‹ De l'educationChapitre 172 sur 188 · LIV. IV. L’ENFANT ET LA LOI DU BESPECT · texte numérisé non relu

LIV. IV. L’ENFANT ET LA LOI DU BESPECT

il n’a plus droit de bourgeoisie dans les grandes villes :

j’oserai dire que son avenir m’inquiète.

Qu’on lise le traité des études, et l’on verra quelle dignité avait autrefois ce nom : on verra l’autorité, les droits et les devoirs dont il était la personnification respectée.

On ne lui a pas fait grâce, et je lis dans le Dictionnaire : Il se disait autrefois de ceux qui enseignaient dans un collège : cette dénomination est encore mitée dans les collèges communaux. Et le Dictionnaire ajoute au mot régenter : enseigner en qualité de régent, professer ; il a vieilli et ne se dit pim guère que familièrement et par plaisanterie. — comme péJanler.

Sans presser tout ceci plus qu’il ne convient, je demanderai pourquoi les roaitres des collèges communaux se trouvent ainsi condamnés h porter des noms vieillis et ridicules. Ces collèges n’ont-ils pas le droit et le besoin, comme d’autres, que l’Education des enfants s'y fasse avec tout respect? Ce ne sont pas seulement les mots qui souffrent ici ; les choses souffrent plus tristement encore, et on ne peut se défendre de l’impression la plus pénible en lisant ce que des ministres de l’instruction publique eux-mêmes out cru pouvoir nous révéler sur les régents de ces collèges. Mais c’est assez sur ce point.

Quoique son existence et ses droits soient gravement menacés, un autre nom, celui de maître, existe encore.

C’est un beau nom ; l’idée, l’étymologie sont de l’ordre le plus élevé. Il indique en soi le droit, le pouvoir de commander et de se faire obéir ; c’est l’empire légitime, honorable, utile. Ce n’est pas seulement le nom du pouvoir qui possède par la force : l’idée fondamentale est ici l’idée de supériorité naturelle et des droits que donne l’autorité qui veille, qui se dévoue, et qui protège.

Maintenant, comment se fait-il qu’un nom si élevé soit

CH. V. LA LOI DU RESPECT ENVERS LT.NSÏITUTEUR. S85 devenu l’objet de l’avereion et du dédain de la jeunesse? Et par quelle suite de malheurs la jeunesse en est-elle venue à ce point, que, dans la plupart des établissements d’instruction publique, c’est à ce nom que la dérision et souvent la haine s’adressent particulièrement ?

Le professeur n’est pas toujours aimé, ni respecté, comme il devrait l’étrc, il s’en faut; mais il demeure encore h une grande distance de ceux dont le nom ne se prononce plus qu’avec l’accent du mépris, et implique presque toujours l’idée d’insubordination.

Aussi, ou ne l’a plus laissé, ce nom, qu’k ceux qu’on nomme les maîtres d'étude : c’esl-k-dire, k ceux qui se trouvent malheureusement dans un ordre inférieur sous tous les rapports, et qui demeurent au dernier degré de l’échelle dans la hiérarchie de l’enseignement.

La jeunesse les fait descendre encore plus bas, et on sait les tristes noms qui se donnent dans certains collèges et dans certaines pensions aux maîtres d’étude : nous ne redirons pas ces honteuses dénominations, qui ont choisi l’image d'une immobilité stupide, ou l’expression d’une Vigilance hargneuse, pour désigner ceux qui président k l’étude, au travail, k la prière, au silence et au respect de la règle , aux récréations, aux jeux et aux conversations , aux repas et au sommeil, k l’ordre, k la discipline et aux mœurs, dans tous les moments les plus graves : en un mot, ceux qui doivent et peuvent seuls travailler efficacement et constamment k l’Education de la jeunes.se !

C’est Ik, sans contredit, une des plaies vives de l’Éducation publique en France, et on doit savoir gré aux efforts qu’on essaie pour y porter remède, et relever des fonctions si grandes et si abaissées.

