‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 26 sur 41 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Tableau des principaux étahlisseinens existons en Europe et en Amérique , pour r éducation des Sourds^ Muets.

£i]v parcourant l'histoire de l'art qui a pour objet récliication des sourds- muets, nous avons dû nous attacher essentiellement à démêler et k suivre la génération des méthodes. Nous avons du rechercher d'abord les origines de ces méthodes, eu observer ensuite la transmission et le mélange. L'histoire de l'art s'est donc partagée naturelle* ment pour nous en deux parties, dont Tune ne se composait encore que de tentatives ou de découvertes isolées , exécutées ou accomplies spontanément en des lieux divers, par des auteurs plus ou moins inconnus les uns aux autres, dont /a seconde nous montre ces mêmes découvertes en circulation, influant les unes sur les autres, s' unissant, se modifiant, rivalisant entre elles, et comprend ainsi les discussions , les controverses, i^^ travaux nés de la comparaison des difterens procédés. Pour composer chacun de ces deux tableaux* il nous a fallu visiter tour à tour les divei'ses nagions de l'Europe , d'abord pour assister à la nais-

t)ES soDRDS-Mrrrs. — part.ii , chap. XIX. a85

sauce successive des divers procédés de Fart , ensuite pour tes accompagner dans leur transmission , et Hre témoin des cbmbinaisons qu'ils ont subies. Findant le premier intervalle de temps, les sourds^ muets n'obtiennent guère que des secours purement individuels ; Tinventeiir s'essaie sur un seul disciple , ou du moins donne à chaque disciple des soins particuliers : c'est pendant la seconde période que les établissemens publics se forment , se développent y se multiplient , et viennent' à leur tour apporter en tribut l'expérience dont ils ont fourni les élëmens.

n peut être intéressant maintenant de jeter un coup d'œil sur les établissemens qui ont été successivement institués et qui existent aujourd'hui dans ce but bien&isant; de les réunir dans un troisième et dernier tableau , pour y voir en application l'art dont nous avons décrit la théorie. Nous aurons occasion d'observer quelles sont celles de ces méthodes qui ont reçu une adoption plus générale, et obtenu par conséquent un plus grand nombre de suffrages ; comment certaines méthodes ont été, en certains lieux , modifiées d'après les lumières qu'a su fournir leur application dans la pratique; nous découvrirons encore l'existence de certaines manières d'opérer qui n'ont point été exposées et définies dans des ouvrages publiés, qu'on annonce comme ayant cependant un caractère particulier, cl qui peuvent devenir l'objet d'une juste curiosité ;

u86 I>E L EDUCATION

nous aimerons à nous enquérir des soins qui ont été pris pour étendre, de la manière la pins générale , les bien£aiits de cette éducation, aux 'voSat^ tunés dont la situation les invoque. Cette espèce de statistique des établissemens de sourds-mnels, qui n'avait point été dressée jusqu'à ce jour, ne sera point inutile pour préparer le perfBdkiBDement de l'art, en servant à Taccom plissement d^une vue que nous exposerons dans la troisième Partie de cet ouvrage , et qui a pour objet de lier entre eux ces instituts par un commerce régufier. £nfio , ce tableau sera comme une sorte de récapitulation sommaire de toutes les doctrines exposées dans cette seconde Partie , dans lequel elles reparaîtront agissantes et vivantes, en même temps que classées et qualifiées par les caractères qui les distinguent.

Les informations que nous avons pu recueillir comprennent près de soixante établissemens, indépendamment de quinze environ, qui existent en France , savoir :

Un en Espagne;

Un en Portugal ;

Quatre en Italie ;

Trois en Suisse;

Vingt-quatre environ en Allemagne ;

Quatre dans le royaume des Pays-Bas ;

Deux 'en Danemarck;

Un en Suède;

1>ES SOrRDS-MUETS. PART. II, CHAP. XIX. 287

Un en Russie ;

Huit dans les Isles britanniques ;

Sept au moins dans les États-Unis;

