‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 18 sur 41 · Histoire naturelle · texte numérisé non relu

Histoire naturelle

1 1 . Histoire générale , nationale , sacrée ;

la. Enseignement religieux ;

i3. Apprentissage des métiers, (i)

Au moment où l'enfant entre dans llnstitut de Groningue , loin de se hâter de lui présenter l'appareil de l'étude , on ne s'occupe que de calmer sa crainte et de dissiper sa tristesse , que d'obtenir son affection et sa confiance, que de lui rendre agréable la aouvelle vie qui commence pour lui , que d'établir des liens d'amitié entre ses camarades et lui. On excite sa curiosité par le spectticle

(i) Berigt Houderuie Eeinige wenken, etc.; par M. Vânheineigen Bosch, pages 95 à 28. = Beschrgving vam het insU'tttUt, etc.; par MM. Gnyot, pages 35 et suit.

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les méthodes qu'il suit dans l'enseignement de h lecture et de l'écriture; il puise surtout dans VOrbis pictus d'Amos Comenius, pour représenter tous les objets dans une suite de figures. Le dessin et les gravures jouent un rôle essentiel dans la première période de l'enseignement adopté à Groningue; ils sont appelés à retracer, par leurs formes ?isibles, tous les objets qui ne^ peuvent être direo* tement montrés à l'élève. C'est ainsi que l'habile instituteur étend progressivement le cercle des idées de son élève. L'histoire naturelle est mise à contribution ; elle fournit aux jeux du sourdmuet des objets variés toujours nouveaux ^ dont on lui fait remarquer les formes, les couleurs, l'emploi, les propriétés principales, (r)

L'éducation physique des sourds - muets est ordinairement fort négligée dans leurs fiunilles. MlVllf Guyot attachent une juste importance à réparer les effets de cette négligence par des exercices bien entendus, et, en formant le maintien et l'extérieur de leurs élèves, ils leur font contracter des habitudes d'ordre qui jusqu'alors leur

à récole formée par Tami de l'enfance , le fondateur da Pkh laniropinum de Dessau, par Basedow. {yqjrez NieoMjer, Grundsaetze der erùehung, etc., tome II , 3* Partie , J* 38, 4oy 57, pages 353, 36i, 4i4*)

(i) Beright Houdende Eenige venken, etc, $• 7, pi^ 10 t=s, Beschrgving -oan hti initituut, etc, , pages 48 et

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étaient trop étrangères. Us leur inspirent le goût du travail , et les arra<^ient ainsi progressivement à cette vie animale dans laquelle ils étaient jusqu'alors ensevelis. Ils nourrissent et fortifient l'intelligence en même temps qu'ils enseignent la langue , en accoutumant le sourd*mnet à observer et à comparer ; en lui communiquant des notions simples, élémentaires, positives; en lui faisant remarquer les propriétés et les fonctions des divers agens, les causes, les effets, les moyens. .Surtout ils s'efforcent de développer en lui les affections du cœur, le sentiment du beau et du bon. Ils estiment que le sourd-muet ne peut guère recevoir que dans un établissement nombreux, l'éducation qui lui est nécessaire, du moins d'une manière complète. Frappés de voir combien les vicieuses habitudes que les sourds - muets contractent dès le bas âge dans le sein de leurs familles, opposent ensuite d'obstacles aux soins que leur instituteur s'efforce de leur donner, M. Vanheiningen Bôsdi, dans son Précis de la Méthode de MM. Gujroty désire qu'on adresse aux parens de ces infortunés des instructions qui leur indiquent comment ils devraient préparer ces enfans à l'éducation qu'ils doivent ensuite recevoir (i). Ceux qui ont eu occasion de visiter l'Institut de Groningue lui rendent unanimement le témoi-

iO Beri^ Houdtnde Eenige ivenAen, pag€ 6.

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goage que Tattention donnée à la culture des facultés chez les sourds -muets, y est récompensée par les plus heureux résultats.

