PLATS DE L'ÉDUCATION
ordinaires , et ce qui s’y rapporte d’uné manière prochaine, mais pour raconter les actions dont il a été témoin, pour se faire entendre dans ce qui concerne l'exercice d’une profession mécanique, dans ce qui touche même aux principales relations avec sa famille, avec les autres hommes. Il pourra être utilement employé, comme ouvrier, dans tous les genres de métiers qui n’exigent pas la coopération combinée et simultanée de plusieurs hommes, et pour lesquels il suffit d’un travail à peu près solitaire. Il sera propre, en particulier, aux travaux des champs; il «pourra même acquérir des / notions suffisantes pour devenir habile à cultiver pour son propre compte, et à se diriger dans une petite exploitation rurale. Il ne sera point facile de le tromper sur ses intérêts, et il acquerra quelquefois une sagacité singulière pour toutes les combinaisons qui s’y rapportent.
Le langage d’action a ses avantages, ses inconvéniens (1), le sourd-muet peut profiter des uns, doit subir les autres. Le sourd-muet est loin cependant de pouvoir, à beaucoup prés, donner à ce langage les développemens dont il serait suscepüble. Le temps et les secours lui manquent pour cela : il a trop rarement occasion de l’employer; il est seul à l’exploiter.
Ce langage est original; il est mobile, comme il |
(1) Nous les expliquerons dans Le chapitre X ci-après.
est individuel; il est créé à chaque instant par la circonstance. Le sourd-muet, novice dans l'art d'observer, note les traits qui le frappent, quoique purement accidentels, néglige les traits vraiment caractéristiques, parce qu'il les ignore. Si le, sourd-muet ne donne point à ses signes des formes déterminées , constantes , méthodiques, c'est qu'il n’a pas le loisir d'entreprendre un semblable travail , qu’il n’en se
t pas le besoin, qu’il n’est pas assez exercé à réfléchir pour en concevoir le plan. Si le sourdpas, en effet, des expressions p de l’ordre le plus relevé, ce n’est pas que le langage d’action s’y refuse, ce n’est p
uet n'institue r les notions
que le sourdmuet en soit aucunement incapable; c’est que, ne recevant des autres hommes aucune notion toute faite, contraint de se former à lui-même
chaque notion, en même temps qu’il institue cha-.
que signe, il ne peut procéder dans celgrand travail avec assez de célérité ; il manque d'occasions pour multiplier, étendre ses comparaisons, ses réflexions, de motifs pour les analyser plis profon-
dément; c'est, en un mot, parce qu'il est réduit’
à ses seules forces. (1)
Le sourd-muet, laissé à lui-même, ne se crée aucun moyen de calcul : il ne peut compter qu'avec ses doigts; il ne peut embrasser un nombre plus considérable que celui qui peut étre saisi par l'in-
(1) Voyez la note B, à la suite de ce chapitre.
90 | DE L'ÉDUCATION tuition, exprimé par les doigts de la:main, ou les multiples les plus simples de ce nombre, repré-
sentés par quelques signes analogues. (1) Il est d’ailleurs bien moins séparé qu’on ne le
croit communément, du domaine des notions générales, de la région intellectuelle et morale. Il est ule de relations et de modes, qu'il aperçoit ien dans les cas particuliers, sans être capable de-lés en détacher sous uné forme abstraite.
si il ne créera pas de signes pour les notions
de duree et de grandeur; mais on se tromperaïit
/ étrangement, si l’on croyait que lé sourd-muet
n'a point l’idée dncte du passé, du présent et de l'avenir, qu'il ne sait pas évaluer les proportions, etc. Quelques instituteurs peuvent se faire illusion au point d'imaginer qu'ils ont enseigné au sourd-muet à discerner les temps divers, en leur donnant quelques signes nouveaux pour exprimer ces temps sous une formule générale; mais le sourdmuet ne confondait pas ce qu’il a éprouvé hier, avec ce qu'il voit en ce moment, et ce qu’il espère obtenir demain. sp
(1) «Je connaissais les nombres avant mon instruction », dit encore Massieu dans le récit déjà cité ; « mes doigts me les « avaient appris. Je ne connaissais pas les chiffres , je comp- « Lais sur mes doigts, et quand le nombre passait dix, je « faisais des hoches sur un bois. » (Théorie des Signes, p.636.)
Nous ne citons encore cet exemple que pour représenter fous ceux qu'on pourrait rapporter, et qui sont conformes.
