‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 36 sur 41 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

.^.* j uecessitr «run esÀd^icnemeiit

.u.-v ïisage de chacun d'eux, coin-

• rn.>sr«itive qui n'appartient a ancmi

Oi.'CicuIier, appartiendrait-elle a tams en

Pourquoi les mêmes con vendons, ie^

<.ic> usa^s qui attachent certaines pensées à

. Runs sons de la voix humaine . pour les ré-

. railler et les transmettre, ne transporteraient-iU

pas aussi la même puissance à certaines forme»

visibles? Tous les objets que la nature présente

A nos regards ne deviennent-ils pas. même f^n>

convention ., et par TefTet d'une répétition (ré-

(|uente, des signes auxquels s'associent et certains

souvenirs et certaines prévoyances ^ Combien de

signes purement visibles les hommes n ont-iK pas

institués entre eux , pour se communiquer sans

rintermédiairc de la parole!

Qu'on nous pardonne, si nous insistons encore lUie derni**re fois sur une vérité si simple, qui semblerait n'avoir jamais pu être inconnue: mai» il importe dVcarter pour toujours, des abords dv fart, une illusion qui a souvent, roéme à leur insu, égaré les instituteurs: il importe de bien établir que cette prétendue parole, qui n'est pa» même une parole, et qu'on croit restituer au sourd-nuu-t, ne lui est aucunement néœssairp : il restera a savoir si elle lui est en effet utile, et jusquVi quel point elle peut lui devenir utile. i^iie . s'il est possible de transporter à un unirr

de signet tbibles, le pouvoir de réveiller et de conmiBDÎquer per là méine les idées , il est d'au* iras prérofittves vrminent inhérentes k la ptrole , 4ghérMite> même en général aux sensations de "fouief et dont h jouiMaiee disparut avec celle-ci.. Sèlâsl Vîniortitné sourdHODnet n'entendra jamais Ina déUcieu accords de kr musique; il n'entendra point le munnare des eami, le gaaouillenient des àmtMOLf les conœrts des instnAuens , toutes ces vois éloquentes qlii disent k Pâme mille cboses p#or lesquelles nos langues n'ont point de mots; il n'entendra point œ chant dont la mélodie dcdte ou calme toutes les émotions, attendrit, encourage > crée d'inépuisables rêveries, transporte la pensée dans une région idéale, et semble être qnelqueibis une sorte de révélation supérieure! Et Gondnen d'expressions encore, soit dans la seule dcdamatioD , soit même dans le ton qu'admettent les entretiens familiers , dans ces a<5cens qui se modulent eur l'infinie variété des dispositions de celui qui parle, qui suivent tous les mouvemeiis de l'esprit et du coeur; combien d'expresttons , dis- je ^ qui sont perdues pour lui ! Tout se tait, et ce silence est aussi continu qu'universel. Et, ce que nous déplorons ici , ce u*e0t pas seulement de voir cet infortuné inaccessible aux dbarmes de ces jouissances qui ennoblissent et épurent la vie , en l'embellissant ; nous regrettons pour loi les fécondes inspirations qu'elles

4o4 DE L ÏIDUCATION

devaient faire naître, le pouvoir qu'elles auraient eu pour imprimer un nouvel essor à toutes les facultés intellectuelles; nous regrettons pour lui cette poésie vivante, animée, qui, par une secrète sympathie, devait communiquer une nouvelle énergie à Télan spontané de la pensée. Rertr immense ! perte irréparable pour le sourdHnnet ! perte qui cependant ne paraît point avoir assez fixé Tattention de ceux qui s'intéressent à lui! perte que nous devons signaler ici, parce que, si elle ne trouve aucune compensation dans ies deux instrumens dont nous examinons en cet ^instant l'usage, elle demande peut-être des compensations d'une autre sorte, que les instituteurs de sourds-muets' ont trop négligé de chercher, et que plus tard nous essaierons de faire entrevoir! Les sons de la voix humaine répandent, sur l'expression des idées, une suavité qui les fait accueillir et reproduire avec une sorte de volupté. Celui qui est privé de l'ouïe aurait besoin, pour la remplacer, de répandre sur ses signes, et les nuances et les parfums des fleurs. Les sons ont entre eux des rapports intimes qui leur permettent de former les associations les plus étendues comme 1rs plus étroites : devenus signes des idées, ils transportent cette propriété aux idées ellesmêmes. Voyez avec quelle facilité un récite un poème entier, et combien il est plus aisé de fixer dans la mémoire des vers, que de la prose! Voilk

DES 80UBI>S-MUKT8.— PABT. IIJ , CUAP. V.' 4^5

des prérogatives réelles , que Ton cherchera vainettent dans l'art de lire sur les lèvres , et dans la

- |inmooGÎation fieictice d'un sourd.

