CHAPITRE XVIIL
Nouveaux procédés dernièrement proposés en France. — Signes de rappel de MM. Vabbé Jamet et Dudésert. — Syllabaire dacQrlologique de M. Recoing, — Mimographie de M. Bébian.
M* Tabbé Jamet, aujourd'hui recteur de l'Académie de Caen, a formé dans cette ville un institut de sourds - muets , qu'il a long -temps dirigé luimême, et où il a appliqué des procédés qui lui sont propres. Le zèle le plus respectable a inspiré cette création, l'a soutenu, et l'on s'accorde à rendre témoignage aux succès que l'instituteur a obtenus. Deux mémoires lus par M. l'abbé Jamet, dans les séances de l'Académie royale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de la ville de Caen , les ay avril 1820 et ao novembre i8ai (i), nous font connaître, d'une manière succincte, la marche qu'il a suivie, les principes qu'il a adoptés, le caractère de sa méthode. Celles des abbés de l'Épée et Sicard lui étaient inconnues quand il commença ses travaux; mais il a beaucoup profité ensuite de la lecture de leurs ouvrages, (a)
(1) Caen, 1824, in-4°.
(a) Premier Mémoire , page a/| , Deuxième Mémoire , page 53.
DES 5OUBD&-M0ETS. — PA.RT. Il, CHAP, XVlll. 1^7
IjC premier de ces deux mémoires renferme un aperçu sur l'histoire de l'art, et l'indication des Tues par lesquelles l'instituteur a été conduit à chercher une voie nouvelle. Cet aperçu , nous ivons le regret d'être contraint de le faire remarquer, est une suite d'erreurs où les faits sont fréquemment dénaturés, et le vrai caractère des méthodes généralement méconnu (i). Il suppose que Péreire (a) ne songeait qu'à délier l'organe de la parole chez les sourds-muets ; que le P. Vanin a lealé la méthode des signes, et il attribue k celui-ci l'honneur de cette importante découverte (3!- Il se montre également injuste envers Eniaud et l'abbé Deschamps, et leur arête un caractère d'hostilité dont Us n'ont polkt donné rezemple. Il distingue trois méthodes : celle qui lait parier les sourds - muets , celle de'l'abbé de l'Épée, cette de Tabbé Sicard : trop sévère envers la seconde, U n'a pas reconnu que la troisiénte n'en est que le développement et la rectification.
(1) Non* avoiw ea Mcilion de relever qaelques unes de cet eirevn ; ■■■!■ nôu avou dà nou borner aux plu» euentielle». Le» noau mène* de* aoienr» 7 sont altéK-*. A cAté de Walli* , H. Jamel fiijl ptnltre en Angleterre un WaUj ; il fait dn chevalier Dig bj va ïnAitatenr de Mordi-iinut» ; il fait de Péreire , de Hetnieke , de* disciples d' Aninian , etc. , etc.
(1) Qn'il a vouIb tu» doute di»t(rner son* le ndm i'Ant.
^3; Premier Mémoire , pages 10, 11.
^38 DB LEDUGATIOir
Enfui, trompé par les ouvrages théoriques de Tabbé Sicard, il juge la méthode de celui -d, d'après ce que ces théories lui faisaient supposer, et il s'occupe de lui faire subir précisément les mêmes modifications et les mêmes réformes qu'elle avait subies en effet dans TappUcatioD usuelle (i). « Il manque quelque chose, dit-il» à (t la manière d'enseigner de l'abbé Sicard; c*cst (c que le sourd-muet puisse parler le langage qu'il a étudie. L'élève de l'abbé Sicard a bien une « langue écrite, mais ce n'est point une langue (c manuelle; il ne peut la parler que la plume <c ou le crayon à la main ; tandis qu'il reçoit la a leçx>n , il peut converser avec son maître ; Técricc ture est un moyen de communication £acile entre a eux; mais, hors de là, le maître ne peut phis « l'entretenir, sinon d'une manière vague et poétf rile ; il manque d'un véhicule expéditif et sûr <c pour lui transmettre ses pensées » (a)! M. l'abbé Jamet a supposé que les seuls signes usités dans
(i) Pénétré d'estime pour l'honorable caractère fk M. l'abbé Jamet , nous devons à Tintérét de l'art , qui ml m Vîntérét de l'humanité , de signaler ses erreurs avec une entière franchiso , comme nous avons marqué les imperfectioiu des systernes des abbés de l'Epéc et Sicard , et nous espëffOM qve M. l'abbé Jamet verra, dans cette franchise même, une pftBve de la confiance que nous avons dans les généreuses iatentioos qui raniment.
(2) Premier Mémoire, page 2/|,
nécessité d'un langa^ complet de signes es pour remplacer la parole , pour servir à Ul traduction.
rtant de là , il fonde sa méthode sur une >n jadicieuse : ii distingue essentiellement itomime les signes expéditiâ. Il emploie les scènes mimiques, lorsqu'il s'agit de cevoir au sourd-muet le vrai sens ou les Mceplîons d*un mot; mais une fois que «fc compris 9 il rejette le secours de la ime; ii W reoiplaoe par un signe unique , <|iif A i'i^ltdie à rendre aussi simple qu'il ible, et4'iin9 exécution très £icile. « Ces , dit • il , tieniient lira de la voix dans :retiens des élèves ; c'est une parole ma- • (i). C'est 1 I ce qui se pratique, en dans Tinstiti I ; mais les signes
a4o DE LÉDUGATIOir
de ceux qui sont adoptés dans notre établissement M. Tabbé Jamet a s'est fait une loi de n'employer a jamais qu'un seul signe pour les mots de notre a langue qui auraient le plus d'acceptions dî0e- « rentes. »
Pour développer son point de vue et rappliquer à son système de signes, M. l'abbé Jamet établit quelques principes fondamentaux : il est nécessaire de les reproduire dans les termes propres de l'auteur, i"". a Les signes, dit-il, ne sont point a une langue , ils sont la prononciation des mots « d'une langue.
2^. ce On doit faire le signe des mots et non le « signe des choses, (i)
Z'*. <c Les signes doivent être simples, d'une exéc( cution prompte et facile, (a)
4^. « Les signes ont une forme invariable.
S"", a Un mot ne doit avoir qu'un signe , quel « que soit le nombre de ses acceptions.
6°. « Les prépositions qui entrent dans la corna position des verbes , et de quelques autres parties L( du discours, doivent être indiquées par des si- « gnes. » (3)
M. l'abbé Jamet , opposant ces six axiomes à autant d'axiomes contraires qu'il suppose admis
(i) Important à noter.
(a) Encore essentiel à remarquer.
(3) Deuxième Mémoire , page 87.
1>ES SOUBDS- MUETS. PA
comme régulateurs, dans fait autant de différences c ristiques entre les deux sysi La différence n'existe C( troisième maxime , comme serve , et comme nous le par la suite.
Le premier de ces axion l'auteur cherche à nous ¥i qu'il faut, pour constituer u I •*. « le corps du mot, ou sa « ception du mot, ou le senj a son du mot, ou sa pronoi « des sons articulés qui n'i a et que l'écriture ne peu a vent transmettre la pens sans doute pour constituer i nières conditions suffisent { premières suffiraient, si, c et les Egyptiens , l'écriture associée à la pensée. Dire q ception- ne sont point une position peu neuve. Nous r comment on peut conclure sont pas une langue, quai ment la pensée.
« Mais , continue M. l'ai « muets qui sortent des d « sent et écrivent les mots ir.
24a DE L EDUCATION
i( ils eii comprennent le sens; ils peuvent commu- « niquer leurs idées par le moyen de l'écriture. c( Que leur manque-t-il encore ? La pronomàaiion (c manuelle^ je veux dire les signes des mots. La (( nature, en leur refusant Torgane de la parole, a les a privés de prononcer les mots de la langue (( qu'ils savent. Ils ont donc besoin de la prononce ciation de ces mots : les signes des abbés de a l'Épée et Sicard n'ont du être inventés que pour (c tenir lieu de cette prononciation. » (i)
Nous cherchons en vain à comprendre cette nécessité d'une prononciation des mots de la langue^ quand ces mots , tracés par écrit , sont suffisamment compris de ceux qui les ont dessinés et de ceux qui les lisent. L'écriture est elle-même une prononciation fixe : les signes des abbés de I*Épée et Sicard n'ont point été inventés pour servir de prononciation aux mots écrits. I^urs inventeurs, croyant représenter immédiatement la pensée dans ces signes d'analogie , les considéraient comme étant eux-mêmes une sorte de mots mùniques* La prononciation n'est pas distincte de l'instrament qui sert à l'expression directe de l'idée; elle n'est que l'emploi de cet instrument lui-même : le mot exprime l'idée en même temps qu'il se prononce, soit qu'il se prononce de vive voix , par écrit, ou par geste.