Le sourd-muet juge fort bien les sentimens qu’on lui porte; il y répond lui-même, non sans doute avec la délicatesse qu'on trouve chez un enfant bien élevé, mais du moins avec quelque énergie et une grande sincérité. Il a le sentiment du bien et du mal, quoique ce sentiment se développe chez lui avec beaucoup plus de lenteur et d’une manière beaucoup moins tomplète. Il juge qu'il est mal de nuire à autrui, qu'il est louable de de la propriété et du respect qui lui est dû ; il a la cènscience d’être
lui faire du bien; il a quelque idé
justement ou injustement puni; il avertit même son camarade prêt à faire une fdute pour l'en garantir : chose remarquable ! choss même digne d’admiration ! Le sourd-muet, avan! toute instruction, sait ce que c’est que de dire la vérité et de mentir ; il attache à l’un le caractere d'un devoir, à l’autre la honte d’une mauvaise actiôn ; et cette grande notion morale, qui suppose aujsi une réflexion assez profonde sur les opérations de l’esprit, est quelquefois l’une de celles qui se manifestent le plus vivement chez le sourd encore instruit.
uet non
Il ne faut certes pas s'attendre que le sourdmuet aille, dans son langage, débiter quelque précepte , quelque maxime de morale; il né concevra pas même ces préceptes dans leur généralité : c'est à l’occasion d’actions particulières et déterminées qu'il éprouvera l'approbation ou la désapproba-
tion intérieure, plus ou moins obscures ou confuses. La crainte d’être puni, l’espoir d’être récompensé , viendront s Y réunir, pourront exciter en lui plus fortement ce sentiment, quelquefois viendront aussi le remplacer, et lobbkbestal superficiel pourra confondre ces deux mobiles l'un avec l'autre. Mais ils n’en sont pas moins distincts en ldi, quoique le second agisse ,avêc beaucoup plus de force, et se montre d’une manière beaucoAp plus sensible. (1) |
Lé Le sourd-muet, privé d'instruction, ne restera pas même étranger à tout sentiment religieux. Cette assertion peut étonner d’après des préventions AE Hd répandues sur ces infortunés ; elle n’en est pss moins exacte et certaine. D’abord le sourd-muet. accoutumé à remarquer dans ce qui se passe autour de lui, les effets de certaines forces,
rapportera à quelque force inconnue et invisible
les effets dont il n’aperçoit pas la cause; le caractère de grandeur que ces effets présentent dans les principaux phénomènes de la nature, en frappant vivement ses regards, lui feront supposer aussi une immense énergie dans cette force mystérieuse. Ce ne sera encore en lui qu’une impression confise et vague, mêlée de terreur plus que d'adr iration ; il concevra cette force, non comme La il mais comme motrice ou productrice; il
(1) Foyezla note C, à la suite de ce chapitre.
la concevra seulement comme puissante , non comme accompagnée de sagesse, de bonté, ou de quelque attribut moral; il lui faudra des observations plus répétées, une réflexion plus profonde, pour remarquer l’ordre et la régularité des phénomènes, la prévoyance ét la Sfar qui s’y
manifestent, pour transporter panconséquent dans
e, celle d'une intelligence qui a droit à notre gratitude. Cependant il arrivera graduellement à entrevoir de loin cette idée sublime ; il s’y élevera plr
la notion d'une puissance supr
facilement si, placé au sein d’une famille pieuse, |! la voit invoquer un être suprême, invisible , avc les démonstrations de la reconnaissance et qu respect; il invoquera cet être invisible dans R dépendance duquel il se sera placé ; il comprendra confusément que les exercices extérieurs du culte ont pour « + ie de-l’honorer, d’en obteni tion; il s’y associera avec un intérêt malqué, sans comprendre expressément l'esprit et I& but des cérémonies extérieures, peut-être même Pt probablement trompé par les images sensibles qu’elles lui présentent, et entrainé par là à quelques inductions superstitieuses.
Au reste, ces progrès du sourd-muet nôy instruit, dans la région morale, seront lents et trés tardifs. La plupart du temps, lorsqu'on commiènce leur instruction méthodique, ils ne sont guère avancés encore dans cette carrière ; ils y sont à peine en-
Le
trés; ils sont, sous ce rapport, tres inférieurs aux enfans ordinaires du même âge; et c’est pourquoi les instituteurs se hâtent quelquefois de-conélure que le sourd-muet ne saurait s'élever auxvwpremières notions morales et religieuses que par leur secours. ad: du Par un contraste remarquable, pendant que, dans le commerce entre l'enfant ordinaire et ceux qui l'entourent, l'enfant a beaucoup plus occasion écouter que de parier, il en est tout le contraire u commerce du sourd-muet avec ceux qui l’environnent. Il s'adresse à eux, les interroge, leur raconte bien davantage qu’il ne recoit d'eux, parce que le seul laigage dois il puisse user avec eux lui est plus familier, plus facile. C’est lui qui fait, pour ainsi dire, toutes les avances et tous les frais de ces singuliers entretiens. Il s’en dédommage, il y | supplée, 2n observant avec attention la physionomie, l'attitude, les mouvemens, les actions de ceux avec lesquels il vit, surtout quand il leur suppose quelque intention, quelque vue qui le concern. Son regard alôrs est fixé sur vous, il étincelle Le sourd-muet cherche à pénétrer votre pensée ;il la surprend quelquefois en effet, et vous la lui rérélez, sans le savoir, par des circonstances fugitives que les enfans ordinaires ne sauraient saisir ni interpréter.
