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CH. II. IDÉE PREMIÈRE ET ESSENTIELLE DE L’AL'TORITÉ

par lui ; elle ne serait pas sans lui : c’est sa création , c’est son ouvrage, c’est sa chose ; il la conserve , il la gouverne comme il l’entend ; c’est en lui le droit, le pouvoir même créateur. Je l’ajouterai : c’est plus qu’un droit : c’est un devoir. Elle est de lui ; elle est par lui : il ne peut en abandonner le soin : il lui doit , et il se doit à lui-méme d’achever l’ouvrage de ses mains. Encore un coup, c’est l’ordre, c’est l'équité, c’est la nature. Non : il n’y a, il n’y aura jamais d’autorité légitime sur une chose quelconque, autorité première et essentielle, ou bien autorité secondaire et transmise, que l’autorité même qui vient de l’auteur de cette chose : h tout autre , la chose peut dire : Qui êtesvous? je ne vous connais pas : je ne vous dois rien ; je dois tout à celui qui m’a faite ; mais je ne dois rien qu’à lui, ou à ceux qu’il envoie.

Au contraire , k son auteur , k son père , elle répond naturellement : C’est vous? me voici : vous m’avez fait ce que je suis, achevez votre ouvrage : commandez; j’obéis.

Ce langage, si profondément philosophique et religieux, se trouve magnifiquement parlé dans le livre qui est tout k la fois l’antique dépositaire et le divin révélateur de la philosophie la plus haute et de la religion la plus pure.

Nous voyons dans la Bible toutes les créatures de Dieu, les plus brillantes comme les plus vulgaires, approcher k sa voix et lui dire : Nous voici ; que voulez-vous?. Adsumtts (I).

Il les nomme : il les appelle par leur nom et elles accourent.

(I) Job, 38-35.

UV. I". DIEU.

L'homme lui-méme, roi de la création, se tourne vers le Créateur et lui dit avec une familiarité sublime : Vous êtes mon Dieu, vous êtes mon père; je suis votre créature et votre enfant : parlez ! je suis à vous : vous m'avez fait : commandez! — Tuus sum ego : Deus meus es tu (d).

Et la grande société des hommes ne sait pas chanter à la gloire de Dieu une hymne plus belle que ces simples et noble paroles : Cest lui gui iwus a faits! nous ne nous sommes pas faits twus-mémes. — Ipse fecit nos, non ipsi nos (2). C’est tout dire.

Et quand le Prophète veut parler de la puissance de Dieu sur la grande mer : ffoc mare magnum (5), et faire comprendre pourquoi il n’y a que Dieu qui souffle sur elle, et qui sache y exciter le grand soulèvement des tempêtes et puis l’apaiser, il ne dit qu’un mot : Im mer est à lui; c'est lui qui l’a faite ! — Jpsius est mare; ipse fecit illud (4).

Oui, l’autorité est essentiellement le droit de l’auteur sur son ouvrage. Le droit de commander et d’être obéi, le droit d’agir en maître et d’être respecte, est essentiellement le droit du créateur, le droit de la supériorité créatrice et de la vie donnée.

Et c’est ainsi que nous sommes invinciblement conduits à retrouver la notion même , l’idée radicale et absolue de l’autorité dans l’autorité divine.

L’autorité divine, en effet, c’est simplement en Dieu le droit de commander ’a l’homme qu’il a créé ; le droit de gouverner dans le temps le monde physique et moral qui est l’ouvrage de son éternelle puissance.

(I) l'salm. 30-13. \i)Ib.W-Z. (3) /b. 103-23. (l) /b. 5-94.

CH. II. ID^■;K IMiEMIfiKK ET ESSE.NTIEU.i; DE I.’AETOHITE. 17

Ce droit divin, colle autorité suprême, c’est ce qiie la langue ihcologiquc a si bien nommé le souverain domaine de Dieu sur ses créatures.

Autorité de Dieu, autorité primitive et essentielle, uni- (|ue et universelle ; l’auteur d’une chose, nous l’avons vu, a essentiellement autorité sur elle; mais le premier, le seul et essentiel auteur de toutes choses, a donc primitivement, uniquement et essentiellement autorité sur tout.

Rien, dans l’ordre physique ou moral, spirituel ou teml>orel, ne peut être en dehors de sa divine autorité, par la raison très-simple que tout a été fait ))ar lui, et rien de ce (jui a été fait n’a été fait sans lui : Omnia per ipsum facla sunt, et sine ipso factum est iiihil quod factum est (1). l/hopime, lù famille, la société, le temps, le monde, il a tout fait.

Autorité de Dieu : autorité absolue, immuable : c’est le caractère propre de l’autorité du créateur, comme «le tout ce qui est divin.

Qui pourrait d’ailleurs la révoquer, la changer? Que peut-on imaginer d’immuable et de sacré, si ce n’est l’autorité d’un Dieu sur le monde et sur les hommes, qui sont, jusque dans le dernier fond de leur être, l’ouvrage de ses mains?

S’il se trouvait quelqu’un assez aveugle pour disputer ici, certes, le droit de vie eide mort que Dieu s’est réservé sur nous, et qu’il exerce si souverainement, trancherait au iiesoin toute diOiculté.

Non, non : toutes choses sont essentiellement soumises à Dieu, parce qu’il en est l’auteur, le souverain créateur; le seul créateur, le seul auteur proprement dit.

(1) Joan. I, 3.

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