•I A dé&nt de ces avantages, voyons du moins les

' «éei^ices que peut rendre cette espèce de siinublion de la parole que le sourd-muet parvient à obtenir, en lisant sur les lèvres, et en proférant des sons quHl n'entend pas; et, pour cela, examinons avec qadqae détail le niécanisme de chacun de ^es deox instruroens.

On a peine à supposer la prodigieuse perspicacité qu'acquièrent, chez un individu privé de quelque sens, les perceptions de ceux qui lui restent. L'aveugle discerne les contours des couleurs au simple toucher : V infortuné Mitchell (i), privé à la fois de Fouie et de la vue, distinguait, k distance, par l'odorat, les personnes qui en-' traient dans l'appartement. I^ regard du sourd jouit d'une singulière pénétration : si son attention est fixée par quelque intérêt puissant , il démêle les moindres détails dans les formes vistbies , avec une rapidité dont nous serions incapables. Cest ainsi que des personnes, atteintes de surdité pendant le cours de leur vie , pressées du besoin de conserver les relations sociales, sont parvenues d'elles-mêmes à comprendre encore,

(i ■ ^iffr» ci -devant, a' Partie, chap. XVt, tome 11 > W «89.

4o6 HE L ÉDUCATION

par le seul mouvement des lèvres, les discours prononcés en leur présence. Cet exemple a dû frapper les instituteurs de sourds- muets, et les enfans atteints d'une surdité de naissance ont pu acquérir, à Texemple des précédons, cette fiidlite qui nous étonne.

Il est douteux cependant que cette seconde espèce de sourds trouve , dans Talphabet labial , les mêmes avantages que la première. Celui qui est devenu sourd par accident, conserve encore plus ou moins vivement, plus ou moins longtemps , la mémoire des sons qu'il ne lui est plus donné d'entendre. Ce souvenir, réveillé par le mouvement qu'il démêle sur les lèvres des interlocuteurs, s'unit à cette seconde perception, se confond avec elle, la relève, lui donne une sorte d'énergie et d'éclat dans le domaine de Tîmagination , si ce n'est dans celui des sens : c^est encore sur Timage des sons, que sa pensée continue de s'appuyer. De plus, exercé comme il Test k connaître la composition des mots, leur signification « la cuntexture et Tensemble des phrases, il peut ais<'*raent suppléer, dans le discours, un terme; dans le mot, une lettre qui échappe à son reganl. lorsqu*il veut lire sur les lèvres d'autrui. Un fragment de lexpressiun lui suffît pour concevoir la pensée entière; c'est (^nsuitr la pensée elle-même qui, H son tour, lui l'ait supposer le surplus des (ormes qui .ipparticMiuont i\ l'oxprossion. Rien «le

DBS SOURDS-XUCTS. -^ PAAT. III , GHAP. Y. 4^

UhaI iféiti o'exîstiB pour celui qui est sourd de uais- Mficiy ou qui a été atteint de cet accident dans ma bas âge. H ne devine point la parole, laquelle inî Alt toujours inconnue. II n'existe pour lui , 4iana Talphabet labial, que des figures dessinées, qvm des mouvemens exécutés sur les lèvres de mlnî qw parle; figures très subtiles, mouvenuais très m|ndes, figures et mouvMMns très complexes, qui il*aiUeairs ne se lient à rien, ne rappellent rien, Wifi Ibnt rien prénnr, ne peuvent se compléter, ne peuvent être suppléés, lorsqu'ils ne sont pas remarqués.

Pour former des mots avec ces figures et ces mouvemens, le sourd -muet a deux opérations k accomplir : il faut d'abord qu'il distingue uettement entre eux les mouvemens et les figures qui correspondent à la production de chaque lettre de notre alphabet; il faut ensuite qu'il groupe ces traits élémentaires, poui* eu constituer des mots* séparés entre eux, et pour imprimer à chacun un certain caractère d'unité. L'idée exprimée arrivera ensuite lentement et péniblement, après ce double et difficile travail.

En quoi consiste donc proprement ce mode de suppléer i la parole , telle qu'elle s'offre à ceux qui récoutent, et peuvent l'entendre? C'est une sorte d'écriture mobile, qui a son alphabet à part; alphabet dont les éléroens correspondent à peu près à ceux qui servent (r('4<*nieiis à nus langues.