Mais il faut le dire pourtant, l’argent est plutôt un pal-

58i LIV. IV. L’ENFANT ET LA LOI DU RESPECT, lialif qu’un remède ; l’ambition même et les grades, et le nom ajouté de répétiteurs, y feront peu de chose : on peut, ît toute force, relever la position; mais la fonction même n’est pas faite pour être subalterne : ce ne sont pas seulement des mailres honorés qu’il faut ici; ce sont des pères; car ces hommes remplacent auprès d’un enfant son père et sa mère, par les soins délicats dont ils sont chargés, et surtout par cette perpétuelle communauté de vie, de laquelle résulte l'inspiration habituelle des idées et des sentiments, c’est-à-dire, l’Éducation tout entière. De là vient, qu’un tel maitre n’est jamais un homme indifférent : ou il est aimé et respecté comme un père, ou il est méprisé ; et souvent odieux comme un ennemi.

Le nom de maitre a souffert encore d’autres abaissements. On sait les noms déplorables et d’un mépris vraiment trop étonnant qui se donnent dans le public aux maîtres de pension ; c’est-à-dire à ces hommes si honorables, qui doivent présider, dans une maison d’Éducation, à tous les soins généraux, à toutes les hautes sollicitudes, au gouvernement religieux, littéraire, moral et physique, que réclame l’Institution de la jeunesse. •

On sait, par quelle profonde indignité de langage et de pensée, les élèves, et quelques parents eux-mêmes, ont cru trouver, dans l’argent qu’ils paient auo: maîtres de pension et dans la nourriture qu’ils reçoivent en échange, le triste et étrange droit de donner à ces maîtres, une dénomination qui les fait descendre bien au-dessous de ceux à qui on ose les comparer.

Je dirai ici ma peine tout entière et avec franchise :

Je regrette profondément qu’on laisse à un mot essentiellement vulgaire et inférieur une place et un sens que ce mot dégrade et avilit. Je regrette que l’autorité ait cru devoir

CH. V. LA LOI DU RESPECT ENVERS LTNSTITUTEL'R. SSii subir elle-même celle Irisle influence, en soumellanl k la tyrannie d'un langage abaissé sa hiérarchie el son honneur.

Je veux parler ici du mol penaion.

Qu ’esl-ce qu’une pension ? — C'est l’argent que l’on donne pour être logé et nourri, dil le Diclionnaire de l’.\cadétnie. — C’esl encore: le lieu on l'on est nourri et logé pour un certain prix. Toul cela esl vrai; mais, je le demande, commenl se fail-il que la maison d’ Éducation ail élé personnifiée dans la somme d’argenl plus ou moins forle, qu’on paie pour être logé el nourri dans la pension ?

Comment se fail-il qu’on ne sache désigner ceux en qui réside la plus haute autorité, les droits et les devoirs les plus élevés de l’Éducation de la jeunesse, qu’en les nommant des maîtres de pension ?

Gomment, chez une nation aussi noble et aussi intelligente que la nôtre, le même mot en est-il venu à désigner un lieu où l’on reçoit et où on paie sa nourriture, et une maison où on élève les âmes ?

Comment s’est-on laissé entraîner k dire : l’Education est bonne dans cette pension ? ■ — La nourriture est bonne ou mauvaise dans cette pension : voilk ce qu’on peut dire et ce qui est juste. On a beau faire : l’Education ne parviendra jamais k ennoblir la pensioti; et la pension tendra toujours k abaisser l’Education (J).

La gravité et le respect de l’Éducation se sont aujourd’hui réfugiés dans le nom des Instituteurs et des Professeurs.

Instituteur est un beau mot, le plus noble peut-être de

(I] Commeot ne pas regretter encore que des hommes si respectables consentent à écrire sur la porte de leur maison : Pension un tel ? — n’est-ce pas trop [termettre aux parents et aux enfants d'oublier le respect, l’honneur qui leur est dft ?

S80 LIV. IV. L’ENKANT ET LA LOI DU RESPECT, tous ceux par lesquels on désigne l’hotnine qui se dévoue à l’Éducation de la jeunesse.

Inslüuer, c’est créer, c’est fonder quelque chose : c’est l’action humaine la plus haute : c’est par ce mot qn’on désigne l’établissement des choses les plus grandes et les plus saintes. On dit : Le Christianisme est d’institution divine. Bossuet a dit : Les villes les plus célèbres venaient apprendre en Eyypte leurs antiquités et la source de leurs plus belles institutions.

