‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 17 sur 41 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Travaux récens en Suisse. — MM. Ulrich^ Naéf;

Institut bernois.

L'art destiné à réhabiliter les sourds-muets de naissance fut transporté aux pieds des Alpes , par MM. Keller et Ulrich. Les premiers , ces deux instituteurs donnèrent à la Suisse un établissement dont elle était digne , un exemple qui a été imité avec empressement. Keller, pasteur de Schlieren, dans le canton de Zurich , avait consacré ses loisirs à l'éducation de deux jeunes sourds-muets. Il avait soumis ses vues à l'abbé de l'Épée , par le canal d'Hottingue , et avait reçu l'approbation 'entière de ce célèbre instituteur. Bientôt il forma et entretint avec celui-ci une correspondance suivie, le consultant dans toutes les difficultés qu'il rencon* trait. Keller, cependant, loin d'être un imitateur aveugle, se dirigeait aussi par des vues qui lui étaient propres ; il emprunta en modifiant. Témoin des travaux de ce respectable pasteur, M. Ulridi fut admis à les partager, et se dévoua sans réserve à cette honorable mission; il entra en correspondance avec l'abbé de l'Épée, se rendit à Paris auprès de lui, passa un an à ses côtés, mérita son estime,

chaient à réunir la simplicité avec l'enchaineni^t dans leur enseignement , et l'un de ces deux carac" tères était la conséquence de l'autre. Aux yeux de M.- Ulrich les deux systèmes de la parole artificielle et des signes mimiques offrent, chacun, des avantages dont l'instituteur doit tirer parti, et c'est de leur association qu'il peut se promettre les plus grands avantages, (i)

Comme M. Ulrich s'était formé auprès du pasteur Relier, M. Naëf s'est formé à son tour sous les yeux et sous la direction de M. Ulridi. Gomme son digne maître aussi , il s'est approprié la méthode dont il a hérité ; il y a apporté des modifications importantes. Ayant placé son institut à Yverdun , dans la même ville où s'exécutaient les travaux du célèbre Pestalozzi , M. Naëf a été à

(i) Loin d'être le partisan exclusif d'une nétkode particulière, M. Ulrich considère avec raison ces préférences trop souvent excitées on nourries par l'amour-propre des instituteurs , comme un obstacle aux progrès de l'art et à la propa* gation de ses bienfaits. Il blâme les disputes qui se sont élevées sur ce sujet. Son expérience lui a appris que chaque procédé , employé à propos dans les limites qui lui conviennent, et par un homme de talent, a son utilité. Telle est l'opinion que ce respectable instituteur, aujourd'hui magistrat et membre du Tribunal suprême du canton de Zurich , exprime dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire dernièrement , à l'occasion de ses travaux , dont il ne parle lui-même qu'avec une extrême modestie.

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être séparé de Téducation ; il attend de celle-ci les plus précieuses influences.

« difFërens organes par lesquels ils lai parviennent. Ce n];»- « port raisonné , dans lequel l'indirida se trouTe placé avec « toutes ses impressions, soit intérieures, soit extérieures, « amène infailliblement le développement de Tesprit , qui a «c dès-lors , sur les lois primitives de toute existence , des noce tions aussi immédiates que l'étaient d'abord les impressions «t des sens. Dès-lors , aussi , la méthode intuitive se détache « de ce qui a rapport aux sens ; elle s'adresse inmédîjttement « à l'esprit ; comme auparavant elle a su mettre de Tordre « dans ses sensations, elle règle maintenast les idées » en « prenant pour guide la distinction des facultés intellectueUes a et morales, dont l'activité concurrente a produit la variété, n et avec elle la confusion des idées.

« La méthode intuitive n*est donc que l'analyse des opért> •c tions de la nature. Elle donne par degrés à l'individu une « vue claire et distincte de ce qui se passe en lot; en on laot, « de toutes ses connaissances , et par là même elle lui donne « la facilité de les étendre pendant tout le court de son exis- « tence. »

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que la mé^ thode intuitive est ici définie d'après les vues propres à Ptetalozzi , et telle qu'elle a servi de base à son système. ,

Ces passages sont extraits, en partie, d*un avis publié à Tverdon, par M. Naéf, en allemand et en français (mars T8r5}; en partie d*un Mémoire manuscrit qui nous est parvenu par les soins obligeans de S. E. M. le baron de Damas , mlhistre secrétaire d'État au département des affaires étrangères ; en partie aussi d'explications que M. Naéf a bien voulu in'adresser, avec une obligeance dont je m'empresse de lui témoigner ici tonte ma gratitude.

