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nous l'avons vu (i), a combiné la méthode de ce respectable vétéran , avec les principes de Pestalozzi. Deux élèves de Pestalozzi , MM. Ramsauer et Krusi, y enseignent le dessin et le calcul, d'après les procédés dontPestalo?zi a donné le type. Cet établissement est au compte de M. Naè'f lui-même (a); il en est déjà sorti vingt-six élèves dont l'instruction était terminée ; la plupart , en le quittant , ont embrassé les professions suivantes : peintres de paysages, graveurs en taille-douce, lithographes, dessinateurs dans des fabriques d'indiennes ou de porcelaine, compositeurs d'imprimerie, peintres en équipages, meubles et décorations; doreurs, tourneurs, menuisiers, etc. Nous avons recueilli avec intérêt ces détails,' que nous aurions désiré voir plus généralement fournis sur la destinée des sourdsmuets rentrés dans la société (3). Le canton de Vaud renferme 1 5a sourds-muets sur une population de 1 55,ooo âmes; sur ce nombre, il en est 70 dont
(1) Voyez ci-devant, chap. XIV, p. ia8, du présent tome.
( a) Voyez Y Avis concernant l'Institut des Sourds-Muets, etc.y imprimé et publié à Yverdon. Mars 1816.
Le prix de la pension, chez M. Naëf, est de 600 francs. Mais il élève gratuitement un bon nombre de sourds-muets indigens.
(3) Une commission du Conseil académique de Lausanne a visité deux fois l'Institut de M. Naëf, et lui a donné dans ses rapports les plus grands éloges.
l'éducation paraît impossible, à cause de la faiblesse de leurs facultés intellectuelles, (i)
G'est à Yverdon qu'a été formé M. Burki, qui enseigne les jeunes sourds-muets réunis à Bachtelen, auprès de Berne , dans un établissement formé en 1822, aux frais du gouvernement de ce canton. Il contenait dix-ïrait élèves aii commencement de i8a4- Le mode d'instruction se rapproche de celui qui a été proposé par M. le pasteur Daniel ; les élèves subissent des ex&nens annuels et publics. (2)
L'école de sourds-muets que M. Ulrich (3) avait
(1) Revue encyclopédique. Janvier i8a6, page 279, et juillet, page 246.
(9) Nous avons sous les yeux les comptes-rendus , imprimés à Berne, pour les années i8a3 et 24. Nous avons demandé ceux des années subséquentes ; mais ils ne nous sont point encore parvenus.
(3) M. Ulrich, appelé à Genève pour une éducation de sourds-muets , ne put continuer ses soins à ceux qu'il avait rassemblés autour de lui.
Le vénérable pasteur de Schlieren, près Zurich, Keller, dont M. Ulrich avait reçu les premières leçons , et dont il avait combiné la méthode avec celle de l'abbé de l'Épée , n'avait élevé lui-même que deux en fans sourds-muets, et n'avait point fondé d'Institut.
Une notice imprimée en français, il y a près de trente ans , sans indication de lieu ni de date, renferme des détails intéressans sur les travaux de ces deux instituteurs et les relations de Hf. Ulrich avec l'abbé de l'Épée. M. Ulrich passa une année auprès du célèbre instituteur de Paris. « Il en était
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formée dans si jeunesse , à sQn retpxfr de Paris , où il était allé consulter Fabfyé de J'Épée , ji'a p^s été continuée jusqu'à ce jour. Mais la direction de Plnstitut des aveugles établi à Zurich , §ous la protection du gouvernement de ce c&atop f préparait l'année dernière un essai pour réunir à cet institut une école de sourds-jpçiuets qui étajt k la veille de se former, et qui peut-être est puyerte dans ce moment.
Nous avons sous les jjiçM* des statuts donnés par le gouvernement du 'grand-duché de Bade, le 2 août 1826, pour l'érection d'un institut de sourds-muets à Pforzheim , mais nous ne connaissons point encore l'exécution qu'ils ont reçue. Plusieurs instituteurs particuliers donnent d'ailleurs , dans le grand-djiché , des soiqs individuel^ aux enfans atteints de cette infirmité. (1)
On ne peut assez admirer la généreuse sollicitude du gouvernement wurtembergeois pour procurer aux sourds-muets de ce royaume le bienfait de l'éducation ; sa prévoyance a voul,u , par un
« aimé comme un fils Test du plus tendre père; son cœur « brûlait , comme celui de Jf abbé de l'Épée , de l'amour de « l'humanité , et du désir de lui être utile. Telle fut la source « de la vive et tendre amitié que lui voua cet habile et ver- « tueux instituteur. » ( Page 7 de la notice. )
(1) Un jeune Badois suit en ce moment les cours de l'Institut royal de Paris, pour se mettre en état de diriger un jour un établissement semblable dans sa patrie.