Un dernier fait mérite de fixer l'attention des :
philosophes : la plupart des sourds-muets témoi-
DES SOURDS-MUETS. —— CHAP. IV. 95 gnent une avidité plus ou moins marquée pour l'instruction , sollicitent , aspirent avec ardeur, les connaissances qui sont à leur portée. On voit leur œil briller, leur physionomie s’animer, par le noble et vif instinct de la curiosité. (1)
Une étude approfondie de la condition intellectuelle et morale du sourd-muet et de la marche que suit son développement, serdit certainement l’une des expériences les plus positives, les plus lumineuses, les plus étendues, pour la science de la
(1) Écoutons encore le récit naïf de Maslieu sur les premières années de son enfance :
«Je demandais à mon père, les larmes aix yeux, la per- «mission d'aller à l’école; je prenais un lire, je l’ouvrais « de haut en bas pour marquer mon ignorarbe ; je le mettais « sous mon bras, comme pour sortir; maisimon père me me faisant
« refusait la permission que je lui demandais, « signe que je ne pourrais jamais rien apprendré, parce que « J'étais sourd-muet.
« Alors je criai très haut ; je pris encore les livis pour les
«lire : maïs je ne connaissais ni les phrases, nilles pério-
« prendre à écriretet à lire. Il me refusa durem? « chassa de l’école. Cela me fit beaucoup pleurer, « rebuta pas. Je pensais souvent à écrire et à lire. « douze ans; j’essayais tout seul à former, avec ine plume, « des signes d'écriture. » ( Théorie des Signes | tome IT, pages 634 et 635.)
Ad
psychologie. F avoue que j'en ai retiré personnellement une grande utilité dans mes recherches sur cette science. Une série d'observations, aussi belle, aussi neuve, aussi : féconde, n’a point encore été mise au jour. Elle est étrangère au sujet qui nous occupe en ce moment ; mais nous l indiquerons, en passant, aux réfiexions des philosophes.
DES SOURDS-MUETS, — CHAP. IV. 97 U Nore B, page 609.
Sur le langage mimique, propre aux Sourds.- Muets ; exemples des diverses espèces de signes qui le composent. ds
On a beaucoup et souvent parlé do langage mimique
\ que les sourds-muets se créent eux-mêmes; à peine a-t-on cité quelques exemples isolés es signes qui com-
posent ce langage.
Rien, cependant, n’est plus curieut en soi que d’étudier ce langage original, naïf, que la hature inspire au sourd-muet pour exprimer ses imprelsions; c'est une langue pleine de vie, où se peignent | avec une vérité parfaite, les premières opérations de l'esprit humain ; c’est un tableau de l'enfance de l'intelltence ; et, lorsqu'on recueille avec tant de soin les informations relatives aux idiomes des peuples sauvages \ serait-on plus indifférent pour la langue de ces infortunés qui vivent au milieu de nous? Cette langue est d’ailllurs la seule qui n'ait point été transmise par la traditiôn, la seule qui ait été instituée en entier par ceux qui
parlent.
Il est aussi d’un intérêt tout particulier hour nous,
de connaître, avec quelque détail, le langa{e mimique apporté par le sourd-muet avant son instriction : ces exemples expliqueront et confirmeront ce) que nous venons de dire dans le présent Chapitre, su/ les caractères de ce langage. Ils montreront quels nt les premiers moyens d2 communication qui s'offrent entre l'élève sourd-muet et son maître, et quels sécours celui-
cl trouve dans le développement que celui-là a déjà L,
reçu. On pourra enfin comparer ces signes propres au sourd-muet, ces signes de sa création, avec les signes méthodiques institués de concert entre le maître et l'élève , tels qu'ils sont usités dans notre établissement, d’après les exemples que nous donnerons de ceux-ci ne le Chapitre IX de la II* Partie.
