‹ De l'educationChapitre 116 sur 188 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA FERMETÉ

J’ai parlé de l’autorité réelle et de l’autorité j)ersonnelle. Après avoir marqué la différence qui est entre elles,

5UÜ LIV. m. l/liNSTITUTELU.

j'ai dit qu’elles ue pouvaient se passer l’une de l’autre. Eh bien ! parmi les qualités nécessaires à l’instituteur, on peut allirmer qu’après la vertu, c’est surtout la fermeté qui fait, aux yeux des enfants, l'autorité personnelle avec laquelle il soutient l’autorité réelle qui est en lui; h ce point, je le dirai, que tout instituteur qui manque de fermeté doit renoncer à l’exercice de son autorité et à ses fonctions. La Providence ne l’a pas destiné à l’Education de la jeunesse.

Qu’est-ce donc que cette fermeté? quelle est sa nature? d’où vient sa nécessité? Voilà ce que je me propose d’examiner en ce moment.

C’est ici une très-grande question ; magnifique même, comme tout ce qui, dans un grand sujet, va au dernier fond des choses et remonte en même temps aux principes les plus élevés. A cette question se rattache l’examen des problèmes d’Éducation les plus importants, sur la discipline matérielle et morale, sur les punitions, sur la sévérité ou la douceur, sur les divers systèmes pénitentiaires, sur les renvois, etc. C’est à peu près h mes yeux l’Éducation pratique tout entière. Aussi tous les grands maîtres de la jeunesse s’en sont longuement occupes : saint Augustin, Fénelon, Bossuet, Fleury, Rollin, Platon, Quintilien, Sénèque, nous ont transmis sur ce sujet délicat les réflexions les plus graves. J’y consacrerai quatre chapitres, et cependant je n’épargnerai rien pour être court.

El d’abord, qu’esl-cc que la fermeté?

La fermeté, dans l’Éducation, c’est la force personnelle cl morale, la force d’esprit et de caractère, avec laquelle

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un instituteur exerce et soutient les droits de l’autorité réelle dont il est revêtu.

Ainsi c’est la force morale, et non pas la force matérielle : cette force est de l’âme et non pas du corps. C’est la force d’esprit , c’est-k-dire la fermeté dans le conseil : des pensées sans indécision, sans tâtonnement, sans faiblesse : bien réfléchir, mais la réflexion faite, bien savoir ce qu’on veut et ce qu’il faut vouloir.

La force de volonté, c’est-k-dire quelque chose d’arrêté et de résolu : de modéré sans doute, mais d’immuable dans sa modération.

Voilk ce que je nomme la fermeté, et ce qui fait l’autorité personnelle, l’ascendant magistral, sans lequel on ne réussira jamais k élever même l’enfant du caractère le plus doux et le plus facile.

Cette fermeté seule imprime le respect et inspire la soumission : les avantagés, les moyens extérieurs n’y nuisent pas *, mais il n’y faut compter ni beaucoup, ni longtemps : ce n’est ni le ton de la voix, ni la grandeur de la taille, ni même l’âge et la science, ni surtout les punitions et les menaces qui donnent une telle autorité (1) : ce qui la donne et ce qui la soutient, c’est une trempe d’âme ferme et égale, qui se possède, se' gouverne toujours, et par Ik se montre digne de gouverner et de posséder les autres ; qui n’a pour guide que la raison et n’agit jamais par caprice, ni par emportement : ce qui la donne

(I) Od voit à cct égard des choses étonnantes : des professeurs trésinslruits, d’une taille prodigieuse, d'une force herculéenne, d'une voix de Stentor, ne pouvoir obtenir do leurs élèves un moment de silence et d'attention ; et des professeurs jeunes, sans apparence, n’ayant qu’nn fdet de voix, tenir admirablement une cl;fsse nombreuse, sans avoir même jamais besoin de demander l'attention et le silence.

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encore, c’esl un sage mélange de la gravité et de la douceur, de l’amour et de la crainte. L’amour doit gagner le cœur des enfants, mais sans les amollir, et la crainte res|>ectueuse doit les retenir, mais sans les rebuter.

Sit rigor, sed tion exaspérons ; sil amor, sed non emolliens, disait un grand pape.

Tel est le caractère de la vraie fermeté.

La fermeté dans l’Education consiste principalement en trois choses :

1» Ne laisser jamais mépriser son droit. On peut pardonner des fautes de légèreté, d’inadvertance, et même des fautes plus graves ; mais les manques de respect, les fautes contre le droit de l’autorité, jamais.

