‹ De l'éducation des sourds-muets de naissanceChapitre 42 sur 45 · D) DE L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

D) DE L'ÉDUCATION

stitut de Paris, et qui sert aujourd’hui d’instrument principal à l’enseignement. Nous essayerons, dans la 3° Partie de cet ouvrage, de présenter quelques vues sur les principes qui devraient guider dans le premier de ces deux travaux, et sur l'utilité qu'on pourrait attendre de l’autre: Parvenu à un âge avancé, et distrait par d’autres soins, l’abbé Sicard n’enseignait plus par lui-même dans les dernières années de sa vie; mais il avait formé des élèves, et l’enseignement se continuait sous ses yeux, dans l'esprit de sa méthode. M. Paulmier est celui de tous qui a travaillé le plus longtemps sous sa direction; il a conservé la tradition vivante de tous ses procédés et y est demeuré scrupuleusement fidèle. Animé d’un zèle sincère pour l'instruction des élèves et pour les intérêts de la gloire de son maître, M. Paulmier a montré aussi, dans la pratique des procédés , une habileté et une facilité qui lui ont procuré des succès. Plusieurs élèves sourds - muets, distingués par leur capacité, ont été formés par ses soins. Il a publié diverses lettres ou notices, et un écrit intitulé Le Sourd-Muet civilisé (x), où l’on trouve consignés quelques faits curieux, quelques documens intéressans; où la méthode de l'abbé Sicard est préconisée sans restriction, mais qui ne renferme aucune vue neuve sur Îles principes de Part : il'a redhat sn sh ocimis vols MRMARE 11:: aléas

(1) Paris, 1820 , 1 vol, in-12.

publié également un 4percu du Plan d’Éducation des Sourds-Muets (1), qui, pour être susceptible d’une application utile, devrait être plus conforme à la nature des opérations des l'esprit humain.

M. Bébian, disciple de l'abbé Sicard, a opéré quelques années sous la direction de ce célèbre instituteur ; il a saisi mieux que qui que ce soit le principe duquel est dérivée la méthode de l’abbé de l’Épée et de l'abbé Sicard, le principe qui forme l'âme et la substance de tous leurs procédés; nul ne l’a exposée avec plus de netteté et d'élégance, n'a mieux présenté tous les motifs propres à la faire valoir ; nul n’a porté plus haut le mérite des signes du langage mimique; nul ne s’en est promis des effets plus étendus et plus complets : il ne se borne pas à leur reconnaitre une éloquence naturelle, des propriétés pittoresques et poétiques, il leur attribue une clarté, une exactitude logique, fondées sur les conditions d’analogie qu'ils ob= servent ; il va jusqu’à les supposer aussi propres à exprimer les notions abstraites que les images sensibles. À de nombreuses connaissances acquises, à une heureuse sagacité d'observation, à un talent distingué, cet auteur joint cette vivacité d'intérêt pour la destinée des sourds-muets, qui sera toujours l’une des plus certaines causes de

(1) Paris, 1821. Brochure in-8°.

succès pour ceux qui s'occuperont de leur instruction. Quelques erreurs sur la génération des idées et les opérations de l'esprit humain, jointes à des préventions exagérées en faveur du langage mimique, l’empêchent encore peut-être d’apercevoir et de suivre la voie la plus directe pour atteindre au terme de cette instruction. Il a débuté par un Æssai sur les Sourds-Muets et sur le langage naturel, également bien pensé et bien écrit (61 il se propose, si je ne me trompe, de publier un Ouvrage doctrinal sur l’art qui nous occupe.

Il est deux autres élèves de l'abbé Sicard qui ont acquis, le premier surtout, une juste célébrité. Sourds-muets l’un et l’autre, ils sont devenus d’excellens instituteurs de sourds-muets : ce sont MM. Massieu et Clerc. M. Massieu est trop bien connu par le rôle qu'il a joué pendant tant d'années dans les exercices publics de l'abbé Sicard, pour que nous ayons besoin de rappeler ici tout ce qu'il y a déployé de sagacité, et l'originalité souvent éloquente de ses réponses : il a publié, pour l'usage des sourds - muets, une nomenclature qui a le double vice d’être exubérante, par la multiplicité de mots inutiles aux sourds-muets qu'elle contient, et d’être dépourvue de toute méthode logique, condition qui seule peut faire le mérite d’un tel travail. M. Clerc, plus jeune, bientôt enlevé So annee MR à: «1 ANR

(1) Paris, 1817, in-8°.

