‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 29 sur 41 · II. '^i · texte numérisé non relu

II. '^i

3tlï2 DE L£DCCATIOrr

jeunes filles parlantes; Taiitre, pour œlle des sourdes - muettes : il recevait aussi des sourdsmuets, jusqu'à Tannée dernière. M. l'abbé Beulé, directeur de cette maison , y répand la double influence de ses lumières et de ses vertiis : il observe strictement la méthode de Tabbé Sicard.

Les trois départemens : du Doubs , de la Hante* Saône et du Jura, concourent à entretenir des élèves dans l'institution de sourdes-muettes, fondée à Besançon, en 1819, et à celle des sourdsmuets, ouverte en 18249 dans la même ville. La ville de Besançon y contribue également La première de ces deux institutions compte en ce moment 3a pensionnaires; la seconde, aa et un externe. I^ première est dirigée par madeoioiseHe Boussot , élève de l'abbé Sicard , et fidèle à sa méthode; la seconde, par M. Bonnafous, sourdmuet, dont la méthode est une combinaison de celle de Tabbé Sicard, et de celle qui est pratiquée à Bordeaux.

r^s départemens du Rhône, du Piij-4e»l>àme , de la Drôme, et la ville de Lyon, entretiennent un certain nombre de |>ensionnaires dans rétablissement qui s'est ouvert depuis deux ans dans la seconde ville du royaume. M. (k>maierj, qui en est le chef, et qui le conduit avec un talent et un dévoùniont dignes dclogos, sourd- nuiet luiméin<% avait dabord fondé et dirigé l'école de Saint-Etienne. Il instruit cmi ce moment 5i iièrm

DES SOIIHDS-WUETS, PART. II . CIIAP. X«. 3a3

des deux sexes. M. Coniiiiery suit essentiellement b QKfthpde d'enseignement adoptée H Bordeaux.

L'école de Saint - Etienne , dotée en partie par U viUe, a dans ce moment M. Murât à sa tète, et reulenut; vingt élèves.

IjCS établiasemens dont nous venons de parler, quoique recevant une assistance plus ou moins étendue, des déparlemens et des villes, se soutiemient en partie par les pensionnaires payant. Nou-i aimons à faire connaître que le désintéressement des instituteurs et des institutrices, souvent . leurs sacrifices personnels, ajoutent encore au mérit*" qu'ils <léploient dans une carrière qui exige àéjk tant de dévoûmenL

On peut citor encore quelque» pMiùonnats particuliers, tels que celui que M. Bébian vient d'ouvrir à Paru, et celui que M. Dudésert a établi k Condé-aur-Noireau. (i)

Nous avons la jouissance de terminer oe tableau par le récit d'une belle action presque ignorée.

(>) M. Dndi^rt a en ce maioeiit i% élève*; une compoiilion d'wM tonfâo-nueiU tpà reçoit de lui rûMtruclion, et qu'il a bien vaula m'tnmjtr, ■Itetie ■«■ progrès doBt e>l« lui eat rederaUe, et prétmita beaucoup d'intérêt. H. Ihidéaut ■'■mnonce , par lue lettre que je reçoi* à l'iasUat , qu'il ne tvden pa* à publier la Mconde partie de ton iravul, celle qai coaceme Ici lignei dont il fait otage. LSdie qu'il n'ea -"-nar daut ma lettre me parait fort iadiciHiM.

324 ^^ l'éducatiox

^ M. l'abbé Hiiby, élève et digne imitateur de Tabbé de rÉpée, vénérable octogénaire, dirige, depuis 1780, à Rouen, une école gratuite de sourdMmiets, qu'il a fondée et soutenue par ses propres ressources. 11 a en ce moment onze élèves. Par un beau privilège, l'art d'instruire les sourds-muets semble avoir contracté avec la charité une pieuse et touchante alliance; dans sa créations, il reçut d'elle souvent des inspirations utiles; il est, dans la pratique, encore animé par elle.

