CHAPITRE PREMIER
Parallèle des différens systèmes : éUH aciuel de l'art d'instruire les Sotirds^lUm^.
ÊM^ Jî.
Pour soumettre à un parallèle utile et ces systèmes si nombreux et si variés qui ont étv^ adoptés ou proposés pour instruire les sourdsmuets , il suffira maintenant de recçnrir à ht dassification qui s'était offerte d'elle-même, et qni ressortait des principes de l'art (i) ; elle nous montrera d'un coup d'œil en quoi ces systèmes différent ou se rencontrent.
En ce qui concerne d'abord la partie matérielle de l'art, c'est-à-dire le choix des instrumens employés pour remplacer la parole, nous avons distingué ces systèmes en deux branches : dans Tune on emploie les instrumens qui reproduisent les formes
(i) Voyez ci-devant, r* Partie, chap. XIII, low !"• page 277
is sourus-mdets. «^ part, m, ghap. i. 33i
rœes de nos langues , c'est*à-dire les divers *!&, écrit, manuel , oral , labial ; dans Tantre cdors à ceux qui préparent l'interprétation nrs de la langue f en peignant les idées que les doivent exprimer, tels que le dessin et es i&imiques.
les instituteurs^ sans exception , sont unaent d'accord sur la nécessité d'employer re alphabétique comme Fiii^rument prinour l'enseignement de la langue, dans Tédu^ dn sourd-muet : presque tous remploient
lébilt. Hs ont diiKéré seulement en ce point uns ont cru pouvoir associer directement es de récriture aux idées ,' tandis que les >nt cru devoir introduire, entre les idées et s écrits , un ordre de signes intermédiaires 4 remplacer l'office que la parole , dans nos » actuelles, remplit pour les autres hommes. ane conséquence naturelle, tous les insti- , à une seule exception près , s'accordent yyer l'alphabet manuel , comme une sorte plément à l'écriture. Mais ils diffèrent I dans le degpé d'importance qu'ils y ati ; les uns accordent à cet alphabet le rang strument principal, d'autres ne le consigne comme accessoire. Ils diffèrent encore composition de ces iustruroens : les uns Jit une dactylologie alphabétique d'autres tylologie syllabaire. L'une et l'autre peut
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varier, suivant qu'on emploie , ou les deux mains ou une seule , et suivant les mouvemens que les doigts exécutent. Il est quelques instituteurs qui emploient aussi , dans le même but , des lettres tracées en l'air avec le doigt, ou figurées de màne sur une table.
L'unanimité cesse, lorsqu'on arrive à i'aitioalation artificielle. Cependant il n*y a encore id que deux exceptions : l'une se compose des instituteurs qui, comme Wallis, Lasius, Je pasteur Daniel, M. Recoing, ont cru pouvoirie oonteoter (le l'écriture, au besoin assistée de la dactylologie et des signes mimiques propres an sourdHBUifit : l'autre comprend l'abbé Sicard et les instituteurs formés à son école , qui ont cru trouver, dans les signes méthodiques, une ressource sufifiiante; encore faut-il remarquer que, si Tabbé Sicard avait négligé ou repoussé cet instrument dans la pratique , il l'avait admis et même recommandé dans sa doctrine.
Ceux qui ont adopté l'alphabet oral (i) se di-
( i) Nous employons indifféremment et twr à tour les denominations de prononciation artificielle , d*a(pAa&dl oral ou guttural y etc, pour désigner les sons qu'on vaégae au sourd-muet à articuler, afin d éviter la monotonie fastidieuse de la repétition continuelle d*nne même eipression. Aucune peut-être n'est même bien exacte ; mais nous avons touIu éviter d'employer, pour une chose qui revient si soaTenl, les longueurs d'une périphrase.
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visent d'alKinJ dans le degré d'importance qu'ils y atrjctient : les uns, tels que Van Helmont, Amman, Kerger. HapbeL, et quelques instituteurs iDOilemes des États prussiens, considèrent cette parcJe artificielle comme rigoureusement indispensable dans l'instruction du sourd-muet ; comme le lieu nt*cessaire qui doit unir pour lui les idées aux mots écrits. Le plus grand nombre n'y voit qu'un instrument utile pour faire mieux entrer le sourd-muci dans le commerce de la société, et quelquefois aussi pour favoriser l'essor et le rappel de ses idin*».
Ils diffèrent encore sur les procédés employés pour mettre le sourd-muet en possession de cette parole artificielle. Les uns, comme Heinicke, introduisent, dans l'organe vocal lui-même, certaines madûnes, ou une langue de cuir; d'autres, à l'exemple du baron de Kempelen, initient le sourd-muet à la connaissance anatomique de la conformation et du jeu des parties intervenues de l'organe vocal; d'autres introduisent leurs doigts dans la bouche du sourd-muet, ou Jes appuient sur son gosier; d'autres, comiae M. Watson, se contentent de lui laire observer, de l'œil et du doi^, les eflets extérirars qui se manifestent par le jeu de l'organe vocal ; d'autres enfin , comme l'abbé de i'Épée, combinent à la fois plusieurs de ces procédés.