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mentale que M. Naëf s'est prescrite dans renseignement ; elle lui parait même être la seule pessible. (c Elle est fort différente sans doute de TuBage <c suivi dans l'éducation ordinaire, où les exprès- « sions sont d'abord offertes aux élèves, sauf à lui ce faire ensuite acquérir les idées ; et de là les préce ventions répandues contre la capacité* du sourdce muet pour le^ notions abstraites, parce qu'on ce ne peut, à son égard, se faire, en rinstruisant ce par les mêmes moyens, les mêmes illusions qu'on ce se fait à l'égard des autres enfans que l'on supce pose pourvus de ces notions, parce qu'ils en proa noncent les termes.

ce L'esprit est conduit par sa propre nature à géec néraliser ce qu'il a vu dans un cas individuel; ce mais , en généralisant, il est souvent induit en ce erreur. La vie et l'instruction doivent donc être ce assez riches pour lui fournir des termes de comce paraison qui surent pour circonscrire exactece ment les notions qu'il s'institue.

« I^a valeur des formes de la langue et des lois « de la syntaxe ne peut être expliquée au sourdce muet, qu'autant qu'il a perçu lui-même les rap- « ports dont ces formes sont l'expression.

« C'est la nature elle-même qui invite Tinstitucc teur des sourds-muets à s'emparer de ce langage (t mimique et physionomique, dont elle a si abonce damment pourvu ces infortunés, et qu'elle les a a rendus si habiles à exécuter ; l'instituteur les

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C'est sur la langue écrite que M. Naëf Eût re^ poser essentiellement l'enseignement des sourdsmuets; il en fait une sorte d'exercice pour la réflexion , en les accoutumant à se rendre compte par écrit de l'expérience qu'ils acquièrent. Les occupations de ses élèves, leurs jeux, leurs délissemens, les événemensqui se passent autour d'eux, les scènes qui s'offrent à eux dans leurs promeliades, sont autant d'occasions qu'il met k profit

Il a eu l'idée ingénieuse de faire tenir par chacun d'eux un journal où ils consignent ces observations, ces souvenirs, qu'ils se communiquent les uns aux autres, et qui est ensuite corrigé par l'instituteur. 11 les exerce aussi de très bonne faeore à la lecture , en mettant sous leurs yeux des contes et des fables à leur portée. Quand ils ont appris à connaître la valeur des formes de la langue, il leur fait dresser par eux-mêmes, et d'après l'analogie , des tableaux de déclinaisons et de conjugaisons.

En conservant ainsi son rang à l'écriture et à la lecture , en tirant le plus grand parti du langage mimique , M. Naéf estime cependant que l'enseignement 4e la parole artificielle est d'une extrême importance; il ne s'en dissimule pas les lenteurs et les difficultés , surtout pour une réunion nombreuse d'élèves, surtout encore pour les sourdsmuets qui ont déjà passé le premier âge. Indépendamment de l'avantage qu'obtient le sourd*muet

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modèles, exécute même des figures de son invention; mais en procédant des formes les plus simples aux plus composées, et en se soumettant, pour les dessiner, à certaines conditions données, rdatives aux lignes , aux angles, etc. A ces exercices se rattache un cours pratique de perspective. Le calcul et la géométrie élémentaires sont montrés d'après la méthode intuitive de Pestalozzi.

M. Naëf a remarqué que la géographie intéresse beaucoup ses élèves; ils s'y appliquent d'eux-mêmes pendant leurs heures de loisir. Il a soin d'accroitre encore cet intérêt , en associant l'histoire à la connaissance des lieux qui lui servent de théâtre. Il a remarqué encore, et c'est une observation que nous recueillons avec une douceur singulière, avec un empressement mêlé de joie, chaque fois qu'elle s'offre à nous; il a remarqué que le sourdmuet embrasse avec une grande ardeur les idées religieuses, dès qu'elles lui sont offertes; qu'il aime à s'en pénétrer, qu'il y puise une abondante consolation.

