D£ L EDUCATION
teur tire les cinqx;onséquence8 suivantes : « i*. Tori- « gine de la faculté de généraliser et d'abstraire (( est manifeste chez tous les hommes; elle n'est c( peut-être autre chose que notre activité mentale; (( a"*, les sourds-muets la possèdent dans leur élit a naturel ; 3^. loin de dépendre immédiatement (c des signes du langage , soit articulé , soit d'ac- (c tion , elle précède nécessairement l'un et l'autre; « 4°- loin d'être extraordinaire et difficile, elle est (( facile et toute naturelle; 5"*. le langage d'action a est aussi apte pour l'expression de toutes les idées « que celui des sons articulés. »
M. d'Alea a cité aussi son adversaire au tribunal de l'expérience ; il l'a invité à observer attentivement quelques uns des sourds -muets répandus dans le monde, abandonnés à leur propre instinct et industrie ; il l'a engagé à remarquer s'ils ont de l'imagination et de la mémoire; s'ils ont des songes; s'ils s'enflamment lorsqu'on leur fait, par gestes, des peintures vives des objets, etc; il l'a invité aussi à visiter la nouvelle école des sourdsmuets de Madrid, où les doutes pourraient se dissiper en présence des résultats positifs, (i)
Si M. Campos, au lieu d'affirmer d'une manière absolue que le langage d'action ne sépare pas.
(i) Observations sur la Capacité des Sourds -Muets, eie,, ]>age 2 7 Se ::=: Voyez ausû ton Éloge de Vabbé de pages 17 et 26.
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dmis fa pensée, les qualités de leurs sujets, s'était borué à dire que ce langage, dans ses premiers njdttnens. n'opère cette séparation que d'une manière incomplète; qu'il est en général moins propre à seconder le travail des abstractions que le langage articulé , on eût pu souscrire à cette opinion; mais on reconnaît, dans ses assertions. les emprunts faits à une doctrine récente , qui attribuait au langage artificiel des prérogatives exagérées. M. d'Alea les a combattues avec avantage, en revendiquant, en faveur de l'activité intellectuelle, la vertu génératrice qui lui appartient; en montrant que le mot ne peut précéder l'idée, el que pourénoncer il &ut voir. Mais les philosophes, quelque habitués qu'ils soient à la méditation des n9tioiu abstraites , n'accorderont pas à M. d'Âlea que ce» notions soient si faciles à former, k saisir. En reconnaiwant que la faculté d'abstraire préexiste avant le langage , ils pourront contester que cette Eacnlté s'exerce sans le secours d'un instrument qui aide à opérer, entre le sujet et la qualité, une séparation qui n'existe pas dans la nature : ils hésiteront à admettre que le langage d'action soit, pour exécuter cette dissection , un instrument aussi favorable que la parole et l'écriture.
M. d'Aiea est d'aHleurs fort éloigné de con6rmer les sévères arrêts par lesquels certains instituteurs do sourds-muets ont représenté ces infortuués
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cornme condamnés à une existence presque brutale , avant qu'ils aient reçu l'instruction qui doit les initier à nos langues. Son expérience Fa conduit à reconnaître que les sourds-muets non «ticore instruits par Fart, savent compter, classer, par conséquent comparer et distinguer, apprécier les rapports et les exprimer; il n'hésite pas à pepser qu'un peuple de sourds-muets se formerait en société, et donnerait à son langage d'action, un développement et des formes suffisantes pour exprimer toutes les idées dans des caractères perraanens , formant un système traditionnel, (i)
On voit que M. d'Alea a cherché dans la psychologie expérimentale, le fondement de Fart d'instruire les sourds-muets. La question , agitée entre M. Campos et lui , met à découvert ces fondemeps dans leur plus grande profondeur. M. d'Alea a considéré cet art comme une application essentiellement philosophique. C'est à Fécole de Fabbé de l'Épée qu'il a pris cette manière de vofr; il a embrassé les principes, adopté les méthodes de Finstituteur français; et, par une nouvelle singularité, la patrie de Ponce et de Bonet a sdnsi reçu de la France l'impulsion et les exemples, dans cette restauration qui de nos jours lui a rendu des instituteurs pour les sourds-muets , et
(i) Ohserî^ntionx sur la Capacité des Sourds^Muels, etc., page 14.
