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CH. II. DU RESPECT DE 1, 'AUTORITÉ. S4S

Si elle n’étail qu’un droit humain, une supériorité usurpée par la violence ou par la ruse, et imposée à mon ineptie , ou à ma faiblesse , j’en serais avili , à la bonne heure : mais quand c’est un droit supérieur et divin, reconnu, proclamé par mon intelligence, et accepté librement par ma volonté ; qu’y a-t-il en tout cela qui ne soit nohle, pur, et digne d’un souverain respect?

J’ai ajouté un respect reconnaissant.

Il y a deux beaux caractères de l’autorité. Elle est d’en haut; et elle descend pour servir ici-bas.

Elle vient de Dieu, et elle sert les hommes.

C'est une grandeur, mais une grandeur bienfaisante.

Telle est sa nature, son emploi, sa mission, sa vraie gloire. Elle sert : elle n’est instituée que pour servir. Et ses services sont toujours si grands, si considérables, et en même temps si nécessaires, que sur la terre nulle société, nulle créature ne peut s’en passer, et nul service aussi ne mérita jamais une plus vive reconnaissance.

En effet, dans l’idée d’autorûé, il n’y a pas seulement l’idée de la puissance qui crée, mais aussi l’idée de la sagesse qui gouverne, et de l’amour qui conserve.

La puissance, la sagesse et l’amour ; et en face, le respect, la docilité et la reconnaissance, voilà les idées constitutives et corrélatives de l’autorité. Et partout et toujours, l’autorité sert et doit servir : c’est son ministère essentiel ; c’est son droit le plus auguste : je dirai plus : c’est son devoir ; et voilà pourquoi on lui doit un respect reconnaissant. Le devoir est même ici le fondement du droit : L’obligation d’avoir soin du peuple est le fondenuml de tous les droits que les souverains ont sur leurs sujets, dit avec raison Bossuet.

L’autorité étant, comme nous l’avons vu, le droit et la

LIV. IV. I.'KNFAM ET LA LOI DU BESPECT. supériorité de l’auteur, par là même, toute autorité est essentiellement un service, en même temps qu’une supériorité. Car, qu’est-ce que l’auteur, et d’où vient sa supériorité en même temps que son nom? uniquement du premier service qu’il a rendu, du premier bien qu’il a fait, de la vie qu’il a donnée.

Certes, ce bien est grand; ce service est immense, puisque c’est la vie; mais l’auteur d’un tel bien ne peut jouir de sa grandeur, et des droits qu’elle lui donne ; il ne demeure ou du moins il ne se montre supérieur, qu’en servant toujours. Délaisser à l’aventure l’ouvrage de ses mains et l’abandonner aux caprices du hasard, serait indigne de lui. Nul n’a plus servi, puisqu’il a fait et créé : nul ne doit plus servir encore. Il doit conserver, améliorer, élever, achever le bien qu’il a fait, la vie qu’il a donnée.

Témoin l’autorité paternelle, qui est la première des autorités humaines : un père a le droit imprescriptible , mais aussi le devoir inviolable d’élever, c’est-ù-dire de conserver son enfant.

Témoin le pouvoir social; il n’est institué que pour créer, pour établir et conserver l’ordre et les libertés publiques : et par Ut il est véritablement créateur et conservateur de la société, qui n’est que l’ordre et la liberté entre plusieurs. C’est Ut seulement que se trouve la vraie grandeur du pouvoir social.

Il en est de même dans la société spirituelle. Partout et toujours l’autorité est un droit et un devoir de supériorité bienfaisante.

Dieu, souverain créateur et père, n’a pu établir, déléguer l’autorité parmi les hommes, que pour le bien commun et pour le service général de l’humanité. Et voilà pourquoi

CH. 11. Ül KESPECT DE L’AUTORITÉ. 546

à toute autorité, à toute puissance humaine est toujours essentiellement attaché un service, un dévouement, un ministère quelconque.

On n’est jamais grand ici-bas pour soi-méme : toujours pour les autres.

Toute grandeur, toute puissance égoïste, est un désordre dans les plans du créateur suprême.

Dieu lui-méme, dont les droits, les grandeurs, les perfections sont absolus, n’a pas voulu être grand pour lui seul ; il a, si j’ose dire, mis sa puissance et sa grandeur au service de sa bonté. La parole du iils de Dieu est ici formelle : Non veni mitmtrari, sed ministrare. Je suis venu, non pour être servi, mais pour servir.

Une des plus belles gloires du Père céleste, c’est d’être créateur et père. Il nous a servis d’abord, en nous donnant la vie. Certes ce premier service était beau, et Dieu n’est sorti de son repos éternel que pour nous le rendre, il a trouvé un plaisir généreux, un plaisir divin k descendre de son éternité dans le temps, pour y faire vivre l’homme et le monde.

11 a fait plus : il nous conserve chaque jour, et nous vivons. Quel est chaque jour le grand serviteur du genre humain, dans la plus haute et la plus noble acception de ce mot? Je ne crains pas de répondre : c’est Dieu : magnifique et perpétuel service de sagesse, de puissance et d’amour !

Chaque jour, il sert tous ses enfants : chaque jour il dresse pour eux, sur la terre, cette table immense, où ils viennent tous s’asseoir et se nourrir des biens de la maison de leur père : Parasli in conspeclu meo tnensam, dit un Prophète. Et il convie k ce splendide banquet les petits des oiseaux : Pascit ilia.

Il n’a pas trouvé que ce fût encore assez, et il a fait

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