à la France, a eu moins d'occasions de se produire; en peu d'années, cependant, il a de beaucoup devancé son émule. M. Massieu n’a jamais pu parvenir à écrire le français d’une manière parfaitement correcte et pure; M. Clerc y est parvenu de bonne heure, et il a dù sans doute cet ‘avantage à un exercice assidu et bien dirigé de lectures choisies. M. Lafon-de-Ladebat a conservé et publié, à Londres (1), un Recueil des Définitions et des Réponses de MM. Massieu et Clerc, aux questions qui leur furent adressées pendant les exercices publics que l'abbé Sicard donna dans cette ville en 1815. Ce recueil se lit avec beaucoup d’intérèt, et offre un témoignage vivant du haut degré de développement et de culture auquel est parvenue l'intelligence de ces deux sourds-muets. M. Clerc, appelé. dans l'Amérique du Nord pour y diriger un institut de sourds-muets, remplit depuis plusieurs années cette mission avec un succès remarquable. Il a composé, pour l'examen des élèves de l'établissement dans le Connecticut, en présence du gouverneur et des deux chambres, un discours écrit en anglais, qui a été traduit ensuite en français, et publié en France (2), et qui atteste toute. sa capacité. En ce moment encore, nous possédons,

(1) En anglais et en français. Londres, 1815, 1 vol. in-8o.

(2) Paris et Genève, 1918, in-8°.

dans notre institution, plusieurs: de nos élèves sourds-muets qui, élevés par leur mérite au grade de répétiteurs, s’acquittent, à notre entière satisfaction, des fonctions de l’enseignement, et promettent des successeurs à ceux que nous venons de citer. (1) |

M. Rey de la Croix a puisé auprès de l’abbé Sicard, la connaïssance des procédés de ce célèbre instituteur, et pénétré de reconnaissance pour son maitre, lui a rapporté encore le mérite de ceux qu'il a imaginés lui-même. Le motif qui avait conduit le disciple auprès du maître inspire un profond intérêt. M. Rey de la Croix avait une fille sourde -muette, et a voulu se charger luimême de son instruction : mais tous les sourdsmuets sont aussi devenus ses amis, comme il le dit lui-même (2). C’est dans la vue de les servir qu'il a publié le récit des soins qu'il a donnés

(1) MM. Berthier, Lenoir, Gazan, Dewicderker, etc. Il nous est doux de pouvoir exprimer ici l'affection que nous portons à ces bons jeunes gens, que nous avons vus se former Sous nos yeux, dont nous avons encouragé les efforts, et de Pouvoir attester aussi la satisfaction qu'ils nous font éprouver par leur zèle, autant que par un talent remarquable. On aime à les voir se créer une carrière honorable et utile, en

concourant à l'instruction de leurs compagnons d’infortune.

(2) Voyez lé titre et la dédicace de son ouvrage.

à lPéducation de sa fille (1). On ne peut lui en savoir assez de gré; son ouvrage sera un encouragement pour les familles où se trouvent des enfans sourds-muets, lorsque les parens auront assez d'instruction et de loisir pour être disposés à suivre son exemple. Cet écrit leur offrira aussi quelques vues utiles, quoique l’auteur se borne à indiquer, d’une manière sommaire, les procédés qu'il a employés. Ces procédés, conçus dans l’esprit de la méthode de l’abbé Sicard, sont en général plus simples. M. Rey de la Croix annonce qu’il s’est contenté de mettre sa fille en état d’employer la langue française avec facilité et correction , sans prétendre lui enseigner les principes de la grammaire. Il avait le projet de publier un grand ouvrage où ses procédés auraient été développés en détail; maïs il ne parait pas lavoir exécuté. Du reste, loin d'adopter un système exelusif de procédés, il a réuni, au contraire, et employé à la fois tous ceux qui s’offraient à lui, l'alphabet oral et labial, comme l'alphabet manuel, les estampes du P. Vanin, comme les signes mé-

thodiques des abbés de l’Épée et Sicard (2). Nous

ne trouvons cependant, dans son ouvrage, aucun renseignement sur l'emploi qu'il a pu faire de ce

(1) La Sourde-Muette de Clapière, ou Leçons données à ma Fille. Béziers, an 1x, 1 vol. in-8°. |

(2) Ibid., page 15.

