‹ De l'educationChapitre 130 sur 188 · II · texte numérisé non relu

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UV. m. L’INSTITUTELH.

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mort de son fils, jiarre qu’elle n’a rien épargné pour sa • guérison? C’est d’ailleurs le mot des saintes Écritures: Rachel noluit consolari, yriA non slnt. C’est aussi le mol de saint Paul : Cdntinuus cordi dolor.

Le fait est que pour moi, j’en étais malade : mais quand il le fallait, j’étais inflexible. Depuis ce temps, j’ai rencontré sur mon cliemin d’autres tristesses; ce qu’il y a de plus triste, de plus affreux sur la terre: des hommes faits, miraculeusement bénis de Dieu dans leur jeunesse, et dont il fallait presque désespérer dans leur âge mûr.

J’en ai été plus épouvanté, mais cela a été moins douloureux pour moi. Je disais d’eux le mol de l’Évangile : Ælalem hahenl. Mais ces pauvres enlimls, on ne peut dire cela d’eux ! Ils n’ont ni la raison, ni l’âge, et ils font une compassion extrême, une pitié qui ne se peut rendre.

Non, rien n’est comparable à la douleur de voir ainsi périr entre scs mains l’Éducation d’un enfant, s’altérer son innocence, s’évanouir l’espérance de sa vertu et son avenir tout entier!

Aussi, quand je leur annonçais, â la lecture spirituelle, que j’avais été condamné à renoncer à l’Éducation de l’un d’entre eux, et que j’avais prononcé sur sa tête une de ces terribles paroles de retranchement et de séparation, c’était avec un accent dont le souvenir m’émeut encore à cette heure où j’y pense, avec un accent qui saisissait leurs âmes, qu’ils n’oubliaient jamais, et qui prévenait d’autres séparations et d’autres malheurs !

C’est ce sentiment si profond, si douloureux, qui imjirimait quelquefois à mes paroles une sévérité terrible qui suflisait à tout dans la maison. El celte sévérité, il la fallait bien ! car il se rencontre quelquefois de ces malheureux enfants, les meilleurs même, qui ont tout à coup

CH. VIII. DES HENVOIS. 4ü7

comme un triple bandeau sur les yeux : vient, comme je l’ai dit, cet âge si redoutable de treize à quinze ans, où ils sont quelquefois effrayants h voir, où l’orgueil, la sensualité, la dissi|>ation, tout conspire en eux contre eux-mêmes!

C’est alors qu’il faut avoir d’eux une compassion immense, et en même temps les traiter avec une sévérité inexorable; c’est alors qu’il faut les placer entre le bien et le mal extrême, afin que cette extrémité même les rejette dans le bien. C’est alors qu’il faut les éclairera tout prix, et leur faire entendre un langage clair, pérenq)toire, terrible.

Oui, j’étais terrible, parce que j’étais père ; je ne dis pas assez .'j’étais mère, et je voulais sauver mon enfant; c’était la tendresse même de mon cœur pour eux, qui m’inspirait une sévérité, une dureté écrasante.

Chose étrange ! Ils le sentaient et au fond ne m’en aimaient que davantage. Aujourd’hui, ceux que j’ai traités avec le plus de sévérité m’ont conservé un souvenir impérissable; ils avaient mieux entendu et de plus près l’accent de mon âme.

A l’beure de leur emportement, au milieu du bruit de leurs passions excitées, ils n'avaient pas compris d’abord; mais le trait était arrivé au fond de leur âme. Ma parole s’y était comme enracinée, et plus tard, dans le silence de leur#passions apaisées, ils l’ont retrouvée là tout à coup. Ils en ont été émus, et ils ont dit : c’était un père et le meilleur des amis !

Je dois ajouter I" que quant aux jeunes enfants, je n’en désespérais jamais avant leur première communion ; et je ne me souviens guère d’en avoiç jamais renvoyé un seul avant cette époque.

2“ Je ne me souviens pas non plus d’avoir jamais renvoyé un élève de philosophie, de rhétorique ou de seconde.

LIV III. L'INSTITIITEIR.

On comprend tout ce qu’entraîne une telle rigueur : ce n’est rien moins que toute l'œuvre de l'Éducation renversée! c’est tout ce qu’on a fait jusqu’il ce jour à peu près perdu ! c’est une âme qui ne se retrouvera peut-être jamais!... C’est un chrétien, quelquefois un prêtre, anéanti pour toujours!

5° C’est aussi une chose affreuse que de renvoyer un enfant, lorsqu’il appartient k des parents chrétiens, heureux de vouer un de leurs lils au sacerdoce! On sent toutes les délicatesses qui se trouvent ici froissées.

4“ C’est encore une chose bien triste, et même peu honorable à une maison, que de renvoyer des enfants qui y ont fait leur première communion. Je ne me souviens pas d’ailleurs, en dix ans, d’avoir renvoyé un seul enfant, à qui nous eussions fait faire nous-même sa première communion. Le fait est que, grâce à la bénédiction de Dieu, et au zèle de leur excellent catéchiste (1), ils la faisaient si bien, qu’il était bien rare que ces enfants ne devinssent pas notre consolation et notre joie.

5® En tout cas il est toujours bien pénible de dire : Terra maledicto proxima, ou bien : Ul quid terram occupas?

6“ Enfin, on ne doit jamais manquer d’avertir les parents à l’avance, et avoir les plus grands ménagements pour leur honneur et l’honneur de leurs enfants. *

.Mais surtout ce qu’il faut, c’est de tout faire pour éviter de telles extrémités.

Pour cela, que de peines un supérieur doit se donner!

(t) M. l’ahbe Millaull, aujonrd’liui supérieur du petit séminaire de Paris ; il me permettra de prononcer ici son nom.

CH. VIII. DES KENVÜlS.

car il faut faire violence à ces malheureux enfants, et il faut que celte violence soit douce, persuasive, chrétienne, raisonnable, sans punition inalérielle !

La violence grossière, la contrainte matérielle est facile; mais elle ne sauve rien, et perd tout....

Il faut leur apprendre à se faire violence à eux-mêmes : il n’y a que cela d'utile, de décisif; mais rien ne coûte davantage. — C’est le compelle inlrare évangélique : il faut le savoir pratiquer. En un mot, il faut absolument venir à bout des natures les plus rebelles, et par la persuasion ; rien n’est plus laborieux.

Pour cela, il faut les suivre, les poursuivre sans cesse : avec bonté, tendresse, fermeté, indulgence, sévérité.

Tant qu’un enfant ne va pas bien, il ne faut pas le perdre de vue; il faut qu’il soit constamment averti, exhorté, repris, encouragé, partout, par tous, en toute occasion, et cependant toujours h propos, et sans le fatiguer.

Pour moi, je ne cessais jamais, je ne me reposais jamais : j'y mettais le temps, quelquefois un long temps : j’y employais tout le monde, le confesseur, le professeur, les élèves les plus pieux, les plus aimables de la maison, les parents ; je m’y employais plus que personne, et je l’emportais enfin. — Les âmes ne se gagnent qu’à ce prix.

Ah ! saint Paul a eu raison de dire : C’est un enfantement, où il faut des pleurs et des douleurs vives : quos iterùm parturio.

Quand je recevais un de ces enfants, que je n’avais pas élevés, ce n’était jamais sans avoir avec lui une conversation très-sérieuse devant ses parents; et une autre plus sérieuse encore, quand ses parents, sur ma demande, le laissaient seul avec moi.

Je lui parlais alors avec la plus grande bonté, avec tendresse même, mais aussi avec une grande gravité.

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