Nous avons donc cru devoir offrir ici quelques fragmens du dictionnaire de ce langage singulier, jusqu'à ce jour jnconnu : nous les avons distribués en plusieurs classes.
ous avons distingué d'abord les signes mimiques qe les jeunes sourds-muets instituent isolément, chacun de son côté, avant de se trouver rapprochés les uns des autres , signes qui sont ainsi entièrement individuels ; et ceux qu'ils instituent en commun quand ils se trouvent réunis, par des :oncessions mutuelles, par des conventions tacites; ainsi que les réductions par lesquelles ils simplifient aussi, d'un commun accord, les signes primitifs. ;
Dans la première classe, une seconde distinction se présente : l& sourds-muets vivant isolément, obéissant chacun à leurs impressions personnelles, dominés par les circonsances qui leur sont particulières, donnent souvent, cmme nous l'avons dit, un signe différent au même objet; quelquefois, au contraire, recevant une impression semblable, ils imposent au même objet le . même/signe , et se rencontrent sans le savoir. Cette distinction donne lieu à une observation fort curieuse, et qui excite autant d'intérêt que d’étonnement : c'est que les signes qui diffèrent chez les sourds-muets, semblent être de préfirence ceux qui indiquent des objets maté-
riels, tandis que ceux qui le plus souvent se trouvent les mêmes, sont, 1% ceux des affections de l'âme; >, ceux du petit nombre des notions intellectuelles qu'ils ont pu concevoir; 3°. ceux des actions ou des états qui se rapportent aux besoins du corps et aux habitudes les plus communes à la vie; 4°. les objets qui servent plus directement à l’usage de leur personne.
Il est également utile de connaître et ces signes qui se trouvent communs, sans concer
, et ces signes qui, dans leur variété, nous représentent à variété des aspects sous lesquels les mêmes choses s'offrent à divers esprits, suivant la situation où ils sont placé Le nombre des signes qui se troivent identiques, chez.les sourds-muets vivant séparés! est fort petit en comparaison de celui des signes qui différent. Mais, dès l'instant où ils se trouvent réunis, les nouveaux venus adoptent, avec une facilité et une rapidité singulière, les signes déjà usités par les anciens. On yeut donc dire, en général, que ce que le langage mimiquä a de commun entre les sourds-muets, est presque entièr{ment le produit d’une convention acceptée par eux]|mais d’une convention promptement et aisément étable.
C'est avec peine que l’on réussit à donner hne descrip. tion des signes mimiques employés par les sohrds-muets ; ils se composent, dans leur exécution raplde comme l'éclair, d’une extrême variété de mouvemers, de positions, soit des mains, soit des bras, soit des di
rses parties du corps, dont les modifications fugitives
nt souvent très difficiles à saisir et à expliquer, ei surtout d’un jeu de la physionomie singulièrement expressif, et que nos langues ont peu de termes exacts pour faife bien com-
prendre. Les descriptions qui vont suivre ne doivent donc être considérées que comme une sorte d’ébauche.
Voici d'abord un certain nombre de signes recuéillis sur des sourds-muets jusqu'alors privés d'instruction, privés aussi de tout commerce avec d’autres sourdsmuets, signes qui diffèrent entre eux, quoique employés pour désigner le même objet :
Enfant. — Va pupart font, pour le désigner, le signe Me etit, joint à celui d’aflaiter; quelques uns, celui de berter; d’autres erfin imitent une personne qui en porte uA dans ses bras,
Bœuf. — Les ans le désignent en figurant ses cornes ; les autres, en désignant son emploi; ceux-ci, par sa taille, sa force ét sa couleur ; ceux-là, par sa démarche pesante et le mouvement qu'exécutent ses mâchoires lorsqu il rumine, etc.
Cheval, — Plusieurs veulent le caractériser par la mobilité de :es oreilles ; quelques uns, en mettant l’index et le midius de la main droite à chevauchons sur l'index de l'utre main; un très petit nombre en mettant un doigt das la bouche, pour figurer un frein, en même temps qu'is imitent une personne qui s'agite et frappe sa monturt pour la faire avancer.
Chien. — Par le mouvement de sa tête lorsqu'il Eire ou en feignant d'en appeler un.
Oiseau. — En figurant le bec d'un oiseau avec les deux premiers doigts de la main gauche, tandis que la droite feint de lui donner la becquée, ou'en faisant les signes de prindre sa pâture et de s'envoler aux approches de l’homme. ou bien encore, de monter sur un arbre, y
prendre un jeune oiseau, le mettre dans le sein, et témoigner la joie que cause cette conquête.
Poisson. — En figurant avec l’avant-bras ses mouvemens obliques, ou en mettant l'index dans la bouche, de manière à figurer l'hamecon qui accroche au palais
le trop avide animal.
Pain. — Les uns représentent les diverses préparations qu'on fait subir au blé pour le tranfformer en pain; les autres font le signe d’avoir faim, joit à celui de couper, et de porter a la bouche.
Eau. — En montrant un peu de salive; en imitant un homme qui rame; en singeant un orteur d’eau ; en figurant une personne qui fait jouer ne pompe, etc. À chacune de ces pantomimes, ils ajoutent} le signe de boire,
Noix. — Les uns imitent une persoine qui en porte une entre les dents pour la casser; le autres feignent de les abattre et de les ramasser; plukeurs singent les marchandes qui les cassent et les Re dans les
rues de Paris.