système aussi complet que parfaitement lié , répandre les secours partout où existaient les besoins (i). Deux ordonnances royales, du 28 janvier 1 8^3 , renferment les bases du plan qui a été adopté (a). Une commission supérieure pour l'instruction des sourds-muets , établie à Stuttgard , étend son administration et sa surveillance à tous les établissemens du royaume ; un institut normal a été fondé par le roi dans un édifice concédé par lui (3). Cet institut est réuni à celui des aveugles ; trente élèves, destinés à devenir eux-mêmes instituteurs , et dont le plus grand nombre est pris parmi les sourds-muçts eux-mêmes, s'y forment aux fonctions de l'enseignement; vingt-deux sourds-muets y reçoivent en ce moment l'instruction. Ce premier établissement est destiné à porter dans les
(1) D'après des renseignemens officiels, on compte 1,200 à i,3oo sourds -muets dans ce royaume.
(2) On peut voir ces deux ordonnances dans le N° i3 du Koniglich-fVùrtembergisches staats-und regierungs-blatt, sous la date du 22 février i8a3.
(3) C'est en 1807 qu'eurent lieu, à Gmund, les premiers essais pour l'instruction des sourds-muets. L'instituteur avait été formé à l'établissement de Freysing en Bavière. Quoique le gouvernement lui accordât un traitement, cette école ne fut qu'une entreprise particulière jusqu'en 1817. A cette époque , l'instituteur fut envoyé à Vienne pour observer l'organisation de l'institut qui existe dans cette capitale , et pour étudier la méthode qui y est pratiquée.
méthodes i:oute la perfection dont elles sont susceptibles.
Une seconde école de sourds-muets , annexe de la précédente, a été établie auprès du séminaire d'Esslingen , établissement où se forment des maîtres d'école pour tout le royaume de Wurtemberg. Afin que chacun d'eux puisse prendre connaissance du mode d'instruire les sourds-muets et les aveugles, il a été prescrit, par l'art. 8 de la deuxième ordonnance royale du 28 janvier i8a3, aux professeurs de pédagogique dans l'université de Tubingue, et dans le séminaire catholique de Rottenbourg, d'enseigner cet art aux jeunes geos qui se destinent à l'état ecclésiastique. Par l'article 9, il est recommandé à tous les ecclésiastiques de donner un soin particulier à l'instruction des sourds-muets et des aveugles , dans leurs paroisses respectives; et, par l'article 10, il leur est prescrit de rendre un compte annuel , relativement aux mesures prises pour l'éducation de ces deux classes d'infortunés entre l'âge de six à quinze ans. Des encouragemens et des récompenses sont promis aux professeurs, aux candidats instituteurs, aux ecclésiastiques qui seconderont avec le plus de zèle les vues du gouvernement.
Il s'est formé ainsi , indépendamment des écoles principales, plusieurs écoles secondaires qui tendent à se multiplier chaque jour; il y a déjà un certain nombre d'ecclésiastiques et de mai-
très d'école répandus dans le pays , enseignant aux sourds-muets, aux aveugles; dans chaque localité se trouvent des maîtres initiés à la méthode ; de manière qu'il ne reste pas , dans tout le royaume , une seule famille renfermant quelque enfant sourdrmuet, qui ne puisse lui procurer une éducation convenable , même sans déplacement.
On avait adopté, dans le principe, à l'Institut normal de Gmund, le système des signes méthodiques de l'abbé de l'Épée; mais l'expérience y a fait renoncer, ainsi qu'à l'usage de l'alphabet manuel. On a cru reconnaître que le langage mimique artificiel nuisait aux progrès des élèves et embrouillait leurs idées; on a remarqué, en particulier , qu'accoutumés à chercher un rapport entre leurs signes et les objets exprimés, les sourdsmuets conservaient cette habitude à l'égard des signes employés pour les notions morales ; ce qui les conduisait à de fausses interprétations. L'écriture, l'articulation artificielle et l'alphabet labial sont considérés comme les principaux moyens de développement pour l'élève ; on y joint les signes mimiques créés par les sourds-muets, et quelquefois récriture tracée en l'air avec le doigt (i).
(1) On a publié en i8a5, à Gmund, nne Introduction à tort d'exercer les Sourds-Muets à comprendre et à employer la langue écrite, que nous n'avons point eu occasion de connaître , mais sur laquelle M. Neumann porte un jugement sévère. (Voyez Die TaubStummen-anstall zu Paris, etc. 1837» note au bas de la page 26.)
