schule fur TaubStumme. Aligibourgy 1788. Cet ouvrage a paru aussi en latin; Tapologte publiée en 1790 est précédée d'une Pré£ice de Heinicke»

(6) Eine lehrart Taub-Stummen in der christlichen reiigion zu unterrichten. Halle , 1 80a.

niS J-OllRl>S-MDtTS. PART. II, CH\P. Xlil, Ut)

une suite de gravures, pour les rendre plus seQ-> àbles à ses élèves.

Il est encore deux branches de travaux que les écrivains allemands ont cultivées avec leur zèle accoutumé , et qui offrent un intérêt assez marqué à l'instituteur des sourds-muets. La première est relative k une sorte d'enseignement figuratif donné à l'aide des dessins et des ^avures; la seconde a pour objet l'art de U pantomime et les recherches qui s'y rattachent.

La célébrité qu'acquit VOrbis pictus , d'Amos Comenius ( i) , le succès général qu'il obtint dans renseignement, lui attira, dés le dix-seplitme siècle, de nombreux imitateurs. Un siècle après,

(i) Ce aingulier ouvrage, publié pour la première Tois en i6S6, m Nuremberg, avec de mauvaise i grivure* »ur boit, a ra une foule d'éditions, et a été traduit en onae lan^ei différente».

Indépendamment de »a Janua linguaram retcrala , et de sa Magna didactiax, qui renferment beaucoup de vues sur l'éducation , Comftiiiis publia aussi , sous le titre de Schola materna gremii , on oUTroge qui eût mérité d'être plus connu , cl surtoat d'éice mis en piltiqtte. Il s'y propose d'indiquer ans mét«* oonunenl elles doivent élever elles-mêmes leurs enCiDt , depsis le berceau jnstjn'à l'&ge do lis ans.

Les MTMsmes que Bayle a jugé à prapoa de diriger contre Amos Comenius, ne sauraient affaiblir la reconnaissance qui Ini CM doe pour avoir tenté le prointcr de lubtlituer dans l'CBscigneiMnt la lumière de l'inluitlon aux routines du

pfdantisme.

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\Bazed0W9 daas sa généreuse tentative pour réformer les méthodes d'enseignement, s'emparant des vues d'Amos Comenius , les reproduisit avec un nouveau caractère et avec les développemens demandés par les progrès qu'avaient obtenus les connaissances humaines (i). Le Philantropinum de Dessau fiit le théâtre de l'application de ces nouvelles méthodes. De l'école de Bazedow sortirent de nombreux instituteurs ou écrivains , pénétrés de ses intentions , émules de son zèle , et continuateurs de ses travaux. M. Wolke, dont nous venons de rappeler les services pour l'instruction des sourds -muets, donna sa Méthode naturelle d'Instruction ; Crapp, auteur d'un traité estimé sur V Education, a joint des explications aux gravures de Bazedovsr ; Bienrod a appliqué ce moyen aux premières notions offertes à l'enfance ; Lohr, dans un ouvrage cité comme le modèle du genre, l'a employé pour commencer, chez les enfans qui ne savent point encore lire , la culture de l'intelligence et des facultés du cœur (a) ;

' (i) Fojrez son Eiemeniar weick, toL 3, avec 100 gravures. l^ipsig» 1774 et 1785. Cet ouvrage a été traduit en firançab sous le titre de Mcuiuel élémentaire d'Éducation , en 4 yol. 1774.1= Voyez aussi son Methodenbuchfùr voter und Mutter, Leipsig, 1773.

(a) Erstelehren und Bilder. Leipsig, x8o5. = Erweckmgen fur dos herz der Kinder. 1 806. = fVeinachu ^ihend in der familier Thalberg, i8o5 , etc. , etc.

trop à l'étude le caractère d'un amusement puéril; qu'il n'affaiblisse la raison , alors qu'il s'agit de la fortifier; on peut en redouter l'exagération, les abus. Mais, de même qu'un emploi sobre et blan entendu du procédé figuratif, peut &ire servir las premiers jeux de l'enfance à préparer les voiei à l'instruction , écarter quelques uns des obstadcs qu'offre l'étude à son début; il peut être appdé avec une convenance toute particulière, dans le Plan d^ Éducation des Sourds^Muets, encore do* minés par les impressions sensibles, (i)

Nous ne saurions le dissimuler cependant : tous ces procédés figuratifs sont encore empreints d'une grande imperfection ; ils manquent généralement

(i) On peut citer encore, comme pouvant servir d'exemples en ce genre , les recueils suivans :

Schauplatz der natur und fier Kunste , en quatre langues. Vienne, 1774»

Neue Bilderbuche /iir Kinder, avec le texte en allemand , en français , en anglais , en italien.

Neue BUdergallerie fur sohne und tochter, aus dem Reick der Natur, Kunst, und Zitten. Berlin, 1804.

On consultera avec fruit, sur le mérite de ces diffiêrens ouvrages , l'excellent traité de Niemeyer, que nous nous plaisons souvent à citer : Grundsatze der erzickung, etc., 7* édition , tome II , 4* beilage, $. 9, pages 44 S ^^ ^^^- » ^ iVttimable bibliothèque de Gutsmutlis. = BiblioteA der zeittckrist fùrpœdagogik , erziehung und schulwesen. Gotlia et Leip&igy 1800, 1807, ( Fojrez Tannée 1801, vol. II , Z'^ section. )

de méthode; leurs auteurs ont trop peu étudié les opérations de l'esprit humain ; les instituteurs de sourds - muets en Allemagne se plaignent euxmêmes de ne point posséder encore un choix de gravures fait avec intelligence , dont ils puissent £aire dans leur enseignement un usage véritable^ ment utile, (i)

Le langage mimique a été étudié par Engel {'2), SeckendorfF (3), Gurjber (4), Lowe (5) , Solbrig(6), en le considérant spécialement sous le rapport de la déclamation; par Klodius^ dans ses relations avec les beaux -arts (7); mais il a été étudié par Veinberger dans ses rapports directs avec le système des signes méthodiques employés dans l'in-

(1) Foyez M. Neumann , Die Taub^Stummen-anstah zu Paris , etc, , note de la page 1 2.

(2) Ideenzu einer mimik, Berlin, 1785, 1804.

(3) P^orlesungen ûber déclamation und mimik, Bnmswick ,

(4) Brief an Kotzebue Uber Ifflands mimik. Vienne, 1801 .

(5) Kurz gefasste Grundsàtze von dcr Beredsamheit der leihes, Hambourg, 1755.

(6) Die Kunst der Rednerischen und theater, etc, déclamation» Berlin, 1819. (C'est un extrait de l'ouvrage anglais d'Austin. )

(7) Grundritz der Korperliche Beredsamheit y etc. Hambourg, 1792.

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