Enfin, trois autres établissemens sont sur Je point de se former : l'un à Chàtellertult, le second à Clermont, et le troisième à Épinal. Le premier s'organise par les soins des Sœurs de b Sagesse d'Angers ; le second doit être confié à une institutrice qui suit en ce moment les travanz de llnstitut royal de Paris ; le troisième , à un instituteur qui y réside depuis plusieurs années (0« et qui est au moment de commencer l'exercice de ses nouvelles fonctions : ce dernier établissement sera dû aux soins de M. de Meulan, préfet des Vosges. (2)

(1) M. Piroux ; noas osons prédire, d'après la capacttc et le mérite de rinstitsteur, un succès certain à cet éuklissc^ BMnt. Il y a en ce moment , à Tlnslitut royal de Nris , trois aspirans et deux aspirantes, qui étudient la avec une ardeur extrêmement louable, pour se Itvicr à l'enseignement.

(1) S. E. M. le ministre secrétaire- d'£tat de l'iotériMur a

nts soriiDS-MUETs, — l>ABT. tl, CHAp. XIX. la!) I^ relcw statistique dont nous venons de tenter l'essai n'est point complet sans doute, quoique nous aroiis mis tous nos soins à en rassembler les élémens (i ) ; mais d'autres feront mieux après nous. Lorsque les divers établissemens de sourds-muets niirnnl formé une alliance, se seront unis par une corresjwindance générale, il sera facile alors de

bien vanlu, il'aprcs !■ demande du Conseil d'admin rfcnfilfir de» infuriuations mr les école* de sourds-mncls qoî esiitcni dans tes d«parremen«. Hais ces iiiformattons

Tiage TDÎI le jonr, not» n'avoDs pu j conjigner qœ les indicatioB* recueillie» par noire cormpondance prÎTée. Nous ne pouTon* donc garantir que le tableau que nou* venons d'eM|aù»er toit complet.

(i> Le* élémens e*>entiel* ont été puisés dans l'abondanl* correspondance que S. £. M. le baron de Oama» a biea Toalli nous commoiûqner. Nous n'avons rien négligé, d'aitlenn, pour consulter les programmes, comptes-rendu, rapports, circulaires, publiés en divers pays, les ourrages qui font mention de l'existence de ces étabfisseineDS. Nous avons iromé aussi de nombreui articles dan* la An>K« eacjokpéiliqur, recueil si utile à ceux qui veulent suivre Us travaux fiécniés dan* les diverses contrées du monde civiliaé. Nous ivoDS obtenu enfin divers reoseigncmens par notre correspondance directe. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici , en parliciilier, noire reconnaissance pour M. le baron Séguier, tnnsul général de France en Angleterre , qu'on trouver toujour» si empressé à seconder loulcs les l'fchercbes ulilet au*

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composer un tableau dont on puisse tirer de plus nombreux rapprochemens : nous nous féliciterons du moins d'avoir préparé cette utile entreprise.

Le tableau qu'on vient de parcourir confirme , d'une manière éclatante, ce que nous avons dit de l'influence exercée par l'abbé de l'Épée, pour le perfectionnement et la propagation de Tart d'instruire les sourds-muets : sa méthode, transportée à Vienne, s'est répandue de là en Bavière > dans une portion de l'Allemagne, et de là en Danemarck et à Turin ; nous la voyons en Hollande , en Russie, en Suède : par un singulier circuit, elle arrive de Stockholm eu Portugal; c'est elle qui réveille, en Espagne, l'art qui y prit naissance: elle est adoptée à Birmingham, à Dublin; c*est elle enfin qui règne dans les États-Unis. En Prusse,

en Ecosse, elle s'est combinée avec d'autres méthodes. Enfin , les exemples du généreux dévoûment de l'abbé de l'Épée, excitant l'émulation là même où ses procédés n'obtenaient pas Tapprobation, ont donné le signal à ces nombreuses créations qui se sont tour à tour élevées , depuis cette époque, dans tous les pays civilisés, mais qui ce|ieiidant, il faut l'avouer, sont encore bitMi au -dessous des besoins.

nlS SODRDS-MDBTS. PART. II , CHAP. XIX. îfty

NoTK 0,/Jage 3o4.

Sur /"Institution des tourdt-muets de Berlin.

*• Nous trouvons dans I annuaire pour les écoles de Prusse, publié par M. BreVedorff, une Notice sur l'Instilut de Berlin , dont l'auteur est M. Reimer cjui a suivi lui-m6nte les cours de cet Institut, pour se préparer à instruire les sonrds-muetâ dans une province, et qui reofenne sur cet établissement quelques détails iutéressuu.

