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Un protestant enseigne-t-il l’Iiistoire comme un catholique? un juif comme un protestant? A moins que vous ne pensiez que les juifs, les protestants et les catholiques, sectateurs aveugles de révélations positives, et abaissés dans les régions inférieures d’une théologie religieuse quelconque, doivent être comptés pour rien; que leur foi est sotte ou n’est pas sincère, et qu’ils doivent trouver, dans je ne sais quelle région supérieure, un milieu transcendant et lumineux, où leurs trois cultes se rencontrent et s’embrassent dans une égale indifférence et dans un égal mépris !
Mais laissons ce langage, et oublions la juste amertume d’esprit qui me l’inspire : laissons les protestants et les juifs, qui ne sont chez nous qu’une exception : ne parlons que des autres, et allant pour tous au fond des choses et à la pratique réelle, disons sur ce point délicat, avec le respect et les ménagements convenables, toute la vérité.
Vous êtes dans un pays catholique, vous élevez des enfants catholiques; que sais-je? vous réunissez peut-être deux ou trois cents fils de familles catholiques dans une grande maison d’Éducation, dont vous êtes le supérieur, le proviseur, le censeur, le professeur, le président d’étude, le maître à un titre et sous un nom quelconque.
Et vous n’avez pas la foi : c’est le malheur des temps, et vous le regrettez, je le suppose au moins; mais enfin, c’est un fait, vous n’avez pas le bonheur d’être chrétien, ou si vous avez encore la foi, vous n’avez pas le bonheur et le courage d’être chrétien et catholique par le cœur et par les ceuvres.
Mais vous voilà en présence de ces trois cents enfants : eh bien ! je vous le demande : comment vous en tirerez-vous? qui que vous soyez, je vous défie de vous ac-
quitter de votre cliarge, je ne dis pas seulement avec conscience, mais avec honneur.
Vainement me direz-vous : Il y a une tenue, il y a un respect, il y a une attitude oflicicllc.
Je réponds : Rien de tout cela ne suffit ni à l’honneur, ni h la conscience. Entrons dans le détail :
Vous faites prier ces enfants, le matin, le soir, avant, après les classes, chaque Jour de la semaine, chaque dimanche : et vous ne priez jamais avec eux ! non, jamais sérieusement ; car enfin, vous dites le Vent, Sancte Spiritus : le dites-vous sérieusement? Croyez-vous a l’Esprit-Saint, k la troisième personne delà très-sainte Trinité? Croyez-vous qu’il mette sa lumière dans les esprits, son amour dans les cœurs? — Ce sont les paroles même de cette prière (I). — L’invoquez-vous avec foi, avec religion, avec confiance? en un mot, priez-vous sincèrement?
Dans la plus simple prière, dansl’i4t'e Maria, vous rencontrez le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la très-sainte Vierge Marie sa mère : comment prononcez-vous ces noms sacrés? Y croyez- vous? et si vous n’y croyez pas, je le répète : comment les prononcezvous ?
Ce n’est pas tout ; le dimanche, vous assistez avec ces enfants k la sainte Messe. Vous les faites mettre k genoux aux pieds de cet autel. Vous y agenouillez-vous vousmême? Mais qu’est-ce k dire?
A V Elévation, ces enfants s’inclinent et adorent : vous inclinez-vous? En un mot, si vous ne croyez pas au saint Sacrifice de la Messe, c’est-k-dirc k l’Incarnation du Verbe, au saint Sacrifice de la Croix et k la Rédemption de
(I) Rrple luorum corda fideiium, H lui atnoris in eit ignem accendc.
CH. IV. LA VERTU
Jésus-Christ, que faites-vous là ? N’est-ce pas une situation impossible, un rôle intolérable? et croyez-vous avoir satisfait à votre conscience et à votre honneur, en me répondant que vous y gardez la tenue officielle ? Eh bien ! moi, à votre place, je me croirais le dernier ou le plus malheureux des hommes!
Mais ce n’est pas tout, et il faut aller jusqu’au bout. Non seulement vous faites prier ces enfants et vous ne priez pas avec eux ; mais vous les faites communier ; et vous ne communiez jamais ! et vous faites bien, et vous êtes un honnête homme en cela, et il serait affreux que la tenue officielle allât jusqu’à vous commander le sacrilège : mais cela n’en fait pas moins une situation inexplicable, quand, un jour de Pâques, tous ces enfants communieni, sans qu’un seul de leurs maîtres communie avec eux !
