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LE DÉVOUEMENT

Il n’y a qu’un sentiment, qu’une vertu dans l’âme qui puisse l’inspirer et la soutenir dans une telle œuvre, c’est le dévouement; et ce dévouement, il n’y a qu’un maître qui l’enseigne, c’est l’amour.

L’amour enseigne tout, disait admirablement un évangéliste : Doiel oiuiiia; et un philosophe p.iïeii lui-méme a dit : C’est l’amour, ce n’est pas la crainte, qui est le grand maître du devoîr : Amoi\, non timor, niayisler officii.

Plus nous étudierons l’œuvre de rKducation, plus nous irons au fond des choses et dans tout le détail pratique, plus nous verrons que tout y est impossible sans le dévouement et l’amour. Mais d’abord, qu’est-ce que le dévouement?

Se dévouer, c’est se livrer sans réserve, c’est s’oublier soi-même, se compter pour rien, se sacrifier tout entier, tout ce qu’on a, tout ce qu’on peut, tout ce qu’on est : comme le disait saint Paul, après avoir tout donné, c’est se donner soi-même : Impcndam omnia, et superimpendar ipse.

Soyez pères; ce n’est pas assez : soyez mères, disait Fénelon; c’était tout dire. Et saint Paul avait dit avant lui : Nous ne sommes pas des pédagogues : nous sommes des pères : Aon poedagogos, sed patres. J’ai été au milieu de vous, disait-i| encore, comme un père, vous parlant avec tendresse comme à mes enfants ; Stcul pater deprecans

UV. III. L’INSTITUTEtR.

voa. Kiifin, j’ai été souvent pour vous comme une nourrice caressante : Tmquam ai nutrix foveat filios suos.

On le sait, saint Jean l’évangéliste ne se plaisait qu’’a redire : Mes enfants, mes petits enfants : FUioli.

Ces grands cœurs ne furent au reste que les disciples fidèles de l’Instituteur divin, qui s’était le premier comparé à une mère, slcut gallina pullos, et avait dit : Laissez venir à moi les petits enfants; Sinite parvulos venire ad me.

Je le proclame donc avec une conviction profonde : quiconque n’a pas dans le cœur, pour la jeunesse, un dévouement paternel et maternel, n’est pas destiné au ministère de l’Éducation.

Eh ! mon Dieu ! ce que je demande ici, est si vrai, si fondé en raison, que les païens eux-mêmes l’avaient entrevu. Il faut avant tout, dit Quintilicn, qu’un maître prenne les sentiments et le cœur d’un père pour ses disciples. Sumat ANTK OMSiA erga diadpulos ammum pauentis.

C’est que ce précepte est celui de la nature même. L’œuvre est essentiellement paternelle, et c’est ce qui en fait la gloire ; mais c’est aussi ce qui en fait le travail et la peine. Si l’autorité qu’on y exerce est l’autorité même de la paternité, si cette autorité doit être acceptée comme telle par l’enfant, elle doit aussi être exercée comme telle par l’instituteur ; à un homme qui prend la place, les droits, l’action d’un père, il faut le dévouement paternel : rien n’est plus évident. S’il ne sent pas ce dévouement dans son âme, s’il n’est pas véritablement père par le cœur, qu’il SC retire : encore un coup, cette œuvre n’est pas faite pour lui : il n’est pas fait pour cette œuvre.

Il est de cela une autre raison que j’ai indiquée plus haut;

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