CH. IV. LA LOI DU KE.SPECT ENVERS L'INSTITUTEUR
service qu’on leur puisse rendre, à savoir ; la correction de leurs défauts. Oui, c’est là ce qui les blesse profondément ; ils ne peuvent souffrir qu’on s’occupe de reformer leur nature ; ils aimeraient bien mieux un instituteur qui, leur laissant leurs défauts, toucherait moins à leur personnalité. C’est pour cela surtout qu’ils ne sont à mes yeux, et aux yeux de toute raison éclairée que des ingrats ; mais des ingrats qu’on doit toujours aimer. L’instituteur, digne de la mission d’en haut, doit pprter son abnégation jusqu’à se désintéresser de la reconnaissance même ; et s’il ne veut pas rencontrer les plus amers mécomptes, il faut qu’il y renonce, au moins dans le temps où il fait son œuvre. — Mais ce à quoi il ne peut jamais renoncer, c’est le respect.
Je dirai même : moins il demande la reconnaissance et plus il s’en détache, plus il doit demander le respect et plus il en est digne. Le désintéressement serait d’ailleurs ici une prévarication déplorable, et le renversement même de l’œuvre qu’il est chargé d’accomplir. S’il peut dire à ses disciples que la reconnaissance est rare et faible dans leur cœur, mais qu’il le leur pardonne, et leur prodiguera toujours ses soins avec un même et infatigable dévouement, il ne peut leur en dire autant du respect ; et ils doivent savoir que cette grande loi de leur Éducation est absolument inviolable, qu’elle s’élève au-dessus de toutes les autres ; elqu’ici nulle indulgence, nulle compassion, je dirai même nul pardon n’est possible aux fautes dont l’enfant coupable ne sollicite pas immédiatement l’expiation comme une grâce.
Je me souviens d’avoir une fois pendant trois semaines, parlé tous les jours durant une demi-heure à mes élèves, uniquement sur cette grande loi, et fondé ainsi parmi eux, j’ose le dire, l’empire du respect.