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LIV. IV. L’ENKANT ET LA LOI DU RESPECT, plus : c’était nous servir de loin, il a voulu nous servir de près, et il est venu se mettre en personne au service de nos besoins, de nos faiblesses, de nos misères.
Et c’est le fils de Dieu lui-méme, venant sur la terre, qui nous a dit : Je riens, non pour être servi, mais pour servir. Non veni ministrari, sed minislrare. Et c’est cejour- Ih même que fut proclamé le grand principe et posée la règle immuable de l’autorité parmi les hommes, telle que la sagesse divine l’entend. L’antorité, ce n'est pas la domination, ce n’est pas l’empire pour soi, ce n’est pas la satisfaction vaine et le superbe plaisir du commandement; ce n’est pas la grandeur personnelle enfin... Non, c’est le service, le dévouement, le bienfait. Celui qüi est le premier parmi vous sera le serviteur de ses frères : le pltis puissant ne fera jamais que servir (1).
 partir de ce jour mémorable et de la solennelle parole du fils de Dieu, toutes les grandes dignités humaines ne furent plus que d’illustres servitudes, ou plutôt les grands et nobles services du genre humain. Et quoique l’orgueil et l’égoïsme puissent faire k l’encontre, il est vrai de dire que, depuis la date romaine effacée par l’Évangile, l’autorité doit servir; et l’on n’est digne de l’autorité, que quand on sert à quelque chose.
Donc, dit Bossuet, tout homme revêtu d’une autorité quelconque, est un personnage public, destiné au bien commun. Si chacun est né pour soi en ce monde, lui, il est né pour les autre^; sa vraie gloire est de n’étre pas pour lui-méme. Pour lui-méme, il ne demande, il ne veut, il ne fait rien ; pour les autres, tout : et c’est là sa grandeur! Qu’y a-t-il en effet de plus grand que de n’avoir
(t) Principes dotntnanlur eorum; non ità eril inter vos ; qui major, rril minisler; qui primus, eril servus.
CH. II. IH' KESl'ECT 1»E L’AL'TÜRITÉ. .SAT
pas de besoins, ou de les oublier, et de pourvoir aux besoins des autres ? C’est la grandeur de Dieu même.
De quelque côté donc que je me tourne, pour considérer le ministère que l’autorité remplit en ce monde, les bienfaits qu’elle y répand, et l’honneur qui en rejaillit sur elle, elle m’apparait toujours comme un reflet glorieux de la bonté encore plus que de la puissance divine.
Et voilà pourquoi j’ai dit qu’elle était digne d’un respect reconnaissant; et j’ajoute que la reconnaissance, dont l’autorité est digne, doit être d’autant plus grande que ses services sont plus laborieux et plus pénibles.
Elever des enfants, travailler à les rendre sages, bons et heureux ; être au service des besoins, des faiblesses, des misères spirituelles de l’humanité, voilà ce qui mérite avant tout ici-bas la reconnaissance et le respect ; car voilà ce qui demande un zèle, un désintéressement, une abnégation sans mesure, et fait blanchir la tête avant le temps ; voilà ce qui fait tomber du front de l’homme la sueur la plus substantielle et la plus délicate : voilà ce qui épuise le dévouement et les forces les plus élevées. J’étonne peutêtre en disant ces choses : il ne faut qu’y regarder de près, pour en être convaincu aussi bien que moi. l^e père, le prince, le pontife sont les trois grands dépositaires de l’autorité de Dieu sur la terre : si, étudiant de près leur travail, je suivais le père de famille dans ses pénibles et innombrables sollicitudes pour l’avenir temporel, religieux et moral de ses enfants ; le prince dans les soucis amers et dans la grave responsabilité de son administration devant Dieu et devant les hommes ; le pontife dans sa tâche laborieuse et souvent ingrate du gouvernement des âmes : si, descendant de ces hauteurs, je considérais attentivement auprès du père, du prince et du pontife, l’instituteur.
’iW LIV. IV. I. KNFAM ET LA LOI DU RESPECT.
le prêtre, le magistrat, il me serait facile de prouver que l’exercice de l’autorité , à quelque degré que ce soit, est tout ce qu’il y a au monde de plus épineux, de plus difficile, de plus péniblement dévoué, et par conséquent, ce qu’il y a de plus digne d’un respect reconnaissant, si la reconnaissance et le respect sont dus à quelque chose et à quelqu’un ici-bas.
Il se rencontre toujours dans le service moral des hommes des délicatesses extrêmes, et d’infinis labeurs : non seulement il faut corriger leurs vices naturels et leurs inclinations fâcheuses ; mais il faut leur rendre ce service malgré eux ; le plus souvent, les hommes, les enfants même ne veulent pas qu’on les serve de cette façon : ils repoussent violemment ceux qui veulent les servir en les corrigeant. Combien de fois le prêtre, l’instituteur, le père lui-même, n’ont-ils pas fait cette expérience décourageante?
Prodiguez les services matériels aux hommes, ils sont contents ; ils paraissent vous aimer : jamais ils n’ont repoussé ceux qui leur préparent une nourriture délicate, de beaux vêtements, des plaisirs.
Mais des vertus, une belle âme, la vérité qui les gêne, l’humilité qui les modère, la chasteté qui les contient, ils n’en veulent pas : vous les importunez ; le plus souvent ils s’irritent. Conversi dirumpent vos, dit l’Évangile.
La difficulté est donc profonde : mais la difficulté même, et les labeurs d’un service pareil, font les mérites et l’honneur de l’autorité qui s’y dévoue.
Aussi parmi tous les noms les plus glorieux qui soient sur la terre, s’il en est un qui exprime dignement la plus belle et la plus haute autorité, c’est le nom que se donne à lui-même le chef de la grande famille des chrétiens. I.e
CH. II. Di: RtSPECT ÜE L’AIMORITÉ. bi!>
Pape, le souverain iiistituleur, le père commun, se nomme avec raison le serviteur des serviteurs de Dieu. Servus servorum Dei. Il y a là un beau commentaire du ecn» mintstrare prononcé par le (ils de Dieu.
Et s’il faut descendre de ces hauteurs , revenir au sujet particulier que je traite, et parler des services que rend un père, une mère, un instituteur à l’enfant qu’ils élèvent, je dirai, après l’avoir étudié de près, et longtemps moi-même expérimenté, que je ne sais rien sur la terre qui demande un plus grand coeur, un plus héroïque dévouement. Pour faire agréer ses services à ces pauvres enfants, il faut tellement se donner à eux , et se renoncer soi-même ; tellement se contraindre, se rabaisser et condescendre, quelquefois tellement se rapetisser et souffrir : le désintéressement de tout ce qui n’est pas le bien même qu’on fait est tellement nécessaire, qu’en parlant d’un héroïque dévouement, je n’ai pas dit assez : cela demande de ceux qui se mettent franchement et de bon cœur à l’œuvre, un dévouement surnaturel et divin.
Ce dévouement se trouve providentiellement dans le cœur d’un père et d’une mère; Dieu y a pourvu. Mais dans le cœur de ceux qui se dévouent librement, comme les instituteurs, sous l’inspiration généreuse d’une vocation spéciale, la nature aide beaucoup moins; et pour ne pas demeurer au-dessous de la tâche divine, il faut s’élever bien haut; et le dévouement prend quelquefois alors un tel caractère, et mérite une telle reconnaissance, qu’on ne doit guère s’attendre à la rencontrer ici-bas.
Sans entrer dans les détails, j’en dirai néanmoins le peu qui se doit convenablement dire. Parlons d’abord du respect fdial.