/io8 DE l'éducatiok

mais sans eu imiter la forme , comme sans en emprunter la matière. Les mots composés par cet alphabet nouveau, spécial et singulier, peuvent sans doute s'associer aux idées, les rappeler ; maïs sont certainement très inférieurs aux mots articulés; ils n'en ont ni l'éclat, ni la simplicité, ni la netteté, ni. les analogies cachées, ni rhamonie, ni les inflexions variées , éloquentes; ils ne peuvent s'échapper de l'âme pour pénétrer directement dans l'âme; ils sont pâles, dépourvus de toute espèce de chaleur. Comparés aux mots de notre écriture alphabétique, ils leur sont, à quelques égards, inférieurs; ils sont beaucoup moins fiiciles à distinguer entre eux ; leurs élémens sont beaucoup plus subtils, leur séparation moins prononcée; surtout, loin d'avoir la même fixité, ils sont singulièrement mobiles et fugitifs. D*un autre coté, ils peuvent avoir cependant, sur Técntiu^* quelques avantages : leur émission est plus rapide ; leurs formes sont plus simples; ils se groupent donc mieux ; les mots qui en résultent contractent mieux cette unité nécessaire à un signe pour devenir le pivot de la pensée.

(/est surtout à l'aide d'un exercice assidu et répété, que le sourd-muet parviendra à se mettre en possession de l'art de lire sur les lèvres, et cet exercice* sera d'autant plus instructif, que, compn^nant mieux les fruits (pi'il eu peut attendre, il s*\ portrra iwvv |>his crardrnt . Remet avait quelque

DKS SOUBDS-MUFTS. — - PAHT. III , CHAP. V. 409

raîsoii de dire que cet art n'avait pas de règles pifédaes : cependant on peut réduire à une sérié déterminéQ de types, les figures qu'a£Gectent et les mouveniens qu'exécutent les lèvres en prononçant diaque lettre. A ces ^rpes se bornera la théorie de Tart. Mais , s'ils peuvent obtenir quelque précision lorsqu'ils se rapportent aux voyelles et aux oonsomes appelées labiales, et à la production desquelles les lèvres ont la part principale , combien ces types ne deviènnent-ila pas délicats , dif&^ cîles i déterminer, lorsqu'il £àuit reconnaître les ▼oyelles ou les consonnes qui se forment entièrement dans Tintérieur de l'organe vocal , comme les gutturales , par exemple ?

Le sourd-muet de naissance n'est muet que parce qu'il est sourd. C'est une observation faite , dès Tantiquité , par Aristote ( i ) et par Pline , et qui se découvre sans peine, comme elle s'explique naturellement. Les enfans qui perdent l'ouïe dans un

( I ) « Tons ceux qui jouissent des organes de la Toix , dit

• Aristote , ne jouissent p«s pour cela de la parole ; ceux « qui sont sourds de naissance, sont aussi mue|s par là même;

• ils possèdent la Totx, mais ne peuvent parler. » {Histor, J aimai, , IV, g. ) Comment donc le sarant et judicieux docteur Itard a*t-il pu dire : « La liaison nécessaire de la - surdité STec la mutité , a échappé à la sagacité d'Hîppo- < crate , au génie d*Aristone : un Bénédictin l'a remarquée le

• premier »? (Dictionnaire tUi Sciences médicaies, tome UL au mot Sour^Muei. )

4lO DF. LéDUCATIOK

âge encore tendre, perdent bientôt aussi Tusage de la parole. Les uns et les autres sont priYés de ce guide, de ce régulateur que rouie donne à la parole articulée; ils ignorent les sons qu*Us produisent. Cependant, lorsque l'organe ¥Ocal esl demeuré intact, ils sont encore capables de produire les sons qu'ils ne sont pas capables d'entendre. Il suffit de trouver, pour les diriger dans cette production, des moyens artificiels qui remplacent pour eux l'instinct naturel de l'imitation. Comme ils ne peuvent plus juger de l'efFet, on leur fera observer la cause.

Quel est celui de nous qui se rend compte, lorsqu'il parle, des circonstances du jeu qui s*opère dans les organes de sa voix , qui connaît même les conditions de cette admirable mécanisme? Voilà cependant ce que le sourd-muet doit étudier, doit parfaitement connaître, pour apprendre à parler.