2» Ne laisser jamais languir son action : c’est-kdire, ne laisser jamais commettre une faute, quelque pardonnable qu’elle soit, ne fut-elle qu’un mot, un geste, un regard, l’omission la plus légère* sans que l’enfant soit au moins averti paternellement de sa faute, sans qu’on lui représente avec douceur, mais sérieusement, ce qu’il devait faire et ce qu’il a fait, ou n’a pas fait; sans qu’on lui fasse sentir et reconnaître son tort ; et si la faute est plus coupable, il doit être non seulement averti, mais gravement réprimandé, même quand on ne le punit pas.

3“ Ne jamais rien céder par faiblesse, aux caprices et aux importunités des enfants. Il faut qu’ils sachent et comprennent bien que, quand l’autorité a décidé, il n’y a plus qu’à se soumettre. En un mot, exiger toujours le respect, l’obéissance, la règle, la droite raison, et réprimer, corriger tout ce qui s’en éloigne ou s’y oppose : tel est rollke de la fermeté daiis l’Éducation.

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El luainlenaut, dirai-je précisénient d’où vient sa nécessité; nécessité si indispensable, que toute Éducation où elle n’est pas, manque par le fond? — El d’abord, s’il faut remonter aux raisons premières, je dirai que la nature et les choses humaines étant données ce qu’elles sont, la fermeté, la force qui soutient, est essentielle en toutes choses et en toute affaire : cela est évident.

Mais la fermeté, et une fermeté aussi continue qu’intelligente, est surtout la condition essentielle du gouvernement des hommes ; et cela sans doute parce qu’ils sont raisonnables, mais aussi et surtout parce qu’ils ne le sont pas toujours : à plus forte raison, quand il s’agit du gouvernement et de l’Éducation des enfants.

n n’y a pas de chose que les saintes Écritures recommandent plus fréquemment que la fermeté, à celui qui gouverne; qu’il soit chef dans la famille, prince dans la cité, gouverneur et père dans l’Éducation.

Lorsque je fus chargé de gouverner le petit séminaire de Paris, je sentis tout d’abord que toute cette maison s’appuyant sur moi, c’était de fermeté que j’avais besoin avant tout : je cherchai sur ce point quelque bon conseil dans les auteurs spirituels : je n’en trouvai guère. Un jour, j’ouvris les saints Livres et la politique sacrée de Bossuet, et je fus charmé, mais non surpris, de rencontrer là ce que j’avais cherché vainement ailleurs. Je citerai ici, pour les pères de famille et les instituteurs qui me liront, quelques-unes des sentences qui me frappèrent le plus.

Et d’abord : La fermeté est un caractère essentiel DE l’aitürité. — Puis, eu témoignage, ces paroles de Dieu lui-même ; Sois ferme et fort, et fais garder la I.oi : Vonforlare, et esta rohusius.

El k la suite : Sois très-ferme et très-fort : Conl'ortare et esta robuslm valdè. — El encore : Sois coura-

OEUX ET FORT : NE CRAINS POINT, NE TREMBLE POINT : Confortare, noli metuere, et nolt timere.

Et la raison en est simple, dit Bossuet ; si tu trembles, tout tremble avec toi. Quand la tête est ébranlée, tout le corps chancelle.

Et encore ailleurs : Ne craignez point : seulement

SOYEZ FERME, ET AGISSEZ EN HOMME. Tu tantùm COnfoTtare, et esta vir^ et virüiter âge.

Ainsi toujours la fermeté et le courage : et en effet, dit encore Bossuet, un chef digne de ce nom n’hésite en rien ; il parle ferme, et on le suit, et ceux qu’il mène le demandent ainsi pour leur propre sûreté.

En s’affermissant, il a tout fait et tout sauvé; mais s’il hésite, s’il tâtonne, tout se fait mollement, ou plutôt rien ne se fait, et tout tombe en ruines.

Je fus profondément consolé, je dois le dire, de trouver là ces fortes leçons, dont je sentais le besoin.

Je continuai à les méditer, et je vis que les saintes Écritures n’avaient rien oublié ; j’admirai particulièrement avec quelle netteté elles avaient marqué tous les vrais caractères de la fermeté : et d’abord, la fermeté de l’esprit, cette force qui fait prendre et suivre avec résolution un bon conseil; cette sagesse lente à se résoudre, mais, une fois la résolution prise, constante et inébranlable dans l’exécution. Esta (îrtnus in veritate sensûs tui.