(i) Deuxième Mémoire, pages /,3 ù 39.
Plus ioin, cependant, M. l'abbé Jamet, distinguant les signes qui expliquent la valeur du mot, de ceux qui rappellent seulement ce mot, semble restreindre à ceux-ci la condition de n'être qu'une prononciation (i). Nous lui accorderions la prononciation ainsi restreinte; mais, alors, elle ne s'applique plus aux signes des abbés de l'Épée et Sicard.
Tout le système de M. Fabbé Jamet repose, comme nous l'avons annoncé, sur la distinction qu'il établit entre la description par gestes détaillés, scènes mimiques ^ pantomime , figures d'enseignement, qu'il emploie comme moyen d'explication de la valeur Aes mots, et les signes qu'il appelle indicateurs ou eœpèdltifs , ou ^entretien , qui ne font que rappeler ce même mot. C'est à cette dernière espèce de signes qu'il applique ses cinq derniers axiomes; c'est pour ces signes qu'il exige avec raison trois conditions essentielles : la simplicité , la facilité d'exécution, une fixité invariable. On conçoit comment il se contente d'affecter un seul de ces signes au mot qui comporte plusieurs acceptions différentes, puisque le mot matériel ou articulé est toujours le même, et que le signe de rappel n'a pour but que de retracer à la mémoire ce mot matériel. Il résulte de là que le signe de rappel doit aussi être entièrement arbitraire, ou
(i) Deuxième Mémoire, pages 4^-
Îî44 ^^' ^ ÉDUCATION
du moins ne doit et même ne peut avoir de rapport qu'avec le mot et nullement avec l'idée : car, M. l'abbé Jamet a posé en principe qu'il n'est point destiné à exprimer la chose ou la valeur du mot ; et puisque ce signe de rappel est unique pour un mot qui a les significations les plus diverses, il est visiblement impossible qu'il puisse représenter et peindre à la fois chacune de ces significations.
Quel n'est donc pas notre étonnement , lorsque nous voyons cependant l'auteur nous déclarer que ces signes , qui ne doivent point être le signe de Ja chose (premier axiome), « ont cependant de Fana- (c logie avec la chose qu'ils indiquent (i) », nous répéter encore qu'il ne lui faut point de signes de rappel^ étrangers à la chose quUls indiquent{%)\ nous raconter qu'après avoir songé à emprunter les procédés des tachygraphes, il y a renoncé, par la raison que leurs signes ne font que rappeler le matériel des mots et des syllabes vides de sens ; qu'ils sont sans analogie avec la chose ; et ajouter ensuite, quV/ fait le signe iles mots, et qu'il a pris pour régie muariable de chercher d<ms la chose exprimée par les mots y le point qui la distinguait de toute auire^ pour en faire la base de son signe (3). Aussi Tau* teur se félicite-t-il de ce que ses signes devienneol
(i) Deuiiême Mémoire, page 4^« liff^e i**. (t) Jhidf page 56, ligne 3.
^3; Ibid, , page» 56 el S;.
DES SOUBDS-MUETS. PABT. II, CHAP. XTIIl. xip»
véritablement l'expressloo propre, tandis que ceux <ie l'abbé Sicard laissent flotter Fesprit dans le vague et l'incertitude. Nous sommes loin de désapprouver ces efforts pour transporter dans le signe de rappel, les traces de l'analogie avec la diose qu'ils expriment ; nous y applaudissons au contraire : mais nous sommes embarrassé pour mettre ces nouvelles vues en accord avec les principes du système, et comment sera-t-il possible que le signe renferme le trait le plus distinctif de la chose, quand un même signe rappelle un mot qui exprime les choses les plus diverses? (Quatrième axiome.)
C'est par suite de ces nouvelles vues, que M. l'abbé Jamet s'est proposé de conserver dans ses signes de rappel , l'indication de la formation des mots dérivés et composés, en reproduisant dans chacun de ceux-ci le signe du radical, et qu'il a spécialement appliqué cette règle aux verbes et autres parties du discours , dans lesquels entre une préposition. Le verbe poser ^ par exemple, uni à près de vingt prépositions, et ses composés, seront exprimés par la réunion du signe du radical posei\, et de ceux de chacune des prépositions qui viennent s'y associer (i). Par là, l'auteur se flatte de rendre plus intelligible lesens de ces expressions qui ne pourraient s'interpréter autrement que par un commentaire plus ou moins long; parla, il espère
(i) Denxièmc Mémoire, page 58.
a46 DE L'jéDUCATIOir
rendre en quelque sorte à ses signes de rappel, la richesse, la grâce, la force, l'éléganoe des langues qui ont esiployé avec bonheur des combiiiaisons semblables; par là, il groupera les mots en familles , et portera dans renseignement de la nomenclature un ordre propre à la rendre plus fiuâie. a Loin que ses élèves se méprennent sur le sou de (c ces mots composés , l'expérience journalière a prouve que le signe indicateur en rappelle la ec signification avec autant de certitude et plus de a précision, que ne pourrait le faire la longue pana tomime dont on s'était servi pour leur en donner « connaissance. » (i)
Suivons maintenant , dans l'examen des signes de rappel imaginés par M. l'abbé Jamet, Fapplication de ces principes. Examinons jusqu'à quel point les signes qu'il emploie conservent en e^t le trait caractéristique de la chose, ou tombent dans l'arbitraire ; comment les signes de ses mots composés tirent de leur propre composition une expression fidèle et exempte d'équivoque.
a Le signe du verbe être consiste à décrire un « cercle vertical avec l'index.
« Celui à^ essentiel consiste dans le précédent, a accompagné du signe d'adjectif, (a)
« Le signe de nature consiste, i*. à placer la
(i) Deuxième Mémoire, page 59.
(2) Ibid,, page 67.
DES SOURDS-MDETS. — FAUT. JJ, CDAP. XVIU. ^47
(( main gauche sur le cœur, tandis que la droite « couvre le visage ; a", à ouvrir les deux bras <f comme pour indiquer l'universalité des êtres; <x 3°. à ajouter le signe d'abstractif.
a Celui de naturaliser s'exécute, i^. par la pru- « dence; a" par le signe du mode indéfini, (i)
(Le verbe être s'emploie en plusieurs seos divers ; le mot nature reçoit des applications bien plus diverses encore. Dans le signe du premier reconnait-on bien un sens, et lequel? La seule analogie qu offre le second n'a-t-elle pas plus de rapport avec l'univers qu'avec la nature?)
(c Le signe de subsister consiste dans celui de la « préposition et du verbe sister^ accompagné du « signe du mode indéfini ;
« Le signe de la préposition se fait en portant le tt bout des doigts de la main droite sous la paume « delà gauche;
« Pour. faire celui du verbe ^ les deux index s'élèa vent en décrivant chacun un demi-cercle; se « réunissent à la hauteur des yeux, et s'abaissent « ensemble. (2)
« Sujet : I*. Signe de la préposition et du verbe i^i jeter \ 2**. signe du nom commun.
« Le signe de la préposition est le même (|iie <r dans le mot précédent.
(i) Deuxième Mémoire, pages 81, 82.
(7.) Ibid., page 7 i .
'ilfi DE l'iÉDUCATION
<c Celui du verbe consiste dans Faction que l'on a faif en jetant à terre quelque chose que Vod a tient à la main, (i)
« Susceptible : i*. Signe de la préposition et du ce verbe recevoir ^ avec les deux mains à la fois ; « 2*. adjectif en ible.
« Lfi signe de cette préposition se £atit en pasce sant la main droite renversée sur le dos de la or gauche.
« Celui du verbe , en présentant les deux mains «t ouvertes, (a)
a Susciter : Signe de la préposition et du verbe « ciien
a Le signe de la préposition est le même que « celui des précédens.
a Celui du verbe se fait en plaçant la main gau* « che et renversée, de manière que Tavant-bras a soit horizontal; en même temps, la droite £iit le a signe de l'index , comme pour l'appeler, et la a gauche s'élève. » (3)
Ëst'-il bien certain que cette décomposîtioo des mots , à l'aide du signe des prépositions, réfMUide une utile et grande lumière sur leur signification , et prévienne l'équivoque dans leur emploi?
Une analogie imparfaite , en donnant aux inter-
(i) Deuiièine MémoiK, page 7a.
