Religion chrétienne
M. le docteur Neumann a vivement critiqué le rôle que la pantomime joue dans cet enseignement , et l'on peut s'étonner du moins qu'elle soit en effet un sujet de leçons expresses.
Plusieurs sujets appartenant au séminaire des maîtres d'école suivent les Instituts de Berlin et de Breslau, pour apprendre l'art et l'appliquer ensuite.
M. Brederlow a eu, en 182 5, l'heureuse idée d'ouvrir, auprès d'uip séminaire de ce genre, qu'il dirige à Galberstadt, un Institut de sourds-muets, et de lier entre eux ces deux établissemens.
L'Institut de Breslau , dirigé par M. Bûrger, est
(1) Voyez la note O à la fin de ce Chapitre.
DES SOURDS-MUETS. — PART. II , CHAP. XIX. 3o5
réuni à rétablissement des aveugles, auquel préside Finstituteur aveugle M. Knie. Ouvert en 1 804, comme simple établissement privé, il est entretenu, en partie, depuis 1819, aux frais de l'État. Celui de Kœnigsberg a pour directeur M. le docteur Neumann, dont nous avons fait connaître les travaux (1); il existe depuis 1820. Celui qui existait à Kentrop , près de Hamm , a été transféré à Munster; il a pour chef M. Weidner, un des professeurs de l'Institut de Berlin.
La méthode généralement adoptée dans ces Instituts est celle que M. Eschke a décrite , et qui admet la combinaison de la parole articulée avec les signes mimiques développés. M. Neumann a donné quelques notions sur la manière spéciale .dont il applique ce système, dans l'ouvrage que nous avons cité.
La loge des francs-maçons d'Erfurt a fondé , en 181 8, et entretient à ses frais, dans cette ville, une école de sourds-muets, qui a l'avantage d'être conduite par M. Hahn, conseiller d'instruction et du gouvernement , et dont le professeur est M. Bûrgel.
M. Hauer a aussi élevé, à Schadeleben, un Institut particulier.
Ces établissemens réunis ne reçoivent encore,
(1) Voyez ci-devant, chap. XI, tome II. Iï. 20
3o6 de l'éducation
en ce moment, qu'environ 170 élèves sourdsmuets; ce n'est pas le dixième de ceux qui auraient besoin , en Prusse , de recevoir le bienfait de l'éducation. (1)
On compte, dans le Hanovre, environ 1000 sourds-muets , et le gouvernement de ce royaume s'occupe de leur ouvrir une maison d'éducation : un pasteur protestant paraît, en attendant, s'être seul occupé, jusqu'à ce jour, dans une province, à élever ces infortunés ; mais nous n'avons aucune information sur son établissement : il en est de même de celui qui existe à Wildebaden , dans la principauté d'Oldenbourg.
M. Pfingsten, dont nous avons indiqué les écrits, après être venu étudier, à Paris, la méthode de l'abbé de l'Épée, revint fonder, en 1787, à Lubeck, et ensuite, en 1791, à Hamberge, village de l'évêché de Lubeck, un établissement qui parait avoir été trop peu secondé , et qui a été , huit ans plus tard , transporté à Kiel.
Heinicke avait réuni un certain nombre de sourdsmuets à Appendorff , près de Hambourg, et fit sur eux l'essai de sa méthode ; mais cet établissement cessa d'exister, lorsque son auteur vint organiser
(1) Voyez, sur ces divers établissemens, le Jahrbûeher des preussischen VolksrSchulwesens. i8a5,vol. III, ae sect., art. xii j et, pour le règlement de l'Institut de Berlin, le même recueil , art. xiy.
DES SOURDS-MUBTS. — PART. II, CHÀP. XIX. 3cj
celui de Leipsick : le sénat de Hambourg pense à le ressusciter, en lui donnant la solidité convenable. Le célèbre Institut de Groningue fut ouvert, en 1790, avec treize élèves; il en compte 1 58 en ce moment. M. Guyot le père, qui l'a fondé et Ta dirigé pendant plus de vingt ans, y porta les méthodes de l'abbé de l'Épée, qu'il était venu étudier à Paris; il les a modifiées et perfectionnées, secondé par ses fils : dix professeurs y assistent le directeur dans les soins de l'enseignement. Cet établissement , doté en partie aux frais de l'État , a été visité plusieurs fois par les princes de la maison d'Orange, a obtenu de justes témoignages de leur bienveillance , et jouit de la protection spéciale de S. M. la reine des Pays-Bas. Plusieurs instituteurs distingués se sont déjà formés à cette école véritablement normale (1). L'un d'eux a été appelé pour diriger, à Gand , l'école fondée par M. le chanoine Triest. Le gouvernement paraît avoir l'intention de multiplier ce genre d'établissement dans diverses provinces. En 1820 j une société de souscripteurs en a formé un autre à Liège. M. le professeur Poreplin, qui
(1) On peut consulter sur ce bel établissement, outre l'ouvrage de MM. Guyot , Beschrijving van het instituât, etc., les comptes annuellement publiés, et qui en attestent les progrès. {Verlagen, etc.) 1°. Berigten van t'Gronmger instituât van 1790; ofy 2°. Wetten van het insùtuut , etc. 1817.
