‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 31 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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Dans le nombre des iDstituteurs qui ont adopté le premier de ces deux partis , il s'en est trouvé naturellement plusieurs qui ont cru leur tàdie remplie lorsque leurs élèves , se trouvant en possession de la langue usuelle^ pouvant remployer comme les enfans ordinaires, étaient ainsi rentres dans le commerce de la société, et pouvaient alors, ainsi préparés , aller puiser aux sources conmiunes l'instruction classique de la langue , d'après les më^ thodes générales. Ils se sont donc arrêtés à ce point; ils se sont contentés de donner la première des deux instructions , et ils ont livré leurs élèves aux maîtres accoutumés, pour la seconde. Vautres, au contraire , ont cru devoir achever eux-mêmes l'ouvrage; et, sans adopter précisément, pour donner au sourd-muet l'enseignement classique de la langue , des règles spéciales dont celui-ci n'avait plus aucun besoin, ils ont pensé toutefois que, dans ce nouvel ordre d'études, ils pourraient confinner l'instruction spéciale antérieurement transmise , et simplifier aussi l'intelligence des règles, à Viàde des avantages que leur procuraient rhabitude de traiter avec cette classe d'élèves et la connaissance qu*ils avaient acquise de la manière de concevoir qui lui est propre.

Dans le nombre des instituteurs qui ont au contraire (bndii en un seul les deux enseigneroens , run usuel, lautre classicpie, il sVn est renconln* c|iii, s\*nor(;aiit dv mettre les théories à la porttV

d'un élére eooore peu préparé k les reœi^ir, m Mot trouvés conduits de la sorte k chadber il à aonrre les voies de l'intuition; il s'en est trouvé aussi qui, portant cette idée à Textréaie, QQt placé en quelque sorte la métaphysique ellemème sur le vestibule de renseignement, et qui ont invoqué des abstractions pour donner les premiers élémens de la langue.

Tdles sont les analogies dans lesquelles se rencontrent, telles sont les divergences par lesquelles se sépartot les auteurs et les partisans des divers jiystèmes que nous avons vus proposés ou employés jusqu'à ce jour. On voit qu'il y a réellement entre eux moins d'opposition qu'on ne l'a communément supposé ; qu'ils sont à peu près d'accord sur les points les plus essentieb ; que les préventions réciproques ont Csiit naître plus d'une méprise; qu'en oette matière, comme en beaucoup d'autres, on ne s'est souvent disputé que faute d'avoir su s'entendre.

C*est ainsi qu'où s'est mépris, par exemple, lorsque, trompé par la polémique qu'engagea l'abbé de rÉpée, on a supposé une classe de systèmes qui ionde l'instruction du sourd-muet sur l'emploi de la dactylologie, et dans laquelle on a fait entrer les travaux de Bonet et de Péreire; car, Bonet et Péreire , comme nous l'avons vu , n'ont point négligé , ni de faire usage des autres instrumens , ui d'expliquer les valeurs de la langue; et la dacty-

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lologie a été adoptée universellement d'ailleurs par tous les instituteurs , sans en excepter l'abbé de l'Épée.

Les rapprochemens que nous venons d'établir nous permettent , en nous attachant seulement aux analogies et aux différences les plus essentieUes, de répartir tous les systèmes en quatre disses principales.

Les deux premières classes naissent de la distinction qui s'est établie entre les partisans exclusifs de l'articulation artificielle , et ceux des signes méthodiques.

Les uns , les regards tournés vers l'homme doué de tous ses sens , fixant leur attention sur la privation par laquelle le sourd-muet s'en trouve séparé, désirant rapprocher le second du premier, et les assimiler autant qu'il était possible, enfin venant en quelque sorte à la suite de ceux qui ont cherché à guérir l'infirmité physique par un traitement médical , se sont dit : a Tâchons de rendre la « parole au sourd-muet; faisons lui tMfiriB pêrole^ <f puisqu'il ne peut l'entendre; fiiisons-lui pro- « noncer la parole, puisqu'il peut articuler encore; « enseignons- lui cette articulation par des moyens a mécaniques , puisque l'imitation guidée par Fouie « ne peut la lui donner. ^ Ce point de départ s'offrait naturellement, et il a du par conséquent être saisi le premier. Il était de plus impasé par les vieux préjugés sur \v privilège de la parole

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kusH ce point de vue a-t-il dominé presque exdiishreiiient jusqu'à Fabbé de l'Épée. Telle a été ptrticulièremeDt Tidée dominante de Bonet , d'Amman ^ de Raphel, d'Heinicke» et de ceux qui ont Miivi leurs traces.