(a) Ibid., page 75.
{V. Ibid., page 76.
DSS SODRDS-MOETS. PART. H , CHAP. XVIII. I^g
prélatioos une direction fausse, peut rendre les signes bien plus sujets k l'équivoque, que s'ils araient uu caractère entièrement arbitraire. N'estce pas ce qui semble se justi6er par les exemples nivaDs?
« Superstitieux : i". Signes de prier et de crain^ « flrev a", signe d'adjectif, n (i) *
B .Sentiment : i °. Figurer l'action de placer quel- « que cbose que l'on est censé tenir entre le pouce « et Tindei de la main droite; a", signe de l'ab- « stractif. ■ (3)
M. l'abbé Jamet ne nous a donné qu'un certain Dombre d'exemples de ces signes de rappel; mais OD peut juger sans doute, d'après ceux qu'il nous présente , de l'ensemble du système. On retrou-ve dans le caractère et la composition de ces signes , le même sujet d'observation qu'avait déjà fourni leur théorie. L'auteur chercbe k la fois à atteindre deux buts : il veut un signe de rappel qui retrace le mot; il veut un signe d'analogie qui peigne le trait essentiel de l'idée; et les conditions nécessaires pourobteuir ce double résultat se montrent, dans l'application comme dans la théorie, au moins très difficiles à concilier entre elles.
L'estimable instituteur de Caen ne nous a poii# hit conaaitre le système de ses signes grammatî-
(1) Deuiiàne Mémoire, p*ge 77' [■i) liiid. , page 89.
a5o DB l'éducation
eaux. Nous regrettons aussi qu'il ne nous ait point exposé , ni Tordre suivant lequel il développe sa nomenclature, ni la méthode qui préside à It marche générale de son enseignement. Nous ignorons s'il fait usage de l'alphabet manuel ; mais il parait qu'il a entièrement rejeté celui de Talphabet labial. Ses procédés doivent réussir, malgré ^impe^ fection qu'on peut leur reprocher, parce qu*ils conduisent cependant aux exercices de lecture et d'écriture , qui sont l'essence de tout système efficace d'instruction pour les sourds-muati^ et servent à déterminer la valeur et l'emploi des mots écrits. (ï)
Disciple de M. l'abbé Jamet, M. DudésMt a adopté les principes de ce respectable instituteur, rdatîvemen t aux signes de rappel. Mais rexpérience et la réflexion l'ont conduit à abandonner les empnints que M. l'abbé Jamet avait cru pouvoir faire aux abbés de l'Épée et Sicard , par l'emploi des signes mimiques ; il a pensé que cet emprunt altérait h simplicité de la méthode de l'instituteur de Caen , et le détournait de son but. M. Dudésert ne nous a point fait connaître encore les formes des signes de rappel dont il fait usage; il nous apprend seuè^ment qu'ils composent un langage manuel , qu'ils sont entièrement conventionnels, et qu'ils correspondent exactement aux mots de notre langue,
:|) yojrcz la note L , à la fin de ce Chapitre.
DES S0UBDS-MDET8. — PART. Il , CHAP. XVIII. aSi
de manière à pouvoir rendre chacun d'eux dans un discours , par une traduction rigoureusement fidèle. Ses signes méthodiques^ doivent être umquenient, suivant la dénomination de M. l'abbé Jamet, la prononciation des mots d'une langue, (i)
M. Dudésert repousse, de la manière la plus absolue , tout emploi du langage mimique; il le proscrit comme nuisible autant que superflu. Il est persuadé, d'après les observations répétées sur Jes sourds-muets confiés à ses soins, que la meilleure voie pour atteindre au but de l'éducation du sourd-muet, c'est-àrdire pour le mettre en rapport avec la société, au mojen d'une langue écrite, est de renoncer pour toujours à la pantomime , et de n'adopter que des signes strictement méthodiques. « La pantomime manque d'expressions pré- « cises et déterminées pour rendre la plupart des <f idées; elle n'a pas d'expressions rigoureusement i< concordantes avec celles qui composait le dica tionnaire de nos langues; elle laisse donc le sonrdc muet en proie à une incertitude qui se manifeste «à découvert, lorsqu^on lui demande de transa porter sa pensée dans l'idiome de son pays ; elle il ne fournit qu'une signification vague et confuse «c à celui qui en est le témoin. Ces signes de la « pantomime ne sont soumis à aucune règle , à
(i) Mémoire sur l'Éducation des Sourds-Muets; par M. Cli. Diidcsert. Caen , 1827.
2 Sa i)E l'éducation
a aucune fixité , à aucune méthode ; Us varient suicr vant les dispositions de l'individu ; cependant, le « penchant du sourd-muet pour ce langage qm lui a est familier , le lui fera préférer constammeot (c dans l'usage ; il ne se familiarisera donc point avec <c la langue qu'il devait apprendre; elle lui restera a étrangère; elle ne lui inspirera que de rékngnea ment et du dégoût ». M. Dudésert enferme donc en quelque sorte son élève dans Tenceinte de notre langue écrite, l'y retient captif, afin que, contraint à employer exclusivement les termes qu'elle lui présente, il s'asservisse à en étudier le sens et parvienne à se les approprier, (i)
M. Dudésert ne croit point avoir besoin de recourir à la pantomime, comme à un moyen d'explication , et pour y trouver la peinture des idées; il ne veut, pour enseigner à son élève la valeur et la signification des mots , d'autre mode de procéder, que celui qui est suivi par la mère dans l'éducation de son enfant jouissant de l'ouïe. Il ne se dissimule point que son élève, comme l'enfent ordinaire , se servira souvent d'expressions dont il ne pourra encore saisir la force ni la valeur; mais il ne s'en alarme, ni ne s'en inquiète en aucune manière : il compte sur les rectifications successives qu'apporteroril les circonstances et l'usage; i\'Î9X\
(i) Mémoire sur i' Éducation fies Sourds-Muett , piges 6 et 10.
DES SOURDS-JIUETS. PART. II , CHAP. XVIll. ^53
naître lai-même les circonstauces pour donner à son élève des idées nouvelles ; il lui aide à en£Btf|ter ses pensées; il le relève de ses chutes ; il cherohe à fintéresser ; il s'efiforce de détruire en lui le penchant i imiter, (i)
Le syllabaire dactylologique de M. Recoing ne se présente que comme un procédé auxiliairjç; mais les idées qui ont conduit l'inventeur à imaginer ce procédé , celles qu'il a développées à o^tte occasion, repc^ant sur les principes les plus saii^, offrent autant de simplicité que de justesse ; dlas méritent d'être livrées à la méditation de tous ceux qui s'occupent de l'instruction des sourds-muets; , elles pourraient surtout avoir le précieux avantage de préparer enfin un mode d'instruction d'un emploi plus général y plus facile , applicable à l'éducation domestique.
Nous retrouvons encore dans M. Recoing l'exemple touchant d'un père qui a voulu être lui-même Finstituteur de son enfant sourd-muet. Quoique occupé d'exploitations rurales qui lui demandent beaucoup de temps, M. Recoing a trouvé le loisir nécessaire, non seulement pour instruire son fils, mais pour composer un procédé fort ingénieux qui lui a sei*vi d'instrument. Versé dans l'étude des ma-
i) Mémotre sur l' Education des Sourds-MueU, pages 20
»t ai.
a 54 ^E r/KDiTc\Tiorr
thématiques , doué d'un bon esprit , il a été surtout inspiré , non seulement par la tendresse paternelle, mais par un généreux intérêt pour la classe entière des sourds-rouets.
Distinguons , dans son intéressant trayail, deux choses essentiellement différentes, quoique fiées entre elles , que peut-être il n'a pas-bien distinguées lui-même : Id méthode qu'il a suivie , et Finslrumelbt qu'il a employé.
M. Recoing a connu, exposé mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à ce jour, cette venté simple et féconde qui est comme la clef de Fart : que récriture et la lecture sont le moyen , non seulement principal, mais essentiel, fondamental et direct, de Tinstruction des sourds-muets (i). En partant de ce principe, il a judicieusement reconnu en même temps, que le désavantage particulier à récriture, lorsqu'elle est appelée ainsi à remplacer la parole , consiste dans la lenteur de son étécu-
( I ) € Les méthodes les plus vantées et les phs ingénieuses « en apparence ne seraient qn'excesstvcment ndicnles, si » on n'écrivait pas. La meilleure, sans contre^, tara celle n OÙ on écrira le plas ; et lliommc qui donnerait à loai la « individus de la société le mo]ren d'écrire aux y€uz do sourd- « muet, de le faire continuellement et aussi Irapidement que « la parole; oui, celui-là aurait résolu complètement le pro- « blême qui nous occupe en ce moment ». ( Syllabaire daet)" lologique, page 124.)