Couteau. — En figurant, avec les deux mins, l’articulation de la lame et du manche; en feignait d’en tenir un pour découper; ou en imitant une plrsonne qui égorge un animal. |
Un Verre. — Par les signes de rincer et ch boire; ou par sa forme et sa transparence.
Chaise. — Par le signe de paille, et celui d s'asseoir; ou en décrivant sa forme avec les deux indeï et imitant ensuite une personne qui s'assied.
Lettre (missive). — Par les signes d’écrik et de cacheter; par ceux de decacheter et de Hire; qu bien par sa forme carrée et sa suscription.
Maison. — en est qui font le signe en usage dans l'Institutior ; 1l se fait en plaçant, à plusieurs reprises, les mains l’une sur l'autre pour imiter une personne qui bâtit, et en les joignant ensuite de manière à figurer un toit ; d’autres font le signe de vaste, puis celui d'ouvrir une porte, d'entrer, et de la refermer après soi; quelques uns n'ont d'autre moyen que d'en montrer une.
Soleil/ — Ceux-ci font les signes d'éclairer et d'’échauffir, en regardant le ciel; ceux-là figurent sa rondeur /et son éloigrement ; ARE regardent 2 aussi le ciel /et feignent dêtre éblouis.
on. — Il en et qui portent le dedans de la main à 17 bouche pour l'en éloigner aussitôt ; d’autres qui pas-
sent doucement la main sur la poitrine, en aspirant et
prenant un air sitisfait.
Vide, Plein. — Quelques uns feignent de regarder dans un vase, et de n'y rien voir, d’autres de se fouiller et de retirer sa main vide pour exprimer le premier ; et, pour le seconi, les uns imitent une personne qui, portant un vaisgau plein, prend beaucoup de peine, et re-
garde si elle ne laisse rien tomber ; les autres feignent
de mettre pusieurs choses dans la main gauche, et montrent qu'il 1e peut plus y en entrer.
Vieux. — Le plus grand nombre prend patéiude et imite la cémarche chancelante d’un vieillard courbé péniblement sur son bâton ; quelques uns font le signe de chauve, ils montrent pour cela la tête et le doigt de la main , etajoutent ensuite d’autres signes plus ou moins confus par'iesquels ils veulent faire entendre qu'il reste encore, sur le chef, quelques cheveux blanchis.
Dormir. — Quelques uns imitent une personne qui
laisse tomber en avant et sur l'épaule sa tête appesantie ; le plus grand nombre incline la tête sur une main en fermant les yeux.
Être malade. — Plusieurs prennent un air souffrant, et feignent de se tâter le pouls ; quelques uns penchent la tête, ferment les yeux à demi et jettent de petits cris ; un petit nombre font semblant dè se coucher et de boire la tisane qu'on leur présente.
Être bien portant. — Le plus gr nd nombre fait le signe de fort; c'est-à-dire qu'ils roilissent les muscles
des bras, prennent une attitude ha nomie riante; le plus petit nombreise tâte le pouls, ouvre bien les yeux et ajoute une marque d'approbation.
Pour nier. — Les uns secouent la têt ; les autres portent l'extrémité du pouce sous les incsives supérieures pour l’en retirer aussitôt; ceux-ci écartint les mains ouvertes, en feignant de regarder et de n& rien voir; ceux-
là soufflent dans l’intérieur de la main AS prennent une
physionomie semblable.
Pour affirmer. — 11 en est qui joignet à un coup d'œil perçant un hochement de tête; d’auttes qui avancent la main droite avec un air d'assurance, frapper sur un objet place à une petite dis
hauteur de l'estomac.
omme pour nce et à la
Pour interroger. — Plusieurs expriment deux propositions contradictoires, et regardent ensuite d'un air indécis la personne à laquelle ils s’adressen/; quelques uns se contentent d'exprimer deux des ter position, et de jeter sur vous un coup d’ scrutateur et indécis.
Pour indiquer le futur, — Geux-ci entr'ou
et indiquent de la main un objet éloigné ; ceux-là font plusieurs fois le signe de se mettre au lit et de se relever. | :
Savoir. — Les uns frappent plusieurs fois du plat de la main sur le front, en faisant le signe d'’affirmation ; les autres font celui du passe et de se souvenir.
Voici maintenant quelques exemples des signes avec lesquels les sourds-muets se rencontrent, sans s'être concértés ; qu'ils instituent chacun de leur côté, vivant isolés les uns des autres , et qui se trouvent semblables poir les mêmes ilées. Ces signes, comme on le conçoit, sont bien moinsnombreux que les précédens.
Singe. — En imitant ses grimaces et ses manières grotesques. |
Cog.— En portant la main sur la tête, dans une position semblable à celle de la crête de cet animal, et prenant son air à la fois altier et jovial.
Cordonnir, Menuisier. — En singeant les mouvemens du premier lorsqu'il coud ; du second, lorsqu'il scie ou qu'il varlore.
