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(1) Znstitution des Sourds et Muets, 1° Partie, pages 54 à 76.— La véritable Manicre, etc., 1'° Partie, pages 17 à 77.
(2) Fnstitution des Sourds et Muets, 1" Partie, pages 46 à D4.
qu'ayant été contraint de recevoir un assemblage d'élèves mal assortis, de divers âges et degrés de capacité, il a dü faire en sorte que l’enseignement des uns ne nuisît pas à celui des autres; ses conseils supposent des élèves placés à peu près au même niveau. L’alphabet manuel est le premier instrument mécanique qu’il leur fournit. En même temps, et dès le premier jour, entreprenant ses explications, il commence, non par la nomenclature, mais par une proposition simple, sensible; celle-ci : je porte, offrant ainsi le discours non décomposé, mais plein de vie. Il fait conjuguer immédiatement l'infinitif. Il place ensuite dans la salle trois tableaux contenant, l’un six cents substantifs, le second six cents verbes, le troisième quatre cent cinquante adjectifs, plus un tableau des conjugaisons et déclinaisons. Chaque jour il fait expliquer et apprendre un certain nombre de mots de chacun de ces tableaux, en compose des phrases pour des dictées. Progressivement , il étend et multiplie ces tableaux, et les exercices dont ils sont l’objet. Plus tard, il enseigne les pronoms, les conjonctions, les prépositions, les adverbes et les régimes des verbes, en continuant à faire écrire à-ses élèves sous sa dictée, à l’aide des signes méthodiques. (5)
(1) {Institution des Sourds et Muets , 1 Partie, pages 159
et suiv.
Il s’aide beaucoup , et avec succès, des cartes mobiles où sont inscrits les noms des objets; il emploie aussi avec avantage le burequ typographique. (1)
L'enseignement mutuel est le ressort. RATES avec lequel il fait marcher toute son école. Chaque élève, à mesure qu’il s’instruit, vient concourir à l'instruction de ceux qui sont moins avancés. C’est ainsi que l’abbé de l'Épée peut sous-diviser son école en classes, en sections. Il s’applaudit beaucoup du secours que lui prêtent ses jeunes assistans. (2) |
L'abbé de l’Épée ne nous fait point connaître quel rang occupait dans la marche de son enseignement, l'emploi qu'il adopta du procédé de l’articulation artificielle, ni à quelle période de l’éducation ses élèves étaient appelés à ces exercices ; il nous apprend seulement qu'il s'était déterminé à joindre encore ce procédé à tous ceux dont il avait déjà réuni et combiné l'usage. De même que, pour donner à ses élèves un alphabet manuel , il avait consulté avec soin celui de l'espagnol Bonet et tous ceux dont les exemples s'étaient offerts à lui; de même aussi, pour construire son Art de
( 1) Institution des Sora et Muets, 1"° Partie y page 41.— La véritable Manière, etc. ; pages 15, etc.
(2) Institution des Sourds et Muets, etc. , 1% Partie, p. 72, LEE 185, etc,
Parler, il consulta Wallis, Amman ; compara leurs travaux , y mit la dernière main : en sorte “que son Art de Parler peut en effet aujourd’hui représenter et résumer pour nous tout ce qui avait été proposé avant lui sur le mécanisme de la voix humaine, dans la production des lettres, et sur les moyens les plus simples de former cet organe à l'articulation artificielle. (1)
Les élèves les plus avancés de l'abbé de l'Épée « répondaient de vive voix aux questions qui ne « demandaient qu’une réponse affirmative ou né- « gative, avec le terme de politesse qu'on y joint « toujours. Ils y joignaient, en cas de besoin, des « phrases courtes, comme : Je ne sais pas, je ne « pourrai pas, je ne l’ai pas vu » (2). Ils ne pouvaient d'eux-mêmes aller au-delà, ni former une proposition liée, füt-ce même la description d’un objet sensible. Ils écrivaient constamment sous la dictée; la dictée était le moyen essentiel, unique, employé par l’instituteur. Dans les exercices publics , l'élève n’agissait jamais par lui-même; mais seulement d’après les signes de son instituteur. Il
med
(1) Institution des Sourds et Muets, 1°° Partie, chap. X. — La véritable Maniere, etc., 2° Partie. Nous avons cru devoir faire réimprimer ce dernier morceau, à la suite du Manuel rédigé par M. Bébian , et qui vient de voir le jour.
(2) Institution des Sourds et Muets, 1° Partie, chap. VIT, page 156. FAIR
soutenait des thèses publiques, et sur les sujets les plus relevés, comme sur /a définition de la philosophie; mais le bon abbé de l'Épée se hâte d’ajouter avec ingénuité, que les argumens étaient communiqués d'avance; c'est-à-dire que l'élève traduisait par l'écriture les solutions de l'abbé de l'Épée, dictées par celui-ci ‘en signes méthodiques. (1)
L'abbé de lÉpée sentait cependant que « ces « mots écrits séparément, dont il avait donné « l’explication par signes, ne présentaient à l'esprit « que des idées partielles, isolées, et en quelque «sorte incomplètes, sans aucune liaison des unes «avec les autres; qu'il s'agissait d'en composer « des phrases, d’en former des discours suivis: » Le seul moyen qui s’offrit à lui fut de « choisir des «sujets propres à faire sortir chacun de ces mots « de leurs cases, pour venir tour à tour à leur « destination naturelle. » Ces sujets, illes trouvait dans l'Histoire de l'Ancien et.du Nouveau Testament, dont il faisait faire une lecture -assidue à ses élèves; il y trouvait aussi réuni le double avantage. de faire, de ces lectures, un enseigne ment religieux , et de faire passer, sous les yeux de ses élèves , les scènes les plus variées , les plus intéressantes. (2) % L. |
(1) Znstitution des Sourds et Muëts, 1"° Partie, p. 157, etc. — La véritable Manière ,eic., 3° Partie, pages 317 et suiv. "(2) Ibid. , chap. IX ; art, nr, pages 182 et suiv.
DES SOURDS-MUETS. —— PART. If, CHAP, VI. 479
Nous avons vu que l'abbé de l'Épée employait beaucoup le latin, même avec ceux de ses élèves qui ne l’entendaient pas (1) : il enseignait aussi cette langue à quelques uns d’entre eux, et même aux sourdes-muettes. Il faisait soutenir des examens en latin, en langue étrangère.
Nous devons le dire sans détour : ‘il est connu que les élèves de l'abbé de l’Épée ne pouvaient d'eux-mêmes exprimer une de leurs pensées, rendre compte d’une de leurs actions, dans une phrase écrite de leur composition. Le respectable instituteur s'était persuadé qu'un semblable résultat était absolument impossible à obtenir; prévention bien extraordinaire sans doute, quand il nous entretient lui-même, à diverses reprises, des travaux de Saboureux de Fontenai, et des conversations qu'il avait avec cet élève de Péreire. L'abbé Sicard a pris soin de publier deux lettres de l'abbé de l'Épée, adressées à lui-même. Dans la première de ces lettres, du 25 novembre 1783, son illustre maitre lui dit en propres termes : « N’espérez pas « que vos élèves puissent jamais rendre, par écrit, « leurs idées. Notre langue n’est pas leur langue; « c’est celle des signes. Qu'il vous suffise qu'ils « sachent traduire la nôtre avec la leur, comme « nous traduisons nous-mêmes les langues étran-
(1) {nstitution des Sourds et Muets, 1° Partie, chap. V, art. XVII, page 89.