Ce beau mot a été long-temps employé pour indiquer l’Éducation. Dans ce sens, l’Institution, c’est l’action de former, d'instituer, d'élever l’esprit et le cœur, la conscience, le caractère de la jeunesse.

Malheureusement, ce beau sens s’affaiblit, on ne l’emploie plus guère ; il est plus rare encore que l'Education dans la langue ordinaire.

Aussi je sais gré à l’.^cadémie française d’avoir fait un effort pour le conserver, et d’avoir écrit : L’Institution de la jeunesse est d’une grande importance dans l’Etal.

Instituteur est demeuré, et cela est heureux : Instituteur, participe ’a toutes les nobles acceptions que nous avons indiquées : c’est lui qui place, qui institue un enfant dans la vie, qui développe ses facultés, qui les établit dans la plénitude de leur puissance et de leur action.

L’instituteur n’a rien encore parmi nous d’odieux ni de méprisable ; il n’exprime que l’autorité du bienfait le plus élevé qu’un homme puisse recevoir d’un autre homme. Toutefois il est k craindre que ce nom n’ait été peut-être prodigué, employé au hasard ; et pour ma part, je regrette que son usage le plus fré(iuent aujourd’hui soit pour désigner ceux qui font l’école dans les villages. Certes, la haute et souveraine importance que j’attache k V Éducation populaire m’empêche de croire que rien soit trop élevé pour elle.

CH. V. LA LOI IHJ RESPECT ENVERS L’INSTITUTEUR. S87 Les hommes qui s’y dévouent avec désintéressement sont dignes de tous les respects, et de tous les prix de la vertu. Toutefois, notre dernière révolution nousa tristement révélé que nous ne pouvions pas être sans inquiétude sur le sort d’une chose si grande et sur ravenir d’un nom si noble.

On sait qu’un haut fonctionnaire a pu écrire un jour, dans un rapport public : « misère des instituteurs « égaie leur ignorance et le mépris public mérité pur leur « ignominie. » Uéias! après un tel aveu, et surtout après l’expérience de 1848, il est évident que V Insliluteur, ce nom sublime, ne tend pas à s’élever parmi nous : je le regrette profondément.

J’ai remarqué d’ailleurs avec tristesse que, dans l’Éducation secondaire, sous l’influence d’une préoccupation fâcheuse, ou a fait aussi descendre VliisiUuteur de sa dignité naturelle , eu le déiinissant quelquefois celui qui lient une pension. Ce n’est pas là ce que Vlmhluteur fait ; l’homme de Paris le plus capable de faire sa fortune eu tenant une pension, peut être le dernier des Jnsliluteurs.

Plusieurs ont senti tout cela, et regrettant comme moi les défaillances de ce beau nom, ils ont essayé de lui substituer un nom nouveau, celui d’éducateur. Je le verrais avec peine : ce serait accepter, consacrer même une déchéance très-regrettable : il vaut mieux, je le crois, s’appliquer à relever et à maintenir la dignité d’un nom qui se soutient encore, et qui, dans la langue française, est le plus convenable et le plus ferme de tous, pour désigner l'homme qui se dévoue k faire l’Éducation de la jeunesse.

Reste le nom de Professeur : ce nom ne manque pas de dignité : le professeur est un homme instruit, et même éloquent, qui donne des leçons sur quelque art ou quelque science : l’étymologie est profileri : mettre au grand

UV. IV. L’ENKANT ET LA LOI DU BESPECT. jour, témoigner de son savoir, enseigner publiquement ; il y a dans celle étymologie toute la dignité de la science et de la parole, c’est-à-dire de la science enseignée : ce n’est pas j>eu de chose. Le professeur occupe une chaire : c’est d’un lieu élevé qu’il donne ses leçons. C’est l’ex|)érience des siècles passés, c’est le savoir de la société présente, (]iii se mettent eu face de la génération nouvelle et se font entendre à elle; et ce sera toujours un beau spectacle de voir toutes ces jeunes intelligences, ignorantes des lettres, des arts, et des choses de la vie, dont les regards se tournent vers un digne professeur, et reçoivent de lui avec docilité, avec respect, les enseignements qui leur apprendront ce qu’elles ignorent, et leur révéleront les premiers princi|»es des sciences, les premières idées des choses.

