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DU MÉRITE DE L’INSTITUTEUR ET DE SON AUTORITÉ PERSONNELLE

Telle est la dignité, telle est l’autorité réelle, l’action, l’influence profonde de l’instituteur.

Tout cela est grand assurément, tout cela est d’une importance considérable.

Mais k une haute dignité doit répondre un mérite égal : pour porter dignement le poids d’une grande autorité réelle, il faut une grande autorité personnelle.

Autrement l’autorité réelle fléchit : le mérite manquant au fond, tout manque : l’œuvre ne se fait plus, ou se fait mal.

Quelles doivent donc être les qualités essentielles et le mérite de l’instituteur, c’est-a-dire , de l’homme revêtu de cette autorité extraordinaire, qui donne le droit et impose le devoir d’élever la jeunesse?

Si les principes que nous avons établis dans les chapitres précédents sont fermes, si l’Éducation est une magistrature, une paternité, un ministère, il faut k l’instituteur, outre la gravité du magistrat, le mérite paternel et sacerdotal, et les qualités que ce mérite suppose.

Mais pour bien comprendre la nécessité de ces grandes qualités, il convient de remonter ici jusqu’au principe le

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plug élevé d’où vienneni les droits et les devoirs essentiels de tous dans l’Éducation : jusi|u’à Dieu.

Oui : il faut remonter jusqu’à lui ; car, comme nous l’avons observé déjà, c’est son œuvre même qu’on fait : ce sont ses enfants, scs plus nobles créatures qu’on élève. C’est sur son image et pour sa gloire qu’on travaille. C’est enfin son autorité mémo, c’est-à-dire, ses droits souverains dont on est revêtu. Je dirais presque : ce sont ses devoirs qu’on accomplit, c’est lui qu’on remplace, ou du moins, c’est de concert avec lui qu’on travaille.

Donc, il faut faire ces grandes choses, et remplir un si divin ministère, avec ses inspirations, avec sa sagesse, avec sa puissance, avec sou amour, c’est-à-dire avec tout le dévouement, avec toute la fermeté, avec toute l’intelligence, que comporte la faiblesse humaine. Il faut les accomplir enfin avec sainteté, ou du moins avec une vertu éprouvée. Mais tout cela, je ne le dissimule pas, est d’un ordre supérieur : l’intelligence, la fermeté, le dévouement, sont les reflets des trois grandes perfections divines , cl la sainteté en est la perfection même.

Enfin, je le dois ajouter, il faut remplir ce ministère de l’Éducation avec docilité : oui, avec un esprit docile; car c’est là une des conditions de tout dévouement sérieux : la docilité est absolument nécessaire à tout homme chargé ici-bas d’une grande autorité, et destiné à l’accomplissement d’une grande œuvre. Da milii cor docile, disait le plus sage des rois.

Tels doivent être le mérite et les vertus d’un instituteur.

Avant de développer, comme il convient, ces grandes considérations, j’ai voulu en donner ici un premier et général aperçu : je dois même dans ce chapitre, qui est comme l’introduction des chapitres suivants, éclaircir à

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ravaude certaines diilicultés, et répondre tout d’abord h quelques objections.

En eiïet, on me dira peuNélre : Mais tout cela parait bien relevé : n’allez-vous pas trop demander? Si tout ce que TOUS venez d’indiquer est nécessaire, qui pourrait prétendre à des fonctions si dillicilcs, h des qualités si rares? Les exagérer à ce point, n’est-cc pas se complaire à décourager le zèle et la vertu même? — Je ne le pense pas; nous l’avons déjit dit bien des fois : la sagesse anti^ que, les philosophes païens avaient les premiers entrevu de loin ces vérités, et découvert dans l’Éducation de la jeunesse, avec la dignité la plus haute, la nécessité du plus grand mérite et des plus grandes vertus.

