‹ De l'educationChapitre 105 sur 188 · LIV. III. L’IiNSTnij'lliüR · texte numérisé non relu

LIV. III. L’IiNSTnij'lliüR

et les fautes qui, depuis cinquante années au moins, ont sur ce point obscurci la vérité, et abaissé les mœurs : mille pensées diverses agitaient mon esprit ; d’un côté, j’étais entraîné puissamment par l’évidence des lumières naturelles qui démontrent la dignité de l’instituteur et la noblesse do ses fonctions ; mais de l’autre, j’étais combattu par le démenti trop manifeste de l’opinion et la contradiction des mœurs publiques : dans cette situation de mon esprit, une pensée simple, mais forte et décisive, fixa mes incertitudes et m’éleva au-dessus de tous les préjugés.

Je me dis à moi-méme : quoi qu’il en soit de la société et des mœurs présentes, il y a, et il y aura toujours sur la terre une fonction, un homme à qui on demandera pour des enfants qui ne sont pas les siens, le dévouement d’un père, la sollicitude d’une mère ; et de plus la scienc(‘, la fermeté, et la patience qui manquent souvent à un père et à une mère pour élever ces enfants, et accomplir parfaitement cette grande œuvre : cet homme, c’est l’instituteur de la jeunesse.

Eh bien ! quoi qu’on dise à l’encontre et quoi qu’on fasse, cet homme est grand : cet homme occupe une place à part parmi ses concitoyens : cette fonction est noble, et d’une noblesse supérieure. Ce qu’on demande à cet homme l’élève manifestement à un rang singulier dans la société humaine et dans sa patrie : la confiance des familles le place si haut, que celte confiance même est le plus beau témoignage de l'estime publique et la plus digne récompense de la vertu.

Cet homme est ou doit être, par les sentiments, au-dessus de l’ambition vulgaire, et de la fortune : if faut que les enfants lui montrent un respect profond, une affection.

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une docilité toute filiale, comme k un père ; et la famille lui doit un honneur, une reconnaissance suprême.

Mais ce n’est pas tout dire encore : le ministère de l’Éducation est tout à la fois une paternité, une magistrature, je dirai presque un sacerdoce, et voici comment : Toujours, dans les sociétés civilisées, on a senti le besoin, non-seulement de réprimer le mal, en contenant les passions humaines par le frein des pénalités; mais aussi la nécessité de le prévenir, en formant par l’Éducation les hommes à la vertu : et voila pourquoi les peuples, inspirés par la sagesse, ont fuit le plus souvent de l’instituteur un magistrat, et un magistrat de l’ordre le plus élevé.

Dans la société chrétienne enfin, l’Église, cette divine Institutrice du genre humain, a reconnu que la première fonction du grand ministère des âmes dont elle est chargée, est l’Éducation de la jeunesse, et c'est pourquoi elle en a fait une œuvre sacrée, un apostolat.

On voit jusqu’où va ma pensée sur ce grave sujet : et plus j’y arrête mes méditations, plus cette conviction s’affermit et se place haut dans mon esprit et dans mon cœur. Voyons les détails et les preuves.

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