3o8 DE l'éducation
y dirige renseignement, avait commencé cet établissement par ses seuls efforts , et ses succès ont excité le zèle des hommes généreux qui sont venus le seconder, (i) *
La destinée des sourds-muets a inspiré la même sollicitude à M. Wauters, ecclésiastique, qui leur consacre , à Berghen , tous les loisirs que lui laissent les fonctions de son ministère , et les instruit par une méthode qui lui est propre, (2)
Le gouvernement danois, après avoir appelé, à Riel , M. le professeur Pfingsten , pour y ouvrir une école de sourds-muets, a transféré, plus tard, à Schleswig, cet établissement, qu'il environne d'une protection particulière , et qui est spécialement destiné aux provinces allemandes de là monarchie; on y a réuni la grande imprimerie stéréotype de la société de la même ville : il est en ce moment sous la direction de MM. Spier et Adler. Il en existe un également dans la capitale, qui renferme déjà 86 élèves , et tend à s'agrandir encore. Il a le bonheur de compter au nombre de ses administrateurs , l'un des philanthropes les plus zélés et les plus éclairés, M. Abrahamson.
(1) Voyez le Procès-verbal imprimé de V Assemblée des Souscripteurs. Liège, i8aa.zr Voyez aussi Revue encyclopédique. Octobre i8a3, page 438.
(a) Revue encyclopédique. Décembre 1 8a6 , page 119.= Voyez ci-devant, chap. XV, page i65.
L'un des instituteurs , M. Schon , a voyagé aux frais du gouvernement danois, pour visiter les principaux Instituts de ce genre en Europe. ( i )
L'Institut royal de Stockholm compte environ 4o élèves; il a été formé sur le modèle de celui de Paris. Le conseil d'administration de cet établissement est présidé par S. M. la reine elle-
même.
S. M. l'impératrice Marie Theodorowna a pris également sous sa protection spéciale l'Institut des sourds-muets, formé depuis quelque temps7 à Saint-PétersboUrg ; elle prend une part entière et directe à ses opérations , par une protection aussi' éclairée que généreuse. Il renferme en ce moment 61 élèves. Cet Institut, fondé en 1806, fut d'abord dirigé par le professeur Siegmond , qui avait étudié à Vienne le système de l'abbé de l'Épée. En 18 10, S. M. l'impératrice appela de Paris, pour y présider à l'enseignement, M. Jauffret, qui y porta les procédés de l'abbé Sicard. M. Krilow, d'abord adjoint de M. Jauffret, l'a remplacé à sa mort, (a)
Tous les établissemens qui existent dans les îles Britanniques sont fondés et entretenus par des sociétés de souscripteurs. Il en est ainsi, comme on sait, dans ce pays, de presque toutes les in-
(1) Revue encyclopédique. Octobre 1825, page 207 ; août i8a5, page 584 ; octobre 1826, page 225, etc.
(2) Jbid. Octobre i825, page 611.
3io de l'éducation
stitutions de bienfaisance publique. L'art d'instruire les sourds-muets en retire trois avantages notables : i °. le devoir de justifier les intentions des sociétaires; le désir de les conserver et d'en accroître le nombre 1 entretient l'émulation des instituteurs; a0, le concours des sociétaires, leurs assemblées,, répandent dans le public un généreux intérêt pour la destinée des sourds - muets , et la connaissance des moyens employés pour les instruire; 3°. enfin, les rapports annuellement publiés apportent des élémens à l'histoire de l'art. Nous avons sous les yeux la collection de presque tous les rapports , et c'est avec un sentiment profond que nous rendons grâces ici, au nom des sourds-muets, à ces nombreuses réunions de bienfaiteurs.
L'Institut situé aux portes de Londres, fondé en 1 792 , par M. Watson , est le plus considérable de tous ceux qui existent jusqu'à ce jour, comme il est aussi le plus riche (1); il renferme en ce moment i3o élèves. Le cbmité qui surveille son administration est présidé par S. A. R. le duc de Glocester (2). L'abbé Sicard , pendant son séjour en Angleterre, en 181 5, visita ce bel établisse-
(1) Sa recette en 1825 ne s'est pas élevée à moins de i2,5o8 liv. sterl.