298 DE LÉDUCATION
L'enseignement, dirigé par M. Aile, embrasse la morale, la religion, le dessin, le calcul, les élémens de la géométrie, de l'histoire naturelle, de la physique , de la technologie , de la géographie : on y a joint des exercices de mémoire et des travaux manuels.
La réunion de l'Institut des aveuglas à celui des sourds-muets a donné lieu à une observation neuve et d'un extrême intérêt : c'est que ces deux classes d'iufortuné$ recueillent de ce rapprochement un égal avantage .pour leur éducation réciproque. « Les aveugles sont l'oreille des sourds- « muets, et ceux-ci sont l'oeil des aveugles» (1). Les sourds-muets ne pouvant recourir à leurs signes, pour communiquer avec les aveugles, sont contraints de s'efforcer dç prononcer avec toute la netteté possible. Le commerce qu'ont entre eux ces deux classes d'élèves produit aussi, sous le rapport moral , des résultats très heureux ; chacune d'elles se réconcilie avec le sort qui lui est échu, et apprend à secourir l'autre. (2)
(1) Nous empruntons ce£te expression, ainsi que les détails qu'on vient de voir , à un excellent travail communiqué par M. le comte de Beroldingen, ministre des affaires étrangères du royaume de Wurtemberg, à M. le ministre plénipotentiaire de France près la même cour, et que S. £. M. le baron de Damas a eu l'obligeance de nous faire parvenir.
(a) « C'est un spectacle vraiment touchant , que de voir un « sourd-muet conduisant un aveugle, d'être témoin des peine» • qu'ils se donnent pour s'entretenir, et de les contempler
U existe encore, dans le royaume de Wurtemberg, iin institut particulier, à Weimenden , connu sous le uojn de Paulinen-Phlege ( ou Institut de Pafiline ) , du nom de la reine actuelle , sa bienfaitrice : il est entièrement destiné aux sourdsmuets pauvres , qui y reçoivent l'instruction , ou moyennant une très faible rétribution, ou d'une manière entièrement gratuite.
C'est encore dans le royaume de Wurtemberg que M. le pasteur Daniel fyit, ainsi que nous l'avons vu, l'essai de sa méthode simplifiée.
Le gouvernement de Bavière a fondé et entretient, à ses frais, à Freysing, un Institut de sourdsmuets dirigé par M. d'Ern&dorffer, d'après le double système des signes mimiques développés , et de la prononciation artificielle ; des examens annuels et publics y ont lieu ; le directeur a fait imprimer le recueil des comptes-rendus qui ont été publiés les dix premières années, (i)
Le bel Institut de Vienne, créé en 1779 par l'empereur Joseph II , dans le §<entiroent d'admiration que lui fit éprpuver la vue des travaux de l'abbé de l'Épée , dirigé d'abord par l'abbé Storck,
« dans leurs jeux. » (Passage extrait du travaij ci -dessus
(1) Samlung Kleiner schriften ùber Tauh-Stummen , etc. Munich, 1817.= Volstandige uebcrsickt der Grundsàtze, etc. Ibid. , 180/» et i8o5.
3ûO DE L ÉDUCATION
ensuite par M. J11 May (i), a aujourd'hui pour chef M. Venus, l'estimable auteur dont nous avons déjà fait connaître la méthode et les travaux (a) : il a reçu, sous l'empereur régnant, de nouveaux accroissemens. Afin de répandre dans tous les États de la maison d'Autriche , la connaissance de l'art d'instruire les sourds-muets, on a établi, dans cet Institut, un cours qui se répète chaque année pendant huit mois , et qui embrasse la théorie de l'art , comme sa pratique. Plusieurs centaines d'élèves sont déjà sortis de cet établissement; les uns sont employés dans les chancelleries, surtout comme copistes ; d'autres ont embrassé les professions de dessinateurs , peintres , graveurs , orfèvres, imprimeurs, relieurs, horlogers, etc. Lors de l'examen public, qui a lieu une fois par an, les élèves sont distribués en trois classes : la première est exar minée sur l'écriture et la prononciation des lettres, syllabes et mots ; sur la nomenclature des substantifs, adjectifs et verbes; sur la numération
(i) Cet Institut éprouva une crise après la mort de l'auguste fondateur. L'abbé Storck et M. May en furent momentanément écartés, par suite des intrigues de quelques rivaux, à ce qu'on assure , qui faisaient à ces instituteurs un reproche d'avoir introduit l'articulation vocale. Mais l'empereur Léopold II répara bientôt son erreur , et le retour de M. May au milieu de ses élèves fut un véritable triomphe.
(a) Voyez ci - devant , chap. XI , page 5o du présent volume.