Le collège royal des sourds-muets de Madrid a été érigé au commencement de ce siècle , et res^ taure en 1814» ^iusi que nous Tavons vu, par 1^ soins de la Société royale économique des amis du pays (1). U a été dirigé d'abord d'après la méthode de Fabbé de FEpée, parM.d'Alea ; M. le docteur Hemandex, depuis sa restauration , y a appliqué la méthode de Bonet, d'après les modifications que nous avons indiquées. Cet établissement, le seul que possède l'Espagne, et qui, quoique si récent, a déjà éprouvé de fâcheuses vicissitudes, parait être menacé de nouveau d'une chute prochaine (a). On ne peut assez déplorer de voir la

^ I ; yo/ez le DUconrs du duc de Hijar, directeur de ceUe Société, prononcé le i6 octobre i8i4* = Oracion inaugurai que en la pertura dei real collegio de Sordo-Mudos leyà, etc. Madrid, i8f4* = Voyez aussi les autres documens déjà cités ci-derant, chap. XVII, tome II, page ai 3.

(a) Déjà en i8si, d*après une notice adressée an Morgen^ hlaH de CoUa, à Tubingen, par on correspondant, ce col- Jcge était dans la situation la plus fâcheuse , sous le rapport économique; et l'enseignement y paraissait aussi très lanfuiasanL — Des nonrelles récentes du mois de mars de cette année , annoncent que l'eitréme pénurie de l'Espagne ayant tait depuis long- temps négliger le TerAcment des sommes que t^ gnuterneinent espagnol a^ait consacrées i cette institution ,

!i88 1>E LEDUC \TlOir

patrie de Ponce et de Bonet à la veille d'être entièrement privée des bien&its de Fart dont ils ont été les premiers créateurs.

Le Portugal ne possède aussi qu'un seul établissement de sourds-muets; encore n'est-îl ouvert gue depuis i8!24. Il est établi près de Lisbonne, dans un château que le Roi a donné pour cette utile destination. Ce prince a appelé, pour le fonder, IL le chevalier de Borg, qui dirigeait avec succès un institut du même genre en Suède, d*afirès les principes de Tabbé de TÉpée.

Le midi de Tltalie n'est guère plus riche que la Péninsule espagnole, en institutions de ce genre.

Rome, où l'abbé Silvestri avait porté également la méthode de l'abbé de l'Epée, ne conserve plus d'établissement pour les sourds-muets, du moins d'après les informations qui nous sont parvenues.

Il en existe un à Naples , formé d'après les mêmes principes, mais qui ne paraît pas avoir une grande importance, (i)

' Mais, en remontant vers le nord de l'Italie, nous commençons à voir, du moins depuis le commencement de ce siècle, se manifester une solUdtude plus active pour la destinée des sourds-muets.

elle ne saurait se soutenir privée de ce secours , et qu'elle est au moment de cesser d'exister.

(a) J*ai été à portée de le voir en 1794 cl 1795. ïfoiu n*avons reçu à son sujet aucune information authentique.

DES SODRDS-BflJETS. —PART. II, CHAP. XIX. a8q

En 1801, fut ouvert, à Gènes, un établissement, encouragé plus tard par le gouvernement français, et qui dès lors , placé dans un beau local , a reçu un plus grand développement. Il est dirigé , depuis sa naissance , par le respectable père Assarotti , des écoles pies. Il compte en ce moment trente-six élèves pensionnaires, vingt garçons et seize filles; il est d'ailleurs ouvert à tous les externes. Le père Assarotti et ses adjoints ont étudié toutes les méthodes imaginées jusqu'à ce jour, mais n'en ont adopté exclusivement aucune : ils n'ont pas même cru pouvoir admettre une méthode générale et commune pour tous leurs élèves , du moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire. Ils ont , au contraire, posé en principe, que chaque élève doit être conduit suivant ses dispositions particulières. Chaque méthode particulière, suivant le père Assarotti, doit être tirée de la nature, et dirigée par la philosophie ; il est essentiel, à ses yeux, de détourner graduellement les élèvfes de l'imitation, de les porter à se former des idées par euxmêmes , à les exprimer facilement en différentes manières. Du reste, il ne prétend point conduire lui-même ses élèves au-delà de la première instruction nécessaire pour en faire de bons chrétiens et des sujets utiles (i). En regrettant qu'il ait trop spécialisé ses procédés, on s'accorde à reconnaître

(1) Voyez M ScagUotti, Cenni istorici^ etc., page 36. II. '9

ago DE L'^DUCATIOIf

qu'il atteint son but dans la sphère qu'il s'est prescrite, (i)

M. Scagliotti a commencé, depuis peu, un intitut à Turin , par les seuls efforts d'un zèle digne d'éloges : ce n'est encore qu'un germe (a) ; mais, si cet établissement est encouragé , comme il le mérite, on peut beaucoup en attendre. M. Scagliotti s'est formé à Vienne auprès de M. J^ May, dont la méthode est un perfectionnement du système de l'abbé de l'Épée, et c'est cette méthode qu'il a transportée en Italie.