1>ES SOURDS-MUETS. PART. Il , CHAP..XVIIÏ. a55
tioD, dans Tappareil des conditions matérielles que cotte exédutioti exige, et qui ne sont i notre dii|Kmtîoii, ni dans tous les Keux, ni dans fàrus les temps; il en a aHidn qu'il s'agissait de Caire diiparaitire ces inconvéniens et ces difficultés , en domaBt aus «^rations mécaniques qui retracent Iw mots aux yeux, cette eélértté, cette simplicité , cette faôlîfeè qm manque à l^»n|)loi de la pluitae ou du ciayoB. L'alpfaid^et mattuel rettiplit déjà une partie db ces ooinditidiis , en ce ^% aé prête aui estretiena en tout temps , en toltt Ueu , et même dana rtibscurité;matiiil est encore loi-ttiêmè d'une exécution assez lente. L'exemple des sténographes et des tachygraphes a du se présenter à la pensée de ML Recoing > pour achever d'obtenir toutes les ccmdttions requises; et sa dactylologie est en effet une véritable tachygraphie destinée à abréger les formes de l'écriture , en les exécutant sur les doigts. Une seconde vue, non moins digne de fixer notre attention, a frappé et dirigé M. Recoiug. « Pourquoi, s'est-il dit, vouloir absolument iden- « tifier pour le sourd-muet, dès les premiers pas , u ces deux enseignemens de la langue, lesquels, « pour l'enfant ordinaire, n'ont lieu que successi- « vement et à des intervalles assez éloignés? pour-
• quoi vouloir débuter par renseignement classi- « que , armé de toutes les notions de la métaphy-
• sique et de la grammaire générale ? pourquoi ne < pas se contenter de donner d'abord au sourd-
a 56 DK l/ÉniTC\TION
a muet cette connaissance usuelle de la langue, a qui suffit pour les entretiens fisimiliers, et à Faîde a de laquelle un jour on pourra à loisir lui proa curer une instruction plus savante ? »
Pouvant, à Taide de sa tacbygrapbie dactylologique , s'entretenir constamment avec son fib, et donner à ses entretiens la plus grande rapidité, M. Recoing était parfaitement en mesure de te mettre en possession de la langue usuelle , par la seule voie que la mère et la nourrice emploient vis-à-vis de l'enfant au berceau. Mais , en se bornant à employer ainsi le secours des drconttances, M. Recoing avait un double avantage : fort instruit lui-même, et plein de sens, il n'imitait pas les erreurs ou l'incurie de la mèreet delà nourrice; il plaçait babilement son élève dans les situations les plus propres à (aire naître dans son esprit les idées dont il voulait lui donner les noms, et à en fiùre bien déterminer et circonscrire Tétendue et les limites ; il procédait avec ordre ; il s'assurait qu'il avait été bien compris; en même temps qu'il s'interdisait, de la manière la plus absolue, toute espèce d'enseignement grammatical vis-à-vis de son jeune élève , M. Recoing se guidait lui-même par la grammaire dans la direction qu'il donnait à son enseignement familier. D'un autre coté, son fils étant un peu plus avancé en âge que l'enfant au berceau , était capable de faire un plus grand nombre d'observations , (le les mieux faire ; bcs facultés avaient déjà
«ES SOt'BI>S-MrETS. PART. II , CIIAP. XVIII. i^"]
ncqiiis quelque énergie; la tendre sollicitude de son père remplaçait avantageusement pour lui la dépendance où se trouve l'enfant en bas âge ; au lieu d'être simplement témoin, comme le sont les enfans ordinaires, de discours qui ne s'adressent pu à eux , qui sont raremen t à leur portée , et dont ils ne peuvent guère retirer que des indications trcs imparfaites et très vagues, son fils ne recueillait, dans les entretiens paternels, que des discours choisis, parfaitement à sa portée, et préparés expreâS4^ment pour lui.
M. Rrcoing commence, ainsi quel'abbé Sicard, par imposer les noms aux objets, en feisant écrire et lire les uns en présence des autres; mais, il joint immédiatement à l'écriture sa tacbygraphie manuelle qui en doit être le supplément. H fait passer devant les yeux de son élève les diverses productions de la nature; il l'exerce à observer et à noter, par Vemptoi des noms , les observations qu'il a faîtes ; il se bâte même de faire former à son élève des propositions simples et familières, sans s'arrêter k en faire l'analyse , ou plutôt en évitant avec soin toute analyse grammaticale ; il lui su£Bt qu'il soit compris, et que son élève s'exprime de manière k se faire comprendre.
Distinguant, dans le langage mimique employé pour l'instruction du sourd-muet, les signes naturels au sourd-muet, par lui institués, apportés avant tout enseignement, des signes artificiels 11. 17
ti58 DE l'iSducation
conçus par Tinstituteur, tels que les signes méC^ cliques des abbés de TÉpée et Sicard , M. Reooing ne repousse point Tusage des premiers, qooîqa'ii n'en apprécie pas toute Futilité; mais il rqecte entièrement l'usage des seconds, qui lui paraissent complètement inutiles pour donner Tintelligeiioe de la langue française , et même propres i k retarder, à l'affaiblir dans la mémoire de Télève.
Sans connaître en théorie et par définition aocune des règles de la langue, son fils est donc déjà assez familiarisé avec l'usagB pratique des termes, pour lier avec lui des conversations smvies, et se trouver à peu près dans la situation où sont nos enfans avant d'aller au collège. Voilà la première période de l'éducation terminée. On poin^ rait s'arrêter là pour l'instruction des sourdHDoets appartenant aux classes inférieures de la société, comme on s'y arrête pour ceux de ces enfiuis qui entendent et qui parlent. Cependant, même dans cette première période, l'instituteur est loin d'avoir négligé les premiers élémens de l'instruction morale et religieuse : il la considère comme ce qu'il y a de plus essentiel à la destinée de son fils ; i) s'est hâté de lui offrir ces alimens substantiels* mais toujours sous une forme familière et simple-
Maintenant M. Recoing va entrer, avec son élève, dans la seconde période de renseignement, celle de l'enseignement classique et scientifique. Mais on aperçoit d'avance qu'elle ne lui
ItFS SOrBDS-MUETS. PABT. Il . CHAP. XVIll. iSq
nréacitrerB aucune difficulté particulière , qu'il n'aura plus besoin de recourir à des méthodes spéciales, coi«;ues pour cette classe particulière d'élèves. Eii effet, il enseignera, et la grammaire M la g^gmphic, et les mathématiques et l'histoire. la botanique, la logique même, el la niétaphy- >k\uc ; il complétera l'instruction religieuse , eu pro<:*!<i«nt comme oo procède à l'égard de tous Ws autre» écobers, à l'aide de la langue usuelle. Potir donner la oonnaissanf:e des règles de la gramm.'iii'e , il n'aura qu'à ramener son élève sur la irac* de ce qu'il a déjà appris sans le remarquer « à le faire réâéofair sur cette langue qu'il eniploysit par habitude ; il finira par où Ton comiB«i>cb dans la méthode du abbés de VÉpéfl et Sicard ; il exonéra son élève a de frécfueiites compositkiitt, «uî conduiront cette intelligence nsissaixte & se rendre compte de ses prc^res idées.
Un antre amatage fort précieux qne trouve M. Recoing dans W division qu'il a établie de deux périodes d'enseignement, c'est qu'il peut, de bonne heure, comoiencer k introduire son élève aux exercices de la lecture ; c'est qu'il peut s'aider de toua les secoun de lectures dboisies. Pendant b seconde période, l'élève, entre )«e mains duquel ou peut mettre des livres, s'accoutume encore mieux à réfléchir, et profite mieux des leçons lie aon maître.
M. Recoing accepte même le secours de l'ar-
a6o DE l'éducation
ticulation artificielle, comme propre à Cavoriser et à multiplier les entretiens de l'élève avec ceux qui l'entourent ; car il a senti que , borné à la seule tachygraphie manuelle , son û\é ne poomit suivre des conversations familières qu'avec loi seul, ou avec les personnes qui auraient eu la pitieiioe d'apprendre l'usage de cette tachygraphie, dans le seul but de causer avec le jeune élève; or, il entre essentiellement dans son plan de fournir à l'élève tous les moyens de multiplier ces entretiens , qui doivent servir à initier celui-ci dans la pratique habituelle de la langue de son pays.