La gymnastique est le principal exercice corporel que M. Naëf admette pour ses élèves; il en a recueilli beaucoup d'utilité; mais il s'est fortement prononcé contre l'introduction de toute espèce d'apprentissage de métiers industriels dans un institut de sourds-muets. Il est convaincu que par (le semblables travaux mécaniques, on contrarie le drvcloppement harmonieux des facultés intcUeo

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elles soient susceptibles, et par là ils se sont trouvés naturellement conduits à rendre ces méthodes accessibles aux instituteurs ordinaires; de sorte que l'emploi pourrait par la suite en être répandu dans les écoles ordinaires ; qu'ainsi tous les sourds -muets seraient à portée des moyens d'instruction (i), et que l'institut spécial formé pour eux ne serait plus destiné qu'à être un établissement normal. En lisant les judicieux rapports publiés par ces administrateurs (2) , ou est frappé de la parfaite analogie de leurs vues avec celles qu'a exposées M. le pasteur Daniel (3). I^^es méditations théoriques de cet estimable auteur se sont rencontrées avec les directions pratiques adoptées dans l'Institut bernois, et servent de con* firmation réciproque. (4)

(1) Od compte eaTiroa 1,000 soords-mueU dans le canton de Berne.

(2) Bericht ûher Taub-Stummen ansialt bey Bem. Berne, i8!i3, i8a4.

(3) Voyez rouvrage dont nons avons donné Tanalyse au Chapitre précédent.

(4) M. ie pasteur Daniel et fllM. les adminUtnteurs de rinstitut près de Berne, ont, chaqion de leur côté, reconnu cet heureux accord. M. Neumann {^IHe TaubStummen atukUi zu Paris, page i3, dans la note) conteste cependant cette analogie. Mais le témoignage des administrateurs de ITnstitut bernois est positif. <t Nous avons eu la joie de décou- • vrir, disent-ils {Zweiter bericht, etc. Berne, 1824, pag. 4 <i et 5 ) , que M. le professeur Daniel , dans son ouvrage sur

DBS SODBDS-MOITS. fART. II, CHAP. XIT. iSq

Oo avait d'abord conçu l'idée d'employer, dans l'Institut bernois, le langage des signes, avec le développement artificiel et systém» tique qu'il a reçu dans rétablissement de Paris et dans uu grand nombre d'autres ; mais on » été bientôt contraint d'y renoncer, pour se renfermer dans les limites qui étaient imposées parles circonstances, et pour atteindre à cette simplicité de ressorts qu'on se proposait d'obtenir. On a jugé d'ailleurs que ce langage était trop difficile pour devenir oii insirument à l'usage des maîtres d'école ordinaires, et qu'il serait à peu près inutile aux élèves eux-mêmes, après leur sortie de l'établissement, pour leur communication avec les autres hommes. On n'a eu garde d'ailleurs d'abandonner les signes mimiques de la création du sourd-muet; on s'en est emparé , au contraire, comme du premier anneau de communication entre le maître et les élèves; mais c'est à ces signes indispensables^ comme moyen de préparation à l'étude de la langue, qu'on a restreint le secours de la pantomime, (i)

> riftlnciioii de» tourd* -/nueli <t de* aveugles , a été t cODdnïl , indcpendsinment de nom , aux mêmes vues que

• DOiu tar 1« inéthotle (jne nous suiïon», comme il le re-

• marque lai-ménie dam ton écrit; et nous sommet entrés à

• ce tnjet «n correspondance avec lui. >

II) Dan* le rapport des administrateurs, on compare les ûgitcs numiqnes à une béqnille , qu'il font rejeter le plus tùt possible , dès qne le conTalctccnt est en Ma> de marcher.

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On n'attache point non plus , dans l'Institut bernois, à Tarticulation artificielle, le même degré d'importance que dans quelques autres établissémens étrangers. Cet art a paru exiger trop de temps , présenter trop d^ difficultés , pour pouvoir être d'un emploi général, et d'ailleurs, on a remarqué que les résultats qu'il produit compensent rarement les peines qu'il coûte. On ne néglige cependant point d'exercer les élèves à lire sur les lèvres de ceux qui parlent, et à imiter la prononciation, mais sans en faire un but essentiel dans leur instruction. Ces exercices ont donné lieu , dans l'Institut bernois, à une remarque d'un grand intérêt, qui n'avait point encore été faite. Cet institut renferme, comme tous les autres, avec quelques enfans absolument sourds, d'autres qui ne sont atteints que d'une surdité plus ou moins incomplète. Tandis que, dans la plupart des instituts, ceux-ci achèvent de devenir entièrement sourds , dans l'Institut bernois, ils retrouvent, au contraire, graduellement , une faculté d'audition plus ou moins marquée, par le soin qu'on prend à leur faire prêter attention aux*sons. (i) •