Quoiqu'à Berlin on exerce les sourdft-muets à la pronORcistJon artificielle et à l'art de lire sur les lèvres, on n'y emploie point cette parole factice dans l'enseignenent, si ce n'est pour la première classe, celle où l'intfmctîon se termine par la religion, la grammaire, Itiistoin «t Ik géographie. Dans toutes les classes inférieures, récriture, Vtiplubet manuel et les signes miâii(|uet, sont les seuls tnstrumens de l'enseignement. M. Reimer pense que l'apprentissage de la parole factice eiige trop de temps pour que son emploi puisse servir, pendant les premières années, aui entretiens du maître avec ses élèves, (i)

On consume plusieurs mois à Berlin, dit M. Reimer, à montrer au sourd-muet à former et à reconn^tre les lettres de l'alphabet, araot de lui présenter Tes noifks des

« Jahrbùcher Aet PreuiOschen H^olks- Sehut-Wesfrif . m. l«t a, J. i3, poge rtfi. Berlin. l8a5

1^8 i>i'' r/tHUCATionr

On enseigne dabord séparément les dénominations d'un certain nombre d'objets de qualités ; mais on les rapproche ensuite , on les associe, et bienlât on les unit par le ¥erbe être y en faisant reconnaître les propriétés qui caractérisent les objets y par une suite de compinisons prises dans les connaissances Seiniilières à l'éière; bientôt on réunit les noms spécifiques sous leinoms communs du genre : on forme ainsi les ^milles elles classes ; alors s'établit une suite de dialogues entre le maître et son disciple, sur les propriétés caractéristiques aux genres et aux espaces.

Passant aux actions, et s*attachant depréfiéranoe à celles qui ont lieu sur la scène des choses visibles, Vinstituteur enseigne les verbes, enjoignant à chacon d*eiix, dans une proposition simple , le nom de l'agent aaqnel cette action est le plus ordinaire : le poisson nage, toiseau vole , etc. Les propositions se compliquent gnÂuellement : le c/tien affamé mangea P écolier diRgoA écrit, le chien mange de la viande^ renflant écrit une lettre^ etc., et ainsi de suite.

C'est à l'aide du signe mimique, exprimant la possession , qu on fait connaître au sourd-muet le génitif et son emploi dans la langue allemande. On j joint des exercices composés d*exemples. Les mêmes procédés sont suivis pour les autres cas. C'est encoi*e à Tiide des signes mimiques , combinés avec des exemples méthodiques , (ju*on enseigne lofiice des prépositions. Des tableaux mis sous les yeux des élèves, des dialogues toujours continués, secondent ces démonstrations, et en contrôlent le résultat.

Kn formant les périodes, on commence par expliquei

DES- SOVUDS'MVSm. — PART. II , CHAP. XIX. Ssg les coflfODCtions dont la position se rapporte à celle de

el,eiimrtie, aussi, non feuiement, et ensuite par celles qui sont relatives aux rapports du temps, comme après, a/ors, etc.; on passe de là à celles qui expriment des relations de causalité , parce qœ, etc.

On s'aide des signes mimiques dans l'enseignement , aussi longtemps que, par l'analogie, ils peuvent aider à connaître les choses elles-Tnèmes. Quant aux signes mï* miques purement arbitraires, en reconnaissant qu'ils ne peuvent répandre aucune lumière sut l'explication des itiecs, on estime cependant qu'associés aux signes mimiques naturels, ils peuvent devenir, entre le maître et l'élève, un moyen facile de communication , et rendre , sous ce ra[^rt, de précieux services , lorsqu'il s'agit de d<MiiMr tine instruction qui a pour but , non U langue , mais les choses elles-mêmes, telle que Vinstruciion religieuse, (i)

Enfin , dans dostitut de Berlin , on exerce fréquemment les élève» 1 de petites compositions par écrit, comme la rédaction des lettres , et à la lecture de livres faciles.

,1) Jahrbucher des PrmasUehea /falis-Schul- ff^esens , ■âge lag

FIN DE U REConilF l'AIITII-.

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