DU RESPECT DE L’AUTORITÉ
J’aime k placer le respect en regard de l’autorité ; ils sont faits l’un pour l’autre.
11 y a une corrélation essentielle entre l’idée de l’autorité et celle du respect, comme entre l’idée du droit et celle du devoir. Cette corrélation est établie invinciblement, dans la nature des choses, par Dieu lui-méme.
Rien n’est ici-bas plus digne que l’autorité d’un souverain respect, d’un respect reconnaissant, d’un respect inviolable. •
Le respect, nous l’avons vu, c’est la considération, le souvenir religieux, de ce qui est grand, noble, élevé, divin : mais, je le demande, qu’y a-t-il sur la terre de plus grand, de plus noble, de plus élevé, de plus divin que l’autorité ?
Rien n’est grand que par elle : c’est le droit supérieur et divin par excellence ; c’est le droit du Dieu créateur et conservateur des sociétés humaines.
L’autorité immense, inûnie, universelle, c’est Dieu! Dieu est l’autorité dans la famille, puisqu’il est manifestement le premier et véritable père ; — dans la société spirituelle : autrement la religion ne serait qu’un odieux mensonge; — dans la société temporelle : autrement le pouvoir, sans droit et sans devoir, ne serait plus qu’une
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domination tyrannique. Donc, partout et toujours, Pautoritë, c’est Dieu : n’est-il pas manifeste qu’un respect souverain est pour elle un apanage imprescriptible?
Il y a entre l’autorité et le respect des affinités si naturelles, une alliance si nécessaire , et toutes les idées d’autorité sont en si profonde harmonie avec les idées de respect, que les acceptions les plus délicates et les plus nobles du mot respect, conviennent à celui d’autorité.
Dans le vrai, ne parait-il pas que l’autorité, réelle ou personnelle, est ici-bas seule vraiment digne de respect ? Nommez-moi quelqu’un qui, sans aucune autorité personnelle ou réelle, commande, inspire le respect : cela ne se conçoit pas.
J’ai dit : respect souverain, comme l’autorité qui le commande : cela est juste ; mais, il le faut ajouter, le respect le plus profond, le plus humble, est honorable pour celuilà même qui l’éprouve et qui l’exprime. Oui, ce respect honore, élève, ennoblit toujours, parce que c’est avant tout un sentiment de haute et généreuse raison, un devoir accompli avec la noble indépendance d’une volonté libre, et la dignité naturelle d’une âme qui demeure maîtresse d’elle-méme.
Sans doute, il peut y avoir, et il y a souvent des respects hypocrites, des dépendances misérables : la coaction violente, la force peuvent créer des soumissions contraintes ; certes ! rien n’est moins honorable. Tout cela, c’est l’asservissement, c’est la bassesse. Mais si tout cela est essentiellement sans honneur , c’est précisément parce que tout cela est sans élévation et sans respect ; il n’y a pas là plus de respect réel que de réelle autorité. Il y a force brutale, domination grossière, et en face, abaissement, servitude ! C’est la tyrannie de l’homme : elle avilit.
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elle n’esl faite que pour cela. Ce n’est pas la noble et pure autorité de Dieu.
L’autorité vraie honore ceux-là même qui la reconnaissent et qui l’acceptent, parce que c’est l’autorité de Dieu ; et le respect libre et intelligent pour celte autorité est honorable, uniquement parce que ce n’est pas un sentiment, un respect humain : mon respect s’élève jusqu’à Dieu et ne s’adresse qu’à lui; mais en s’élevant à Dieu, il m’élève moi-même et ne laisse jamais ramper mon âme.
Telle est la dignité du respect chrétiert : oui, la fierté évangélique va jusque là ; il nous faut Dieu, sa grandeur même et ses droits : nous respectons alors; mais où l’autorité de Dieu n’est pas, le respect nous est impossible. Nous ne faisons point d’éclat; nous n’insultons point; mais nous ne respectons pas. On nous entend rarement élever la voix sur la place publique ; cela ne nous va guère; mais témoigner à qui que ce soit des respects indignes, et pour me servir de l’expression chrétienne, qui dit tout, des respects humains ! c’est une bassesse d’esprit , une lâcheté de cœur, dont nous ne sommes point capables !
Étranges penseurs que certains hommes! Toute la dignité de la société humaine , l’alliance de l’autorité vraie et de la liberté généreuse, repose sur un noble acte de foi, et ils hésitent à le produire 1 L’Évangile tient à vouloir faire d’eux quelque chose de grand : et ils s’obstinent à demeurer vulgaires. La basse obéissance les révolte, et ils ne savent pas s’élever plus haut.
Quoi qu’il en soit de ces erreurs, la vraie autorité, c’est Dieu; et voilà pourquoi elle est une grandeur, devant laquelle l’esprit s’incline, sans que le cœur s’abaisse, et de là vient que devant elle, on s’élève toujours, comme devant Dieu même, par une soumission sincère.