Passant nuintenant aux instrumens d'interpré-
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tation , nous retrouvons, encore une fois, tous ks instituteurs parfaitement unanimes sur It Ééoessite de s'emparer des signes mimiques institués par le sourd -muet, tels qu'il les apporte tvmt son instruction , et de s'en servir coïsomB d'un premier moyen de communication avec hl Mus ils se divisent à l'égard du développement d de l'extension artificielle que ces signes peuvent r^ cevoir. Les uns s'arrêtent absolument .a> «go. créés par le sourd-muet lui-même ; d'autres prennent soin de les corriger, de les pefftcCiooiier, mais se contentent de ces rectificatioitt; Vautres portent cette extension artificielle de la panlDmime jusqu'au niveau de nos idiomes. Ces derniers se partagent encore , suivant la nature des signes mimiques qu'ils emploient ; les uns cher* chant des signes imitatifs , les autres de simples signes de rappel ; ceux - là s'attachant de préC^ rence à tel genre d'analogie, ceux-ci à tel autre; ceux-là se contentant d'emprunter à la pantomime des signes de nomenclature, les autres lui demandant aussi des signes grammaticaux : cette dernière combinaison, celle qui a porté le plus baut le système des signes méthodiques, caractérise l'enseignement des abbés de FÉpée et Sicard. . L'emploi de l'articulation aitificielle entndne, comme son annexe, Tart de lire sur les lèvres, qoe nous avons appelé V alphabet labiaL Ils sont entre eux ce que la parole est à l'ouïe. Chez un grand
i>ps sorn os-MiTimt. — pa.rt. t«, cmkv. i. 3Î5 nombre (J'iiistilutetics le second do ces deux instnnnpns préo-de même le premier; chez tous il le seconde. Bonet est le seul qui ne l'ait point jugé susceptible d'être soumis à des directions r^;uiiéres.
Presque tous les instituteurs ont eu l'idée natu- Klle et simple d'employer, dès le début, quelques fif^res dessinées, pour retracer, à l'œil du sourd- ' jnuet, rimage des objets absens, en leur enseignant à les nommer. Mais il n'en est qu'un très petit nombre qui ont essayé de douner quelque étendue aux ressources que le dcssio et ]es gra- Tures peuvent ofirir. Kerger, Amoldi, le P. Vanin, MM. Wolké, Watson , Bébian , ont cependant employé cet instrument avec plus ou moins de latitude : le dernier seul a montré, par quelques exemples, comment on peut le fiaire valoir même encore BU'<lelà de la simple nomenclature. Si le P. Vanin a cm pouvoir, comme on le dit, concentrer tout l'art d'instruire les sourds-muets dans l'emploi de cet instrument, il est du moins le seul qui ait commis un semblable écart.
Si nous passons maintenant à la seconde partie de l'art , à celle qui, proprement philosophique et ^mmaticale, comprend fexplication de la valeur des terme» de la ian^e, et l'enseignemeat des lois grammaticales, nous devons, avant tout, écarter pour toujours un prétendu contraste. qui n'a été Bopposé que par l'eflet d'une pure méprise , et que
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la présence des faits aura sans doute détruit sans l'etour. Nous ne devons plus supposer, avec oertains instituteurs de sourds-muets, bien singulièrement préoccupés de leurs préventions, que cette seconde portion de Tart soit méconnue ou négligée par d'autres instituteurs de sourds-muets; que les partisans de la dactylologie ou de l'articulatioii mécanique aient eu Tidée d'enseigner la langue, sans explications , aient renoncé à tout ccmuneroe avec l'intelligence de leurs élèves, ou bien aient cru trouver un moyen d'interprétation pour Vesprit, dans l'alphabet manuel ou oral. Gomment pourrait-on méconnaître que les mouvcmmis des doigts et les sons articulés n'étant que des ûgnes conventionnels , il reste à établir les conventions et à foire concevoir les idées ? Non ; une erreur aussi grossière n'a servi de base à aucun système d'instruction pour les sourds-muets ; si elle a pu échapper à quelque instituteur obscur ou ignoré, elle n'a été professée par aucun. Tous encore ici se retrouvent unanimes ; tous reconnaissent qu'il ne suffit pas de donner au sourd-muet les mots de nos langues; qu'il faut surtout lui en révéler le sens. Mais, si cette première séparationqu^on avait imaginée est sans fondement , il est juste de reooonaître , en même temps, qu'il y a d'extrêmes difiërences entre les instituteurs de sourds-muets, sous le rapport des soins qu'ils ont donnés à l'enseignement logique et grammatical, comme sous celui
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du snooès qu'ils ont obtenu sous ce double rapport. Ces diffSrences sont nées sans doute de celles qui enstaient déjà entre eux, relativement à l'étendue el à la profondeur de leurs études dans ce double ordre de connaissances ; elle est née aussi des diverses idées qu'ils se sont Csiites sur la nature de leur mission; elle est née enfin de la méthode quHs ont adoptée.
Ub eertain nombre d'instituteurs ont pensé que renseignement de la langue devait être partagé , . pour le sourd -muet connue pour l'enfamt ordinaire, en deux branches distinctes et successives : Tune , celle de l'enseignement purement pratique , fondé sur l'usage et les circonstances; l'autre, celle de l'enseignement classique , fondé sur les règles et l'analyse.
La plupart des instituteurs ont admis cette distinction, quoique le plus souvent sans la déclarer ou sans l'établir en doctrine ; le pasteur Daniel et M. Recoing l'ont plus spécialement marquée, et Font justifiée, en principe, par des raisonnemens puisés dans l'intérêt même de l'instruction.
Quelques instituteurs de sourds-muets se sont ;hi contraire proposés de réunir à la fois pour le sourd-muet ce double enseignement, d'éclairer, dès le début, l'adoption et l'emploi de la langue, par l'explication des lois qui président à sa formation; tel a été particulièrement le caractère des méthodes adoptées à Paris et à Vienne.