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Si VOUS u’avez pas un dévouement paternel et maternel pour vos enfants, où trouverez-vous, dit avec raison l’abbé Poullet, cette prévoyance du cœur, qui songe aux besoins du lendemain et y pourvoit d’avance pour uu être aussi imprévoyant qu'oublieux; cette sagacité du cœur qui voit le danger là où la froide prudence du maître sans dévouement le craindrait aussi peu que la légèreté et l’inexpérience de l’élève ; ces attentions du cœur, ces innombrables expédients inspirées par l’aniour pour s’accommoder à toutes les variations, à tous les besoins d’une nature impressionnable, si mobile et si frêle ! Vous avez peut-être la meilleure tête du monde. Et moi, je vous réponds : « Ob ! qu’il est dilFicile de songer à tout vis-à-vis des en- (T fan ts, quand on ne s’occupe d’eux qu’avec la tête (i)! « Que de lacunes inévitables, que d’oublis involontaires, a que de choses mal comprises ou négligées! »
.le dois révéler ici un des .profonds motifs pour lesquels j’ai conseillé si fortement aux instituteurs d’entretenir avec les parents de leurs élèves des rapports fréquents et intimes : c’est (ju’il est impossible d’entendre souvent un père et une mère, de voir de près leur cœur, de parler avec eux de leurs enfants, sans recevoir d’eux de grandes lumières, quelquefois à leur insu ; sans entrer au fond des sentiments et des pensées qui seuls peuvent faire l’instituteur dévoué, et soutenir jusqu’au bout la patience de son dévouement.
Ah ! que l’abbé Poullet avait raison de le dire : « Vous « que la légèreté des enfants étonne, vous que leur « paresse impatiente, vous que leur indocilité irrite, vous « que leurs rechutes découragent, laissez à d’autres le
M) L’abW Poiiüpl, dan% son .iflmin!)lo itisooiirs : rfi/ Cm/r liant l ICducation.
en. IX. LE ÜÉVOLE.MEM'. 4So
« soin (le former ces cœurs et ces esprits pleins d’iné- « galil(is, et de misères de tout genre ! Laissez a d’autres « ces détails infinis, aussi fatigants par leur monotone répé- « tition que par la petitesse de leur objet ! Vous vous iisi lez a trop vite à ce métier; vous n’accomplirez point votre « tâche dans une lutte continuelle contre vous-même, « et vos élèves ressentiront nécessairement le contre- « coup de la gêne où vous met une vie pour laquelle vous a n’êtes point fait! »
Voilà des leçons que jamais ne méditeront assez tous nos jeunes professeurs.
Mais c’est surtout un siqiérieur, le chef d’une grande maison d’Éducation, c’est lui qui doit avoir dans le cœur tout le dévouement paternel et maternel, et même au-delà : autrement son œuvre l’écrasera. .Sans ce dévouement, je le défie d’avoir jamais assez de zèle pour suffire aux sollicitudes innombrahles et quelquefois accablantes de chacune de ses journées.
J’ai connu un supérieur qui, lorsque sa charge pesait trop sur lui, allait en récréation trouver ses enfants, et se promenant en silence au milieu de sa jeune et nombreuse famille, les regardait jouer, et se donnait à lui-même un doux et ferme courage, en sc disant : Qui me les a confiés, ces chers enfants? Dieu et leurs parents : Dieu qui est le meilleur et le plus tendre des pères; je le remplace auprès d’eux : je ne dois donc jamais me las.ser. Leurs pères et leurs mères me les ont aussi donnés; j’ai accepté leur confiance, mais puis-je oublier que leur cœur est un foyer inépuisable de dévouement et de patience ? et puis-je les remplacer auprès de leurs enfants, si je n’ai pas quelque chose de ce cœur?
Pour moi, je m’en souviens, c’était surtout à la ren-
Irée, au commencement de l’année, avec les enfants nouveaux venus parmi nous, que j’étais saisi de ces sentiments et de ces pensées.
Pendant ces premiers jours où ils étaient encore tout pleins du souvenir de leur famille, la tristesse de notre maison, les quatre murs de nos grandes cours ou même la solitude d’un beau jardin, où ils ne retrouvaient pas leur père, leur mère, leurs jeunes frères et leurs sœurs, tout ce dépaysement, tout cet appareil extérieur de captivité, les rendait comme insensibles à nos témoignages d’affection, et même à tous les plaisirs que je cherchais à leur procurer. Ils aimaient a être seuls, même en récréation; ils ne parlaient ni à leurs maîtres, ni à leurs condisciples, ou bien de profonds soupirs venaient entrecouper leurs paroles. Ces pauvres enfants m’inspiraient alors une pitié que je ne puis dire. Je les regardais avec des yeux pleins de compassion. J’aurais voulu être leur père et leur mère. Quelquefois je n’osais leur parler. Je leur envoyais, pour jouer avec eux, les meilleurs et les plus aimables enfants de la maison, ceux que nous nommions les anges des »o«veaux. — Ah ! je désire que ce que je raconte ici et ce que j’ai expérimenté profite à d’autres qu’h moi. Qu’on n’aille pas s’y méprendre : le mal du pays, pour appeler les choses par leur nom, n’est pas un vain mal : le regret de la famille absente, et pour un jeune enfant, oh ! quelle tristesse ! quels déchirements ! quel vide ! et pour combler tout cela dans le cœur de ce pauvre enfant, si vous n’avez k lui offrir qu’une maison étrangère, où personne ne lui sourit, où personne ne l’aime; une sorte de mécanisme administratif dans lequel il est engrené, emporté, et quelquefois douloureusement froissé; une foule bruyante, étourdie, souvent railleuse; et puis du grec et du latin!..