Il a appris à parler; il répète des mots articulés. Ije but semblera atteint aux yeux du vulgaire. I^ sourd-muet n'a*t-il pas recouvré la parole? Sans doute , les roots qu'il prononcera seront entendus el compris des autres hommes , comme ceux qui sont proférés par les individus pourvus de Touïe. Ceux qui l'écoutent pourront y attacher leurs propres idées. Mais, que se passera-t-il chez le sourdnuK*t lui-même? Pendant (|ue d'autres entendent le son (\u\\ profnr, qurll<> sensation ««prouve-t-il :^

DIS SOUlDS-mnBTS. **««- PART. III , CHAP. Y. ^\i

CkmvDMC eetle sensation pent - elle servir de à ses propres idées? Comment peutrîl attaà ee eigne parlioulier une signification , une épie à cdle qlie les autres hommes attri- Iwient à ces sons qu'il ignore?

^*%ji sensation que le sourdHosuet éprouve en prononçant, n*est autre que edte du jeu intérieur de Torgane vocal, autant qu'il peut se fûre sentir loraqi/on prononce. Chacun de nous peut reconnflitre, vérifier oette sensation , cpioique probablemenC il ne Tait goère remarquée jusqu'à ee jour. Me n'a aucune ood>re d'anaiogîe avec ceHes que les sons font parvenir à Touie; elle est entièrement dans le domaine du tact : c'est un tact intérieur ; c'est le contact de deux organes, dont l'un, du moins, est sensible. Heinicke a cru y avoir découvert , ou a prétendu y avoir introduit une sensar tiofi de saveur : le second ne parait pas probable ; le premier serait une erreur.

Cette sensation peut être comparée à celle que Timpression en relief fiait éprouver aux doigts de Taveugle : c'est une nouvelle sorte d'alphabet, un alphabet singulier, un alphabet tactile; c'est un clavier dont les touches s'étendent depuis la poitrine jusqu*à l'extrémité des lèvres.

Quelles peuvent être les propriétés de ces sensations pour devenir des signes d'idées? Sans doute, elles peuvent revêtir cette fonction , comme 1rs formes de lalphabet labial , comme celles de

riiupivssion en relief. Elles formeront aussi des mots; mots bizarres dans leurs élémens alphabétiques, mais qui sirivent d'ailleurs, dans leur formation , un mode de combinaison parallèle à celui dont se composent les termes de nos langues. Ces mots recevront un sens, de la même manière que ceux de nos langues articulées.

Pour nous qui sommes accoutumés, en pensant et dans les méditations les plus solitaires, à nous retracer constamment l'image des sons qui servent de signes à nos pensées, et à entendre la parole retentir encore dans notre imagination, mêlée et confondue avec la pensée elle-méoie, lui prêtant sa vie , sa chaleur , son charme , nous avons peine à nous faire une idée juste et précise de ce qui doit se passer dans l'esprit du sourd-muet , lorsque ses idées ne trouvent d'autre point d'appui que ces sensations tactiles qui viennent d'être définies. Tous ces signes, il faut en convenir, sont conmie ceux de l'alphabet labial, bien inférieurs à ceux de la parole; ils sont, comme ceux de l'alphabet labial, iiifnTicurs , sous plusieurs rapports, k ceux de récriture ; ils semblent, cependant, offrir des élémens plus nombreux, plus variés, plus Caciles k discerner que ceux de l'alphabet labial ; ils se groupent mieux que ceux de l'écriture et de la dactvlologie. Peut-être la sensation sur laquelle ils se fondent a-t-elU* quel(|iie chose ilc plus intime que celle dont ro-ij est l'orfianc. Peut-être le jc*u orj^nique

qui produit cette sensation a-t-il un rapport plus iquiédiat et plus étroit avec les mouvemens de (Ine : ce qui porterait à le croire , ce sont les cris ilifoloDtaires qui échappent dans la joie, la douiaiir et la surprise. Une circonstance qui est du ippina toulA particulière à cet ordre de signes, ^^ qu'il est le seul qui se répète réellement pendant les opératioii3 solitairea de la pensée. En eflhtt lorsque l'homme, seul, en silence, se livre à se» propres idées, les sons dela-paroley les caraotètres de l'écriture ne se retracent à lui qu'en image : le sourd -muet qui est doué du talent de palrier OQOtinue à parler réellement en pensant; ce qui a filît dire à M. Eschke que les sourds-muets mâchent en pensant. Quoiqu'il ne Cuse plus entendre aucun son, il peut ressentir encore, par les mouvemens que l'organe vocal exécute , les mêmes impressions que lorsqu'il s'entretenait avec les autres. Il s'opère alors chez lui ce qui aurait lieu pour celui d'entre nous à qui il arrive de parler tout seul à haute voix. Ceci nous etplique le phéno» mène observé par Arneraann et par Arnoldi , savoir, que les sourds-muets qui ont appris à parler, fréquemment prononcent des paroles en dormant, pendant leurs songes.