(2) An historical sketch of the purposes, progress, und présent state of the azylum, etc. Londres 1824, ibid., i8a5.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XIX. 3l I
ment; il lui paya ensuite, par des lettres publiées dans le temps , et malgré la différence des méthodes, un juste tribut d'éloges, (i)
L'Institut général formé à Edgbaston, près de Birmingham, a été, jusqu'en 1826, dirigé par M. Braitwood , avec l'assistance de M. Birgham. À cette époque, le comité . dirigeant a appelé, de Suisse, M. du Puget, élève de Pestalozzi, qui n'a point encore étudié l'art, mais dont les talens donnent de grandes espérances (2). Le comité a pris en même temps une délibération pour adopter désormais , dans cet établissement , le système des signes méthodiques, tel qu'il était pratiqué par l'abbé Sicard. Il a pensé que « si la nature « a enseigné elle-même ce langage aux sourdsce muets, s'il les rend capables de concevoir des « idées justes, la voie la plus efficace et la plus « prompte, pour leur instruction, est de cultiver « et d'étendre la langue naturelle qui doit lui sertie yir de base ; il a pensé qu'on doit d'abord enseigner au sourd -muet les choses, ensuite les « mots; qu'il doit s'exercer à penser exactement, a avant que de charger sa mémoire des signes arec tificiels de la pensée. » (3)
(1) At a Meeting of the commuée, etc. Juin 12 , 1825. (a) Reports of the gênerai institution... at Edgbaston. Il y a une suite de quatorze rapports annuels, de 1812 à 1826. (3) Fourteenth report, etc. 1826, page 4.
3ia de l'éducation
L'Institut de Manchester a été fondé en 1824* et ouvert en 182 5, avec un nombre de 14 élèves, qui s'est bientôt élevé à a 3. Dix-huit mois après, ces élèves avaient déjà fait des progrès qui excitaient l'admiration. La durée des études est de cinq ans. Le zélé directeur, M. Vaughan, suit la méthode des abbés de l'Épée et Sicard ; il enseigne aussi la parole artificielle ; plusieurs de ses élèves prononcent des mots d'une manière très intelligible. (1)
A peu près à la même époque, M. Coumer a réuni , dans une école d'externes , les sourdsmuets , à Liverpool , dans le même comté. A sa naissance , vingt enfans y ont été admis. Le généreux fondateur s'est proposé de laisser les enfans sourds-muets sous l'influence des liens de famille; il a pris pour modèle l'excellent établissement formé à Claremond , près de Dublin. On voit avec surprise que déjà huit enfans ont été retirés, par leurs parens, comme suffisamment instruits. Le professeur de cette école, M. John Anderson, autrefois directeur de l'Institut de Glascow, a créé, dit-on , un mode d'enseignement particulier, approprié aux vues du fondateur; il a inventé diverses machines ingénieuses dont le jeu facilite, à ce qu'on assure, le succès de l'instruction, et
(1) Voyez la Revue encyclopédique. Juillet 1826, page %l\0.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XIX. 3l3
qui amusent les écoliers, en leur rendant plus accessibles les notions préliminaires.
L'Institut d'Edimbourg a été fondé en 1810; il renferme en ce moment 67 élèves : M. Kinnburgh le dirige avec un zèle auquel on donne de constans éloges. La méthode qu'il emploie est une combinaison de celle de l'abbé Sicard et de celle de M. Watson , mais dans laquelle celle-ci obtient essentiellement la prééminence. L'éducation morale des sourds -muets est, dans cet Institut, l'objet d'une sollicitude toute particulière. Les rapports annuels renferment des spécimen des travaux des élèves, exemple qui mérite d'être recommandé. (1)
L'Institut de Paisley a été fondé en 1817; celui de Glascow en 18 19 : ils sont conçus d'après le modèle du précédent, et emploient les mêmes procédés , mais sont un peu moins nombreux. (2)
L'Institut national d'Irlande formé à Garemond, près de Dublin, fondé en 1816, fleurit par les soins de M. Orpen (3), secrétaire, et de M. Ham-
(1) Reports of the institution for the éducation of Deaf and Dwnb, etc. Edimbourg, 181 5 à 1826.
(2) Prospectus of the Paisley socicty, etc. 181 7. = Reports of the Paisley society. 1819 à 1826.= Glascow Deaf and Dumb institution Report. 1 820 à 1 826.