578 DE L'ÉDUCATION dernier moyen. Il a employé aussi, avec succes, à l'exemple de l'abbé de l’Épée, les noms imprimés sur les cartes SHHULNERS et le bureau typographique. |

Chose singulière! tandis que labbé de l’'Épée, ainsi que nous l'avons vu, avait adopté, dans la pratique, ce même procédé d’articulation artificielle dont il avait critiqué l'emploi dans ses controverses avec ses rivaux, voici que, par un autre contraste, l'abbé Sicard, après avoir fait réimprimer l’4rt de Parler, de son illustre maître; après avoir déclaré solennellement que Farticulation artificielle était le complément nécessaire de l'éducation du sourd -muet, a cependant entièrement abandonné, dans la pratique, cet imnortant procédé auxiliaire; la tradition même s’en serait perdue, si l’un des élèves de l'abbé Sicard, M. Paulmier, ne l’avait conservée : il en a fait quelques applications particulières; mais Pusage n'en a point encore été remis en vigueur dans ï établissement. Les cartes mobiles, le bureau “wpographique, ont été également ou écartés ou simplement négligés (1).

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(1) Voyez la note F ci-après.

Nore F.

Exemples des signes mimiques de réduction usités dans l'Institut royal de Paris.

Le langage des signes mimiques, employé dans l’Institution de Paris comme moyen essentiel d'enseignement et de traduction, langage inconnu jusqu’à ce jour, non seulement au public, mais aux autres établissemens de sourds-muets, est d’un si haut intérêt dans l’histoire de l’art, il est en même temps d’une si grande importance dans l'examen des questions relatives au mérite respectif des différentes méthodes, qu'après avoir indiqué dans ce Chapitre comment il s'est formé par des réductions et des ellipses, en le comparant aux descriptions mimiques de la Théorie des Signes de l'abbé Sicard, dont il est comme un résumé, il nous paraît nécessaire d'en donner une idée plus complète encore par d’autres exemples.

À cet.effet, nous présenterons d'abord, comme un extrait ou un specimen du vocabulaire mimique en usage dans notre Institut , un choix de signes de réduction pour la nomenclature. Nous essaterons ensuite de ‘retracer, en langage mimique, l'Oraison dominicale tout entière, telle que les sourds-muets la-récitent chaque jour dans leurs prières, afin de montrer comment se construit une proposition, un discours entier dan ce langage, et suivant le génie qui lui est propre.

Quelque soin que nous ayons apporté à peincre fidèlement ces signes, d’après la manière dont ils sont exécutés par les élèves de notre Institut, nons n'avons

pu donner à celte peinture toute l'exactitude que nous aurions désiré, parce qu'il est, dans ce langage rapide, plusieurs expressions qui peuvent échapper au spectateur, où qui se refusent à une description expresse, comme sont celles qui appartiennent au regard et au jeu de la* physionomie. |

1°, Signes de réduction pour la nomenclature.

N. B. Nous avons choisi le petit nombre d'exemples qui suivent, dans trois ordres de signes différens : ceux qui expriment des idées familières, des notions morales et des notions intellectuelles.

Nous devons répéter encore, en cette occasion, que le langage mimique des sourds-muets a plusieurs signes différens pour le même mot de nos langues, lorsque ce mot a des acceptions diverses, et même lorsque son acception principale vient à se modifier suivant les circonstances.

M. Sicard avait coutume d’ajouter, au signe mimique de réduction, qui représente l’idée en elle-même, un second signe grammatical, en forme de terminaison, qui désignait la fonction du mot correspondant dans notre langue, comme substantif, adjectif, verbe, etc. ; mais les sourds-muets , dans leur usage habituel, n'ont point conservé ces supplémens; ils n’emploient que le radical seul, sans s'embarrasser de la fonction grammaticale que remplit, dans le. discours, le mot correspondant. Nous nous conformons ici au langage que les sourds-muets emploient entre:eux.

Pour juger comment ces signes de réduction ont été

tirés. des descriptions mimiques, il faut les comparer aux descriptions, telles qu’elles sont renfermées dans la Théorie des Signes de l'abbé Sicard. Nous aurions désiré épargner au lecteur la peine de faire ce rapprochement, en mettant ici les termes de comparaison sous ses yeux ; mais les descriptions mimiques de l’abbé Sicard ont une telle étendué, qu'il eût fallu augmenter considérablement le volume de notre ouvrage.

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