I..es deux instrumens qui consistent dans l'alphabet labial et oral, ont un dernier inconvénient qui leur est commun, ou plutôt réciproque.

4l4 »E L EDUCATION

f lorsqu'une pei-soniie douée de raudition parle ou écoute, c'est toujours le même signe qui Tient pour elle servir d'interprète à la pensée. Il en est de mcme des signes écrits ou imprimés, soit qu'on écrive ou qu'on lise. Actif ou passif, dans la question et dans la réponse, l'esprit retrouve toujours, pour la même pensée, le même langage. Il n*en est pas de même de l'alphabet labial et de l'alphabet oral. Leurs signes n'appartiennent point au même ordre de sensations : l'un ressort de la vue i l'autre du tact ( I ). Il s'opère donc alors qudque chose de semblable à ce qui aurait lieu, par exemple, pour un homme qui serait muet, sans être sourd, et qui ne pourrait s'exprimer que par écrit, en supposant qu'il n'eut jamais occasion de Kre. Il doit résulter de là que chacun des deux ordres de signes, affectés aux mêmes idées qui alternent ainsi, contracte avec ces idées une association moins puissante.

Un doit le reconnaître : l'alphabet kbîal , Falphabet oral, considérés dans leur Ibnotion de.

( I ) Cg n>st pas que , le moiiTement dei lèrre» éUat wm partie (lu jeu de l'organe vocal destiné à émettre un sod arlicuié, il n'y ait, comme nous l'aTons remarqué p qsciqne analogie entre la vne de lun et l'ensemble des lensalioas qui se rattachent à l'autre : mais cette analogie est fart încon»» plèie, si ce n'est m ce qui concerne la prndartîon d» Torelles et dr» ronsonne!^ labiales.

DBS SOURbS-»MinET6.«-^PAHT. Ilf , CHAP. V. l^lS

m dettinés à seconder lés opérations de Tes- I sont des instruniens imparfaits, très iniërs à ceux de la parole. Mais ils ne sont point Initrumens inutiles, lorsque celui de la parole t à manquer; ils peinent r< cer au lin, en tenir lieu à qo

Mais, disem lés êdvt de rarticulation

tifteieUe, cette Toie n c ^ nd int par le-nême sîn idées, m Tlntelli-

not des Éiats# n Nous ds : i quoi les

M de la parole ordii >f q cette tftieu^ m est destinée k rèmf^acer, Oonduisetit ^ ils » directement aux idées? en quoi mènentmieux à l'intelligence des mots? Dans tout ème de langage conventionnel, les signes ne hiisent point par eux«-mémes aux idées : les s et les signes se rencontrent à l'aide de la contion ; c'est l'idée qui va chercher son signe. Il it que la convention soit claire, précise et ^ Sans doute Tarticulation ne conduit point idées par dle^mème : mais elle y ramène, ime instrument de rappel , en vertu des asso» ions établies, et il suffit; car tel est précisément ice de nos langues. Il restera à savoir s'il n'en pas d'autres qui remplissent mieux le même :r , et si , dans tous les cas, en les réunissant à Ique autre instrument , on ne peut pas trouver Ique avantage dans leur alliance, lais si nous considérons ces deux instrumens

.^iG DF L ÉDUCATION

dans Texercice de la seconde fonction à laquelle ils sont appelés, ils s'offrent à nous sous un nouvel aspect.

L'alphabet labial et l'alphabet oral, à Taide de la correspondance qui s'introduit entre eux, font rentrer le sourd-muet dans le commerce des entretiens ordinaires; ils permettent au sourd-muet de recueillir ce qui se dit, de se Êiire entendre lui-même par les moyens accoutumés. Les communications du langage deviennent pour lui aussi rapides que constantes et générales; elles ont lieu pendant ses repas, ses travaux, ses jeux, avec toutes les classes de personnes.