El en effet, rien n’est pire qu’un chef qui croit et ne croit pas, qui dit et se dédit, sans jamais s’arrêter à rien.

Les saints Livres ont marqué aussi la fermeté de la volonté, en ces remarquables paroles : La main de l’homme fort gouvernera; mais la main d’un gouverneur nonchalant

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paiera tribut a toutes les faiblesses et à toutes les passions qui l’entourent. Et en effet, celui qui veut nonchalamment, mollement, veut sans vouloir. Il veut et ne veut pas, dit admirablement l’Écriture; vult et non vult, c’est-h-dire qu’il ne veut rien ; il n’a que des velléités languissantes, et ses désirs le tuent. Desideria occidunt pryrum.

Vainement souhaite-t-il le bien tout le long du jour; il qe le veut et ne le fait jamais. Il le voudrait, mais dans le fait, il ne le veut pas ; et comme il est le chef, personne ne le veut sans lui. Aussi rien ne se fait , ou se fait mal, tout se dissipe, tout se perd.

C’est vainement même, que sous un chef faible vous mettriez des hommes forts : tout sera toujours faible avec lui ; et sous sa faiblesse , tout périra.

Mais si la fermeté est nécessaire pour toutes choses en ce monde, et dans tout gouvernement, je n’hésite pas à dire que nulle part, elle n’est plus nécessaire que dans une maison où on élève la jeunesse.

C’est bien d’un grand établissement d’Éducation faiblement gouverné, qu’on peut dire avec les saintes Écritures : La mollesse en abat les toits, et les mains languissantes font entrer la pluie de tous côtés dans la maison (I).

Admirable comparaison, comme toutes celles de l’Écriture ! On se représente, en effet, le plaisir et la sûreté qu’il y a à habiter là, et ce que deviennent de pauvres gens trempés du malin au soir, dans une maison dont tous les toits sont percés.

Mais c’est ici que je dois entrer dans le fond même de mon sujet et dans tous les détails.

(I) Ecetes., 18.

Dans une maison d’Édiication , la fermeté est nécessaire pour tout, et contre tous : nécessaire au dedans, et nécessaire au dehors; nécessaire contre les enfants, contre les maîtres, contre les parents; nécessaire contre le siècle, contre le pays où l’on vit.

Nécessaire pour maintenir les études et faire travailler les maîtres et les élèves, et cela souvent malgré les parents ; — sur trois cents enfants (pu sont là, il y en a deux cent quatre-vingt-dix , qui naturellement ne voudraient rien faire, et souvent leurs parents n’y tiennent pas plus qu’eux; les dix qui naturellement aiment l’étude, et travailleraient sans qu’on les y obligeât, sont dix exceptions miraculeuses.

Nécessaire pour maintenir le silence en même temps que le travail; — rien ne déplaît plus à ces trois cents enfants que l’ordre et le silence, et il faut qu’ils soient en silence douze heures par jour, et dans l’ordre toujours !

Nécessaire pour maintenir la règle, toute la règle, rien que la règle, et tous les réglements particuliers de détail en chaque chose, du matin au soir et du soir au malin ; car on est chargé de ces enfants et on en répond pendant vingt-quatre heures chaque jour.

Nécessaire enfin pour ne jamais souifrir, ni permettre une infraction, ni même une faiblesse et une condescendance contre l’ordre. On peut la pardonner quelquefois, mais la permellre, jamais ! Les fautes d’inadvertance ou d'ignorance , aussi bien que celles de légèreté dont le temps et l’âge corrigeront, peuvent être pardonnées. .Mais jamais le principe Je raison et de cerln . qui est dans le rêrjtemenl, ne Joil fléchir ; et toujours un acer-

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tissement paternel, ou une réprimande sévère doit accompagner le pardon : les autres fautes , de ({ueique nature qu’elles soient, et selon qu’elles doivent être réprimées, corrigées, réparées ou expiées, devront trouver nécessairement la répression, la correction, la réparation, ou même l’expiation convenable.

En un mot, comme je l’ai dit, l’autorité ne doit Jamais ni laisser mépriser son droit, ni laisser faiblir son action; autrement elle succoml)e, et tout avec (dlc. Il faut nécessairement que l’enfant obéisse ou commande ! Puerum rege qui, nisi paret, irnperat (I), ÜiTiconque n’entend pas cela, et ne le pratique pas du premier coup, n’entend rien au fond delà nature humaine, et au ministère de l’Éducation !

