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QU’EST-CE QUE LE RESPECT

(I Le respect est éteint, dit-on : rien ne m’afflige, ne a m’attriste davantage; car je n’estime rien plus que « le respect : mais qu’a-t-on respecté depuis cinquante « ans? »

M. Royer-Collard prononçait ces paroles dans la grande assemblée des représentants de la nation française, il y a qnelques années.

Vers la même époque, un autre grand orateur, un homme d’état éminent, M. Guizot, gémissant aussi sur les abaissements de l’autorité et du respect, donnait cependant à l’Église catholique ce beau témoignage : « Le « Catholicisme est la plus grande, la plus sainte école de « respect qu’ait jamais vue le monde. »

Depuis que la grave parole de M. Royer-Collard a été prononcée, et que le noble hommage de M. Guizot nous a été rendu, j’entends dire que le respect s’altère même parmi nous, et que sur ce point les sages ont de sinistres prévoyances. Quoiqu’il en soit, si le respect s’éteint dans la société française, et s’il s’altère même dans la société chrétienne, — ce que je n’ai ni le droit, ni surtout le désir d’afflrmer, — le vœu du moins qu’il me sera permis d’exprimer à cette heure, et dans ce livre, c’est que, quand le respect viendrait à s’éteindre dans tous les cœurs, il

S5Î LIV. IV. L’ENFANT ET LA LOI DU RESPECT, faudrait encore le conserver, et à tout prix, dans l’Éducation de la jeunesse, et le faire revivre d’&ge en âge dans le cœur des enfants pour leur père, pour leur mère, pour ceux qui les élèvent.

Que si on ne pouvait y réussir, si les générations qui se préparent â nous remplacer sur la scène, devaient être aussi des générations sans respect, il faudrait se cacher le visage dans ses mains et désespérer de l’avenir.

Mais, non! Et pour moi, je veux espérer encore!

Qu’est-ce donc que le respect? 11 est temps de se le demander.

Le grand et profond auteur de l’Imitation dit quelque part, qu’il vaut mieux pratiquer le bien qu’en donner la définition ; mais, quand on ne le pratique plus, il faut toujours au moins tâcher de le définir, afin de conserver dans les idées et dans les mots les vertus qui s’échappent des mœurs. — C’est ce que je vais essayer de faire.

Le respect, tel que nous l’entendons encore, est un de ces mots profondément chrétiens et français, un de ces mots puissants et significatifs, que nous devons aux nobles inspirations du caractère national et aux inspirations plus élevées même de la foi et de la vertu évangéliques.

Sans doute, avant le Christianisme, on rencontre çà et lâ quelque trace de respect dans le monde. Mais que de graves et belles acceptions, inconnues aux langues anciennes, ce mot n’a-t-il pas trouvées dans les profondes délicatesses de la pensée chrétienne et des langues modernes ! Entrons dans quelques déuils.

Outre le respect, la langue française connaît, et, dans les relations sociales, nous pratiquons, l’estime, la difértnte, la politesse, les égards ; mais, il faut le remarquer.

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