LIV. IV. L ENFANT ET t.A LOI DU RESPECT
Il faut achever ce long chapitre ; niais auparavant, je dois traiter un point capital et controversé ; je le ferai brièvement : voici du reste la question dans ses termes les plus simples :
Est-il bon de se familiariser avec les enfants? celte familiarité nuit-elle au respect de l’autorité ? quand l’autorité manque, n’est-il pas sage d’y suppléer par la tendresse? Sans doute la tendresse ne crée pas l’autorité; mais elle adoucit le commandement, elle embellit l’obéissance, elle établit entre le père et les enfants une certaine sympathie. La question est donc de savoir si cette sympathie, si cette tendresse familière, loin de nuire au respect, ne lui sont pas favorables :
« Non, répond avec raison M. Saint-Marc Girardin, « parce que tout cela amène peu a peu l’idée de l’égalité, « et par cela même affaiblit l’idée du pouvoir paternel. « Il ne faut pas (jue la tendresse du père de famille, s’il « veut être obéi et respecté, ait rien qui ressemble à une « autre sorte de tendresse : l’amour paternel ne doit pas « être une passion, mais un devoir. »
Je ne saurais qu’applaudir à ces graves paroles, et je crois que, même dans le plus jeune âge, on doit éviter avec les enfants ces tendresses passionnées, qui ne sont propres qu’â en faire des enfants gâtés. Sans doute, il faut toujours avec eux une profonde et tendre bonté, il faut qu’ils voient qu’on les aime; il ne subit pas qu’on le leur dise, il faut le leur faire sentir: mais il ne faut pour cela jamais rien de mou, ni de faible, ni de bas, ni d’indécent. Il faut que la dignité paternelle et maternelle oes’ou-
CH. III. LE KESPECT FILIAL. .>(«ô
blie jamais, se respecte toujours elle-même , si elle veut être respectée.
Les saintes Ecritures sont ici, comme toujours, d’une netteté, d’une précision et d’une force admirables :
« Flattez, caressez votre fils, et il se rendra redoutable; jouez avec lui, et il vous causera mille chagrins.
< Ne vous familiarisez pas trop avec voire fils, de peur que vous n’ayez bientôt .sujet de vous en repentir, et qu’il ne vous ré^ duise enfin au désespoir (I). »
C’est au reste ce que l’expérience démontre tristement chaque jour. Je le dirai pour l’avoir vu souvent moimême : les enfants gâtés, quand ils arrivent ’a l’âge de dix ou douze ans, après avoir été jusque-là complaisants, souples, polis, flatteurs, adroits à s’insinuer et à plaire, deviennent tout à couji hardis, trompeurs, insolents au besoin, sans conscience et sans honneur. Ces enfants qui semblaient si doux et si aimables, si ingénus et si gracieux, montrent tout à coup une hauteur, une impertinence, une malignité, une duplicité redoutables.
Non, sur tout cela, il n’y a pas de meilleur conseil à suivre, que celui des saintes Écritures :
« Soumettez votre fils de bonne heure, chàtiez-le avec sévérité, tandis qu’il est encore enfant, de peur que, devenant trop indocile, il ne veuille plus vous obéir, et ne soit pour vous un sujet de douleur.
* Ne rendez p.as votre fils maître de ses actions dans sa jeunesse, et surveillez jusqu’à ses pensées (2). «
Tout cela est bon pour la première enfance, me dirat-on peut-être ; mais plus tard, de quinze à vingt ans, et surtout de vingt à vingt-cinq, la meilleure manière de sauver sa dignité et de garder le respect, n’est-ce pas de se faire l’ami de son fils? La familiarité paternelle n’est-elle pas alors la seule ressource de l’autorité?
(I) Eecli, XXX, 9, to. (2) IbM., xxx, 12, II.