Les signes mimiques dont le sourd-muet est kdméme Tinventeur, ceux qu'il apporte avec lui auprès de son maître, sont, aux yeux de MM. Guyot, un moyen précieux dont celui-ci doit s'emparer pour étudier les dispositions, les idées acquises de son élève, pour apprendre à le bien comiaitre, et pour se mettre en même temps dans une communication intime avec lui. Ce langage sensible , qui représente les objets par leurs formes sensibles, peut aussi devenir un instrument pour renseignement ; mais il faut pour cela que l'instituteur réforme complètement le langage ébaudié par le sourd -muet, lui donne plus de richesse et de précision tout ensemble ; et le conduise en quelque sorte parallèlement à nos langues artificielles (i). MM. Guyot ont adopté les signes méthodiques des abbés de l'Épée et Sicard; ils les adoptent même dans ce qu'ils ont de purement conventionnel. Comme nos deux célèbres instituteurs , ils traduisent la langue mimique du sourdmuet dans la langue nationale écrite; ils ne se contentent pas de traduire mot par mot, ils trans^ portent des phrases entières d'une langue dans l'autre : ils font décomposer au sourd - muet la

(i) Beschrijnng van kei instituai , pages 45 et suit.

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Plusieurs motifs font considérer à MM. Gnjrot, le secours de l'articulation artificielle et de Pal* phabet labial comme absolument indispensable au sourd -muet. Cet instrument ne leur semble pas seulement nécessaire pour mettre le sourimuet en rapport avec les personnes qui ne savent ni lire ni écrire, pour rendre plus rapides, piiis faciles, plus continus leurs entretiens avec oeUeslà même qui écrivent et lisent, mais aussi poar seconder les opérations de la pensée , fixer les son* venirs dans la mémoire, (i)

Au surplus, dans le plan de ces itunîtateurs, l'enseignement de la parole artificielle ne retarde point l'enseignement logique de la langue ; car les exercices mécaniques que le premier exige n'ont lieu que concurremment avec les études, et ne leur enlèvent point le temps qui leur est nécessaire.

MM. Guyot ne paraissent point avoir adopté de procédé spécial pour l'enseignement de la grammaire; ils prennent pour guides les travaux des abbés de l'Épée et Sicard , pour lesquels U$ témoignent toujours la plus haute estime.

On ne peut trop applaudir aux soins que prennent ces instituteurs pour inculquer de bonne heure à leurs élèves les premiers fondemens des connaissances, pour leur donner des notions justes

(i) Beschrijving van hei instituât, pages 58 et suiv.

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de diique chose, pour les accoutumer à analyser leors idées. Leurs élèves tiennent une espèce de petit joamaly y notent leurs leçons, en rendent compte, rédigent des lettres, s'essaient à diverses compositions, lient des entretiens suivis, s*ezer» cent ainsi à la conversation. Us s'exercent surtout à la lecture : on meta cet eifet, entre leurs mains,, des libres élémentaires choisis et à leur portée. Uhistoîre naturelle est mise heureusement à con* iribution pour préparer la inrie aux idées religieuses (f). Ainsi les élèves sont conduits , par le spectacle de la création , aux notions des choses invisibles et k la pensée du Créateur. La morale est étroitement associée aux sentimens religieux. On développe les affections dans le cœur des jeunes sourds - nmets ; on les exerce à la patience , à la Gonnûseance d'eux-mêmes, à l'empire sur eux« mêmes. On leur fait remarquer, dans leurs rapports muinels, l'image des devoirs et des droits sur lesquels repose la société civile, (a)

On attache, dans l'Institut de Groniogue, une juste importance à l'enseignement du dessin et du calcul : il est considéré, comme éminemment propre à captiver l'attention de l'élève, à développer sa raison, en même temps qu'on y voit

t) Besehrijving van het instituai, pag«t Si à 87 ^2] Ibid., page 93.

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une préparation favorable pour les profestioiis industrielles : aussi ces deux genres d'exercices s'appliquent-ils généralement à tous les élèves; ils commencent de très bonne heure, et se prolongent pendant le cours de l'éducation. On accoutume les élèves à calculer de tête, (i)

Les sourds - muets , d'après le témoignage de MM. Guyot , prennent un vif intérêt à toutes les branches de l'instruction qui leur est donnée , et se portent avec plaisir à l'étude ; rien ne £ût mieux l'apologie de la marche qui est suivie par les instituteurs, et de l'esprit qui les anime, (a)

Les directeurs de l'Institut de Groningue emploient avec succès des sourds-muets pris dans le nombre de leurs anciens élèves, pour les seconder dans leur enseignement; ils en font des répétiteurs, et les chargent de préparer, d'introduire les élèves qui commencent. (3)

L'apprentissage des professions industrielles est considéré, dans le plan de MM. Guyot, comme un exercice moralement utile en lui-mémç, pour accoutumer les élèves au travail, pour continuer leur éducation physique. Cet apprentissage comprend essentiellement la passementerie, la dia-

(i) Beschrijving van het instituut , pages 70 à 71. (a) Ibid., page 67.