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nMHrè est i i i ^e;
onsent à reconnaître, dans les travaux de vénérable instituteur, ni imperfection, ni (i) ; il combat même, avec chaleur, les cride quelques écrivains récens, formés à de l'abbé de l'Épée, qui, en adoptant ses aies vues, ont cru cependant que son ou- K>uvait être complété ou même rectifié leurs égards (a). Le système des signes liqaes n'est pas seulement, aux yeux de let, la véritable voie pour Tinstruclion des -iiraets; il est même le véritable modèle iseignement qui conviendrait pour les en- >iié8'de tons leurs sens; il peut donc de-
[. d'Alea avait de lé Viioge de Vabbé de H ^ au I ouvert en i8i<7 i la Société royale acac ne
2i8 DE l'Éducation
venir, il devrait être une méthode générale pour
rétude de la langue maternelle et des oonnais-
sances élémentaires, a Le langage d'action, dont
a les élémens sont des signes d'idées et noo des
ce signes de mots , ne permet aucun écart à l'insti-
« tuteur, ne laisse aucune incertitude à l'élève; il
<( lui impose l'heureuse nécessité de porter dans
« l'expression la fidèle empreinte de la pensée, el
«c de demander à ses propres idées la con naissance
a des choses (i). C'est en consultant la nature, que
(c l'abbé de l'Épée invoqua le langage d'action pour
a se mettre en rapport avec les sourds-muets ; et
<c c'est en consultant la nature , qu'il a continiié de
tt les instruire. C'est en élaborant le langage d'ac-
« tion y en essayant de l'assujettir aux règles se-
« vères de l'analogie , en faisant de ce langage un
a instrument assez descriptif, assez étendu etasses
« varié pour marquer les nuances les phis déli-
tf cates , qu'il s'est trouvé conduit à suivre et à fiûre
ce suivre, par son élève, les vestiges de l'intelligeDce,
(c dans ses plus secrètes opérations; et après l'avoir
« employé comme un moyen d'instroction , il y
« retrouve encore un moyen d'épreuve. » (a)
M. d'Alea nous avait fait espérer la publication d'une nouvelle suite de travaux sur l'art qu'il a cultivé. Nous ignorons s'il a pu accomplir son
(i) Éioge de l'abbé fie VÉpée, pages 46 , 47. (a) If?i(/,, page» 58, 59.
DES SOURDS-MUETS. PABT. Il , CUAP. XVII. 219
dessein. Les succès qu'il a obtenus dans la pratique ne sauraient être révoqués en doute. Un témoignage éclatant leur a été rendu , après que cet instituteur s'était séparé de l'établissement auquel il avait consacré ses soins.
Dans le discours inaugural prononcé à Touverture du collège royal des sourds-muets à Madrid , en 1 8 1 4 9 le duc de Hijar, en formant des vœux pour que la connaissance de Fart destiné à instruire ces infortunés, se répande le plus généralement possible, raconte une anecdote qui n'est pas sans intérêt : Une mère de deux sourds-muets, en suivant quelque temps les leçons de l'Institut de Madrid , en a assez bien saisi les principes pour devenir elle-même l'institutrice de ses epfans et leur apprendre même à parler, (i)
Le successeur de M. d'Alea, le docteur D. Tiburgio Hemandez, qui dirige, depuis i8i4» le collège des sourds-muets de Madrid, a pris une direction diamétralement opposée. Il a rejeté les méthodes adoptées en France, n'a voulu accepter