Ce système frappe par son extrême simpUâtè ; tout y tend au but; tout tend à faire atteindre àce but le plus rapidement possible; l'instituteuf évite tous les détours , s'attache à demeurer fidèle k la marche de la nature. Ce système frappe encore par l'enchaînement logique qui en unit étroitement toutes les parties. On voit qu'il a été conçu par un esprit occupé d'idées exactes et positives ; on y reconnaît les inspirations de l'une des plus vives affections du cœur humain, (i)
Il reste à voir maintenant en quoi consiste cette tachygraphie imaginée par M. Recoing, jusqu'à quel point elle remplit son but, quels sont ses avantages ou ses inconvcniens dans la pratique.
(i) Syllabaire dactylolagique , pages gi et suit. Faris, i8a3 , in-A".
IIBS SOrnOS-MITETS. — PART. Il, CHAP. TtVUl. 261
Ce proaidé , nous le répétons , n'est point une in^tbodc: il n'est qu'un moyen accessoire, un instrument matériel. Toutefois il joue ici un rôle es&entiel; car c'est de la facilité à l'employer, de la précision, de l'exactitude, de la clarté qui seraient conservées dans son emploi, que dépendra en effet ce qui forme la condition fondamentale de la mé'thode, c'est-à-dire la possibilité d'enseigner la pratique usuelle de ta langue par une suite continue d'entretiens familier^.
Ce qui constitue le procédé de M. Recoing est, ainsi que l'indique sa dénomination, un syllabaire msnuel, dans lequel la position et les raouTeioens de la mainf des doigts, du poignet, donnent quatre ordres de signes qui s'exécutent simultanément, et dont (^acun représente un , deux , trois , et même jusqu'à quatre signes, (i)
L'autenr, depuis la publication de son premier essai , a beaucoup simplifié son système (a). Il se compose maintenant de 86 signes pour les voyelles et pour les consonnes simples ou composées , et de 16 signes supplémentaires poar certaines finales
(1) ^Uabain dactj^oiogiqÊK , pag«* 9 et nùv.
(aj U. Recoin; ■ «diplé Mn tjitème à «ne noaTcU^ méihode de •ténognphie qnll a présentée à U Sociétë d'Agrîc«ltnrc. Science* et Art* du département de l'AoIie , et qui nt ÎBiirée dana le Recaeïl de celle Société, pour l'uinéc 1826. ( T«ir b noie H , à U tnite da prêtent Ckipttre. )
a6t2 DE L'iOUGA.TIOV
d'un usage fréquent dans notre langue. Soianle de ces signes, affectés aux consonnes, s'esécHtent par six positions diverses de chaque main, et dix mouvemens des quatre derniers doigts ; Tttgl-«iz autres signes, affectés aux voyelles , s'exécateot par le mouvement du pouce , combiné avec celui du poignet.
Ce syllabaire est d'une grande rajùdité dans l'exécution ; il est moins sujet à l'équivoque que la sténographie de MM. Taylord et Bcrtin ; il nous paraît inférieur à la tachy graphie de M. Coulon Thévenot. Il ne peut être confié qu'à la mànoire ; son étude , son emploi , sont entièrement Tatoawkfaei. L'inventeur n'a pu conserver aucune trace d'analogie entre les signes qui le coniposent, el k tonoe des lettres écrites que ces signes sont destinés à représenter. C'est donc un second alphabet doet les formes sont entièrement différentes de eeUes de l'écriture dessinée à la plume ou au crayon , dont il doit cependant être comme la continuation , le supplément , et dont il devrait être l'image.
C'est ici un grand inconvénient, il finit le dire: l'alphabet manuel a, sur ce syllabaire, l'avantage de retracer du moins la figure des lettres qu'il rappelle. Ce défout d'harmonie entre les deux écritures, l'une peinte, l'autre manuelle, occasionne dans la mémoire une complication embarrassante et pénible; il rend nécessaire |ine longue habitude pratique. C'est en partie k cette
DUS SOUnOS-MUfiTS. — PART. Il, CflAJ>. XVIII. s61
circonstance qu'il £siut attribuer sans doute Tcxtréme répugnance qu'ont témoignée nos élèves sourds - muets k employer ce syllabaire , après lavoir accueilli d'abord avec empressement et avec joie , lorsque nous en avons fait (aire l'essai dans l'Institution de Paris. Us n'y retrouvent pas les mêmes facilités que dans l'emploi de l'alphabet manuel ; ils se trouvent embarrassés par cette multiplicité de systèmes de signes divers entre eux, et accumulés à la fois dans leur mémoire. Mais leur répugnance s'est accrue principalement, si je ne me trompe, de la préférence naturelle que les sourds-muets donnent au langage mimique, dans l'usage duquel la méthode suivie dans l'Institution les entretient continuellement. Il est possible aussi que l'adoption du syllabaire soit toujours plus facile dans l'éducation individuelle et domestique que dans l'éducation collective : c'est ce que l'expérience pourra seule nous enseigner d'une manière certaine.
M. Recoing nousa présenté son fils, élevé d'après sa méthode , et la méthode ne peut recevoir une apologie plus positive et plus complète que par le résultat obtenu dans cet intéressant élève. Son instruction est au^i complète qu'on puisse l'attendre d'un jeune homme de son âge. Un exemple remarquable prouve tout ensemble , et la célérité du procédé employé par le père , et l'intelligence du fils : ils assistaient ensemble à un sermon ; le
Î264 i>E LÉDUCA-TIOIf
père traduisait à mesure les paroles du prédicateur sur son syllabaire manuel ; le fils rendit ensuite un compte fidèle et sommaire de la substance du discours.
Puisse l'exemple du père trouver des imitatearsf puissions-nous réussir à rendre cette imitatioii plus facile !
Pendant que M. Recoing tâchait de donner à l'écriture la rapidité et la mobilité de la parole, M. Bébian cherchait à donner au langage mimique la fixité et l'immobilité de l'écriture.
En partant de l'hypothèse que le langage mimique, porté au plus haut degré de développement qu'il puisse recevoir par le concours de l'instituteur et des élèves, est l'instrument essentiel de l'éducation du sourd-muet , hypodièse sur laquelle repose la méthode des abbés de l'Épée et Sicard , hypothèse dont M. Bébian est l'un des partisans les plus prononcés et des plus éloqueDS panégyristes , il a judicieusement apprécié tous les motifs qui demandaient pour ce langage une écriture propre à le peindre en caractères immobiles. Le langage mimique n'aura en efifet acquis toute sa perfection, toute son utilité, disons plus, il n'aura véritablement acquis un caractère déterminé, que quand il sera venu se reproduire ainsi en relief dans une empreinte duarble.
Par là seulement, il se dépouillera du vague et de
DES SOURDS-MITETS, PART. If , CHAP. XVIII. a65
l'incertitude qui s'y font habituellement sentir, et il acquerra enfin une fixité constante et une certitude convenable.
Par là seulement, il pourra devenir commun aux différentes écoles dans lesquelles l'instruction repose sur le même principe.
Par là seulement, il obtiendra cette immobilité si nécessaire pour captiver et reposer l'attention , prêter ainsi son secours à des études réfléchies.
Par là seulement, il pourra conserver l'image de la pensée du moment présent, et la transmettre à distance.
Captif ainsi dans des formes stables , il pourra être mieux soumis à de nouvelles élaborations.
On éprouve un extrême embarras, lorsqu'on veut décrire, dans le langage ordinaire, la composition d'un signe mimique : il est rare que cette description soit parfaitement nette et exacte ; nous en avons éprouvé toutes les difficultés, lorsque, dans les chapitres précédens, nous avoYis tenté des descriptions de ce genre , et nos lecteurs s'en seront facilement aperçus. On remarque avec siirprise que les élèves, que les professeurs même qui appartiennent à des écoles diverses , mais fondées également sur l'emploi de la pantomime réduite, ne peuvent aucunement s'entendre entre eux, quand ils se rencontrent, parce que leurs systèmes de signes mimiques n'ont aucune ressemblance : on remarque avec surprise que des
a66 D£ L£DUG4TIOBr
personnes qui fréquentent habitueUcmoit les sourds - muets de nos institutions, qui asûCent souvent à leurs exercices, sont cependant inoapables j même après plusieurs années , de fiier dans leur mémoire et d'exécuter aucun de ea signes , tant l'exécution en est variée , rapide et fugitive.
