‹ De l'educationChapitre 108 sur 188 · LIV. ill. L1NST1TLTËUH · texte numérisé non relu

LIV. ill. L1NST1TLTËUH

J’ai vu, dans une excellente maison, la faiblesse d’un professeur de seconde, une année, obliger le supérieur à renvoyer toute la classe. — On comprend les suites d’une pareille mesure pour tout un établissement.

J’ai vu dans une autre maison, excellente encore, tout en péril, parce que le professeur de philosophie était sans autorité disciplinaire sur ses élèves.

La première cause de tout le mal, dans certaines maisons, où ceux qu’on nomme les gratidt sont un embarras et quelquefois un scandale, au lieu d’étre un secours et un modèle, vient des professeurs de troisième, de seconde, de rhétorique et de philosophie, qui ne savent pas tenir leurs classes, les élever, les intéresser vivement, et y gouverner les esprits. Il faut nécessairement que de grands jeunes gens se jettent dans le mal, quand leurs professeurs et leurs classes ne les poussent pas vers le bien, ne les occupent pas sérieusement, je dirai plus, ne les charment pas, ne les passionnent pas.

A cet âge, ils ne peuvent rester dans la tiédeur intellectuelle et dans le vide ; il leur faut le bien ou le mal ; la légèreté puérile et la paresse ne leur sulBsent plus. Si vous ne leur donnez pas un bon esprit, iis en prendront un mauvais : vous les verrez s’élever contre leurs professeurs et contre la maison ; murmurer, se plaindre, cabaler, même ceux qui ne sont pas méchants, à moins qu’ils n’aient une solide piété; tandis que les moins bons, avec un bon professeur, deviennent bientôt excellents.

II y a aussi h cet âge, et dans ce siècle, un autre péril que celui de l’orgueil pour la jeunesse.

Un hommequi avait vu cela de près dans certains collèges,

CH. H. DIGNITÉ ET INFLUENCE DE L’INSTITUTETR. 5S7 disail : En troisième, ils commencent à perdre le sens moral.

Ce qui est hors de doute, c’est que les enfants de ce siècle et de ce pays, dès qu’ils ont quatorze on quinze ans, n’ont guère plus ni la droiture de l’esprit, ni la pureté du cœur : le spiritum rectum et le cor mundum, dont parlent nos saintes Écritures, paraissent bien troublés en eux.

Ils ont vu le scandale des mœurs publiques. Les enfants de Paris surtout, et des grandes villes, ont vécu, dès le premier âge, dans une atmosphère de corruption : ils ont bu le poison dans les journaux, dans les livres, dans les feuilletons, dans les rues, dans les places, dans les jardins célèbres. L’imagination, l’intelligence, le cœur, les sens, tout a été dépravé, tristement agité du moins, même avant l’éveil de l’orgueil.

Tout cela dort ordinairement au fond de ces jeunes âmes, pendant les premières années d’une bonne Education : pois, â quinze on seize ans, en seconde ou en rhétorique, quand les deux grandes passions s’éveillent, on s’aperçoit à la première étincelle, qu’il y a dans ces âmes un foyer terrible, et de quoi allumer des incendies.

Leur sens moral est réellement et profondément blessé. A voir avec quelle facilité ils chancellent, et combien peu ils tiennent b la vertu, on n’en saurait douter. Quel zèle ne faut-il pas alors ! Quelle prudence et quel scrupule même, un sage et digne professeur ne devra-t-il pas apporter dans le choix des lectures, des devoirs, des moindres expressions !

C’est ici surtout qu’il faut gouverner, dominer ces jeunes esprits, s’en emparer de vive force ; et pour cela s’en faire aimer et profondément estimer : c’est alors qu’il faut, au

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