Milan a vu naître dans son sein une école de sourds-muets , fondée et entretenue par le gouTernement, en i8o5, pendant que la Lombardie, érigée en Royaume d'Italie, entretenait avec la France d'étroites relations. Les méthodes ont été empruntées à l'Institution de Paris, f 3)

En passant les Alpes, nous trouvons à Genèfre un institut naissant , fondé en i8aa , par la conseil municipal de cette ville , et, dans les autres parties

( I ) ^<>y^^ y ci^n^ 'a Revue encxelopêdique (octobre iSaS , page aa6), le récit d'une visite faite à cet IntUUit par M. Henry Meyer. J*ai eu occasion de le TUtter moi-méBe à deux époques différentes.

(a) U n*a encore en ce moment qu'une disaine de pen- •ionnaires.

(3) Un sourd-muet , élève de Tlnstitation de Paris « Ait à cet effet appelé a Milan.

DBS SOOaDS-MOBTS. PART. II, CHAP. XtX. 59!

de ia 5uisse , deux institutions que nous avons eu déji l'occasion de citer : celle d'Yverdon et celle de Berne.

L'Institut de Genève est dirigé par M. Cbomel, sourd-muet lui-même, Genevois, élève de l'abbé Sicard (i). U ne reçoit que des externes. Les sourds-muets des deux sexes qui le fréquentent étaient au nombre de treize, à la fin de l'année dernière; le dernier compte-rendu annuel du conseil d'État de Genève porte que les progrès des élèves de ces écoles sont sensibles et satisfaisans. M. Chomel n*a pas essayé de leur montrer l'articulation artificielle ; on sait et on comprend qn'un maître sourd-muet ne peut guère y réussir. Il observe d'ailleurs la méthode de l'abbé Sicard. Il donne quatre heures de leçons par jour, dans une salle garnie de planches noires, que les élèves couvrent de noms , en les écrivant sous la dictée des signes. Il enseigne la grammaire française, l'arithmétique, les exercices de la géographie, de l'histoire, les principe.s de la religion : ce dernier enseignement a lieu au moyen de cartes rédigées par un pasteur. M. Cbomel a publié lui-même quelques petits ouvrages pour l'instruction des sourds-muets.

L'institution d'Yverdon a été formée en 1810, par M. Naëf, disciple de M. Ulrich, qui, ainsi que

:i) A«f«c tneydopédique. Janvier iBit, page aaS; juin ■ 8i3, page 68g.

^g*i DK L EDUCATION

nous l'avons vu (i), a combiné la métiiode de œ respectable vétéran , avec les principes de Pestilozzi. Deux élèves de Pestalozzi, MM. Ramsaner ti Krusi, y enseignent le dessin et le calcul , d'iprés les procédés dontPestalozzi a donné le type. Cet établissement est au compte de M. Naëf lui-même (i); il en est déjà sorti vingt-six élèves dont rinatraction était terminée; la plupart, en le quittant, ont embrassé les professions suivantes : peintres de paysages, graveurs en taille-douce, lithographes, dessinateurs dans des fabriques d'indiennes ou de porcelaine, compositeurs d'imprimerie, pântres en équipages, meubles et décorations; doreurs, tourneurs, menuisiers, etc. Nous avons recueilli avec intérêt ces détails, que nous aurions désiré voir plus généralement fournis sur la destinée des sourdsmuets rentrés dans la société (3). Le canton de Yand renferme i Sa sourds-muets sur une population de 1 55,000 âmes; sur ce nombre, il en est 70 dont

(i) Fojez ci-devant, chap. XIV, p. ia8, dppiéieiit tome.

