LIV. IH. L’INSTITi:rELR
parents, les mères surtout, même sans le vouloir, sont presque toujours dans ces instants critiques une espérance et un appui pour le mal, contre le bien; leur faiblesse est un obstacle à l’énergie des remèdes qui seuls peuvent être elïicaces.
Du reste, je ne refusais pas de recevoir ces enfants au petit séminaire, au sortir de la maison de correction.
Je le déclarais à eux et k leurs parents, et j’étais sincère; ou plutôt, j’étais père, et je m’associais sincèrement k toutes les sollicitudes du vrai père; et d’ailleurs, après l’humiliation et la correction, il n’y avait pas d’inconvénient : cela m’est arrivé deux fois eu dix ans.
J’ai vu l’enfant le plus humilié, se réhabiliter de telle sorte et si vite, qu’il obtint, deux années de suite, le prix d’honneur, décerné par les suffrages de tous ses condisciples : il eut même plus tard le premier prix de philosophie, et nous ne rappelons jamais son nom que comme un de nos plus chers et plus glorieux modèles.
1“ Du reste, quand on renvoie un enfant, l’enfant doit disparaître immédiatement de la maison, et s’il y demeure, en attendant que ses parents viennent le chercher, il faut un secret absolu. Autrement, cela donne lieu k tous les commentaires : il restera.... il ne restera pas... rien n’est pire. Le mauvais esprit trouve en tout cela sa place. — Il n’y est plus : il est parti : c’est le seul mot qui soit à dire.
On ne sauve les autres que par cette impression décisive et souveraine.
2» Quand on fait une de ces opérations douloureuses, nécessaires, il faut une promptitude, une énergie, une sûreté, un coup d'œil infaillible, (jui enlève la plaie tout
entière, en un moment, sans qu’il reste un germe dn mal... qui en fasse disparaître toute trace, tout souvenir.
Et du reste, qu’on no croie pas que celte vive opération fasse souifrir une maison : non, au contraire. Le moyen que nul ne s’en aperçoive, ou du moins n'en souffre, et que tous en profitent, c’est que l’opération se fasse avec cette rapidité énergique. Les parties les plus éloignées du mal, ou ne ressentent pas la douleur de l’opération, ou sentent que par là on les soulage, et qu’elles n’auront plus à souffrir, ni de danger à courir. Les parties les plus rapprochées du côté malade et enlevé sentent qu’on les préserve et qu’on les sauve : il arrive là ce qui arrive dans toutes les opérations vives ; les chairs saines se rapprochent les unes des autres, une vie nouvelle circule avec un sang purifié, et le souvenir même de la plaie disparaît.
5° Mais pour une telle opération, il faut que tout soit bien préparé d’avance, avec grand silence et en secret. Il ne faut pas l’ombre d’une indiscrétion. Il faut que tout soit prévu, jusque dans le dernier détail. Puis, tout à coup on agit.
■4® Surtout, dès qu’un mal qui ressemble à la gangrène ou à la peste, qui en a la nature et la malignité, se révèle^ et telles sont les fautes contre les mœurs, ou un certain mauvais esprit, il n’y a, pour un supérieur, pas une minute à perdre : toute autre affaire cesse , et ü n’y a plus une seconde de temps qui ne soit employée, pour découvrir tout le mal, pour le guérir ou le retrancher. Je ne dormais jamais sur une révélation pareille. Immédiatement je remédiais au mal, s’il était guérissable : sinon, je l’extirpais.
5® Comme je n’ai rien à dissimuler en cette grave ma-
lière, je dirai que, dans ces cas-lii, il ne faut pas que les confesseurs sc mêlenl en rien du gouvernement de la maison, ils gâteraient tout. Toujours ils sont portés à prendre le parti de leur pénitent contre le supérieur, contre le professeur, et le préfet de discipline, et cela se conçoit : un confesseur est toujours enclin à la miséricorde.
D'ailleurs, dans les choses de mœurs, telle parole peut n’étrepasun péché mortel, et être un cas d’exclusion. Pour moi, j’ai renvoyé en trois minutes, un enfant qui avait prononcé en récréation une parole grossière, dont il était à peu près certain qu’il ne savait pas le sens ; mais le scandale ne me permit pas d’hésiter.
lœs manquements à la règle ne sont pas même des péchés, cl ils peuvent être un cas d’exclusion.
lô) enfant, de très-grande famille, était allé assister à la blesse du mariage de sa sœur : dans ces cas, la règle de la maison exigeait qu’on rentrât pour la classe; il ne rentra qu’à huit heures et demie du soir : il ne fut pas reçu, et son exclusion fut sans retour. Si ç.’avait été le lils d’un paysan, i»eul-étre aurais-je fait grâce.
Je m’arrête ; certes, après tous ces détails, qui trouveront, je l’espère, leur excuse dans l’importance du sujet, l’œuvre de l’Éducation commence à se révéler à nos yeux, non seulement dans toute sa grandeur , mais aussi dan.« tous ses labeurs.
Voyons maintenant où rinstiluleur puisera le courage nécessaire à l’accomplissement de cette grande œuvre.