‹ De l'educationChapitre 162 sur 188 · LIV. IV. L’ENFANT ET LA LOI Dll RESPECT · texte numérisé non relu

LIV. IV. L’ENFANT ET LA LOI Dll RESPECT

l’a dit, et il est vrai : le temps efface tout ; mais les souvenirs de la l'amille ue s’effacent jamais ! Et même, lorsque ces parents chéris ne sont plus, après de longues années, après les diverses fortunes et agitations de la vie, quand nous revenons visiter leur sépulcre, n’est-ce pas de cette source intarissable de la piété filiale que coulent encore ces larmes amères et cependant si douces qui s’échappent de nos yeux, lorsqu’agenouillés sur la tombe d’un père et d’une mère, nous repassons en secret devant Dieu la mémoire des jours si heureux et si purs, mais si vite écoulés de notre enfance, et cherchons a ressaisir fugitivement les trésors de tendresse que nous puisions autrefois dans ces cœurs, dont la froide poussière nous attendrit encore par des émotions irrésistibles (1).

(li Dans son beau dialogue des Lois, Cicéron a écrit sur Arpinum, la terre natale de sa famille, une page touchante, que mes lecteurs me sauront gré de mettre ici sous leurs yeux.

Arpinum était une très-ancienne ville du pays des Voisques, agréablement située sur les bords d’une petite et fraîche rivière, nommée le Fibrene, dont les eaux rapides allaient se précipiter dans le Liris : là, comme le dit Cicéron, le Fibrene communiquait au Liris sa fraîcheur, et perdait son nom plus obscur, comme un plébéien qui entre dans une famille noble.

€ C’est ici, dit-il à son ami Atticus, en le conduisant dans une Ue du Fibrene, c’est ici un lieu où je me plais, quand je veux méditer, lire ou écrire quelque chose ; loi-squc j’ai la liberté de m’absenter plusieurs jours, surtout dans cette saison de l’année, j’aime à venir ici chercher l'air pur et les charmes de ce pays.

t En vous montrant ce lieu, je vous montre presque mon berceau : c’est ici ma patrie, et celle de mon frère. C'est ici que nous soinmes sortis d’une très- ancienne famille ; ici sont tous nos souvenirs religieux, les vestiges de nos parents et tous les monuments de nos ancêtres. Que vous dirai-je? Vous voyez cette maison, et ce qu’elle est aujourd’hui : elle a été ainsi agrandie par les soins de mou |»ère. Il était d’une santé faible, et c'est là qu’il a passé dans l’étude des lettres presque toute sa vie. Enfin, sachez que c’est eu ce même lieu, mais du vivant de mon aïeul, du temps que, selon les anciennes mœurs, la maison était petite et modeste, c’est en ce lieu (pic je suis né. Aussi je ne sais quel charme s’y rencontre, qui touche mon cœur et mes sens, et me rend ce séjour délicieux. »

Atticus lui répondit : < le coinpn nds pourquoi vous venez ici avec tant de plaisir, et comment vous ressentez une prédilection si vive pour ce

(.H. III. LK RESPECT FlUAI..

Aussi, il le faut bien entendre; et c’est ce que je prie les enfants de tous les âges pour lesquels j’écris ce chapitre, de méditer sérieusement ; si toutes les fautes qui se commettent contre le respect ont un caractère d’immoralité profonde, quand elles blessent un père et une mère, elles touchent à l’impiété :

€ Malheur ! s’écrient les divines Écritures, malheur à la génération qui maudit son père et ne bénit pas sa mère!

€ Celui qui maudit son père et sa mère verra le flambeau de sa vie s’éteindre dans les ténèbres.

lieu. Moi-meme, depuis un moment, j’aime encore plus cette maison et toute cette campagne qui vous a vu naître : je ne sais comment cela se fait; mais il est vrai de dire que nous sommes émus par l'aspect des lieux où se voient les traces de ceux que nous avons aimés. Nous nous plaisons à revoir la demeure que chacun d’eux habitait, la place où il s’asseyait, celle où il aimait ù converser ; nous y contemplons tout avec intérêt, tout jusqu'à leurs tombeaux. » [Dt I^gibus, lib. i, 2.)

Le vieil Homère aussi a de beaux vers sur les charmes de la terre natale :

OÔVI t-jur/t

youTtjç Sûvotpiac yàinti^èTipov oX>.o . . .

flf o-jSiv •/t'jxtCDi ^5 7tixrf>iSo( oùSé toxyiiuv yi’fitzoLi, tÎKtp xai ri; iriova otxov

•/air) rj àWo^arrü vaiti àrrôvevflt Toxïjwv. . . .

A'jràp oSufforà; , xai xajrvôv lùroOpamavTtt voÜTOti lî; ya«l{, 6«v«tv ipuipirai.

* (Odyts., IX, 27; ix, 34; l, S7.)

• Non, assurément, je ne puis voir de lieux qui me soient plus chers que la terre natale.

• La patrie et les parents: rien n'est plus doux au cœur de l’homme, quand même il habiterait, loin de sa famille, une riche demeure sur une terre étrangère. »

Le dernier trait est sublime :

« Mais üly.sse , venant seulement à se représenter b fumée qui s’élève de la terre naUle, désire mourir. . . »

Page 1