C’est ainsi que Platon écrivait : « Puisque les parents

* nous ont appelés a traiter avec eux de l’Éducation de

* leurs fils, et qu’ils veulent perfectionner les âmes de « ces enfants, nous devons, avant de nous charger de O Ce travail, leur donner les preuves de notre mérite et « de nos œuvres. Que si nous ne le pouvons faire, il faut « envoyer nos amis chercher conseil ailleurs , et lie pas a nous exposer k perdre leurs enfants. » (PL.vTo?î,Lac/iè«.)

Je conjure du reste les jeunes maîtres qui voudront bien me lire et demander quelques leçons à mon expérience, de ne pas s’effrayer de la hauteur des principes que je pose ici, et de ne pas se laisser trop facilement aller k croire que tout cela est impossible dans la pratique.

Les détails dans lesquels je vais entrer les éclaireront, les satisferont, j’en ai la confiance : et dès k présent, qu’ils me permettent de leur offrir ici deu.x simples observations de fait, bien propres k les encourager ;

1° Tout cela est si peu impraticable, qu’on le pratique

plus OU moins partout, selon le plus ou moins d’application et de capacité qu’on y apporte. — Je ne parle pas ici des instituteurs, qui sont indignes de ce beau nom et de ce saint ministère.

La vérité est, qu'on est beaucoup moins étranger qu’on ne le pense à ces grands principes , par la raison trèssimple qu’ils sont dans la nature même des choses : la vérité est que partout les bons instituteurs agissent plus ou moins d’après ces maximes.

Plus on s’en rapproche, plus on est bon ; très-bon, excellent même, si on s’en rapproche parfaitement.

Plus on s’en éloigne, plus on est médiocre ; mauvais, très-mauvais même, si on s’en éloigne tout à fait.

Toutes les bonnes lumières sur l’Éducation sont répandues autour de nous, comme des rayons, brisés peutêtre, épars, affaiblis, mais toujours utiles, de ces grands et lumineux principes : seulement le foyer est Ut, et plus on s’y réchauffe, plus on y éclaire, plus on y fortifie son àme, plus aussi on se rend capable et digne d’accomplir sa tâche. Et en vérité, elle n’est pas très-difficile.

2" Une autre observation très-encourageante, c’est que la véritable Éducation qui tend à former les enfants qui la reçoivent, forme aussi les maîtres qui la donnent. Combien de fois n’ai-je pas vu cela !

Pour moi, je le dirai : le peu que je sais, si ce peu est quelque chose, je ne le dois qu’k la bonté de Dieu, et au soin avec lequel je me suis appliqué â faire le catéchisme aux enfants, et a diriger ensuite leur Éducation, au petit séminaire de Paris. Et quand on y réfléchit, cela se conçoit : ces petits enfants de douze ans, plus ou moins, sont un objet admirable d’étude, de ni-

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llexion, et par Ik même de développement personnel, intellectuel et moral, pour ceux qui s’en occupent avec application et avec amour. Comment n’aimeraù-je pat les enfants? Je leur dots tous les biens que Dieu m’a faits, me disait, dans sa soixante-dixième année, le premier catéchiste de l’Eglise de France, M. Borderies, longtemps vicaire de Saint-Thomas-d’.\quin, mort depuis évéque de Versailles.

Au reste , je viens de révéler la vraie raison et le secret de tout cela : il faut s’appliquer k ses fonctions, il faut aimer les enfants ! Je ne demande pas davantage : k ces deux conditions, vous réussirez admirablement. Mais si vous n’aimez pas vos enfants, si vous n’aimez point vos fonctions, si vous ne vous y appliquez pas, vous n’y ferez rien : le bon sens l’indique.

Il faut mettre toute son existence, son esprit, son cœur, toute son activité, sa vie entière, dans son devoir. Il ne faut pas se partager, se scinder, c’est-k-dire s’affaiblir et se diviser soi-méme. Il ne faut pas faire son devoir comme une distraction ou comme un pis-aller.

Donnez-moi un homme, un jeune homme même, un très-jeune professeur, qui s’applique, qui mette de l’unité dans son travail, qui fasse de son devoir sa grande affaire; et j'adirme que l’application constante k l’enseignement le plus humble, et le dévouement fidèle k la chose la plus simple, en fera bientôt un homme supérieur, dans sa nature et sa spécialité.