Soupe. — En disposant la main en forme de cuiller, et répétant les mouvemens d'une personne qui avale du bouillon à petites cuillerées.
oAaU-
Raisin, — En feignant d’en tenir un avec la main g
che , et dele manger grain à grain.
Tabac. = En singeant une personne qui prise ; quelques uns aputent le signe d'éternuer.
Clef. — En imitant le mouvement indispensable pour ouvrir ou fermer une serrure.
Montre. — En feignant d'en sorur une du gousset et de la porter a l ’oreille. ù
Livre. — En portant les deux mains à la hauteur des yeux, dans une position semblable à celle d'un livre ouvert, et imitant les mouvemens ie ei d'une personne qui lit.
Fusil. — En feignant de se servir de cette arme pour abattre un animal.
Monnaie. — En imitant une personne qui compte de l'argent; en même temps ils ouvrent de grands yeux, et hochent la tête pour exprimer l'importance qu'ils y attachent. S'ils veulent désigner la maïière de la monnaie qu'ils ont en vue, ils en indiqu nt la couleur,
en montrant une couleur semblable ; et, pour en
faire connaître la valeur, ils tâchent den indiquer le volume. ( |
Grand, Petit. — Pour le premier, ils &lèvent la main et regardent en haut; pour le second, ils la baissent vers la terre, et leur physionomie exprime ordinairement le dédain. |
Mauvais. — Ils ont l'air de déguster quelque chose, et de faire la grimace en branlant la tête. a
Joli, Laid. — Ils feignent de regarder figment un objet, prennent un air satisfait et riant, et les côtés du visage avec la main, pour expri mier ; tandis que, pour le second, ils font une
mace, en détournant un peu la tête.
gère gri- Chaud, Froid. — Pour l'un , en recevant @n haleine dans la main, avec un air de satisfaction; pêur l’autre, en soufflant sur les extrémités des doigts réhnis, et en imitant une personne qui grelotte.
Nombres. — [ls montrent autant de doigts ouverts qu'ils veulent exprimer d'unités.
En grand nombre. — Ils ouvrent successivement tous les doigts, rapidement et à plusieurs reprises.
Nuit, Jour. — Ils croisent les mains en les passant devant les yeux qui se ferment en même temps; et, pour mieux exprimer leur pensée, il en est qui feignent de marcher à tâtons : c'est la nuit. Ils ouvrent de grands yeux/, regardent autour d'eux avec un air de satisfaction et d'assurance : c'est le jour.
Le passé. — Tous jettent la main à plusieurs reprises pir-dessus l'épaule.
Jour (durée d'une révolution terrestre }. — En feignant de se coucher autant de fois qu'ils veulent exprimer cette période.
Voir, regarder. — Ils dirigent, en quelque sorte, le rayon visue/, au moyen de l'index et du médius, pour exprimer l’action de regarder ; tandis que, pour celle, de voir, les mêmes doigts partent de l’objet et se dirigent vers les yeux.
Acheter — Ils feignent décompter de l'argent, puis de le domer d’une main, et de recevoir quelque chose de l’autre , A
Perdre — Ils feignent de laisser tomber un objet, et de le chercher vainement.
Parler, — ls tâchent d’imiter les mouvemens d’une personne qui parle, et indiquent, par le mouvement. de l'index placé à la hauteur du menton, quil sort quelque caose de la bouche, :
Entendre. — Ws dirigent l'index vers l'oreille, et tres-
saillent, comme pour marquer que nous éprouvons üne sensation.
Avoirsfain. — Ils prennent un air défaillant , eñtr'ouvrent désagréablement la bouche, et peignent les tiraillemens de l'estomac, par les mouvemens des doigts, placés sur la partie inférieure de la poitrme.|. |
Être satisfait. — Leur visage s'épan uit, et ils passent à plusieurs reprises la main ouverte, sur le cœur.
Être affligé. — Leur figure est triste\ leur air abattu ; ils portent le poing droit sur le cœur, ment.
Avoir oublie. — Ils passent rapidement la maïn sur le front, haussent les épaules , et leur figurs reste muette.
Se souvenir. — Ils prennent un air réléchi, aspirent ensuite subitement, et portent l'index sur le front, de manière à l'y appuyer assez pour relever un peu la tête; leur figure s’'épanouit. | ou
Prenons maintenant quelques exemples dans les ob- \ servations faites sur les sourdes-muettes.