Tels sont les avantages que M. Bébian a dieidié à obtenir, les inconvéniens qu'il a tenté de £iire disparaître , en imaginant sa mimographie.
Il a remarqué que le langage mimique, dans sa fécondité , pouvait être rappelé cependant à un certain nombre d'élémens; il les a analyvés atec sagacité , déterminés avec précision , claiasés avec méthode.
Ces élémens appartiennent , les uns aux mains, les autres à certaines parties du corps , les autres H la physionomie.
Ils se composent, ou de mouvemens,oude pe* sitions.
L'auteur a donc cherché à reproduire, dans ses caractères dessinés , ces différentes conditions :
 signaler Torgaue en jeu ;
I^ mouvement exécuté ;
La position donnée.
Pour indiquer l'organe , il eu a dessins 1^ contours ;
Il a indiqué la position , en disposant aussi cett<^ figure dans un plan analogue.
DES SOURDS-MUETS. FAUT. Il , CHAP. XVIIJ. ^67
Il a indiqué les mouveinens, par des lignes courbes, sinueuses ou droites.
Il a même institué des accens, soit pour désigner les modifications du mouvement, c'est-à-dire s'il est bref ou prolongé, faible ou pénible, etc. , soit pour désigner les diverses parties, ou les divers côtés de l'organe.
Enfin , il a admis un certain nombre de caractères auxquels il donne le nom de points physionomiques , pour représenter ces expressions si àéMcsilts et si vives tout ensemble, qui ressortent du jeu de la physionomie.
Ces différentes sortes de caractères peuvent se grouper facilement pour former des mots.
L'auteur s'est attaché à donner à ses caractères la plus grande airoplicité, pour qu'ils fussent d'une exécution facile et prompte.
Il n'a point prétendu , et il ne pouvait espérer que ces caractères pussent conserver quelque analogie, même lointaine, avec la pensée que représentent les signes n^imiques dont ces caractères sont la peinture. Mais il a désiré que les caractères écrits conservassent une analogie fidèle avec les signes mimiques auxquels ils correspondent.
Ici, il a eu à lutter ooiitre une grande difficulté, contre les difficultés qui se rencontreront toujours loi*squ'on voudra réunir dans les mêmes signes deux conditions qui sont peu compatibles, la simplicité des formes, les traits de l'analogie; car
îi68 DE l'éducation
ceux-ci ne se produisent qu'à Taide de combinaisons plus ou moins étendues et variées.
L'auteur voulait , dans les formes de ses signes graphiques , imiter les formes même des organes , ou les mouvemens que ces signes doivent rappeler. Mais , représenter les parties du corps .avec leurs mouvemens divers , ce serait dessiner et non pas écrire ; c'est la rapidité du trait qui fait le caractère principal et l'avantage de l'écriture. M. Bébian a donc été contraint de faire subir aux figures qu'il voulait retracer, une réduction convenable , pour les ramener à la condition de signes graphiques. Le changement qu'elles ont subi, en se contractant ainsi , est tel qu'on aurait peut-être quelque peine à les reconnaître , si elles n'étaient iddées par les explications de l'auteur. Il y a plus : il ne pouvait trouver toujours des imitations graphiques ; il en a manqué , par exemple , pour diverses modifications des mouvemens et des positions, pour le jeu de la physionomie, qui remplit un rôle essentiel dans le langage d'action : il n'a pu employer ici que de simples accens , signes entièrement arbitraires. Ainsi , les traces de Vanalogie demeurent très faibles dans une portion de la mimographie , et s'effacent même entièrement dans l'autre.
En cherchant à obtenir la plus grande simplicité, les signes de la miniographie deviennent quelquefois si subtils, que leurs traits déliés échap-
pent facilement à l'attention , et qu'on est exposé à les confondre.
Leur nombre est considérable; ils s'élèvent à i5o : c'est un fardeau assez lourd pour la mémoire.
L'expérience seule peut nous apprendre jusqu'à quel point ces deux dernières difficultés peuvent se faire sentir ou subsister dans la pratique.
Quant à l'utilité du système , considéré en luimême et dans son ensemble , elle est nécessairement et entièrement subordonnée, comme nous l'avons déjà annoncé , à l'hypothèse sur laquelle ce système repose; c'est-à-dire, elle dépend de la question de savoir jusqu'à quel point est réellement utile, dans l'éducation des sourds-muets, l'emploi du langage mimique porté à son plus haut degré de développement ; question grave , fondamentale, aujourd'hui controversée, non encore décidée , et que nous nous réservons de discuter par la suite.
Mais, en supposant même que cette importante question fût résolue, en supposant ^u'on eût admis, comme la vraie méthode, l'emploi du langage mimique avec son entier développement, il resterait, avant de pouvoir faire usage de la mimographie, à exécuter un travail aussi vaste que difficile : il faudrait, avant tout, que les signes qui doivent composer le langage mimique, destiné à devenir désormais invariable et général i
a^o DE l'ièducatioiv
eussent été Tobjet d'un choix définitif, raisonné et convenu.
M. Bébian avait annoncé déjà le dessein de sa mimographie dans son Essai sur les Sourds^MtMs; il en a publié une esquisse il y a peu de temps (f ); il n'a pas sans doute cru avoir épuisé tout» les modifications du langage mimique, dont la variété semble pre&que inépuisable; il s'est réservé sans doute aussi de réformer, de perfectionner par la suite ce premier essai. Mais, dans l'état ïïÉkèmc où il Ta présenté, on doit y reconnaître un travail fort ingénieux (i) ; il se place à côté des autres travaux de l'auteur, pour lesquels nous avons déjà exprimé une juste estime, comme il se lie étroitement au système qu'il a adopté.
Nous aurions vivement désiré pouvoir offrir ici une exposition détaillée et raisonnée de la méthode suivie dans Técole royale de Bordeaux par M. Guilhe. Son auteur, qui a fait une étude profonde des sciences philosophiques , et qui les
( I ) Mimographie ou Essai d'^riture mimifu» Paru, 1 8^5 • Brochure in-8®.
(a) Mon estimable ami M. Frédéric Covier, membre du Conseil de perfectionnement prè» l'Institutioii royftic des Sourds-Muets de Paris, nous a fait, sur la Mimogrûpkit de M. B^'bian, un rapport qui porte renipreinte de reicellent rsprit lie vf^ naturaliste philosophe. J'ai emprunté leitncllc* mrnt a re rapport les observations qui viennent de loi.
DES SOURDS-MUETS. — PART. II, CHAP. XVIII. ^k'Jl
a long -temps enseignées de la manière la plus distinguée, a trouvé, dans Fart d'instruire les sourds - muets , l'une des applications les plus naturelles et les plus directes ; il s'est trouvé ainsi dans la situation la plus favorable pour fonder cet art sur les véritables principes; il a en effet judicieusement fait consister l'essence de l'art dans la bonne coordination de l'enseignement; mais, nous éprouvons le regret (i) de n'être point à portée de donner sur sa manière de procéder, les détails nécessaires pour rendre ses exemples utiles au progrès de l'art. (2.)
(1) M. Guilhe a pnblié nn Tableau analytique des procédés à suivre, et de l'aide à donner aux idées dans l'instruction des Sourds- Muets ; Bordeaux, 1814; trbXs il n'en a fait tirer qu*un petit nombre d'exemplaires pour ses amis. Les instances pressantes et réitérées que nous arons faites auprès de lui pour en obtenir des informations détaillées sur ses méthodes , ont été infructueuses.
(a) f^ojrez la note N ci- après.
^rj2 DE L'iDUCA.TION
Note L , page a5o«
M. Tabbé Jamet a comparé , dans un certain noakre crexemples , ses signes de rappel, aux descriptions Rofermées dans la Théorie des Signes de l'abbë Skinl; c'est sur cette comparaison qu'il s'est fondé, et fort justement, pour faire sentir tout ce qui.manqaeà «s descriptions, en simplicité, en précision, en rapidité, en exactitude même , pour en faire de Téritables s^mes.
Mais il eût fallu comparer les signes de rcffpe/ de M. rabl>é Jamet, avec les signes de rédmeikm employés dans l'institution de Paris , qui ont précisément le même but que celui que M. l'abbé Jamet s'est proposé. Ce parallèle qu'il n'a pas fait , que probablement il n'a pa faire , parce qu'il ignorait nos signes de rédaction, nous allons lé présenter ici , dans un petit nombre d'eunpieii
Ce parallèle aura l'avantage de donner une idée de la ^ variété des moyens qui peuvent être employés pour obtenir, par le langage d'action , des signes mimiques simples, rapides, et cependant empreints d*une analogie assez fidèle, pour qu'elle puisse représenter ndée qalls expriment.