En se plaçant dans ce point de vue, c'est, pour la destinée du sourd-muet , un avantage immense que d'avoir retrouvé les moyens de cultiver les relations sociales aussi librement que chaam île nous. Le but de l'éducation qui lui est donnée n'est-il pas précisément de lui rouvrir les portes de la société du sein de laquelle il fiit exilé , de le rendre à la famille humaine, comme un membre actif et utile ? Quelle que soit la profession qu'il embrasse, il aura besoin sans cesse, pour Texerccr, de se ranger comme auditeur dans le cercle de ceux qui écoutent en commun un discours, d*assister, comme témoin, aux entretiens familiers qui ont lieu entre les hommes, d*y prendre piirt. connue interlocuteur, de transmettre lii>rement, promptement s;t pensée; à chaque iu-

DES SOUBDft-M UETS. -— PART. III, GHAP. Y. 4^7

stanti il en aura besoin , pour yeiUer à ses intérêts , pour satisCadre k ses affections , pour remplir ses 4eiPoir8.

^. Sans doute le sourd-muet ^ercé à lire et à «lécrire transmet ses idées, conçoit celles de ses semblables; mais ces communications sont lentes; jaUes ne peuTent s'ouvrir qu'en certains lieux , en certains temps, sous certaines conditions; elles aont très restreintes; elles ont toujours quelque chose d'indiTiduel , de direct, d'officiel , si on peut dire ainsL Le sourd-muet ne pourra saisir ce qui se 4fil k d'autres en sa présence ; il ne pourra saisir ces paroles fugitives, négligées, abandonnées, dont le torrent s'écoule sans cesse dans les relations de la vie.

Mais, par cette raison même , l'éducation qu'il reoevra demeurerr^it nécessairement fort incomplète ; car c'est dans la fréquence et l'intimité des relations sociales, que se développent les sentimens moraux. Aimer, c'est vivre en autrui ; aimer, c'est apprendre tout ce qui est bon. Ouvrons donc le plus largement qu'il est possible le passage par lequel les âmes peuvent se confondre.

C'est un (ait généralement remarqué : le sourdmuet qui sait prononcer et lire sur les lèvres, reprend plus de confiance , d'abandon et de dignité en même temps. Il ne se voit plus exclu de la communauté humaine ; il ne se considère plus comme une exception; il a vu tomber les barrières de II. 27

DE L'ÉDUr4TION

séparation ; car il se figure qu'en écoutant et en parlant, nous éprouvons des sensations à peu prés semblables aux siennes. Il se fait une heureuse illusion sur ce qui lui manque. L'adoption scxâale est célébrée, accomplie, consommée : le voilà devenu l'un des nôtres.

En s'associant aux entretiens familiers , par les deux instrumens dont nous parlons, le sourd-muet obtiendra, avec une éducation plus entière, une instruction plus riche. Combien de chosess*sppreii* nent par les traditions humaines , et oomlMeD les idées s'étendent, se recti&ent par une oomparaîson sans cesse renaissante avec les idées diffirentes ou contraires des autres hommes? Varier et multiplier les échanges, c'est enrichir rintélligenoe. La langue elle-même s'apprend d'autant mieux qu'on en peut faire un usage plus constant et plus rapide; les associations des mots aux idées se consolident et se fortifient en raison de la fréquence des répétitions; la valeur des mots se détermine d'autant mieux qu'ils sont plus souvent employés dans des combinaisons diverses.

Ajoutons une dernière considératk» qui n'a peut-éti*e pas été assez remarquée, ou du moins dont Timportancc n'a pas été assez sentie. Un des grands avantages de la parole, et qui n'appartient qu'à la parole seule, c'est quon peut avec elle s'exprimer en agissant, non seulement sans être en rien détourné de l'action accomplie, mais au oon-

DES 50Ultl>S-lfflST8. — - PART. 111 , CHAP. V. 4>9

tMHnB^*€tt liant la parofe à l'action. Voilà ce que le Mard-muet obtient aussi, en apprenant à pronoàcer 0JMkrûmùhB lèrrea. Quel grand et solide moyen ' tfSDitniotion élémentaine que cet emploi du lan« ; jUpige^qui peut concourir awec les actions réelles et (qilÎDaires dek ne, les accompagner, les précéder, ^ mm àeiwexàt le moyen ou le lésultat! Dans ce mé* lange des paroles aux actions f l'élève est animé é'Mi intérèk beaucoup plus vif al plus puissant pour létfi concevoir; il subit une épreuve beaucoup jpina dédii ve pour juger s'il a biai conçu : les idées afiaxpiiquent par les actes ; elles prennent un ca- Mctère pmitif : les termes se définissent par leurs efets; ils deviennent de véritables instrumens de nndastrie ; ils ont besoin d'être , comme ceux-ci , esallés et appropriés à leur objet. Les entretiens qai se mêlent aux travaux , aux jeux mêmes , forment un véritable enseignement, où tout atteint nécessairement son but, dans lequel l'erreur est ou prévenue ou corrigée, où l'instruction sortant de la vague région de la curiosité, prend des racines profondes. Les faits deviennent caution du discours. L'intuition est plus claire; les souvenirs ont {flns de consistance.