(3) Ibid., page 61.

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pellerie, l'élat de cordonnier, Ja menuiserie, etc., pour les garçons, qui sont, à cet effet, conduits diez diiiférens maîtres dans la ville ; on enseigne lux filles, dans le sein de l'établissement, les di- ▼ers ouvrages de leur sexe, (i)

"Nous avons encore une obligation essentielle À MM. Guyot , à raison du soin qu'ils ont pris pour nous donner une bibliographie méthodique de tons les documens relatifs k l'art d'instruire les sourds-muets, et d'y indiquer même les ouvrages où l'on peut trouver quelques citations, quelques indications sur ce sujet; travail qui suppose les recherches les plus étendues, et qui est disposé dans Tordre le plus liuntneux. (a)

Les sourds-muets sont encore redevables à Vun de MM. Guyot, d'une dissertation fort remarquable, dans laquelle, en jurisconsulte aussi savant que judicieux, il a traité tout ensemble l'histoire et les principes de la jurisprudence relative à la

(i) Berigt houdauie eenige wenken, etc., page s6.

(«) Sijtanatiseh gerangtMkle t^jif der tverken , etc. Groningnc, t8>4- J^ regrette vireiiieDt de n'avoir connu cette nomenelatnre bibliographiqiie, qn'an moment où l'on com- BieDçait l'impmiion du prêtent travail.

On U trône annexée i la Hiite de U ^eiehrijving van het ùutùui, par KM. lea Stint Gnyot , et de la Dùtertatto juriika iMMigurahi de jure Surrio-Mutorum, de M. Bembt-Tobie Gnoi.

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condition de ces infortunés (i) dans les matièris tant civiles que criminelles. M. Rembt-TobieGarfot juge les sourds-muets avec une extrême aéiiérité; il va jusqu'à déclarer que le sourd-muet sertit à jamais privé de la raison, si l'art humain ne venait suppléer pour lui au refus de la nature (a). Confondant, du moins suivant notre opinion, dans la triste condition du sourd-muet , ce qui appartient à l'isolement presque absolu dans lequel il est quelquefois laissé, de toute relation sociale, avec ce qui peut provenir de la privation d'une langue artificielle ; confondant les bienfaits que le sourdmuet peut attendre d'un commerce même eneore incomplet aved les autres hommes, avec ceux qu'il ne peut obtenir que des enseignement didactiques d'un maître (3), M. Guyot fonde peu d'utilité sur

(i) DisserUUio juridiea inaugureUis de jure Smtdo^Mat^ rum , ete, Groningae, 1824.

(2) JàiiL, pages iS, 34 et siût.

(3) Nous avons ea d^à Toccasion de citer ropanmi de M. Guyot et de la combattre (voyez P* Partie , note à la suite du Chapitre IV, toaie I«, p«ge isS); qu'il nimstoit permis d'y ajovter encore quelques réfiezioBs , en rdevast la méprise qui nons parait Avoir égaré l>Bstiniable aotevr. Un sourd-muet y né dans vne condition pairrre, qui anraété négligé de ses parens , laissé presque seul , abandonné à Foisiveté y livré à l'apathie , sera dépourvu de raison , parce que son intelligence n'aura point été éveillée par le commerce de ses semblables ; tout enfant , même doue de la parole et de