Les meubles et les ustensiles prêtent à une foule d'interprétations diverses, selon qu'ils sont {onsidérés d’après leur forme, leur usage. |
Pour représenter une chaise, les sourdes-murttes font “le signe de s'asseoir, ou elles ajoutent celui de l'adosser, ou bien elles dessinent la forme en l’air, et yajoutent celui de s'asseoir. Pour les meubles dont la forme est susceptible d'être changée, les signes diffèrent davantage; chaque sourde-muette dessinera la forme qti lui sera connue, y joindra la couleur, qui varie encoref un secrétaire, par exemple, peut recevoir diverses configura-
tions dont chacune présentera une idée individuelle à l'enfant qui sera tout étonnée lorsqu'elle apprendra qu'il n'y à qu'un nom unique pour désigner des objets qui lui avaient paru si distincts l’un de l’autre.
Pour présenter l’idée d’une plume, les'sourdes-muettes emploient des signes différens ; les unes se bornent à | imiter l’action d'écrire, d’autres y ajoutent la longueur d’une plume, d'autres feignent d’en tremper une dans une écritoire et d'écrire; ou font l’action d’en-tailler une et d'écrire ensuite ; ou, enfin, exécutent tous ces signes à la fois.
ni végétauz fournissent encore des signes différens
pour les mêmes objets. Un arbre est désigné, tantôt par le signe d’un objet qui s'élève au-dessus de la terre à une grande hauteur, et celui de cueillir du fruit ; tantôt par son feuillage vert et les nombreuses branches qui s'étendent, où par l'ombre qu’elles répandent et par l’action de s'y réfugier pour se mettre à l'abri des rayons du soleil.
Une pornme est tantôt réprésentée par sa forme ronde
et l’action de la mordre, ou celle de la peler et de Îa manger après; tantôt par son coloris et son goût agréable. |
Pour désigner une rose, les unes font le signe de cueillir une fleur, y ajoutent la couleur et le parfum délicieux qu’elle exhale; d’autres en indiquent la couleur, en dessinent la forme, font l’action de la cueillir, d'en savourer l’odeur, de l’attacher à leurs vêtemens; tantôt elles font tous ces signes successivement. -
Les anmaux fournissent un plus grand nombre encore de signes divers.
Un chien est désigné tantôt par sa taille, sa forme, son habitude d’aboyer ( qué les sourds aperçoivent aisément au mouvement de la gueule : quelques uns en entendent même le bruit) ; tantôt par sa fidélité à suivre son maître, tantôt par sa manière de caresser, ou en lui faisant signe de venir, et en lui présentant la main
Un chat, par le signe de ses longue moustaches, ou
celui de ses griffes et l'usage qu'il n ou par sa
comme pour lui donner à manger.
forme gracieuse et la facilité qu’il possèlle de voûter son dos ; ou bien elles le représentent guettant une souris, l'attrapant et la dévorant ; ou, enfin, le portant sur les bras , le caressant et faisant jouer sa quele.
Le cheval est représenté, par les unes, en dessinant sa
il traîne avec|
forme noble, sa crinière ; par d’autres, en lui mettant une bride, l’attelant à une voiture qu
peine ; d’autres font le signe de monter à califourchon
et de galoper.
Signes par lesquels les sourdes-muettes, ans s'être P q ?
concertées, se trouvent cependant d’accord pour dési-
. : . Le gner le même objet par la même expression:
La
Aimer est exprimé par toutes, en portant lalmain sur le cœur, le plaisir peint sur le visage, et en ihdiquant l'objet de leur affection. |
Ne pas aimer (car la haine ne peut être connue de leur jeune cœur) est le même signe, en changeant l’expression de plaisir en celle du dépldisir, et en ajoutant le signe de la négation qui se fait, par toutes, en secouant
la tête. Celui de l'affirmation se fait en inclinant la tête
devant soi, et la remettant aussitôt dans la première position.
Le contentement, le mécontentement, se peignent suffisamment dans la physionomie ; elles n’ont pas besoin de signes secondaires pour se faire entendre , et l’expres-. sion plus ou moins forte indique si c’est de la joie ou un simple contentement, du chagrin ou du mécontentement.
Une sourde-muette veut-elle dire qu’elle sait, elle porie la main au front en exprimant la satisfaction ; qu'elle ne sait pas, elle portera tristement la main au front , avec un signe négatif. Veut-elle parler de la reflexion, elle porte encore la main au front, et reste quelques instans dans cette position, avec l'expression d’une personne qui réfléchit.
L'état de sommeil est marqué, par toutes, en fermant les yeux, et appuyant la tète sur une main , comme on . l'appuie sur un oreiller : celui de la fätigue, en laissant tomber nonchalamment les bras le long du corps.
L'action de marcher est désignée par l’action ellemême ; celle de manger, en feignant de mettre quelque aliment dans la bouche, de mâcher et d’avaler ensuite; celle de jeter, en répétant le mouvement que cette action
fait faire.