Ce n'est pas tout encore, et il ne faut pas oublier que l'éducation de llimnme se continue même apiréa qu'il a quitté Vidole et lorsquHI est séparé da son maître ; qu elle se continue dans le monde , le cours entier de la vie; que cette seeônde

/20 i>£ l'éducation

éducation , moins remarquée , est pcut«tre la plus

positive.

Ces considérations sont décisives : elles résolvent la question avec toute Tautorité de Févidenoe. Il n'est pas permis de refuser au sourd-muet, dès qu'on peut les lui procurer, deux instrumeos qui doivent lui apporter de si nombreuses et de si importantes compensations dans son malheur.

Ne nous dissimulons point, cependant, que Finfortuné sourd-muet, même doté des deux instrumens que nous venons de lui accorder, ne parfictpera encore que d'une manière assez imparfaite aux avantages que nous venons de décrire. Il ne peut lire que sur les lèvres des personnes placées en présence de lui , et à quelque proxinùlé. Ses re- ;^ards, préoccupés par cette lecture, sont détournés d'un travail qui les rt;clamait peut-être; sa parole manque d'expression, d'harmonie. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, les sensations qu'il éprouve •*n articulant ne sont point les mêmes que celles i|u'il éprouve en écoutant avec ses yeux; il ne lie noint aux mêmes signes les idées qu'il exprime et ( «illes qu'il prête aux autres hommes. Cette circonstance doit nuire, si nous ne nous trompons, il une manière cachée, mais inévitable, auxefltts ()e la sympathie. Pour nous qui sommes dotés de i luïe , la parole des autres hommes est sembbble « la notre; ce sont les mêmes accens qui interroi.«Mit et se répondent; le véhicule de la pensée est

DBS SOUBDS-VUSTS.— • PART. III, CHAP. V. 4^^

le nèane, oommé la pensée : c^est un édio esiérieur ^ redit les sons, pendant que Fécho intérieur de Urne redit les sentimens ou les idées. Cette identifié de l'expression aide singulièrement à retrouyer ISdentité du sens : on se comprend mieux; on ftit plus que comprendre; les esprits se confon» dent presque Vun dans l'autre. L'intimité de ces relâtioiis ne peut exister pour le sourd^nuet, perce que les deux instrumens qu'il emploie tour à tour sont trop étrangers l'un, à l'autre.

Remarquons d'ailleurs qu'il est un asaes grand nombre de sourds-muets chez lesqueb l'organe de la Toix ne peut point acquérir, ou n'acquiert du mcûns que très faiblement la souplesse et la mobilité nécessaijre pour l'articulation.

Ceci nous conduit à une observation essentielle , relativemenf à la marche de l'art

C'est par l'exercice et par Faction que les organes se développent ; cet exercice et cette action lui sont nécessaires surtout dès le premier âge ; il importe donc de commencer de très bonne heure sur l'enfant atteint de surdité, l'essai des procédés qui lui apprendront à articuler. Plus on tardera , et plus Torgane de la voix contractera l'habitude de Tengourdissement ; la langue deipeurera épaissie , embarrassée; et, d'après une observation faite plusieurs fois , elle n'acqnerra pas même son volume ordinaire ; le jeu de toutes les parties ne s'exécutera plus avec la même Êicilité.

A -12 DE LV.DrCATIOW

D'un autre côté, il y aurait des inoonvéniens sensibles à commencer cet apprentissage de Tarticulation factice , sans commencer à y joindre en même temps l'explication des mots prononcés : cette explication , à son tour, pour l'enfant sourdmuet, exige déjà quelque développement de Fintelligence.

Comment concilier ces conditions diverses? A quel âge fixer le début de l'instruction, sans que l'une de ces deux branches nuise à l'autre ?

C'est une question qui mérite d'être méclftc'-e par les instituteurs , qui ne nous parait pas suOisamment résolue. Nous avouons que nous n'avons pas nous-méme une collection de £aits assez complète pour la résoudre.