( 2) yàjrez VAvis concernant VInsiUut des SoÊnb-Hmeti, etc., imprimé et publié â Tyerdon. Mars 18x6.

Le prix de la pension, chez M. Naëf, est de 600 frtacs. Mais il élève gratuitement nn bon nombre de soiadt^nets indigens.

(3) Une commission du Conseil académique de LinsuiB^ a visité deux fois llnstitut de M. Naëf, et lai a doaaé dam ses rapports les plus grands éloges.

DES SOURDS-MUETS. P

Téducâtion paraît impossil blesse de leurs facultés inte

C'est à Yverdon qu'a été i seigne les jeunes sourds-mi] auprès de Berne , dans un < 189.^, aux frais du gouvern contenait dix-huit élèves 1 8^4. Le mode d'instmctio qui a été proposé par M.

élèves subissent des examen

L'école de sourds-muets

(i) Revue encyclopédique, Jai juillet, page 246.

(a) Nous ayons sous les yeux mes à Berne, pour les années i mandé ceux des années subséqu' point encore parvenus.

(3) M. tHricb, appelé à Gen< sourds-muets , ne put continuer rassemblés autour de lui.

Le vénérable pasteur de Schl dont M. Ulrich avait reçu les | avait combiné la méthode avec n'avait élevé lui-même que dev n'avait point fondé d'Institut. '

Une notice imprimée en francs sans indication de lieu ni de dat ressans sur les travaux de ces deu de M. Ulrich avec l'abbé de V année auprès du célèbre instili

a94 ^^ L EDUCATION

formée dans sa jeunesse , à son retour de Paris , où il était allé consulter l'abbé de l'Épée , n'a pas été continuée jusqu'à ce jour. Mais la direction de Flnstitut des aveugles établi à Zurich, sous la protection du gouvernement de ce canton , préparait l'année dernière un essai pour réunir à cet institut une école de sourds*muets qui était à la veille de se former, et qui peut-être- est ouverte dans ce moment.

Nous avons sous les yeux des statuts donnés par le gouvernement du grand-duché de Bade, le 2 août i8a6, pour l'érection d'un institut de sourds-muets à Pforzheim , mais nous ne connaissons point encore l'exécution qu'ils ont reçue. Plusieurs instituteurs particuliers donnent d'ailleurs , dans le grand-duché , des soins individuels aux enfans atteints de cette infirmité. ( i )

On ne peut assez admirer la généreuse soUid* tude du gouvernement wurtembergeois pour procurer aux sourds-muets de ce royaume le bienfait de l'éducation; sa prévoyance a vouliu» par un

« aimé comme un fils Test du plus tendre pin; «on ow • brûlait , comme celui de l'abbé de l'Épée , de r«ino«r et 1 rhumanitc, et du désir de lui être utile. Telle Alt la staiee « de la vive et tendre amitié que lui tous cet luUialt «t ver- « tueux instituteur. » ( Page 7 de la notice. )

(1) Un jeune fiadois suit en ce momeat les eom dt rinslitut rojal de Paris, pour se mettre en état et ^rifV «a jour un établissement semblable dans sa patrie.

système aussi complet qui pandre les secours partou soins (i). Deux ordonnanc vier I 8j23 , renferment les 1 adopté (a). Une commissioi struction des sourds-muet étend son administration e les établissemens du royau a été fondé par le roi dans lui (3). Cet institut est réui trente élèves, destinés à dev teurs , et dont le plus grand les sourds-rmuets eux-mémei tions de rei:)seignement; vii y reçoivent en ce moment miçr établissement est des

(i) D'après dc& renseignemei;ij à i,3oo soards-mueU dans ce ro

(2) On peut voir ces deux ord Koniglich-ff^ûrtembergisches staa la date du 22 février iSaS.

(3) Cest en 1S07 qu'eurent II essais pour rinstruction des sourc été formé à rétablissement de Fr le gouvernement lui accordât ui fut qu'une entreprise particulière que , Tinstituteur fut envoyé à \ nisation de l'institut qui existe c étudier la méthode qui y est psat

agâ DE l'éducation

méthodes toute la perfection dont elles sont susceptibles.