Les autres , tournant leurs regards sur le sourdmuet, 6xant leur attention sur les compensations qui lui sont propres et les ressources qui lui restent 9 désirant mettre ces ressources en valeur ^ autant qu'il était possible , étudiant la nature dans les expressions qu'elle inspire, se sont dit : a La « pantomime est le langage du sourd^nuet ; ajdons- « lui k le rectifier, à le perfectionner, à l'enrichir; «r £iisons-en avec lui et pour lui une langue régii- « lière; alors il nous sera facile de lui enseigner <c nos idiomes par une simple traduction. » Tel a été le second point de vue qui avait d'abord frappé Kerger, qui a plus tard inspiré l'abbé de l'Épée, qui a été, après l'abbé de TÉpée , développé, modifié par l'abbé Sicard, par MM. May, Wolke, Eschke, Naëf, Guyot, etc.

Dans le premier point de vue, on aspirait essentiellement i mettre le plus promptement et le plus complètement possible le sourd-muel en rapport avec les autres hommes, par tous les instrumens de communication qui sont généralement en usage parmi eux. Dans le second point de vue, on aspirait essentiellement à faire saisir et adopter par le sourd-muet le système de nos langues artificielles ,

comme un moyen d'instruction pour lui-même.

La dactylologie est un moyen accessoire , dont l'emploi est rentré essentiellement dans le premier de ces deux points de vue , comme pouvant servir i faciliter le commerce habituel du sourd-muet avec les autres hommes. Les gravures sont un autre moyen secondaire dont l'emploi est rentré dans le second point de vue , comme pouvant servir à la description des objets absens.

De cette différence essentielle entre les points de vue dominans des deux systèmes y relativement à l'emploi des instrumens extérieurs , ou des signes de la pensée , est résultée , comme sa conséquence naturelle , une différence non moins frappante relativement au mode adopté pour la partie philosophique et grammaticale de l'art.

Ceux, en effet, qui se sont essentiellement occupés de restituer la parole au sourd -muet par de nouveaux proct'*dés , ont du accorder beaucoup de temps et d'efforts à la recherche et à l'emploi de ces procédés purement mécaniques; les observations qu'ils ont dû faire eux-mêmes, celles qu'ils ont du faire faire k leurs élèves, Tapparcil dont ils ont dû s'environner, ont plus d'une fois détourné leur attention des opérations plus délicates que demande la culture de l'intelligence : de plus , en accélérant le moment où le sourd-muet entre dans la société générale , en multipliant pour lui les moyens de conmmnication avec ses sem-

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blahbiy (BD lui procurant celui dont l'usage est le plus &dle , le plus constant et le plus rapide ; ils pouvaient se confier davantage à la puissance de Tusage et de là pratique habituelle, pour faire acquérir au sourd-muet Tintelligence de la langue. De la aor ta^ Us se trouvaient amenés à adopter, pour le sourdHoauet, la division établie pour les enfans ordinaires, entre les deux ensagnemena successifs de la langue, Tun fiimiliér, Tautre classique; ils pouvaient se borner à un premier enseignement , abandonnant l'autre aux médiodes généralement admises.

La position de ceux qui s'étaient placés dans le second point de vue, était tout autre. Libres de tous soins mécaniques, si la création du système des signes méthodiques, ou son adoption exigeait d'eux quelque travail, du moins, dans ce travail, c'était toujours sur les opérations de l'intelligence que se fixait leur attention ; démêler, traduire ces opérations était l'objet de leurs recherches. C'étaient nos idées acquises qu'il s'agissait de peindre dans les signes mimiques; il £dlait les étudier par la réflexion , pour en saisir les analogies : c'était notre nianièrede concevoir qu'il fallait suggérer au sourdmuet , pour le rendre capable d'introduire dans son langage mimique , des formes correspondantes qui pussent se calquer sur celles de nos bngues. Ils avaient donc à la fois et à se rendre compte de leur propre pensée, et à explorer rintelligence de leurs

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élèves. Cherchant ensuite à traduire le langage mimique en l'un de nos idiomes , considérait le premier comme la langue maternelle du sourdmuet , Tétude du second devenait pour eux œ qu'est pour l'élève ordinaire l'étude d'une langue savante, d'une langue morte ou étrangère; œlte étude prenait donc , dès l'abord , le caractère de l'enseignement classique. En rejetant d'ailleurs l'emploi de l'alphabet oral et labial, en rendant plus tardives, plus rares, les entretiens fimilfers de l'élève avec ceux qui entendent et parlent , ils ne pouvaient pas attendre, du simple usage, un secours suffisant pour l'enseignement pratique de la langue artificielle. Ils s'étaient done imposé d'avance la nécessité de procéder d'emblée par une marche logique , et de faire saisir Tesprit des règles pour en montrer l'application.

