CH. XI. CONCLUSION DU III* LIVRE. S
lilement, par humeur ou par excès de conliance, et il évite par Ih, autant qu’il le peut, les ombrages et les jalousies.
Il n’est pas de ces hommes actifs, verbeux, empressés, multipliant les vues, voulant toujours atteindre h tout et faire l’impossible,, perdant le bien pour viser au mieux, espérant toujours persuader, plaire, concilier tout... puis découragés b la moindre contradiction, renversés au premier obstacle : non, on le trouve toujours simple et vrai, réservé sans contrainte, concis, sobre en pensées et en paroles, tranquille dans les embarras, courageux d’esprit et de cœur, quand il le faut.
Il y a des temps où on ne sait être vis-à-vis de l’autorité que servile ou insolent; le secret semble perdu d’être tout a la fois noble et respectueux, digne et dévoué; de conserver delà dignité sans hauteur, et de montrer du respect sans bassesse. Pour lui, il demeure avec ses supérieurs, simple, docile, vrai, et tout a la fois, libre, ferme, et en possession de parler avec une force douce et respectueuse. 11 croit, avec raison, qu’il ne leur sera jamais mieux subordonné, que quand il leur fera sentir en lui un homme mûr, appliqué, ferme, louché des véritables intérêts de la maison, et propre b les soutenir par la sagesse de scs conseils et par la vigueur de sa conduite.
S’il est lui-même supérieur ou des premiers dans une maison, il sent que nul n’a plus besoin que lui d’une raison, d’une douceur et d’une vertu toute pratique, qui se prête, se proportionne, s’accommode b tout, .\ussi on ne le voit jamais sec, dur, hautain, présomptueux, inquiet, ambigu dans ses conseils et dans ses ordres, singulier dans ses projets; mais toujours égal, paisible, se possédant, ne précipitant rien, entendant tout, ne décidant jamais qu’après un examen convenable; et ensuite, après
avoir embrassé les choses avec étendue pour les saisir dans leur total, qui est leur seul point de vue véritable, sans aucun respect humain pour personne, sans aucun é^ard pour ses préventions naturelles, il agit simplement, fortement, selon sa conscience et selon les vrais besoins et les vrais intérêts de la maison et des enfants.
Mais, pour tout cela, il faut ajouter que la piété et l’amour de Dieu sont dans son cœur : voiik les sentiments qui le soutiennent, qui le fortifient, qui l’éclairent, qui le consolent parmi les peines inévitables d’une vie si laborieuse, qui l’aident enfin chaque jour à posséder son âme en patience et en paix au milieu de ses rudes fonctions. Dieu est en lui, et voilà pourquoi il est aimé, vénéré, obéi comme il convient; car, comme le dit admirablement Fénelon, aïKiuoI je ne me lasse pas d’emprunter tous les traits de cette image, quand on porte Dieu dans son cœur, avec une piété simple, forte et aimable, qui se donne à tous pour les gagner tous, alors on parle peu, et on dit beauroup; on ne s’afjile point et on fait tout ce qu’il faut; on ne se presse point et on expédie bientôt; on n’use point d’adresse et on persuade; on ne gronde point et on corrige ; on n'a point de hauteur et on exerce la vraie autorité ; on est patient, préroyant, modéré, accessible, affable, mais aussi, décidé, et jamais ni mou, ni flatteur; et par là même, on est chéri des bons, craint des méchants, s’il y en a, et respecté jtar tous.