Non : je ne dirai' jamais assez k quel point un professeur peut se former lui-même, fortifier, développer, élever son esprit et toutes ses facultés, en professant même la sixième. L’exemple de Lhomond est décisif ; et quoique les Lhomond deviennent rares, j’en pourrais citer d’autres

encore : la puissance de l’amour, du dévouement, de Vage quod agis, est incalculable.

A plus forte raison, si on professe une quatrième, une troisième, une rhétorique, une philosophie : je viens de dire, à plus forte raiiou; j’ai eu tort de préférer quelque chose il la sixième et à des enfants de douze ans.

Quoiqu’il on soit, je ne connais pas un ministère plus puissant, plus fécond que le ministère de l’Education, pour former, pour élever d’abord ceux-lè même qui le remplissent. Je ne sais rien comme le professoral exercé avec zèle, comme le catéchisme bien fait, pour préparer les hommes, les prêtres les plus distingués.

Et quand on a le bonheur d’accomplir tout cela dans une bonne et grande maison d’ Éducation, avec de dignes collaborateurs, avec des enfants choisis, avec un supérieur capable, avec des réglements intelligents et fermes *, c'est alors que les institutions élèvent les hommes au-dessus d’eux-mémes; c’est alors que l’atmosphère d’une maison devient pour tous ceux qui l’iiabilenl un rayonnement de lumière et de vie ; c’est alors que l’esprit et le caractère des maîtres se modilienl, s’élèvent, se transforment par ce grand esprit même de l’Éducation, et qu’on voit, qu’on fait des choses admirables I

Hais laissons ces conaidéi'ations : le moment n’est pas venu de les approfondir. Quoiqu’il en soit, tout cela, facile ou non, est indispensable.

Il y va de trop grands intérêts : la société et la famille, l’Église et l’État, l’humanité tout entière ont ici des droits sacrés, et imposent aux instituteurs des devoirs essentiels. Toutes les fonctions sociales sont importantes; nous l’avons dit : cependant, comme nous avons dû le dire micore, il est manifeste que celles qui ont pour but de rendre les âmes

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meilleures et les hommes plus heureux, sont les plus graves de toutes, et qu’il importe tout autrement qu’elles soient bien exercées.

On se souvient du mot de Platon : « Qu’un cordonnier « soit mauvais ouvrier, ou le devienne par sa faute ; « qu'il se donne pour cordonnier sans l’être, l’état n’en « éprouvera pas grand dommage, » il s’en suivra seulement que les Athéniens seront moins bien chaussés ; mais que les instituteurs de la jeunesse ne le soient que de nom, qu’ils fassent mal leur tûche, les conséquences en sont tout autres : le mauvais ouvrage qui sort de leurs mains, ce sont des générations ignorantes et vicieuses, qui mettront en péril tout l’avenir de leur patrie.

On a beaucoup disputé sur les divers systèmes d’Éducation, sur les diverses méthodes, sur la liberté même des méthodes et de tout l’enseignement ; mais quelque système d’enseignement qu’on adopte, quels que soient les jugesdes candidats aux honorables fonctions du professorat, quels que soient les arbitres de la liberté d’Éducation : que ce soit, comme aux États-Unis, les pères de famille seuls; que ce soit, comme en llelgique, trois Universités indépendantes l’une de l’autre ; que ce soit, comme autrefois en France, vingt Universités et plusieurs corporations religieuses, jouissant de la libre concurrence, et travaillant k l’envi dans une noble émulation : quelque système qu’on adopte, il y a une question qui domine toutes les autres. Il faut savoir et décider avant tout ce qu’il importe k la famille, à la société, k la religion de trouver dans le# instituteurs de la jeunesse ; et par conséquent ce que les pères de famille, ce que l’État, ce que l’Église ont le droit et le devoir de demander, d’exiger impérieusement de ceux

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. qui se présentent pour remplir le haut ministère de l’Éducation.

Quant a moi, je réponds : la vertu, la fermeté, la science, l’intelligence, le dévouement.

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