Vous avez beau me dire que vous respectez silencieusement l’âge et les croyances de ces enfants ; je pourrais répondre que ce n’a pas toujours été, qu’il n’a été que trop fréquent de voir l’enseignement de la chaire professorale en désaccord avec celui du sacerdoce ; que ces jeunes âmes ont été souvent tiraillées, disputées, déchirées en sens contraire par ces deux influences qui se combattaient ; que même ceux qui se respectent le plus, ne se sont pas toujours assez respectés pour faire en sorte que nulle parole dangereuse n’arrivât aux oreilles de ces enfants, dont un philosophe romain disait autrefois ; Nulla ad aures puerorum vox impunè perferlur.
Mais je vous l’accorde ; vous vous taisez, vous respectez en silence ces enfants et leur communion. Eh bien ! je dis que cela est encore affreux, et que ce silence de tout ce qui les entoure pendant cet acte sublime, et dans cette grande journée de Pâques, est pour eux un mystère
388 LIV. III. L'INSTITUTEUH.
effrayant. Quoi ! dans un tel jour, lorsqu’ils viennent de recevoir leur Dieu dans une communion sainte, il faut qu’ils comprennent que cette communion est bonne pour eux, et ne l’est pas pour vous ! Vous n’avez jamais, pas même ce jour-là, une pensée religieuse à exprimer devant eux, pas un mouvement de sympathie entre votre âme et les leurs?
Je le répète, ce silence est un mystère effrayant, et absolument inexplicable pour ces pauvres enfants,.... jusqu’au jour où ils se l’expliquent enfin, et déchirent brusquement le voile....
C’est h quatorze ou quinze ans que ce jour arrive : c’est alors que la réflexion leur donne le mot de cette affreuse énigme, et que votre exemple, qu’ils ont compris, déracine toute foi et tout respect dans leur âme, toute foi en Dieu, tout respect pour vous.
C’est alors qu’ils s’aperçoivent, comme le disait autrefois un homme, dont le nom n’est pas suspect, qu’on leur a joué une grande comédie, et qu’on se moquait d’eux !
C’est alors qu’ils se disent à eux-mêmes, et aux autres : Mais nos maîtres ne croient donc pas' un mot de ce qu’on nous enseigne ? Il n’y a donc de la religion en ce monde que pour les enfants, pour les imbécilles, au collège; et hors du collège, pour le peuple et pour les femmes !
« J’aime ma mère, — me disait un jour un enfant de quinze ans que son père venait de retirer d’un mauvais collège, et qu’il m’amenait pour que je lui disse quelques lionnes paroles, — « j’aime ma mère otje la respecte; mais « je ne comprends pas mon père ! car enfin, puisque je « ne snis plus un enfant, et pas une femme, et puisqu’il « n’y a que les femmes et les enfants qui communient, a pourquoi mon |ière qui ne coPamunie pas, veut-il me « faire communier ? »
r.H. V. LA KEUMETÉ. 5H9
La conclusion de tout ceci, je rcni|)runtc au sage et vertueux Rollin, « c’est que la piété, une piété vraie, « noble, simple, aimable, est, de toutes les qualités d’un « instituteur, la plus essentielle, la plus importante, celle « qu’il faut préférer à toutes les autres, et qui y ajoute « un prix infini. Elle seule inspire aux maîtres un zèle, « une ardeur, un empressement pour le bien de leurs « disciples, qui attirent sur tous la bénédiction du ciel. » Pour moi, je ne rejette rien de ce qui est bon, pas même le nom de moralité, mais je demande que cette moralité'ait des appuis sérieux, et qu’elle soit attestée par autre chose que par un certificat banal et illusoire. Je demande que la moralité ait pour fondement la crainte de Dieu, les vertus chrétiennes, la ‘fidelité aux préceptes de l’Évangile. Je demande qu’elle se. prouve par ses œuvres, et j’ajoute encore avec Rollin :
« Que Dieu donc daigne en particulier verser abondam- « ment ses grâces sur l’Université de Paris, y conserver « et y augmenter de plus en plus, non seulement le goût a des sciences et des études, qui y a toujours régné, mais « encore plus celui de la piété et de la religion qui en « a fait la plus solide gloire. Ameti. »