Les observations d’après lesquelles ont été recueillis |
les signes dont nous venons de présenter les exemples, | ont été faites sur les enfans amenés dans l’Institution de | Paris. Les exemples qui suivent ont été pris, comparä: |
tivement, le premier de chaque signe sur les sourds-,
muets de l’Institution de Paris, les deux autres sur &es sourds-muets observés dans les départemens :
Montagne. — 1°. La main, la face palmaire en bas, exécute, d’arrière en avant et de bas en haut, un S italique en serpentant. |
(Élève intelligent.) 2. Les deux mains, la face paimaire en bas, se portent alternativement d'arrière en avant et de bas en haut; ensuite on semble regarder devant soi le haut, puis derrière soi le bas de la mon- : tagne. | ( Élève moins intelligent. ) 3°. Le même que le pricédent. |
Poisson. — 1°. La main, le bord extérieur en bas, s’avance horizontalement, dans le champ antérieur, en serpentant ;
2°. On figure l’action de le saisir avec les deux mains, et de résister à ses efforts;
3°. Le même que le précédent. :
Oiseau.— 1°. L'index et le pouce de la main gauche se touchent par leur extrémité, ensuite l'index de la droite soulève à plusieurs reprises celui de la gauche;
2°. On figure l’action de plumer, en ai comme si l'on arrachait des plumes sur le dos de la main ;
3. On regarde en haut, et l’on imite, avec les lèvres, le mouvement que font pour l'appeler les personnes qui parlent. |
Arbre. — v. Le coude du bras droit $ appuie sur la paume de la main gauche ; son avant-bras est dans une position verticale; ensuite les doigts écartés seremuent, pour imiter l'agitation du vent;
2°. On représente l’action de l’embrasser, de grimper
et de s’accrocher aux branches ; !
3°. Les deux mains ouvertes en demi-cercle marquent, en s'élevant vérticalement , la forme et la direction du
tronc, ensuite elles s D és l'une de l'autre; ilen ré-.
sulte une attitude qui a du rapport avec celle de l'arbre:
les bras représentent les branches, et le corps le tronc.
Vin, — 1°. La lettre initiale du mot 2x2, représentée
par l'alphabet manuel , s'applique et tourne sur la joue, Su pour en emprunter la couleur ;
. Une main semble ouvrir un robinet, l’autre ayant. Vin d'un verre recoit le liquide, puis le porte à la:
bouche comme pour le boire;
3°. On porte à la bouche:la main arrondie en forme de verre , ensuite on représente l'ivresse,
Cheval, — 1°. Les deux mains, placées de chaque côté de la tête, se remuent d’arrière en avant pour imiter le mouvement de ses oreilles ;
2°. On lève un pied par-derrière, ensuite on figure l’action de donner dessus quelques coups de marteau;
3°. On représente le galop, par le moyen des deux mains, qui se portent à plusieurs reprises rapidement en avant. À |
Chien. 1°. On se frappe plusieurs fois sur la cuisse avec Ja ain, comme quand on l'appelle ou qu'on le re |
: Où porte la main en avant, en faisant glisser le:
pouce surles autres doigts, comme quand on lui donne quelque chose, et en imitant le mouvement de nos lèvres quand nous lappelons ;
3°. On remue les mâchoires pour imiter l'aboïiement. : PA
Lait.— 1°. Une main prend l'index de l’autre, ensuite elle la lâche après un léger effort ; |
2°. Les deux mains représentent l'action de traire ;
3°. On représente l’action de boire une liqueur douce, et ensuite celle de donner de l'argent.
Soleil, — 1°. La main se porte au-dessus des deux yeux, comme quand on veut les garantir d’une lumière trop vive. |
2°, Une main se dirige vers le ciel, et décrit un petit cercle, ensuite on affecte d’être ébloui.
3°. La main se dirige vers le ciel, et l'on regarde dans la même direction, les yeux à demi fermés.
Lune. — 1°. Le bord intérieur de la main descend depuis le front jusqu’au menton, ensuite l'index décrit un cercle autour du visage.
2°. La main, dirigée vers le ciel, décrit un petit cercle, ensuite la tête se penche de côté sur la main en fermant les yeux.
3°. La main se dirige vers le ciel, ensuite on tätonne en fermant les yeux.
Nuit. — 1°. Les deux mains se croisent en passant devant les yeux.
2°. Semblable à la dernière partie du signe précédent, n°. 2. | (
3°. Semblable à la dernière partie du signe précédent, n°. 3.
Noir. — 1°. On passe le doigt sur le sourcil.
2, On montre un objet noir.
3°. Idem.
Rouge. — 1°. On touche avec le doigt la lèvre inférieure.
2°, On montre un objet rouge.
3°. Idem. !
Chaud.— 1°. On recoit l’haleine dans le creux de la main. 2°. On remue la main, comme quand on se brûle. 3°. Idem.
Froid, — 1°. On dirige le souffle sur la pointe des doigts réunis par leur extrémité.
2°, On grelotte.
3°, Idem. |
Miroir. — 1°, On a l'air de $e mirer dans une main.