Une seconde école de sourds-muets, annexe de la précédente, a été établie auprès du séminaire d'Esslingen , établissement où se forment des nuftres d*école pour tout le royaume de Wurtemberg. Afin que chacun d'eux puisse prendre connaissance du mode d'instruire les sourds-muets et les aveugles, il a été prescrit, par l'art. 8 de la deuxième ordonnance royale du ^28 janvier iBaS, aux professeurs de pédagogique dans l'universilé de Tubingue , et dans le séminaire eatholique de Rottenbourg, d'enseigner cet art aux jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique. Par l'ar^ ticle 9, il est recommandé à tous les ecdésîastîques de donner un soin particulier à rinstraction des sourds-muets et des aveugles , dans leurs paroisses respectives; et, par l'article 10 ^ il leur est prescrit de rendre un compte annuel, relativement aux mesures prises pour l'éducation de ces deax classes d'infortunés entre l'âge de six à quinze ans. Des encouragemens et des récompenses sont promis aux professeurs, aux candidats instîtateurs , aux ecclésiastiques qui seconderont avec le plus de zèle les vues du gouvernement.

Il s'est formé ainsi , indépendamment des écoles principales, plusieurs écoles secondaires qui tendent à se multiplier chaque jour; il y a déjà un certain nombre d'ecclésiastiques et de mai-

DES SOIJ1LD9-M0ETS. — PART. U, CHAP. XIX. làQj

très d'école répandus dans le pays, enseigâftut aux sourds-muets, aux aveugles; dans chaque loca^ Iké se trouvent des maîtres initiés à la méthode ; dé manière qu'il ne reste pas, dans tout le royaume, une seule Camille renfermant quelque enfant sourd-muet , qui ne puisse lui procurer une éducation conrv^enable , même sans déplacement.

On avait adopté , dans le principe , à Hnstitut normal d^Gniund, lé ^stème dès signes méthodiques de l'abbé de FÉpée; maïs l'^cpérience y a hit renoncer, ainsi qu'à Pusage de l'alphabet manuel. On a cru reconnaître que le langage mimique artificiel nuisait aux progrès des élèves et embrouillait leurs idées ; on a remarqué , en particulier , qu'accoutumés à chercher un rapport entre leurs signes et les objets exprimés, les sonrdsrauets conservaient cette habitude à l'égard des signes employés pour les notions morales; ce qui les conduisait k de fausses interprétations. L'écriture, l'articulation artificielle et l'alphabet labial sont considérés comme les principaux moyens de développement pour l'élève; on y joint les signes mimiques créés par les sourds-muets, et quelquefois l'écriture tracée en l'air avec le doigt (i).

(i) On a publie en i8s5, à Gmond, une Introduction à Fart fi 'exercer les Sourds-'Mmets à comprendre et à employer la langue écrite ^ que nous n'avons point eu occasion de connaître, mais sur laquelle M. Neumann porte un jugement »r%ère. ( Voyea Die TauôSiummen'anstali suParû, etc. 1897 « noie an bas de la page a6.)

298 DE L^IÉDUCATION

L'enseignement, dirigé par M. AUe, embrasse la morale , la religion , le dessin , le calcul y les élémeus de la géométrie, de l'histoire naturelle, de la physique, de la technologie, de la géografriiie: on y a joint des exercices de mémoire et des travaux manuels.

I>a réunion de l'Institut des aveugles à œliïi des sourds-muets a donné lieu à une cdiservation neuve et d'un extrême intérêt : c'est que ces deux classes d'infortunés recueillent de ce rapprochement un égal avantage pour leur éducation réci* proque. « Les aveugles sont l'oreille des sourdsa muets , et ceux-ci sont l'œil des avenues » ( 1 ). Les sourds-muets ne pouvant recourir à leurs signes, pour communiquer avec les aveugles, sont contraints de s'efForcer de prononcer avec toute la netteté possible. Le commerce qu'ont entre eux ces deux classes d'élèves produit aussi, sous le rapport moral , des résidtats très heureux ; chacune d'elles se réconcilie avec le sort qui lui est échu, et apprend à secourir l'autre, (a)

( I ) Nous eroprantons cette expression , sûui qvw les àih tails qiron vient de voir, à un excellent tnvail eonmanique par M. le comte de Beroldingen, ministre desafiaimëcnngères dn royaume de Wortomberg, à M. le aûnistit plénipotentiaire de France près la même cour, et q«e S. B- M. le baron de Damas a eu Tobligeance de nous faire parveair.

