CONCLUSION DE CE LIVRE
En tout, il le faut avouer, l’instituteur, tel que je le demande, tel qu’il le faut, tel qu’il existe, non pas seulement dans mon livre, mais sur place et en action, tel que je le connais à l’heure qu’il est, ici ou là, docile, respectueux, intelligent , ferme , dévoué , pieux , ayaut la bonté d’un
CH. XI. CO>f.LU.SION DU III' LIVBE. tiiS
père, quelquefois le cœur d’une mère : ce maître parfait de la jeunesse est doux à voir, et son œuvre, son action sont dignes d’être regardées de près une dernière fois ; et puisque je dois résumer, en achevant ce livre de r/tj.s<ûuleur, tout ce que j’en ai dit et ce que j’en sais, j’emprunterai an pinceau même de Fénelon les couleurs simples et vraies, qui peuvent seules le décrire comme il faut, et je dirai ;
Avec les eisfaxts, il est senst*, doux, égal en toutes choses. Il se possède toujours, et il agit tranquillement, comme un homme sans humeur, sans fantaisie, sans imagination dominante, qui consulte sans cesse la raison et la vertu, et qui les écoule en tout. Et cela imprime à toute sa personne la plus aimable dignité.
Il se donne aux enfants par devoir et avec joie : il est plein de sollicitude et de soins pour chacun d’eux. On ne le voit ni las de s’assujettir à leurs divers besoins, ni impatient de se débarrasser d’eux pour être seul cl tout h soi : non, il est toujours tout entier h ce qu’il fait : il ne parait ni distrait, ni occupé d'autre chose, ni renfermé en lui-même, tandis qu’il remplit ses l'onclions. Il ne fait jamais rien par hauteur, par violence, ou par caprice. Les enfants sentent toujours ces faiblesses dans leurs maîtres; et ne les pardonnent pas. Pour lui, il sait que sa fermeté, son égalité, sa manière de se posséder et de ménager toutes choses, peuvent seules le faire aimer et respecter tout à la fois. Aussi il est vraiment aimable, complaisant même et enjoué ; mais sa complaisance n’est suspecte ni de mollesse, ni de légèreté, parce que les enfants le trouvent toujours ferme, décisif, précis, sévère, quand il le faut : soit à l’étude, soit en classe, il maintient la règle, l’ordre, le silence, le travail et l’émulation.
Il y a des enfants qui ont le cœur sec, froid, dur, resserré: il y en a d’autres qui ont le cœur tendre, ouvert, vif, aimant, il y en a de très-agréables : il y en a de làclieiix. il y en a de grands : il y en a de petits. Il se fait tout à tous. Il supporte les uns sans les flatter et les reprend sans impatience : il fait sentir son afiiection aux autres, mais il est iuflevible pour corriger ceux qu’il aime le plus, quand ils ont fait quelque faute.
Il descend avec bonté jusqu’au.^ plus petits : mais cette bonté est si proportionnée, qu’elle n’aflaiblit jamais ni son autorité, ni leur respect. 11 converse avec les grands, et ces conversations laissent dans leur cœur des impressions de sagesse et de douceur qui les élèvent et les charment. Dans les récréations , il montre b tous la gaieté paisible et modérée d’un homme mûr. Il joue quelquefois avec eux ; mais les enfants voient bien qu’il ne joue que par raison, pour se délasser selon le besoin, et surtout par amitié pour eux et pour leur faire plaisir : aussi son sérieux doux et condescendant ne les rebute jamais, et sa gaieté sans aucun badinage qui descende trop bas, les attire sans trop les familiariser. En un mot, il est aimé des enfants, mais c’est par une douceur soutenue de noblesse, de gravité et de désintéressement, qu’il se rend aimable, et le respect ne s’oublie jamais en sa présence.
Avec son supérieur et ses confrères, il montre un sens droit, un esprit net, un cœur obligeant, un caractère appliqué, modéré, accommodant, actif, laborieux, secourable au l)esoin. .lamais rien de sec, rien de critique et de dédaigneux; jamais de plaisanterie sur aucun ridicule; nulle impatience sur aucun travers; nulle vivacité pour ses préjugés contre ceux d’autrui ; il ne dit jamais que la vérité; mais il la supprime toutes les fois qu’il la dirait inu-