(3) M. Orpên nous a procuré , avec l'empressement le plus obligeant, non seulement tous les documens qui concernent cet établissement , mais en même temps de précieuses notices sur les écrits publiés en Angleterre et en Amérique sur l'art
3i4 de l'éducation
phreys, professeur : il compte en ce moment environ 5o élèves. Le mode d'instruction réunit le système des signes méthodiques aux procédés de l'articulation artificielle. L'enseignement est appliqué , avec beaucoup de succès , aux diverses branches de l'instruction. Une utile et ingénieuse attention mérite d'être signalée : dans chaque salle on a suspendu des tableaux représentant tous les objets qui peuvent être mis sous les yeux, avec les noms correspondans ; en sorte que les élèves peuvent continuer à s'instruire en l'absence des maîtres, et même en jouant. Indépendamment de la société de Dublin, il s'est organisé aussi des sociétés auxiliaires dans les principales villes dlrlande, à Cork, Belfast, Nawry, etc. (i)
La première institution qui a pris naissance dans les États-Unis, est Yasylum du Gonnecticut, établi à Hartfort. Cette création est due au révérend Th. W. Gallandet, qui est venu en Europe tout exprès pour étudier, dans l'Institut de Paris, les méthodes qui y sont en usage (a) ; il a ramené avec lui l'un
d'instruire les sourds-muets. Nous lui en exprimons ici notre reconnaissance. L'Institut de Paris espère entretenir avec celui de Dublin des relations suivies et fructueuses.
(i) Jn investigation in to the principles, management and wantSy etc. Dublin i8a5. = Reports qfthe national institution, 1817 à 1826.
(2) Prospectus of the Connecticut azylum, etc. Harlfort, 1817, — A Sermon at the openning, etc.; by Rev. Th. W.
DES SOURDS-MUETS. PART. II , GHAP. XIX. 3l5
de nos élèves, M. Clerc, de Lyon , sourd-muet (i), sujet fort distingué, et qui dirige l'enseignement, sur ce nouveau théâtre , avec le plus grand succès : 70 élèves environ y reçoivent ses leçons. Les législateurs du Yermont , du Newhampshire , du Massachussets , ont voulu unir leurs dons à ceux du Connecticut , en faveur de cette école , qui est déjà dotée par l'État d'un territoire considérable, (2)
L'institution de New- York a suivi de près la précédente; M. le docteur Samuel Akerly la dirige; M. Looborow, principal professeur, est assisté, dans l'enseignement, par miss Stamfbury (3); elle contient en ce moment environ 60 élèves; elle a également adopté les méthodes de celle de Paris. Une loi, portée par la législature de l'État de New- York, le 16 avril 1822, assigne les fonds pour l'entretien de 3a élèves indigens aux
Gallandet. Hartfort, 181 7. = An Adress by M. Laurent Clerc , etc. Ibid. , 1818. = A Discours at the dedication, etc. Ibid. , 1821
(1) J'ai eu avec M. Clerc de fréquentes et longues conférences , pendant qu'il était encore auprès de nous, et j'ai pu apprécier dès-lors tout le mérite dont il donne aujourd'hui des preuves. C'est avec le sentiment d'une profonde affection que j'applaudis à ses succès.
(2) Reports qf the American asylum, etc. 1817 à 182 5.
(3) Address qf the Directors, etc. 1821. = Address deiivered at Washington. Hall, etc., 1826.
3l6 de l'éducation
frais de l'État (i). Une association de dames a voulu seconder les efforts du sénat; elle entretient, par ses souscriptions, uh certain nombre de sourdes-muettes indigentes dans cette école (2) : il est sorti déjà de cette école 96 sujets utiles, rendus à la société. (3)
M. David G. Seixas avait déjà établi, à ses frais, une école à Philadelphie , où il réunissait 1 2 sourdsmuets, lorsque, le ia avril i8ao, une assemblée, présidée par M. le docteur W. Wichte , évêque de cette ville , proposa de l'ériger en institution aux frais de l'État. Le 8 février suivant la législature de la Pensylvanie remplit ce vœu. Bientôt 44* souscripteurs s'associèrent aussi à cette création. L'établissement renferme déjà 90 élèves ; 5o sont entretenus, pour trois années seulement, par l'État de la Pensylvanie et par celui de New-York (4). M. David 6. Seixas s'est transporté dans ce second
(1) A la suite de la loi du 16 avril , on trouve les spécimen de quelques compositions de sourds-muets de cet Institut.
(2) Address and Constitution qf the New-York female Association to aid in giving support and institution to the indigent Deaf and Durrtb, New- York (sans date).
(3) Annual reports, etc. Ibid. , de 1819 à 1826. = Revue encyclopédique. Juin 1822, page 619.
(4) Account qf tfie origin and progress qf the Pensylvanian Institution , etc. Philadelphie, 1821. = Reports, etc. De 182a à 1826. = Revue encyclopédique. Juillet 182 1 , page 200.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CBAP. XIX. 3l7
État pour en fonder une semblable. M. Weld l'a Remplacé à Philadelphie.