(at « C'est un spectacle Trsiment touchant « que et voir «n « sourd -muet conduisant un aveugle » d'être têoMMA des psînw > qu'iU se donnent poui s'entretenir, et de le»

Il existe encore, dans le royaume de Wurtemberg, un institut particulier, à Weimenden, connu sous le nom de Paulinen-Phlege ( ou Institut de Pauline ) , du nom de la reine actuelle , sa bienfaitrice : il est entièrement destiné aux sourdsmuets pauvres , qui y reçoivent l'instruction , ou moyennant une très faible rétribution, ou d'une manière entièrement gratuite.

C'est encore dans le royaume de Wurtemberg que M. le pasteur Daniel fait , ainsi que nous l'avons vu, l'essai de sa méthode simplifiée.

Le gouvernement de Bavière a fondé et entretient, à ses frais, à Freysing, un Institut de sourdsmuets dirigé par M. d'Ernsdorffer, d'après le double système des signes mimiques développés , et de la prononciation artificielle ; des examens annuels et publics y ont lieu; le directeur a fait imprimer le recueil des comptes-rendus qui ont été publiés les dix premières années, (i)

Le bel Institut de Vienne, créé en 1779 par lempereur Joseph H, dans le sentiment d'admiration que lui fit éprouver la vue des travaux de l'abbé de l'Épée , dirigé d'abord par l'abbé Storck,

« dans leurs jeux. » (Passage extrait du travail qi-dessus cité. "*

(1) Samiiuig Kleiner sckri/ten ùher Taub-Stummen , etc. IMunich, 1817. = FoUtandige uebcrsicht âer Grundsàtze, etc. Ibid. , i8o/| et i8o5.

3oO DE L ÉDUCATION

ensuite par M. J^ May (1)9 a aujourd'hui pour chef M. Venus, l'estimable auteur dont nous aTons déjà fait connaître la méthode et les travaux (a) : il a reçu, sous l'empereur régnant, de nouveaux accroissemens. Afin de répandre dans tous les États de la maison d'Autriche, la connaissance de l'art d'instruire les sourds-muets, on a établi, dans cet Institut , un cours qui se répète chaque année pendant huit mois, et qui embrasse la théorie de l'art , comme sa pratique. Plusieurs centaines d'élèves sont déjà sortis de cet établissement; les uns sont employés dans les chancelleries , surtout comme copistes; d'autres ont embrassé les professions de dessinateurs , peintres , graveurs , orfiftvres, imprimeurs, relieurs, horlogers, etc. Lors de Fezamen public, qui a lieu une fois par an, les élèves sont distribués en trois classes : la première est examinée sur l'écriture et la prononciation des lettres, syllabes et mots; sur la nomenclature des substantifs, adjectife et verbes; sur la n'ùmération

(1) Cet Institut éproaTt une crite après Is matt de Vanguste fondateur. L*abbé Storck et M. Hay cr lorenl momentanément écartés, par suite des intrigues de qadqaea rÎTaut, à ce qu'on assure , qui faisaient à ces institutenrt on reproche d'avoir introduit l'articulation Tocale. Hais Vtmp^tmt ÏÀopold li répara bientôt son erreur , et le retour de M. May au milieu de ses élèves fut un véritable triomphe.

(a) f'oyez ri - devant , chap. XI , page 5o da volume.

DES SOURDS-MUETS. — • PART. II, CHAP. XIX. 3of

en chiffres et lettres : la seconde, sur l'emploi des déclinaisons et conjugaisons; sur les quatre règles; sur les notions élémentaires de la religion : la troisième , sur l'emploi de toutes les parties de l'oraison; sur la lecture dans un livre d'école, et l'explication du texte; sur des explications données par cœur et de vive voix , relativement aux choses de la .vie sociale ; sur la règle de trois ; sur la religion, d'après un petit catéchisme à son usage, (i)

Il y a aussi un Institut de sourds-muets à Prague, un autre à Commotau, en Bohême; mais nous n'avons aucun renseignement sur le régime qui y est suivi.