Dans le premier de ces deux plans , Téducation ordinaire est un modèle auquel on essaie de se con* former ; on se hâte de rentrer dans cette éducation commune à tous les cnfans. Dans le second plan, toute la théorie du langage , les principes d'une saine métaphysique acquièrent une haute importance ; il faut avec leur secours créer une éducation spéciale et toute nouvelle. L'on pourrait dire que, par la nature même des choses, les systèmes de la première classe ont du surtout se composer de procédés , et ceux de la seconde , instituer de véritables méthodes.

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lî, en suivant la première de ces deux voies , on élaitezposé, oomme il est trop souvent arrivé, à ooncsDtrer l'art dans de simples travaux mécaniques, i en méconnaître la vraie dignité , à trop négliger la culture intellectuelle des élèves ; en suivant la seconde voie , on s^est exposé aussi à embarrasser lescommençanspar des difficultés gratuites, à compliqi^er Tart par des théories trop subtiles , et à subir toutes les conséquences des erreurs oomipises dans Tétudede la philosophie ou de la grammaire générale , erreurs Êiciles à commettre , mais non à reconnaître.

De ces deux voies qui procèdent dans une direction entièrement différente, la première est encore suivie ^de nos jours dans les Instituts de Leipsick, de Londres, de Madnd, etc. : c'est celle à laquelle on est revenu à Berne et à Gmund. L'autre est suivie par les Instituts de France , depuis l'abbé Sicard*, par ceux d'Irlande, des États- Unis; celui de Birmingham y est revenu.

Mais , il est deux autres classes de systèmes également étrangers à la division qui s'est établie entre les deux précédentes , et qui , sans affecter aucune règle exclusive , ont adopté une sorte d'éclectisme relativement aux instrumens mis à la disposition des sourds-muets.

Les uns , aspirant à simplifier autant qu'il était possible la marche de renseignement, ont rejeté à la fois le double appareil de la parole artificielle

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plus importante peut-être, qui a retardé les progrès. L'art d'instruire les sourds-muets n'est point encore convenablement remonté à sa véritable source , à l'étude de la psychologie et de la grammaire générale : ces deux sciences sont en effet les deux flambeaux de l'art ; c'est du secours de œs deux sciences qu'il attend les vues destinées à compléter sa propre théorie ; c'est des rangs de leurs adeptes que doivent sortir les instituteurs des sourds-muets; c'est le suffrage de leurs maîtres qui doit prononcer sur le mérite des méthodes. Mais , la philosophie elle-même a-t-elle suffisamment résolu les problèmes relatifs aux directions que l'art d'instruire les sourds -muets lui demande? cet ordre généalogique des idées dans lequel réside véritablement et demeure encore en veloppéle principe vivifiant de l'art, a-t-il été établi d'une manière satisfaisante et complète « par les travaux des métaphysiciens? Nous ne le pensons pas; et, dans ce qui manque à cette thcWie, nous croyons apercevoir une quatrième cause de ce qui manque aussi à son application. T^es métaphysiciens ont sans doute clairement indiqué comment les notions générales naissent de la comparaison des idées par^ ticulières ; les classifications et les nomenclatures qui président aux sciences naturelles ont fourni d'admirables exemples et de précieux modèles de la manière de procéder, pour déterminer la proffresston des genres, et la valeur des noms imposés aux

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ins , quoique s*étant déclaré pour la méi plus simple. M. Venus suit le second, ayant mis en œuvre la méthode la plus :e.

Tune et l'autre classe , Ton peut échapper invémens ou neueillir i avantages spé^ diacun des syttèmes ei pouvons donc concevoir fart sous quatre diflKrentea «t prograMÎ tuées de la

) soivante:

la première, la ph» simple de toutes, il irand encore que récriture, assistée de la [>gie^ des signes mimiques propres au sourdt quelquefois aussi du dessin.

la seconde et la troisième , à ces premiers sns vient se joindre , ou la parole artifii* compagnée de Tart de lire sur les lèvres , le langage des signes méthodiques de la i de Vinslituteur.

la quatrième, la plus complète de toutes, rs in&trumens sont k la fois réunis et se un mutuel secours.

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