M. Clinton Mitchill, qui enseignait à New-York comme adjoint de M. Looborow, a été appelé , en 1 8a 4? dans le Kentucky, pour y diriger une nouvelle école, qui reçoit déjà 36 élèves. M. William Hçid, sorti de la même institution , a ouvert une autre école à Ganajoharie. La législature de la Virginie a voté , en 1826, une semblable création. Enfin , on annonce que , dans le territoire de Michigan, au détroit, les sourds -muets vont recevoir aussi l'instruction par les soins d'un prêtre catholique , M. Richard. Toutes ces écoles paraissent suivre, comme celle de Hartfort, les méthodes importées de l'Institut de Paris.
On est frappé de voir tout ce que les États-Unis ont pu fonder en si peu d'années pour l'éducation des sourds-muets; encore y a-t-il peut-être, dans cette portion de l'Amérique , des institutions que nous ne connaissons pas, telles que celles qu'on dit exister dans la Caroline du Nord et dans l'Ohio. Le nombre connu des sourds-muets, est, dans l'État de New-York, d'environ 65o , un sur 1 85o habitans ; et, dans la Pensylvanie, de 5oo, un sur 2000.
L'Amérique du Sud paraît au contraire à peu près exempte de ce genre d'infirmité. Dans toute la république de Buenos-Ayres , on ne connaît qu'un seul individu qui en soit atteint.
La France est le seul État de l'Europe où les
lois se soient occupées de l'éducation des sourt muets (i). Une sorte de monument a été étev^ la mémoire de l'abbé de l'Épée, par la loi des a 29 juillet 17919 laquelle a placé son nom au rai des bienfaiteurs de l'humanité (2). La même loi élevé les deux écoles de Paris et de Bordeaux, i rang d'établissemens nationaux : d'autres ont c ganisé ces deux établissemens, leur ont affecté d locaux, assigné des dotations , ont pourvu à leo besoins enfin (3) ; celle du ia décembre 17; (11 frimaire an vu ) a rangé cette dépense I nombre de celles qui sont à la charge de l'État. L'Institut royal de Paris, le seul établissent dont les bienfaits s'étendent sur la France entier
(1) Nous avons vu que la législation des États-Unis fait également un objet de ses sollicitudes.
(2) M. Neumann reproche à la France de n'avoir aucun monument à la mémoire de l'abbé de l'Épée TaubStummcn-anstalt zu Paris.) Cet hommage rei nom du prince et de la nation ne vaut-il pas un r
(3) Celles des 28 septembre, 12 octobre 1791; ic bre 179a; 39 juin 1793; i3 février, a/# mars, 18 j (25 pluviôse , 8 germinal et 3o prairial an 11); 5 vier, 25 octobre, 14 décembre 1795 (16, a5 niv
3 brumaire et 33 frimaire an iv) ; 25 septembre 1 démiaire an v) , et 26 février 1798 ( 8 ventôse ai dans ce grand nombre de lois , on en cherche va qui ait étendu sa sollicitude aux besoins de la j sourds-muets répandus sur toute la surface du
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CIIÀP. XJX. 3l9
se divise en quatre branches : un pensionnat pour les garçons, un pensionnat pour les filles, et deux écoles d'externes : il est en ce moment sous Ici direction de M. l'abbé Périer. Cet institut , le plus considérable de tous ceux qui existent, a 100 pensionnaires entretenus par l'État, l\o entretenus aux frais des familles ou des départemens, et près de 4° externes des deux sexes, (i)
L'école royale de Bordeaux , fondée par M. de Cicé , et quelque temps dirigée par l'abbé Sicard , fleurit , sous la direction de M. Guilhe : elle a 60 externes.
Trois congrégations religieuses de femmes s'occupent, en France, de l'instruction des sourds-muets.
(1) Sons la direction de M. l'abbé Périer, renseignement est donné aux garçons par quatre instituteurs parlant , MM. Paulmier, Rivière, Edouard Morel et Richard; par deux instituteurs sourds - muets , MM. Berthier et Lenoir, auxquels sont adjoints MM. Gazan et Duhamel; et aux filles, par quatre institutrices , mesdemoiselles Elisabeth Salmon , Ferment , Barbier et Octavie Morel. Nous aimons à rappeler ici ou à faire connaître les noms des personnes qui remplissent ces fonctions dans notre Institut, avec autant de zèle que de talent : beaucoup trop peu rémunérées de leurs services , à raison de la situation économique de rétablissement , elles ont droit du moins à une récompense plus élevée et plus digne de ces mêmes services, celle de l'estime publique ; et nous aimons à la réclamer pour elles , en professant ici les sentimens que nous leur portons,, et notre juste reconnaissance.