Les élèves sourds-muets non seulement ont coopéré, mais ont eu la plus grande part à la formation des signes de réduction employés dans l'institution deP^ Les signes de rappel de M. Vabbé Jamet semblent être entièrement et exclusivement son propre ouvrage.
Dieu. — (M. Jamet). i**. On lève les yeux au ciel, et en même temps le pouce de la main droite s'élève, poo^
DES SOURDS-MUETS. PART. Il, CHA.P. XVIIl. îiyS
flésî^Der le seul être grand et maître de tout ce qui y réside ;
a"". La tète et le corps s'inclinent, pour marquer le profond respect que nous devons à ce grand maître; 3^ Signe de nom commun.
(Institution de Paris). L'index se dirige vers le ciel, et en même temps la tète s'incline avec respect.
N. B. Dans la conversation, le sourd^muet ne fait jamais le signe de nom commun.
Dangereux, — (M. lamet). !•• On ^ève les deux mains an-dessus de la tête, les index ëtant suspendus, comme pour la menacer; on baisse la tète, en la retirant, et en affectant un air de crainte et d'inquiétude;
3^ Signe de l'adjectif.
(Institution de Paris). Les deux mains placées horizontalement devant le corps, se. retirent brusquement, comme pour se soustraire à un accident. Le corps suit ce mouvement. La physionomie exprime la crainte.
Origine. — (M. Jamet). i^ La main gauche représente un vase, pendant que la main droite fait le signe d'appel, comme si eUe voulait en fiiire sortir quelqu'un ou quelque chose;
a*". Signe de nom abstractif.
(Institution de Paris). L^iodex droit s'introduit entre rindex et le majeur gauches, puis il descend en traçant une suite de petits anneaux.
Oser. — (M. Jamet). i". La main droite fait le signe du verbe craindre, tandis que la tète, un peu penchée, se relève aussitôt, et le visage prend un air hardi ;
l^ Signe du mode indéfini.
(Institution de Paris). Les deux mains fermées à la
'JI7/1 DE L K0nC\TION
hauteur de la poitrine, se portent rapidement an «fvnt, en s ouvrant avec force ; en même temps, la' tèle le lève avec un air d'assurance.
Soumettre. — (BL Jamet). i^ Signe de la prëpoâlion et du verbe mettre.
Nota. Le signe de cette préposition se bÀt eo ph^ni la main droite sous la gauche.
Pour celui du verbe, on porte la main droite fimnëeai avant, et on l'ouvre comme pour lâcher ce que l'on teaût
(Institution de Paris). On porte rapidement la nuin droite fermée, sous la gauche étendue horiaonm/ement.
Sif/et, —(M. Jamet). f^oir ci-devant, page 247-
(Institution de Paris). Inférieur. — La naÎB gandieest étendue horizontalement , tandis que la droila, dans b même position, vient se placer dessous en aa faalan^nt pour attirer les regards.
Pour indiquer le su/et d'une phrase, le pones de la iiiiiin droite levé, les autres doigts fermés, s'éleva à la hauteur de la tête.
Veut-on indiquer le si^'et d'un art, d*ane sdenee? rindex se porte en avant comme pour montrer no olqel; puis les deux mains imitent l'action de débile ec ds développer un nœud.
Le mot su/et est*il pris dans le sens deraiion) etose, motif? l'index, après s'être appuyé sur le front, s'co éloigne , le bout dirigé en avant ; en mène laap ^ piiysionomie exprime l'interrogation.
SMime (M. Jamet). i"". Les mains, en fàmX '^
signe de l'adjectif beau^ s'élèvent autant que hibrs» peuvent s'étendre;
7?. Adjectif.
DES SOUROS-MIJETJi. -*PART. Il, CHikP. XVIII. ^75
Neitu Le flgne de beau coosisie à passer légèrement pfosiean fiois le bout des doigts de la main droite sur la gaadie , et en prenant, dans son regard et dana tonte a figure, un air de saûsCiction et de plaisir.
(Institution de Paris)* La main droite, ouTerte i la hauteur de Fépaule gauche, se poite i droite en s*élevaut autant que le bras peut s*éteDdre. La phyaionomie exprime Vadmiration.
Régner. -» (H. Jamet). i\ Tandis que la ma|n gaiKhe paraît tenir le sceptre , le hraa droit s^élève horingntalement, et la main ouverte sayance de gauche a dioile, comme pour marquer la puissance souieraine. Ou pnnd en miéme temps une attitude imposante;
l^ Signe du mode indéfini.
(Institution de Paris). Les deux mains portées en nvant et fermées comme si elles tenaient des rênes, sein^ blent l'une après lantre les lâcher et les tirer alternativement. L'attitude est imposante.
Obtenir. — (M. Jamet). i°. Signe de la préposition et du verbe lenir;
a\ Signe du mo<le indéfini.
Nota. Le signe de la préposition se fiût en baissant la main ouverte, Im paimM vers la terre, et la relevant en allongeant d'abord le bras, le nKxourcissant ensuite de manière que le bout des doigts décrive un demi-cercle vertical.
(Institution de Paris). La main droite renversée s'avance en baissant; puis, se relevant en décrivant une courbe, elle revient rapidement contre la poitrine en se fermant.
2^6 DE L ÉDUCA.TION
Objet. — (M. Jainet). i". Signe de la prépbsitkn et fia verbe jeter;
2^ Signe de nom commun.
(Institution de Paris). I^s yeux regardent fiiemnl riutérieur de la main qui se présente devant la figure.
Naturel, — (AL Jamet). I^ Faire le premier ligne du mot nature. {Voyez ci-devant, page a46.)
2^ Signe d*adjectif ou de nom commun, auiTantTacception de ce mot.
(Institution de Paris). Après avoir fait le signe. de Dieu, la main descend en imitant l'action de donner.
Regretter. — Par une rencontre singulière^ le signe du verbe regretter est le même chez M. Jamet et dans l'Institution de Paris.
x^ On joint fortement les mains et on les presse contre le côté droit de la poitrine , tandis que les jeux se portent tristement vers le ciel, du cdté gauche;
2^ Mode indéfini.
On y ajoute seulement, dans l'Institution de Platis,le signe de douleur^ en roidissant le poing autour du
cœur.
On ne Cait pas le signe de mode indéfini.
Se résigner. — (M. Jamet). i*". On baise h main gauche, tandis que la droite fait le signe delNeo.
(Institution de Paris). On fiiit le signe de Bien; puis les deux mains renversées se portent en avant en baissant, et le corps suit ce mouvement en signe de soumission.
Magistrat ~ (M. Jamet). i". La main ganclie ou* ve^t^ s élève à la hauteur de la tête, la paume en avant,
DE» SOURDS-MUETS. PABT. Il , CHAP. XVIII. ^77
tandif que la droite montre , de Tindex , cette inâin qui reprëfenie la loi ;
a*. Signe de nom personnel.
(Institution de Paris). L'index droit indique la paume de la main gauche étendue Terticaleroeht , pour représenter la Un; puis, les deus mains imitent le moare* nient d^nne balance , pour tigne de juger.
Souveram. — (M. lamet). i*. La main glincfae se pcyrte sur la garde de Tépée, pendant que la droite, ou- ▼erte , s aTanee de gauche â droile, horizontalement , et à la hauteur des jeux ; *
a*. Signe de nom penonneL
Dsns llnstitution de Paris ^ on retranche seulement ce dernier signe.
Les signes de idéologie, dogme j iclore , sont aussi les mêmes dans le système de M. lamet, et dans la pratique de rinstitution de Paris, avec la seule différence, que, pour les deux premières expressions, M. Ja met ajoute le signe de Vahstrartion que nos sourds-muets supprir ment , suivant leur usage.
Si 1 on prend U peine de rapprocher les exemples que nous venons de présenter dans cette notice , ceux que reoierment le chapitre VIII ci-dessus et la note qui y est jointe, de ceux qui composent la première note jointe au chapitre IV de la i** Partie, on aura en quelque sorte l'abrégé d une histoire eitière du langage mimique des sourds-muets, dans toutes les périodes successives de son développement, depuis les premiers signes imaginés isolément par le jeune sourd-muet qui n*a encore rsi^ aucun secours de Tinstruction , ni même entre-
'2'jS i>F- l'éducation
tenu de commerce avec les enfans atteinis de la même infirmité ; depuis ceux qui ont été adoptés en commun par ces mêmes enfans, au moment de leur réunion, et ont formé ensuite comme la langue- conTentionneUe d'un petit peuple de sourds-muets adoleacens, jusqaa ceux qui sont institués plus tard par le concours des instituteurs et des élèves, par la réduction elliptique des descriptions mimiques, jusqu'à ceux enfin qui sont fiinnés par la seule création de Tinstiluteur, soit dans les signes grammaticaux des abbés de TÉpée et Sicard , soit dans les signes de rappel de M. l'abbé Jamet.