Ce sont donc les caractères de l'écriture que l'on considère et que l'on emploie dans l'Institut bernois, comme l'instrument essentiel pour l'enseignement de la langue , parce que c'est celui

(i) Bericht , etc, i823, pages la et i3.

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positions; on évite de se traîner avec lui sur une nomenclature dépourvue d'intérêt et de sens. On ne s'attache point d'abord aux mots isolés, aux déclinaisons, aux conjugaisons, aux formes diverses que reçoivent les mots dans le discours; mais on fait d'abord débuter l'enseignement syntaxique avec l'emploi du premier adjectif, et la construction des phrases avance toujours parallèlement* avec l'expression des idées sim}>Ies. De cette manière, on se trouve promptement dégagé des signes mimiques , comme moyehs de définition. Alors aussi on peut provoquer sans cesse des jugemens nouveaux. Les questions sont proposées ; elles sont échangées entre l'élève et le maître; Tintelligenee , aux facultés actives desquelles on fait ainsi un constant appel , s'éveille plus vivement, et prend un rapide essor, (r)

C'est ensuite de la syntaxe , ainsi enseignée par l'usage, qu'on fait dériver les formes grammaticales.

On considère, avec raison, dans l'Institut bernois , le calcul comme une des parties essentielles de l'instruction des sourds -muets; mais on y a adopté, pour principe, de faire précéder les opérations sur les chiffres, par le calcul de tête : afin de diminuer pour l'élève les premières difficultés de la niunération , on fait usage de fiches de différentes

(i) Bericht, etc. i8a3, pages i5 et i6.

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et X ordre complètent le régime moral (i). Les châtimens corporels en sont bannis, comme les récompenses puériles; le nom de Félève coupable, affiché contre un mur, suffît comme punition. On a jugé convenable de ne point précipiter renseignement religieux, de peur de donner aux en&ns, sur le sujet le plus auguste et le plus grave, des idées fausses qui auraient .des conséquences funestes; on fait jaillir cet enseignement du spectacle de la nature et des témoignages de la conscience , lorsque sa voix commence à se faire entendre d'une manière distincte (2). Déjà on ressent les heureux effets de ce système;* les élèves sont heureux et deviennent bons, connaissent leurs devoirs et s'y attachent.

(i) Zweiter Bericht y etc, 1824, P^ges 16, 17. (a) Bericht, etc, 18a 3, page 21.

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cipales sur lesquelles repose le système adopté dans cet établissement avaient été exposées par M. Pierre Hofraann Peerlkamp (i); et M. Yanheiningen Bosch , en publiant l'alphabet manuel qui y est usité , avait présenté également un résumé aussi rapide que lumineux de la marche que l'on y suit dans l'éducation des sourds-muets (9). Ces deux derniers écrivains ont été attachés à l'enseir gnement de llnstitut hollandais.

M. Peerlkamp, en jetant un coup d'œil sur l'histoire de l'art , assigne une supériorité marquée aux instituteurs modernes sur les premiers inventeurs de Part. T^ premier titre sur lequel il fonde cette supériorité est l'emploi qu'ils ont Ëiit du langage mimique. M. Peerlkamp voit dans ce langage le moyen essentiel de l'instruction des sourdsmuets. Les premiers inventeurs de l'art, les Ponce, lesBopet, les Van Helmont, les Amman, ont eu, à ses yeux , le tort, sinon de négliger entièrement l'usage des signes employés par le sourdHmuet, du moins de n'avoir point développé, rectifié, perfectionné ces signes , en les soumettant à certaines règles. « Ce langage des signes est de tous

(i) Pétri Hcfntcuini Peerlkamp Gymm. Doctun» Re€t, Dissertatio de Surdorum-Mutorumque InstUudone. Gronhigue , 1 806 9 in-8^.