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Veniploi de signes propres au sourd -muet. « Ces «I signes, dit-il, ne sont compris que des personnes « habituées à vivre avec les sourds-muets, et n'en « sont pas même exactement compris : nous ne « pouvons communiquer, par signes, au sourd- « muet , que les choses qui se montrent cuver- « tentent aux yeux, et encore d'une manière in- « certaine et imparfaite » (i). L'instituteur de Grooingue ne se flatte pas que l'instruction du sourd-muet puisse jamais égaler celle d'un homme «xempt de cette infirmité. Il pense même que l'éducation ne saurait les délivrer de certains défauts qui leur sont propres : une curiosité excessive, nne défiance générale, on défeat d'empire

l'otde, qû épronTcrait le même lort, rabirait les néniet Gontéqneneei. C« n'eit point exclnsÎTemeiit la privatioii de U parole, <^e« tntA U vie soliuîre qu'il fiint en atemet. ISA, qfi« riaolCMM» mmc, tfat l'enfant Mnii<d-iuiM( ofttieàliede ceux qaî l'eatomm la wini de l'âffectioli m le coametve que pemet ion inflimiU, uni qu'il ait bMoia d'un maître et d'oB auei^emetit utificMl , ce comiBnce leui , cei loins , commenceront à développer le* iacnllii de ion etprit et de son cctar. Senloaent, ce développement aéra anui impaifcit qne se* (dO]reiii de commnnication seront borné*, et, pai' conséquent , ^ne M* relMimt leront rettreintea. Il q>ipr«ndra à juger, il uttra «iner ; qui sait agir, a en Ini le germe de la vie iatellectaelle ; qni *ait aimer , a en lui le germe de la vie nxirale.

\>) Ihiitruitio j'mriiliea , rtc., pages 35, i<).

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sur leurs propres penchans, une passion singulmp» pour l'imitation, une extrême facilité à se laiteer conduire, (i)

Si quelques uns de ces jugemens peuvent être plus ou moins contestés, du moins on souscrini à l'exposition lumineuse que trace M. Guyot, de la différence qui existe entre la manière de penser particulière au sourd -muet, même après qu'il a reçu l'instruction la plus complète, et celle qui est commune aux hommes doués de l'audition et de la parole (a) ; on applaudira surtout aux sages conseils qu'il donne aux personnes qui environnent les sourds-muets, sur la patience et l'indulgence qu'on doit accorder à ces infortunés , et sur les soins qu'on doit prendre pour répandre la sérénité sur leur vie. (3)

L'établissement formé par M. Guyot a rappelé, dans les Pays-Bas, l'attention des hommes édmrés sur la condition des sourds-muets et l'art qui tend à les en arracher. M. Fuk a donné quelques notions sur l'origine et l'histoire de l'art, comme aussi sur la condition légale des sourds-muets (4) •'

(i) DissertaUo juridica f etc, pages 26 , 39 et suit.

(a) Ibid, , page 38.

(3) Ibid., page 39.

(/i) Redevoerinffj etc. Groningiie, 1821.

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férence à celle que pratiquait à Vienne Joseph May ( I ) 9 et son opinion est de quelque poids. Instituteur aussi zélé que judicieux, le docteur Cast« berg ayant été chargé, par le roi de Danemarck, de recueillir et d'employer les meilleures m^ thodes pour Finslruction des sourds - muets , nt se contenta pas de demander des informations en divers pays , il parcourut l'Allemagne , lltalie, la France , pour examiner par ses propres yeux , et pour comparer, d'après leurs résultats, les diverses institutions et les procédés qui y étaient mis en usage (a). L'exemple du docteur Castberg eût mérité de trouver un plus grand nombre d'imitateurs.

(i) Fayez ci-derant, Partie II, chap. XI, pi^ 49> (a) Le doctenr Peter Atke Castberg parait aroir décoaTert , pendant son voyage en Italie, l'onvrage du prieur Jacob Affinati, d'Acato, qu'on cite comme le premier qui ait été publié sur Fart d'instruire le sourd -muet (voir d-derant, Part. II,ch« I**, tom.1, p. S 94); il en cite le ûtm B ma» cke parla, Dialogo ope si traita, deW exceUenza e de' t^fktlf délia Ungua umana, e si spiegano pià di 100 conceté seritturaU soprà il sHenziOf con VappUcazione delU EvangeU, i qmaU servono per commodo degli Padri predicatori : opéra molto utile a che desidera di f améliore rettamento e senza esre éiasimato, etc, Venise , 1608. Mais cet ouvrage , au lieu d'être en effet destiné à l'art qui nous occupe , ne s&nAt qu'vae aorte de manuel spirituel à l'usage de l'ordre des Dominioaias, ce qui nous consolerait de l'impossibilité où nous sommes de consulter ce document.

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