M. de Schuts, sourd -muet depuis l'âge de six mois, appartenant à une famille où se trouvaient plusieurs autres personnes atteintes des mêmes privations, après s'être formé lui-même d'une manière très remarquable, a fondé, en 1820, dans le bourg de Camberg, lieu de sa naissance, dans le duché de Nassau, un Institut de sourds-muets :

(i) M. Venus a donné l'historique de cet Institut, les règles qui y sont suiyies, et l'exposé de son régime économique , à la suite de son ouvrage : Methodenbuch , oder anleitung zum unterrichte der Taub-Stummen. 1826, pag. 867 et suiv. Nous en recommandons la lecture aux instituteurs ; ils y trouveront des exemples utiles. = Voyez aussi l'abbé Storck : Nachricht an dos puhUcum, etc. 1782, 1786; et J^ May : Kurze nachricht, etc, 1804 > in-4°.

3oa DE l'Aducatiov

son frère t sourd -muet également, l'asriMe pour la direction de renseignement. Les deux frères ont fait ensemble, seuls et sans seooui^, le tirage de Vienne, pour y apprendre Tart qii*ib q^pliquent ; ils emploient la méâiode des aUéi âe rÉpée et Sicard , d'après les modifications qo'eOe a reçues à Tienne. Leur établissement, doté et protégé par le gouvernement de Nassau, renferme en ce moment quarante -huit élèves. Le aèle da fondateur est dignement récompensé par lé succès. Il parait seulement que l'articulatioD artiBàeUe rencontre beaucoup d'obstacles, et qoie dêiii ou trois sourds-muets seulement parvièbïieM I prononcer, encore avec difEculté. (i)

Un instituteur particulier, M. Wiegand, tient, k Gudensberg, près Cassel, un pensionnit où îl élève quelques sourds-muets, d'après ta métbode de MM. Wolke et Eschke. Le gouvernement de la Hessc électorale a fait acheter et répandre Fouvrage de M. le pasteur Daniel, dans respéranœ qu'il fournirait aux maîtres d'école et aux pères de famille les moyens d'élever eux-mêmes les en£sins

(i) Nous STons sons les yeux le prospeetos de ect établissement , et les programmes des examens publiés des années i8a5 et i8a6. On trouTe dans ce dernier demt conpositions faîtes par deux élèves; l'an a décrit le lien de sa naissance, l'autre a raconté son Toyage. Les pfafmaes sont courtes , mais claires et correctes.

DES SOUBDS-JIfUBTS. — PART. Il, CHAP. XIX. 3o3

atteints dt cette infirmité : on en compte environ 1 1 sur 4^000 habitans, dans cet électoral.

L'Institut de Leipsick, le plus ancien de tous, a été dirigé , après la mort de Heintcke , par la veoTe de ce professeur^ èl par M. Petschke , lequel aussi est décédé depuis peu. La même méthode continue d'y être en vigueur (i). Nous connaissons l'existence d'un Institut à Coethen^ en Saxe, niais noua n'en avons aticun détafl.

Llnstitut royal de Berlin a été dcflépar le gouvernement prussien; il a été dirigé, en fjSSi par M. Eschke, gendre de Heiiïîcke rsa vetrve préside encore au régime économique de cet établissement : depuis la mort du fondateur, il est confié aux soins de M. Grafhoff. (a)

Un règlement, rendu par le consistoire royal de la province de Brandebourg , a pourvu , avec beaucoup de soin et de sagesse, à tout ce qui concerne le régime de cet Institut Par son article 14) il classe, de la manière suivante, les objets de l'enseignement :

(i) Heinicke avait demande io,ooo écas poar le prétendu secret de ta méthode* (Rudiger's neuester zuwache der Sprach" Kunde, a* lection , page s34* = Nenmann : Die Taulh^tum^ men-iuistalt zu Paris, etc,, page 107 .

(2) yojrez %UT rinttitnt de Leipsick. = Heinicke ^Sam,) Notht^thrt wider den hern cranz , etc, Berlin, 1783. = C»sar : Bette an begriterte menschenfrtunde. Leipsick, iSoS, etc.

3o4 ^^ L'ÉDUCATIOir

1. Développement des idées, et culture de la raison en général ; a . Pantomiine ;

3. Grammaire allemande liée avec une suite d'exercices par écrit, analogue au développemeot des idées ;

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