‹ De l'éducation des sourds-muets de naissanceChapitre 33 sur 45 · DS 428 DE L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

DS 428 DE L'ÉDUCATION

« les points, les accens; pour marquer les lettres grandes «et petites, et les abréviations usitées : on fait remar- « quer dans les mouvemens des doigts les repos longs, « moyens, brefs, et très brefs, que l'on observe dans la « prononciation. La dactylologie contient aussi les signes « des chiffres, des unités, des dizaines et des centaines, «de facon à exprimer expéditivement les grands nom- « bres et les opérations d’arithmétique ; ainsi la dacty- « lologie est aussi commode, aussi prompte, aussi ra- « pide que la prononciation même, et aussi expressive « que l'écriture bien faite. Il est libre d'ajouter d’autres « signes à la dactylologie , dans la vue de soumettre aux « règles de la prosodie, du chant, de la poésie, etc. On « peut, si on veut, ne retenir qu'un alphabet manuel, « qui contient seulement les signes de tous les sons de la « prononciation, ée qui est fort commode pour les gens «sans étude. S'il y a des personnes qui trouvent à redire « aux signes de tout alphabet manuel, je leur réponds « qu'elles sont précisément, à l'égard des signes de la «dactylologie qu’elles ne connaissent pas , dans le cas où « sont les sourds-muets au regard des sons de la pronon- «ciation qu’ils n’entendent pas. Avec le secours de la « dactylologie, on peut également parler aux sourds- «muets et aux aveugles. M. Péreire et moi nous nous « trouvâmes un jour dans une chambre, dans le temps «qu'il faisait une nuit si noire que nous ne pouvions «pas nous entrevoir ; M. Péreire ayant besoin de me « parler, me prit la main et remua distinctement mes «propres doigts, selon les règles de la dactylologie. Le « sens du tact ébranlé par les mouvemens de mes doigts « dirigés par sa main , me fit comprendre nettement tout

«ce qu'il voulait me dire. Il continua quelquefois de « me parler de la même manière dans des jours d'hiver « très obscurs et lorsque nous ne pouvions pas avoir de « lumière; je l'entendais avec la même facilité : la dac- « tylologie mérite donc d'être aussi habituelle que l’écri- « ture ordinaire. d

« Ainsi, vous voyez clairement, Mademotelle. par le « contenu de cette dissertation, qu'il est également pos- « sible de faire naître dans l’âme tout ce que l’on veut «dire, avec le secours ou de l’ouie, ou de la vue, ou du «tact. Vous ajouterez à ce détail des réflexions qui vous. « instruiront mieux que je ne pourrais le faire. En enché- «rissant sur cette idée, il vous sera aisé d’apercevoir «qu’on peut communiquer des idées à l’esprit par le se- « cours ou de l'odorat, ou du goût, avec autant de faci- « lité ' quoique avec bien moins de commodité , que par « le secours de l’ouie, de la vue et du tact. Pour cet effet, « il suffit de convenir avec quelques personnes que telle « odeur aura la valeur d’un tel son de la prononciation, «ou d'une telle lettre de l'écriture, et approcher du . nez ces odeurs significatives, les unés après les autres, «afin de présenter par ce moyen tout ce que ‘Ven veut « dire à l'esprit. Cela aura lieu pareillement dans le choix «-des saveurs faciles à être distinguées les unes des au-

«tres, pour représenter les sons ou les lettres, et les «mettre dans la bouche, afin de faire passer par ce « moyen des idées dans l'esprit. Si on entend et com- « prend comme il faut tout le contenu de cette disserta- « tion, on verra clairement que tout n'est que pure con:vention en ce monde, et que l'habitude assidue donne la force merveilleuse de retenir les signes des idées et

« des mouvemens de l'âme, et qu'elle at naturelle- « ment à les rappeler.

« On lit et l’on entend lire tous les ; Jours dés! vers,

« des éloges , des panégyriques, etc: , à la mémoire des « grands hommes, des héros, des saints pérsonnagés, des « SOUVerains bienfaisans, des ministres habiles , des ma- « gistrats intègres, et à combien plus forte raison devons- “nous payer à l'Auteur unique de la: nature les tributs « d'amour, de reconnaissance, de louanges , d'actions de a graces, et même de fidélité et d'attention à faire tout «ce qu'il demande de nous, et à éviter tout ce qui Jui

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« Je suis, avec de vifs sentimens de considération, etc.»

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