DES SOURDS-MUETS. — PART, n , CHAP. XIX. 3o I
en chiffres et lettres : la seconde, sur l'emploi des déclinaisons et conjugaisons; sur les quatre règles; sur les notions élémentaires de la religion : la troisième , sur remploi de toutes les parties de l'oraison; sur la lecture dans un livre d'école, et l'explication du texte ; sur des explications données par cœur et de vive voix, relativement aux choses de la vie sociale; sur la règle de trois; sur la religion, d'après un petit catéchisme à son usage, (i)
Il y a aussi un Institut de sourds-muets à Prague, un autre à Commotau, en Bohême; mais nous n'avons aucun renseignement sur le régime qui y est suivi.
M. de Schuts, sourd -muet depuis l'âge de six mois, appartenant à une famille où se trouvaient plusieurs autres personnes atteintes des mêmes privations, après s'être formé lui-même d'une manière très remarquable, a fondé, en 1820, dans le bourg de Camberg, lieu de sa naissance, dans le duché de Nassau , un Institut de sourds-muets :
(1) M. Venus a donné l'historique de cet Institut, les règles qui y sont suivies, et l'exposé de son régime économique , à la suite de son ouvrage : Methodenbuch , oder anleitung ztan unterrichte der Taub-Stummeiu 1826, pag. 367 et suiv. Nous en recommandons la lecture aux instituteurs ; ils 7 trouveront des exemples utiles. = Voyez aussi l'abbé - Storck : Nachricht an dos publicum, etc. 178a, 1786; et Jh May : Kurze nachricht, etc. 1804, in-4°«
3oà DE l'éducation
son frère , sourd - muet également , l'assiste pour la direction de l'enseignement. Les deux frères ont fait ensemble, seuls et sans secours, te voyage de Vienne, pour y apprendre l'art qu'ils appliquent ; ils? emploient la méthode des abbéé de l'Épée et Sicard, d'après les modifications' qu'elfe a1 reçues à Vienne. Leur établissement, doté' et protégé par le gouvernement de Nassau, renferme en ce moment quarante -huit élèverf. Le ztèle du fondateur est dignement récompensé par le succès. Il paraît seulement que l'articulation artificielle rencontre beaucoup d'obstacles , et que deux où trois sourds-muets seulement parviehhetit à pVononcer, encore avec difficulté. (ï)
Un instituteur particulier, M. Wiegahd, tient, à Gudènsberg, près Cassel, un pensionnat où il élève quelques sourds-muets, d'après la méthode de MM. Wolke elt Eschke. Le gouvernement dé la Hesse électorale a fait acheter et répandre l'ouvrage de M. le pasteur Daniel, dans l'espérance qu'il fournirait aux maîtres d'école et aux pères de famille les moyens d'élever eux-mêmes les enfans
(ï) Nous avons sons les yeux le prospectus de cet établissement , et les programmes des examens publiés des années 18 aô et 1826. On trouve dans ce dernier deux compositions faites par deux élèves; l'un a décrit le lieu de sa naissance, l'autre a racdnté son voyage. Lès phrasés sont courtes, mais claires* et correctes.
DES SOURDS-MUETO. PART. II, GHAP. XIX. 3o3
atteints de cette infirmité : on en compte environ 1 1 sur 4?ooo habitans, dans cet élefctolrât.
L'Institut de Leipsick, le plus ancien de tous, a été dirigé, après la mort de Heinicke,- par la veuve de ce professeur, et par M. Petschke, lequel aussi est décédé depuis peu. La même méthode continue d'y être en vigueur (i). Nous connaissons l'existence d'un Institut à Coethen', en Saxe, mais nous n'en avons aucun détail.
L'Institut royal de Berlin a été doté par le gouvernement prussien; il a été dirigé, en i «788, par M. Ésckke, gendre de Heinicke : sa veuve préside encore au régime économique de cet établissement : depuis la mort du fondateur, il est confié aux soins de M. GrafhofE (a)
Un règlement, rendu par le consistoire royal de la province de Brandebourg , a pourvu , avec beaucoup de soin et de sagesse, à tout ce qui concerne le régime de cet Institut. Par son article 1*4* il classe, de la manière suivante, les objets de l'enseignement :
(1) Heinicke avait demandé 10,000 écus pour le prétendu secret de sa méthode* (Rudiger's neuester zuwache der Sprach- Kunde, 2* section, page a34. = Neumann : Die TaubStummen- ans tait zu Paris, etc., page 107.
(a) Voyez sur l'Institut de Leipsick. = Heinicke («Sû/w.) Nothwehre wider den hem cranz, etc. Berlin, 1783. = Caesar : Bette an begriterte menschenfreunde. Leipsick, 1 808 , etc.
3o4 °E L'iDDCATION
i. Développement des idées, et culture de la raison en général ;