(a) Bengt Houdende Eenige wenken overhei eenm omier^ ivijs aan Doc^'Stommen ^ etc., etc, Groninguc, i8si.

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guère qu'un enseignement individuel; de nos jours, seulement, on a ouvert pour eux des écoles publiques, où ils peuvent se réunir en société, s^aider les uns les autres, et recevoir en commun les bienfaits de l'éducation, (i)

C'est à l'abbé de l'Épée et à l'abbé Sicard que M. Peerlkamp rapporte l'honneur d'avoir commencé cette ère nouvelle ; il aime à rappeler tout ce que le fondateur de Groningue devait au premier de ces instituteurs (2); mais il réclame aussi, en faveur de M. Guyot père, le mérite d'avoir donné à l'art un nouveau degré de perfection , par ^ propres méditations et sa longue expérience.

Quatre caractères nous paraissent distinguer essentiellement la méthode de ces estimables instituteurs : l'harmonie qu'ils ont su introduire entre les divers procédés qu'ils font concourir à l'instruction du sourd-muet ; l'habileté avec laquelle ils ont gradué la marche de l'enseignement; le soin qu'ils ont apporté à entourer les premiers débuts de l'élève de tout ce qui peut les lui rendre plus attrayans et plus faciles; enfin, la juste importance

(1) Dissenatio de Surdorum - Mutorumque IntiitMtùme, page 3o.

(2) • Optime itaqne de hnmana conjonctione meritiis est « senex divinus , qui hanc artem , quantum potnit , vn%iri « voluit , iis imprimis credens , apud quos bene deponi trbi-

«( trabatur. » Dissenatio, eic, page 34 •

DES SOUBDS-MUKTS. — PART. II , GHAP. XV. I ^9

qu'ib ont accordée à l'éducation proprement dite , c'est-à-dire à la culture des facultés physiques, ÎBteUectodles et morales des sourds-muets de naissance, (i)

Rien ne nous parait plus propre à donner une idée exacte et fidèle du système adopté par BfB/L Guyot , que les deux tableaux ci-aprés , qui comprennent la classification et la suite des exBrcices tels qu'ils ont lieu sons leur direclioni 11 est seulement i propos de remarquer auparavant, que les élèves sont admis à Tlnstitut de Groningue , dès rage de huit ans , âge que l'institiiteur de cet Institut a jugé le plus opportun pour le commencement de l'éducation spéciale que le sourd-muet est destinéji recevoir, et qu ils y séjournent ensuite pendant sept à huit ans, pour y recevoir cette éducation d'une manière complète.

l^e plan de cette éducation comprend d'abord , pour les exercices particuliers au sourd-muet :

I •. La lecture, c'est-à-dire l'intelligence des mots tracés par l'écriture ou l'impression , divisée en trois branches , savoir :

La connaissance des mots ;

Celle de la syntaxe ;

(i) Les trois écrits de MM. Peerikamp, Vaaheiningen Botch et Cnjoi « partant des mêmes principes , exposant les mêmes faits, renfcniiant la même doctrine, nous en réuniroQs à la ftns la substance dans un même tableau.

l5o DB LÉDUGiLTIOir

Les signes indicateurs ou d'action , soit gestes, soit pantomime.

a"". V Écriture , ou l'art d'exprimer ses pensées par écrit , qui comprend :

La rédaction des lettres;

La composition , en traduisant la langue nata* relie du sourdnnuet dans les expressions- de notre langue écrite.

La conversation , par demandes et réponses (toujours par écrit) ;

La calligraphie.

3^. L'art de parler, qui se compose de celui de lire sur les lèvres d'autrui , de la parole artîfidelle et de la conversation.

Ce plan comprend ensuite, commeuînstruction proprement dite , l'enseignement religieux , la géographie, l'histoire naturelle, à laquelle on assode l'emploi des productions de la nature dans les arts; l'histoire nationale, le calcul, le dessin;

Il se termine par l'apprentissage des métiers.

Ces divers exercices se distribuent maintenant, quant à Tordre successif, en trois classes : FAè^e séjourne un an et demi à deux ans dans la première; trois ans dans la seconde; à peu près autant dans la dernière.

Exercices de la première classe :

I . Première culture des facultés physiques , in* tellectiielles et morales; jeux et gravures;

DES SOURDS-MUBTS. —

a. Emploi et bonne direct

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