C’est d’après ces principes qu’il faut d’abord être résolu à ne rien accorder aux caprices, ni aux importunités des enfants; j’ai dit : rien, ni en grande, ni en petite chose; c’est le seul moyen de les accoutumer à l'obéissance en TOUT ; et c’est par la seulement aussi que l’autorité, dans les occasions dilbciles, devient plus facile.

J’ai dit encore : quiconque n’enteud et ne pratique pas cela du premier coup... et je l’ai dit pour les instituteurs et pour les parents. Oui, c’est dès le premier abord que les parents et les instituteurs doivent prendre leur ascendant, et être les maîtres de l’enfant. S’ils ne saisissent ce premier moment, qui est toujours le plus favorable, et ne se mettent sans hésiter, du premier coup, en posscs-

(I) Animum rege, qui nisi paret,

Imperat : hune frœnis, hune lu compesce calend.

Fingil equum (enerà dociletn cervice magisier

Ire viam, quà monslral eques

(HOR*T. I, Ep. s.)

sion (le l’autorité, ils auront toutes les peines du monde à la retrouver, et c’est l’enfant qui sera le maître ! et ce sera un terrible malheur ; car il n’y a pas de tyran comparable à ce maitre-là. J’en réponds, pour l’avoir vu de près, et je réjiète : Puerutn rege, qui, nisiparet, imperat.

Cela est vrai !i la lettre. Il y a, dans le fond de l’homme et du plus petit enfant , une volonté tyrannique, qui se montre et éclate, dès l’âge le plus fendre : la lutte dès le premier moment est entre cette volonté et la vôtre. Que signifient ces pleurs, ces cris, ces gestes menaçants , et puis ces coups , ces yeu.\ étincelants de colère dans un enfant, contre ceux qui ne lui accordent pas tout ce qu’il veut? Que signifie tout cela, sinon cette volonté d’autant plus impérieuse qu’elle est déraisonnable, et qu’elle s’obstine â toute force et sans raison à obtenir ce qu’on lui refuse (1).

Eh bien ! dit Rollin , c’est dès ce temps qu’il faut dompter cette volonté perverse : c’est dès ces premiers moments, et dès le berceau même, qu’il faut les accoutumer à réprimer leurs désirs et leurs fantaisies ; en un mot, â obéir et à céder. « Si on ne leur donnait jamais « ce qu’ils demandent en criant et pleurant, ils apprena draient k s’en passer, et n’auraient garde de criailler et « de se dépiter pour se faire obéir ; ils ne deviendraient « pas si odieux , si incommodes à eux-mêmes et aux « autres.

« Quand je parle ainsi, continue Rollin, ce n’est pas

(t) Flendo peltre, eliam quod noxiè darelur: indignari acriler.... non ad nutum voluntalis obtemperantibui : ferimdo noeere nif«, quantum potett, quia non obeditur imperiû, qulbus pemiciosè otcdiretur. Ita imbecii.utas heubrori’h ofantii.iiim inxocens est, xw Axmus IXFAXTU'M. (S. Al'fi., €onf., I, 7.)

CH. V. LA FERMETÉ

(( que je prétende qu’il ne faille avoir aucune indulgence « pour les enfants : je dis seulement que ce n’est pas à « leurs pleurs qu’il faut accorder ce qu’ils demandent : « et s’ils redoublent leur importunité pour l’obtenir, il « faut leur faire entendre qu’on le leur refuse, précisé- « ment pour cette raison-là même. »

Donc, dans l’Éducation privée, comme dans l’Éducation publique, au collège comme dans la maison paternelle, on doit tenir pour une maxime invariable, qu’après avoir refusé une fois quelque chose aux enfants, il faut se résoudre à ne l’accorder jamais à leurs cris ou à leurs importunités, à moins, dit encore Rollin, qu’on n’ait envie de leur apprendre à devenir impatients et emportés, en les récompensant (1) de leur emportement et de leur impatience.

Je dirai même, et toujours avec Rollin, que plus les enfants sont exigeants, moins on doit satisfaire leurs désirs déréglés : moins ils ont de raison, plus il faut en avoir pour eux ; et plus il est nécessaire qu’ils soient soumis à la ferme autorité et à la direction de leurs maîtres. « Quand une fois ils ont pris ce pli, et que l’habitude a « rompu leur volonté, c’en est fait pour le reste de la « vie, et l’obéissance ne leur cortte plus rien.

Adeô in tenerù comuescere multùm est!