I^s avantages d'un commerce plus général , plus assidu, plus étroit avec les autres hommes, ne sauraient être sans doute trop chèrement acheté^i. Cependant le temps , les efforts qu'exige l'enseignement de l'alphabet oral et de l'alphabet labiaK doivent être comptés pour quelque chose. Ces exercices usurpent du moins une part assez considérable de ce qui devait appartenir à l'instruction intellectuelle ; quelquefois ils peuvent dt'^tournrr en partie aussi lattention qui est due à celle-ci ; quelquefois ils causent une sorte d'illusion aux instituteurs eux-mêmes, qui présument facilement avoir donné des idées, lorsqu'ib n'ont encore donné que des paroles.

DES SOUBDS-MI7rr5. PABT. III , CHàP. Y. 4^3

Ce qui , dans ces exercices , retarde encore la flMyrche de renseignement, c'est que, dans les Omuttencemens du moins, ils exigent, de la part dk maître, des leçons indiTiduelles. Les élèves ne peuvent être réunis sous une direction commune , , que lorsqu'ils sont déjà en état de prononcer séparément chaque lettre.

Enfin, le sourd-muet ne pouvant corriger luimémesa prononciation, ne peut veiller également à la conserver dans sa pureté. H est donc exposé à h voir s'altérer; et, remarquei qu'en la laissant s'altérer, il laisse dénaturer aussi les signes sur lesquels ses idées reposent

n resterait à examiner quels sont les procédés préférables pour mettre le sourd-muet en état de jouir de la parole factice. C'est essentiellement à l'expérience qu'il appartient de prononcer à cet égard. U serait nécessaire de comparer la prononciation des sourds-muets qui ont appris à parler par des procédés différens, et la durée du temps qui aura été nécessaire pour procurer cet avantage à chacun d'eux. Ces comparaisons ne paraissent pas suffisamment établies.

L'étude du mécanisme de la parole, obtenue par l'anatomie, à l'aide des préparations en cire, de gravures, de machines parlantes, sera très utile à l'instituteur du sourd-muet pour le guider dans ses opérations : mais elle n'est pas nécessaire au sourd-muet lui-même ; elle lui sera peu utile, l^s

^l4 DE L'ÉDUGiLTIOn 1

Lorsqu'une personne douée de TauéitioD paA

ou écoute, c'est toujours le même fliglM ^i Tîetlt

pour elle servir d'interprète à la pensée. B en est

de même des signes écrits oa imprimés, suit qu'on

écrive ou qu'on lise. Actif ou passif , dans hqott-

tiou et dans la réponse, l'esprit retroufstràjran,

pour la même pensée, le même langtga II Iftsesl

pas de même de l'alphabet labial et de Falphabet

oral. Leurs signes n'appartiennent poiM so mésie

ordre de sensations : l'un ressort de iârae^ Tautre

du tact (i). Il s'opère donc alors <|Bslqae chose de

semblable à ce qui aurait lieu « par onuiplê, pour

un homme qui serait muet, sans être aoerd, etqai

ue pourrait s'exprimer que par étfit, en si^

posant qu'il n'eût jamais occasion de lire. U doit

résulter de là que chacun des dem eidres de

signes, affectés aux mêmes idées qui sllement

ainsi, contracte avec ces idées nue aasodition

moins puissante.

On doit le reconnaître : l'alphabet kbial, l'alphabet oral, considérés dans Unir iboctioo de

(i) Ce n*est pas que, le mouTement dei lèvres étant ue partie du jeu de l'organe vocal destiné à émettre un «on articulé, il n'y ait, comme nous l'avons remarqoé, goelqne analogie entre la vne de l'un et l'ensemble des sensslMms qni se rattachent à Tantre : mais cette analogie est faft inconn plète, si ce n'est en ce qui concerne la prodaettondMTOjell^ et des consonnes labiales.

DtS SOPBOS-MUSTS. PAHT. 111, CHAP. V. 42$

ur le rappel des idées, et pour servir d'interidtaircs entre la pensée et l'écriture. Les uns et ■ sutrtîs se trouveront d'accord pour admettre qtie l'alphabet labial et oral sont des signes arbitraires et conventionnels, utiles au même titre <jue ceux de l'écriture , pour lier et rappeler les id^es, utiles surtout, et plus utiles que l'écriture, pour suppléer à la parole, dans les communications habituelles entre les hommes.

4^6 DE LÉDUCATrOIf

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