3ao de l'éducation
Celle du Bon-Sauveur, fondée par M. l'abbé Jamet, est essentiellement consacrée à cette bonne oeuvre , et dirige la maison de Caen , où ce respec- , table ecclésiastique a appliqué sa méthode. Douze religieuses sont en état de donner des leçons. M. l'abbé Jamet est cependant encore à la tête de l'enseignement, secondé par M. Chuquet, jeune ecclésiastique qui marche sur les traces de son digne modèle. L'école renferme 60 élèves des deux sexes, tous à peu près pensionnaires internes. C'est en 18 16 que M. l'abbé Jamet a débuté dans cette honorable carrière , en donnant l'instruction à deux jeunes sourdes-muettes.
Les Sœurs de la Sagesse conduisent maintenant, à la Chartreuse d'Auray, près de cette ville , le pensionnat qui fut fondé, il y a environ vingt ans, par mademoiselle Duler, sous les auspices, d'après les invitations , et avec l'appui de M. de Beausset , alors évêque de Vannes, et de M. le général Jullien, préfet du Morbihan ; elles y comptent environ l\° élèves ; elles suivent la méthode de l'abbé Sicard.
Mademoiselle Blouin , élève de l'abbé de l'Épée, la seule de ses élèves, si nous ne nous trompons, qui enseigne encore aujourd'hui, a fondé, dès 1780, et dirige aujourd'hui encore, avec le zèle le plus infatigable, l'établissement d'Angers, qui compte environ 3a élèves. Pour perpétuer l'ouvrage auquel elle a dévoué sa vie, elle a formé aussi une association religieuse de dames , réunies
d;es sourds-muets. — part, n, chap. xix. 3tai
exclusivement dans ce but, et parmi lesquelles on compte trois sourdes-muettes élevées par ses soins. Mademoiselle Blouin est restée scrupuleusement fidèle à la méthode de son illustre maître.
Mademoiselle Duler (i); à laquelle on était déjà x*edevable de la création de la fhaison d'Auray, en a. formé une nouvelle à Arras, en 1817, avec la protection de MM. Malouet et Siméon, successivement préfets du département du Pas-de-Cadais : 3i élèves des deux sexes y reçoivent d'elle le bienfait de l'instruction. Cette école , comme les trois précédentes, reçoit quelques subventions du département. Lés villes d' Arras, de Boulogne, de Lille, de Dunkerque, y entretiennent quelques pensionnaires. Mademoiselle Duler est une des élèves les plus distinguées de l'abbé Sicard.
Le département de l'Aveyron , et quelques uns des départemens environnans , contribuent à l'entretien de l'école de Rodez. Cette école, qui était dirigée par M. l'abbé Périer, et qui maintenant a pour chef M. Valière , compte 36 élèves des deux sexes.
Un établissement charitable formé depuis, en 1808, à Nogent-le-Rotrou , renferme à la fois deux pensionnats : l'un, pour l'éducation gratuite des
(1) Une sœur de mademoiselle Duler enseignait aussi avec distinction dans l'Institut royal de Paris , et nous a été enlevée il 7 a peu d'années.
H. ai
3aa DE L ÉDUCATION
jeunes filles pariantes; l'autre, pour celle des sourdes - muettes : il recevait aussi des sourdsmuets, jusqu'à l'année dernière. M. l'abbé Beulé, directeur de cette maison , y répand la double influence de ses lumières et de ses vertus : il observe strictement la méthode de l'abbé Sicard.
Les trois départemens : du Doubs , de la Haute- Saône et du Jura, concourent à entretenir des élèves dans l'institution de sourdes-muettes, fondée à Besançon, en 1 8 19, et à celle des sourdsmuets, ouverte en 1824 9 dans la même ville. La ville de Besançon y contribue également. La première de ces deux institutions compte en ce moment 3 a pensionnaires; la seconde, 22 et un externe. La première est dirigée par mademoiselle Roussot , élève de l'abbé Sicard , et fidèle à sa méthode ; la seconde , par M. Bonnafous , sourdmuet, dont la méthode est une combinaison de celle de l'abbé Sicard, et de celle qui est pratiquée à Bordeaux.
Les départemens du Rhône , du Puy-de-Dôme, de la Drôme , et la ville de Lyon , entretiennent un certain nombre de pensionnaires dans l'établissement qui s'est ouvert depuis deux ans dans la seconde ville du royaume. M. Commery, qui en est le chef, et qui le conduit avec un talent et un dévoûment dignes d'éloges, sourd -muet luimême, avait d'abord fondé et dirigé l'école de
Saint-Etienne. Il instruit en ce moment 5i élèves
des deux sexes. M. Commery suit essentiellement la méthode d'enseignement adoptée à Bordeaux.
L'école de Saint - Etienne , dotée en partie par la ville, a dans ce moment M. Murât à sa tête , et renferme vingt élèves.
Les établissemens dont nous venons de parler, quoique recevant une assistance plus ou moins étendue, des départemens et des villes, se soutiennent en partie par les pensionnaires payant. Nous aimons à faire connaître que le désintéressement des instituteur s et des institutrices, souvent leurs sacrifices personnels, ajoutent encore au mérite qu'ils déploient dans une carrière qui exige déjà tant de dévoûment.