« Ce que j’ai dit des plus jeunes enfants, il faut l’ap- « pliquer à ceux qui sont d’un autre âge. Le premier soin

(1) Od voit chez certains parents des enfants qui jamais à table ne demandent rien, quel(|iies mets qu’il y aient devant eux, mais qui reçoivent avec plaisir et en remerciant ce (pi’on leur donne. Dans d'autres maisons il y en a qui demandent de tout ce qu’ils voient, et qu'il faut servir avant tout le monde. D’où vient une différence si notable? De la diOërente Éducation qu’ils ont reçue de leurs parents. (Rollin.)

« d’nn écolier qui a un nouveau maître, c’est de l’étudier « et de le sonder. Il n’y a rien qu’il n’essaie, point d’in- « dustrie et d’artifice qu’il n’emploie pour prendre, s’il a peut, LE DESSUS. Mais quand il voit toutes ses peines et « toutes ses ruses inutiles, et que le maître, paisible et « tranquille, y oppose une fermeté douce et raisonnable , n pour lors il cède et se rend de bonne grâce ; celte espèci* de petite guerre et d’escarmouche , où il essayait ses forces, se termine vite ; et l’enfant se décide à la soumission et a la crainte respectueuse qui lui conviennent.

Ceci est tout ù fait d’expérience ; l’enfant sur ce point est d’une pénétration, d'une sagacité inouïe (I).

On me dira peut-être : mais vous parlez de la crainte; vous la voulez donc dans l’Éducation? — Eh! sans aucun doute, par la raison très-simple que les enfants ne sont pas des anges, et très-souvent, surtout dans le premier âge, sont à peine des êtres raisonnables.

Mais je dis la crainte respectueuse : c’est la seule nécessaire, et elle sullit.

Que les enfants doivent être conduits par l’amour, et non par la crainte servile, je l’ai toujours pensé; mais la crainte respectueuse et filiale n’est pas la crainte servile, et s’allie très-bien avec l’amour. Je ne fais qu’exprimer ici la pensée de Fleury, de Fénelon lui-même et de Bossuet. Fleury, le plus austère des trois, va jusqu’à dire : « Quoi que l’on fasse pour exciter les enfants à n s’appliquer, il ne faut pas espérer qu’ils le fassent R long-temps , ni que l’on puisse toujours les conduire f< par le plaisir; on aura souvent besoin de crainte. Les

(1) Du reste, il en c-sl ainsi de tout coursier généreux et un peu indompté : au lient de quelques minntes, il sait à quel cavalier il a affaire

CH. V. LA KLIlilKlt. iOl

« enfants se familiariseront trop avec le maître, e'ii est « toujours en belle humeur, et il doit prendre garde, en « cherchant à les réjouir, à ne se rendre pas trop plai- « sant, et à ne leur pas découvrir quelque faiblesse. 11 « faut donc qu’il reprenne souvent le caractère qui lui « convient le plus, qui est le sérieux, et qu’il montre « quelquefois de la colère et par ses regards, et par le « ton de sa voix, pour arrêter l’épanchement de ces « jeunes esprits, et les faire rentrer en eux-mêmes. » Fénelon voulait qu’on ne châtiât les enfants qu’à l’extrémité, mais il voulait qu’on les châtiât : a Montrez-lui, disait-il, tout ce que vous avez lait pour éviter celte extrémité; paraissez-lui en être affligé; parlez devant lui avec d’autres personnes du malheur de ceux qui manquent de raison et d’honneur jusqu’à se faire châtier ; retranchez les marques d’amitié ordinaires, jusqu’à ce que vous voyiez qu’il ait besoin de consolation; rendez ce châtiment public ou secret, selon que vous jugerez qu’il sera plus utile à l’enfant, ou de lui causer une grande honte, ou de lui montrer qu’on la lui épargne; réservez cette honte publi- (jue pour servir de dernier remède. »

Bossuet dit nettement quelque part : La crainte est un frein nécessaire aux hommes, à cause de leur orgueil et de leur indocilité naturelle.

Cela est manifeste; mais combien plus n’est-ellc pas nécessaire aux enfants, non seulement à cause de l’indocilité et de l’orgueil dont leur nature est pétrie, mais à cause de leur légèreté, de leurs caprices, de leurs folles humeurs, et de la fougue de leurs emportements!

Mais je dois l’ajouter : si tout cela est nécessaire pour un mailre chargé d’un seul enfant, ou pour un professeur qui n’a dans sa classe qu’un petit nombre d’élèves, que

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