‹ De l'educationChapitre 100 sur 188 · CH. XII. DÉCHÉANCES DE L’AUTORITÉ PATERNELLE. 3Ü · texte numérisé non relu

CH. XII. DÉCHÉANCES DE L’AUTORITÉ PATERNELLE. 3Ü

Je ne parlerai pas ici de la mort cirile et de ses funestes conséquences, dont notre code a conservé pendant quarante années l’injustice, comme il l’avait admise, malgré les énergiques paroles du guerrier législateur dont ce code fait justement la gloire (1). Ces conséquences sont désormais effacées de nos lois, et c’est l'hoiineur du gouvernement actuel d’avoir cédé sur ce point aux vieux de la Religion et de la morale.

Mais je ne puis m’empêclier de le faire remarquer : tel était l’esprit du temps, que sur ce point si grave l’opinion de Troncliet l’emporta, malgré les protestations (lu premier Consul. Bien qu’accoutumé à vaincre. Napoléon ne vainquit pas celte fois. Il eut tort et dut

(I) « D'aprî-s ce syslènic, disait le premier consul, il serait doue défendu à une femme profondément convaincue de Tiiinocence de son m.vri, de suivre dans sa dc|>ortation l'homme auipiel elle est le plus étroitement unie; ou, si elle cédait à sa conviction, à son devoir, elle ne serait pins qu'une concubine. Pouniuoi Ater à ces infortunés le droit de vivre l'un auprès de l'autre, sous le titre honorable d'époux légitimes? »

Le premier consul, répliquant h Troncliet, disait encore < que la société est assez vengée par la condamnation, lorsque le coupable est privé de ses biens, lorsqu'il se trouve séparé du ses amis, de scs habitudes. Faut-il étendre la peine jusqu'h sa femme, et l'arracher avec violence à une union qui identifie son existence avec celle de son éjioux? Elle vous dirait : « Mieux valait lui éter la vie, du moins me serait-il permis de • chérir sa mémoire; mais vous onlonnez qu'il vivra, et vous ne voulez < pas que je le console! » Eh! combien d'hommes ne sont coupables qu'h cause de leur faiblesse pour leurs femmes! qu'il suit donc permis h celles qui ont causé leurs malheurs, de les adoucir en les parl.ageanl. Si une femme satisfaisait .’i rre devoir, vous estimeriez sa vertu, et cependant vous ne mettez aucune difTérence entre elle et l’étre in(3me qni se prostitue ! •

sot LIV. II. LE PERE, LA MERE. ET LA FAMILLE, reculer ilcvant les avocats révolutionnaires qui plaidaient en son conseil ; le code qui [lorti* son nom fut ce jour-là l’expression d'une pensée autre que la sienne, et la mort civile avec ses monstrueuses conséquences entra de plein droit dans nos lois, et y demeura jusqu’à nos jours.

Je ne parlerai pas non plus du divorce. L’anarchie même de 1848 n’a pu parvenir à en ramener le scandale parmi nous.

Je ne parlerai pas même de ce qu’on nomme le mariage civil : je n’ai point à traiter cette question. Elle a été éloquemment soulevée par un ancien garde des sceaux, et on [)cut espérer qu’il ne se passera pas un long temps, sans qu’elle reçoive enfin la solution que réclament énergiquement les lois fondamentales de la famille, l’accord nécessaire avec les lois de l’Europe, les mœurs publi- (|ues et la Religion.

Je ne parlerai que des faiblesses de notre législation, en ce qui touche intimement à mon sujet, je veux dire le respect des enfants pour leurs parents; et si je puis exprimer ici ma pensée tout entière, je dirai que, lorsqu’on regarde de près tout ce qui fut avancé sur cette grave question par les hommes de l’As-semblée constituante, et par ceux de la Convention, lorsqu’on examine les lois faites en conséquence, il est manifeste qu’à cette désastreuse époque, le code de la puissance paternelle a été, avant tout, rédigé contre elle. Nous en portons encore la peine ; et bien que le code civil ait courageusement réagi contre ces lois funestes, à mon sens, il ne l’a pas fait assez.

Sans aucun doute, si l’autorité et le respect commandés par le Décalogue divin n’existent prestjue plus dans la famille, la faute en retombe sur les pères, sur les mères et sur les enfants, qui ne savent plus recevoir de loi, les uns

CH. XII. DÉCHÉANCES DE L’AUTORITÉ PATERNELLE. 305 que de leur timidité et de leur mollesse, les autres que de leur orguéil et de leurs folles humeurs.

Mais la faute en est aussi aux législateurs révolutionnaires, qui ont donné aux enfants l’encouragement de l’orgueil et le signal de l’indépendance, et inspiré aux parents je ne sais quel doute funeste sur la réalité du peu de droits qui leur restent.

Que dis-je? à cette époque, les lois ont été plus loin.: elles ont posé la faiblesse, l’abaissement de l’autorité paternelle en principe, et les conséquences, dont tout le monde gémit, ont été facilement tirées, comme il arrive toujours.

Si en effet on médite ces lois dans tous leurs détails, on voit qu’elles ont été concertées, et la plupart de leurs dispositions prises, non pas en faveur des parents, non pas en faveur de l’âge, de l’autorité, du respect, mais en faveur de la jeunesse, de l’indépendance et de l’émancipation.

Je dirai même toute la vérité, et je la dirai avec un des plus grands jurisconsultes du temps : on sent que la première inspiration de toutes ces lois vient d’une époque où on avait besoin de la jeunesse, où il fallait la flatter et l’émanciper, afin de s’en servir pour tout renverser : On renverse le pouvoir des pères, disait M. Portalis, parce que les enfants se prêtent davantage aux nouveautés.

Rien de plus curieux et de plus triste en même temps que de relire tous les discours qui se prononcèrent alors par les plus célèbres légi.slateurs du jour. Les uns, bonnes gens sans lumières, disciples innocents de Rousseau et de Rernardin de Saint-Pierre, faisaient des lois et des harangues comme on fait des idylles. 1793 et 179-i furent pour eux la belle époque des attendrissements et des fêtes champêtres, des églogues et des vertus pastorales. Les

Page 1