On peut citer encore quelques pensionnats particuliers, tels que celui que M. Bébian vient d'ouvrir à Paris , et celui que M. Dudésert a établi à Condé-sur-Noireau. (i)
Nous avons la jouissance de terminer ce tableau par le récit d'une belle action presque ignorée.
(i) M. Dudésert a en ce moment 12 élèves; une composition d'une sourde-muette qui reçoit de lui l'instruction, et qu'il a bien voulu m'envoyer, atteste les progrès dont elle lui est redevable, et présente beaucoup d'intérêt. M. Dudésert m'annonce , par une lettre que je reçois à l'instant , qu'il ne tardera pas à publier la seconde partie de son travail , celle qui concerne les signes dont il fait usage. L'idée qu'il m'en donne dans sa lettre me parait fort judicieuse.
324 DE i/réDUCATION
M. l'abbé Huby, élève et digne imitateur de l'abbé de l'Épée, vénérable octogénaire, dirige, depuis 1 780, à Rouen, une école gratuite de sourds-muets, qu'il a fondée et soutenue par ses propres ressources. Il a en ce moment onze élèves. Par un beau privilège, l'art d'instruire les sourds-muets semble avoir contracté avec la charité une pieuse et touchante alliance; dans ses créations, il reçut d'elle souvent des inspirations utiles; il est, dans la pratique, encore animé par elle.
Enfin, trois autres établissemens sont sur le point de se former : l'un à Châtellerault , le second à Clermont , et le troisième à Épinal. Le premier s'organise par les soins des Sœurs de la Sagesse d'Angers ; le second doit être confié à une institutrice qui suit en ce moment les travaux de l'Institut royal de Paris ; le troisième , à un instituteur qui y réside depuis plusieurs années (1), et qui est au moment de commencer l'exercice de ses nouvelles fonctions : ce dernier établissement sera dû aux soins de M. de Meulan, préfet des Vosges. (2)
(1) M. Piroux; nous osons prédire , d'après la capacité et te mérite de l'instituteur, un succès certain à cet établissement. Il y a en ce moment, à l'Institut royal de Paris, trois aspirans et deux aspirantes , qui étudient la méthode avec une ardeur extrêmement louable, pour se livrer ensuite à l'enseignement.
(2) S. E. M. le ministre secrctaire-d'État de l'intérieur a
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XIX. 3â5
Le relevé statistique dont nous venons de tenter l'essai n'est point complet sans doute, quoique nous ayons mis tous nos soins à en rassembler les élémens (i) : mais d'autres feront mieux après nous. Lorsque les divers établissemens de sourds-muets auront formé une alliance, se seront unis par une correspondance générale, il sera facile alors de
bien voulu , d'après la demande du Conseil d'administration , recueillir des informations sur les écoles de sourds -muets qui existent dans les départemens. Mais ces informations n'étant point encore arrivées au moment où le présent ouvrage voit le jour, nous n'avons pu y consigner que les indications recueillies par notre correspondance privée. Nous ne pouvons donc garantir que le tableau que nous venons d'esquisser soit complet.
(i) Les élémens essentiels ont été puisés dans l'abondante correspondance que S. £. M. le baron de Damas a bien voulu nous communiquer. Nous n'avons rien négligé, d'ailleurs, pour consulter les programmes , comptes-rendus , rapports , circulaires, publiés en divers pays, les ouvrages qui font mention de l'existence de ces établissemens. Nous avons trouvé aussi de nombreux articles dans la Repue encyclopédique, recueil si utile à ceux qui veulent suivre les travaux exécutés dans les diverses contrées du monde civilisé. Nous avons obtenu enfin divers renseignemens par notre correspondance directe. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici , en particulier, notre reconnaissance pour M. le baron Séguier, - consul général de France en Angleterre , qu'on trouve toujours si empressé à seconder toutes les recherches utiles aux sciences , aux arts , à l'humanité.
3a6 de l'éducation
composer un tableau dont on puisse tirer de plus nombreux rapprochemens : nous nous féliciterons du moins d'avoir préparé cette utile entreprise.
