I,IV. IV. L’ENFANT ET LA LOI DU RESPECT
Le fait est, qu’aujourd’hui surtout, on ne saurait trop leur répéter qu’une des brèches les plus effrayantes qui aient été faites aux mœurs publiques, et une des brèches aussi les plus déplorables qui puissent être faites à l’âme d’un enfant dans le cours de son Éducation et pour sa vie tout entière, c’est la ruine du respect. C’est en effet par Ih que les vices les plus redoutables, que la dépravation la plus irrémédiable et la plus intime, je le dirai parce que je le crois vrai, une dépravation non moins funeste que la dépravation des mœurs et que l’irréligion même, entre tôt ou tard dans une âme.
Fût-il prince et fds de roi, il faut que l’enfant respecte celui qui l’élève, ou il ne sera pas élevé ; et lorsque le duc de Bourgogne, dans un de ces emportements terribles dont le duc de Saint-Simon nous raconte qu’ils faisaient tout trembler autour de lui, dit un jour à Fénelon : Non, non, monsieur, je sais qui je suis et qui vous êtes, on sait comment Fénelon lui apprit qu’il ignorait l’un et l’autre, le remit à sa place, et ne lui pardonna qu’â la prière de Louis XIV, du grand Dauphin et de madame deMainlenon.
Fénelon avait raison; et plus ceux qu’on élève sont destinés h de grandes choses, plus il faut leur enseigner la loi du respect. Plus ils doivent occuper un rang élevé en ce monde, et y exercer d’autorité, plus il faut leur apprendre à se respecter eux -mêmes et à respecter les autres.
Ses envieux ont accusé notre langue d’être quelquefois légère jusqu’à la frivolité, d’avoir une aisance facile et vaine, et je ne sais quelle souplesse dont souffre la gravité des mœurs publiques : je n’cxaminc point ici la justesse de ces plaintes ; mais quand la langue française dit : C’est un homme qui «c se respecte plus. — Un prince doit se respecter lui-m^me, s’il vettt que les peuples le respectent. —
CH. V. LA LOI DU RESPFXT ENVERS L’INSTITUTEUR. .S77 Re$pectez en vous le caractère sacerdotal. — Foim avez un nom illustre, sachez le porter avec respect. — Quand la langue française prononce de telles paroles, il faut l’avouer, jamais avertissements plus graves n’ont retenti plus dig^nement en aucune langue à l’oreille des hommes.
Et pour revenir au sujet simple que je traite, quand je disais publiquement à un de nos enfants : Prenez garde, vous allez perdre le respect : vous sortez du respect : je n’avais pas d’expression plus forte pour l’arrêter tout court dans son emportement ; et lorsqu’il s’en rencontrait quoiqu’on parmi eux qui me condamnait i» lui dire : Tous êtes décidément sans respect pour la règle, sans respect pour vos maîtres, sans respect pour la maison qui vous élève: c’était la plus redoutable sentence que je pusse prononcer sur sa tête.
Quoiqu’il en soit de tout ceci, et de. ces diverses remarques sur les expressions sévères par lesquelles notre langue se plait a flétrir ceux qui manquent au respect, il est assurément remarquable que, quand Jésus-Christ voulut frapper du trait le plus énergique de sa divine parole un homme profondément dépravé, le Maître céleste ne sut dire de lui que ces mots : C’est un homme qui ne respecte NI DIEU, NI LES HOMMES : c’était tout dire; quand on ne respecte ni Dieu, ni les hommes, il y a long-temps qu’on ne se respecte plus soi-même, et alors nul ne sait les bassesses intellectuelles, morales et physiques auxquelles il est donné d’atteindre.
Ce que je tiens 'a affirmer en ce moment, c’est que dans l’Éducation surtout, les fautes contre le respect, sont les fautes les plus malheureuses qui se puissent rencontrer. Et pour quiconque n’est pas un enfant et a l’intelligence des choses divines et humaines, après les fautes que l’impiété