L'histoire du langage mimique, qui commence aux inspirations naïves, irréfléchies et spontanées de la na* ture , qui se termine aux combinaisons de Tari gaidé par les lumières de la philosophie, offrirait par elle-même un haut degré d'intérêt pour l'étude expérimentaie des facultés de l'intelligence humaine, en nous £aisant connaître par quelles voies , par quels efforts , la pensée de l'homme tend à se produire, à se déployer au-dehors d'une manière progressive, se frayant passage, et laisse son empreinte sur la matière qu'elle peut saisir pour y déposer son image. Elle offrirait aussi quelques indices précieux sur les révolutions qu'ont pu subir nos langues conventionnelles.
Note M, page 261.
Nous avons pensé qu il serait utile de présenter ici à ceux qui possèdent \eSjrllabaire dactylologique^ imprimé, un tableau représentant les élémens de ce syllabaire, d'après la simplification nouvellement introduite par
DES SOURDft-MVSTS. PABX. Il, CHAP. XVIII. l'JQ^
Tauieur. Nous regrettons que Tespaoe nous manque pour indiquer la nature des positions et des mouireniens de la main et des doigts; on pourra fiicilemeot les concevoir.
Consonnes.
I a 3 4 S I U III IV y
h. c. dm f' g» h, j, k, I, m»
I a 3 4 S 1 II III lY V
if. p. q. r, s, i. V. X, %,' jr.
a 3 4 5 I II III IV V
bd. bl. hr. ck, ctr. chr. cl, cr, et, dr.
Qamtrième position.
i » 3 4 5 1 11 m IV V
/?. fr. ^ gn, gr. mn. ph. dm, phr. pht,
Onquième position.
t a 3 4 5 I U III IV V
pi, pn. pr, pL $pr. se» sch» scr, sm, sp.
SoièMt pOMtUItt.
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$ph. tpi, sq. si. str, M. il, ii, tr. vr.
yojrelles.
I*. VoytUet simplet.
a". Yojelles iales.
ai, ei, ta, oi. ui.
a8o DE LÉDUCilTIOir
3«. Voyelles aanles.
an, en. in. on. un.
49, Voyelles arales.
ar. er, ir. or, ur,
5«. Voyelles ualee.
au, eu, iu, ou, ua,
Supplémens»
e rauet final. x final.
s final.
ain , consonne redoublée. ier,
ein, oir.
oin. our,
ion. ieur,
ieu. Dieu,
air. N. S, /.-C.
Voyelles et consonnes joinUs ensemble.
ab. eb. ib. ob. ub. yb. ba. bé, bi. bo. be. h^' aib, eib. iab, oib. m'b. bai. bei, bia. bai, baL amb. emb, imb. omb, umb, ban, ben, bin, bon, ètm. arb, erb, irb. orb. urb. bar. ber, bir, hur, èur, aub. eub, iub, oub, uab. bau. beu, biu, èoe* bea,
ac. ec. ic. oc. uc. jrc. ca, ce, ci. eo, eu. cf' aie. eic iac. oie, uic. cai, cei, cia, coi, cm. anc. enc. inc. onc. une, can. ceu. ein, cou, eue» are. ère, ire. orc. ure. car. cer. cir, cor, eur* aue. eue. iue. oue, uac. eau. ceu. ciu, cou. eue.
11 est facile de voir qu'on peut de même combiner
DES SOURDS-MUBTS. — PART. Jl , CHAP. XVlIf. aSi
chacune des ringt-siz voyelles du second tableau, avec chacune des soixante consonnes du premier. Ainsi, il est inutile de prolonger celui-ci davantage.
Donnons de même quelques exemples de la combinaison de dix des supplémens avec les consonnes :
aind, iend, oind, iond. ieud. dain. dien, doin. dion. dieu, aird. ierd. oird. ourd. ieurd. dair. dier. doir. dour. dieur.
Ces dix supplémens peuvent se combiner ainsi devant et après, avec chacune des soixante consonnes , en changeant Xn en m devant le b et le p. Il est vrai que ces sjiiabes se font en deux temps, comme toutes celles où la consonne précède les quatre dernières classes de voyelles; mais ces mouvemens sont si prompts, qu'ils sont pour ainsi dire instantanés.
Note N, page 271.
Appendice de quelques autres travaux préparés ou publiés en France^ relativement aux som'ds^muets.
Plusieurs personnes s'occupent encore en ce moment des applications de la sténographie à renseignement des sourds- muets , nous pourrions citer en particulier les travaux de MM. Valade, de Sarlat, dont Tun suit les cours de l'Institution de Paris, pour en étudier les méthodes, travaux qui nous paraissent fondés sur une base bien conçue; mais nous devons attendre, pour rendre compte de ces essais , qu'ils soient entièrement achevés, qu ils puissent être soumis à l'examen et à Tépreuve de leipérience.
M. Alhoy, qui a dirigé l'Institution des sourds-muets
'iS'l DK L ÉDt'CATIOEf
de Paris , pendant que M. Vabbë Sicard , fnppé d'une proscription politique , avait été recueilli dans un asile où il travaillait en silence, M. Alhoj, qui 8*étah montré capable de concevoir et de diriger renseignement des sourds -muets, n*a publié quun discours (i), o& il adopte, justifie le principe fondamental de Tabbé de l'Épée, et en éclaire Inapplication par quelques wilés philosophiques.
Nous avons eu déjà occasion de citer plusieurs fois Touvrage de M. Le Bouvyer Desmortiere (a). Laaienry a exposé le tableau de la condition morale eC îolellectuelle du sourd-muet; il a combattu avec avantage les fausses idées que Goudillac avait émises icetaîtil,atles injustes exagérations de l'abbé Sicard; il a appajéeette apologie d'un recueil de faits et de documens qiû de»nent beaucoup de prix à son ouvrage y et où nous avons souvent puisé. Au reste , il ne s'est point occupé afec détail de l'éducation morale et intellectuelle da sourdmuet; il s*est principalement livré à la recherche des moyens propres à guérir la surdité elle-même , etj sous ce rapport, son ouvrage appartient plus à la phjiiologie qu'à l'histoire de l'art dont nous traçons ici Vâbiégè,
M. Alphonse Laurent a fait imprimer à Blois^aD i8a5, un Exercice de grammaire élémentaire pour servira fwstruction (Tun jeune sourd-muet ; mais ce n*e8l encore que 1 ébauche d'un travail plus complet et plus développé que l'auteur doit incessamment mettre au jour. Ho»s
(i) Paris f ai) viii, in-S". de 3o pages. l'i) Mémoires ou Considérations sur les Sourds-Mmit ''* naissance. Paris, an viii , în-8'.
VJUS-WUBTS. — PART. 11 , CUAP. XVIIf. a63
de n*ètre point en mesure de le faire oon- ' Laurent est encore un père auquel la tenarnelle a inspiré tout ensemble et le déroùdemandait l'éducation de son fils atteint de I priyation , et les moyens d*y réussir. La méi|iiée par Vabbé Sîcard dai le Cours iPinstmc' iii a pas paru propre à ren »lir ses vues; c'est tes ptipres effbru et ses propres observations compoié celle qu'il a suivi . Le précis qu il en irioBer n a été tiré qu'à u ti petit nombre ires et pour quelques amis h le nt. L'auteur t pas même fidt connaître; lestie s'est
t instances qui lui ont été fiiit de notre part oir conununlcation.
n a demandé , par la voie du Journal de PIu'^ ^et Sourds 'Mueis (1826, 4* numéro), à con» brochure qui a paru à Lyon , en i8aa, in-8% re de : Le Sourd^Muet grec en Allemagne y ou M. Alky instituteur des Sourds^Muets a Tun de rehtkmmmt au jeune sourd^mueiy prétendu ff arrki a Bemhausen, en 182 1, traduit de l'aU par M. le docteur Lortet. D*après les renseique le traducteur a eu l'obligeance de donner , il a reconnu que le récit contenu dans cette n'est qu'une surprise Caiite à la bonne foi de ;t du public; ce récit ne mérite aucune at-
a8:\ de L'ÉDllCATlOiV