Le tableau qu'on vient de parcourir confirme, d'une manière éclatante, ce que nous avons dit de l'influence exercée par l'abbé de l'Épée, pour le perfectionnement et la propagation de Fart d'instruire les sourds-muets : sa méthode, transportée à Vienne, s'est répandue de là en Bavière, dans une portion de l'Allemagne, et de là en Danemarck et à Turin ; nous la voyons en Hollande, en Russie, en Suède : par un singulier circuit, elle arrive de Stockholm en Portugal; c'est elle qui réveille, en Espagne, l'art qui y prit naissance: elle est adoptée à Birmingham , à Dublin ; c'est elle enfin qui règne dans les États-Unis. En Prusse, en Ecosse , elle s'est combinée avec d'autres méthodes. Enfin , les exemples du généreux dévoûment de l'abbé de l'Épée , excitant l'émulation là même où ses procédés n'obtenaient pas l'approbation, ont donné le signal à ces nombreuses créations qui se sont tour à tour élevées , depuis cette époque, dans tous les pays civilisés, mais qui cependant , il faut l'avouer, sont encore bien au-dessous des besoins.
Note Ofpage 3o4.
Sur P Institution des sourds-muets de Berlin.
Nous trouvons dans X Annuaire pour les écoles de Prusse y publié par M. Brekedorff, une Notice sur lin* stitut de Berlin, dont l'auteur est M. Reimer qui a suivi lui-même les cours de cet Institut, pour se préparer à instruire les sourds-muets dans une province, et qui renferme sur cet établissement quelques détails intéressant
Quoiqu'à Berlin on exerce les sourds-muets à la prononciation artificielle et à l'art de lire sur les lèvres, on n'y emploie point cette parole factice dans l'enseignement, si ce n'est pour la première classe, celle où l'in- Wuctionse termine par la religion, la grammaire, l'histoire et la géographie. Dans toutes les classes inférieures, l'écriture, l'alphabet manuel et les signes mimiques, sont les seuls instrumens de l'enseignement. M. Reimer pense que l'apprentissage de la parole factice exige * trop de temps pour que son emploi puisse servir, pendant les premières années, aux entretiens du maître avec ses élèves. (1)
On consume plusieurs mois à Berlin, dit M. Reimer, à montrer au sourd-muet à former et à reconnaître les lettres de l'alphabet , avant de lui présenter les noms des objets.
(i) Jahrbùcher des Preussischen Wolks- Schul-JVesens , vol. ni, sec t. a, %. i3, page 116. Berlin, i8?5.
3a8 DE i/iDUCATIOW
On enseigne d'abord séparément les dénominations d'un certain nombre d'objets de qualités; mais on les rapproche ensuite, on les associe, et bientôt on les unit par le verbe être, en faisant reconnaître les propriétés qui caractérisent les objets, par une suite de comparaisons prises dans les connaissances familières à l'élève ; bientôt on réunit les noms spécifiques sous les noms communs du genre : on forme ainsi les familles et les classes ; alors s'établit une suite de dialogues entre le
maître et son disciple, sur les propriétés earactéristi-
ques aux genres et aux espèces.
Passant aux actions, et Rattachant de préférence à celles qui ont lieu sur la scène des choses Visibles, l'instituteur enseigne les verbes, enjoignant à chacun d'eux, dans une proposition simple, le nom de l'agent auquel cette action est le plus ordinaire : le poisson nage, Foiseau vole y etc. Les propositions se compliquent graduellement : le chien affamé mange, récolter diligent écrit, le chien mange de la viande, V enfant écrit une lettre, etc., et ainsi de suite.
C'est à l'aide du signe mimique , exprimant la possession , qu'on fait connaître au sourd-muet le génitif et son emploi dans la langue allemande/ On y joint des exercices composés d'exemples. Les mêmes procédés sont suivis pour les autres cas. C'est encore à l'aide des signes mimiques \ combinés avec des exemples méthodiques , qu'on enseigne l'office des prépositions. Des tableaux mis sous les yeux des élèves, des dialogues toujours continués, secondent ces démonstrations, et en contrôlent le résultat.
En formant les périodes, on commence par expliquer
les conjonctions dont la position se rapporte à celle de et y comme, aussi, non seulement, et ensuite par celles qui sont relatives aux rapports du temps, comme après, alors , etc.; on passe de là à celles qui expriment des relations de causalité ^ parce que, etc.
On s'aide des signes mimiques dans l'enseignement , aussi long-temps que, par l'analogie, ils peuvent aider à connaître les choses elles-mêmes. Quant aux signes mimiques purement arbitraires, en reconnaissant qu'ils ne peuvent répandre aucune lumière sur l'explication des idées, on estime cependant qu'associés aux signes mimiques naturels, ils peuvent devenir, entre le maître et l'élève, un moyen facile de communication , et rendre, sous ce rapport^ de précieux services , lorsqu'il s'agit de donner une instruction qui a pour but, non la langue, mais les choses elles-mêmes, telle que l'instruction religieuse, (i)
Enfin , dans l'Institut de Berlin , on exerce fréquemment les élèves à de petites compositions par écrit, comme la rédaction des lettres , et à la lecture de livres faciles.
(i) Jahrbiïcher des Preussischen TVolks-Schul-JVesens , page 129.