Aussi, ce nom a conservé de la valeur; on dit encore: un bon, un savant, un habile professeur; on dit même : un professeur éminent, un professeur illustre.

Ce nom, toutefois, tend parmi nous à descendre au niveau de beaucoup d’autres dont il faut déplorer la chute. Je dis parmi nous : il n’en est pas de même dans d’autres pays. En .Allemagne, par exemple, il n’y a guère de nom plus honoré; c’est le titre, lorsqu’on en a le droit, qu’on aime à se donner : on se nomme Monsieur le professeur un tel. Il en est autrement en France. J’ai ouï dire que, quand M. de Candolle venait à Paris, il ne mettait que son nom sur ses cartes de visite ; mais lorsqu’il allait à Berlin, c’était le professeur de Candolle.

Le Dictionnaire de l’Académie remarque que le mot professeur se prend quelquefois en mauvaise part : on dit quelquefois : C’est un professeur d’athéisme, c’est un professeur d'impiété. J’ai été curieux de savoir si cette triste

CH. V. LA LOI Ull RESPECT ENVERS L’INSTITUTECR. ,'i8D

acception du mot était ancienne. Elle est nouvelle, à ce qu’il parait : ce qui est sûr, c’est que l’édition de 1094 ne la connaissait pas encore.

Quoiqu’il en soit, il faut que les Professeur n’oublient pas qu’ils sont, eux aussi, des Insliluleurs. Ce nom perdrait toute sa dignité, si les professeurs de la jeunesse française se bornaient à parler, h instruire, sans former les âmes, sans même élever toujours les esprits.

Oui, s’ils n’avaient qu’un soin médiocre du cœur, de la conscience et du caractère de leurs élèves ; si rÉducation morale et religieuse n’entrait pour rien dans leur pensée ni dans leur soin, je ne crains pas de dire que l’Éducation intellectuelle elle-même leur échapperait, et le nom de professeur, ce nom si digne de considération, n’impliquerait bientôt plus qu’une idée médiocre, l’idée d’un enseignement grec et latin tout au plus. Le professeur ne serait plus que le triste et vulgaire écho d’une langue morte, et le respect élevé dont il est digne lui manquerait.

Je suis amené ’a le demander ici : d’où vient l’abaissement, la déchéance des mots d’une langue dans une nation?

De ce que la nation peu h peu se lai.sse entraîner à oublier le respect qui est dû aux grandes choses, aux grandes idées et aux mots nobles qui les expriment. Voilà pourquoi cette déchéance, cet abaissement existent toujours dans les idées et dans les mœurs avant d’envahir le langage; et c’est à ce point de vue que la profonde et éloquente préface du Dictionnaire de l’Académie française a pu dire : Une langue, c‘est la forme apparente et risible de l'esprit d'un peuple.

Les deux principes qui contribuent le plus eflicacemenl

.■590 LIV. IV. L’ENKANT ET LA LOI DU KESPECT. il celle cliule du langage, sont l’espril moqueur el l’esprit matcrialisle. Une nation chez laquelle on rit et plaisante de tout sans scrupule el sans respect, altère peu à peu, sans le vouloir, la dignité de sa langue : c’est inévitable. Dans ce goût de plaisanterie, on donne des sens vulgaires à des mots sublimes, des sens ridicules b des mots sérieux. On applique à des idées inférieures des mots consacrés b exprimer des idées supérieures, et par Ik on abaisse les idées les plus hautes. On exprime les choses matérielles par des mots consacrés k redire les choses spirituelles, el par Ik on matérialise les idées spirituelles elles-mêmes.

Cela se rencontre surtout chez les peuples encore ensevelis dans les habitudes grossières de la vie matérielle el de la barbarie ; mais cela arrive aussi chez les peuples qui, par la dépravation même et les excès d’une civilisation corrompue, retombent dans la barbarie morale, par le mépris des choses spirituelles; et ne cachent plus, soiîs des dehors polis, que des inspirations grossières et des instincts inférieurs.

Dans les grands siècles, les hommes dont la vertu égale le génie, ennoblissent, élèvent jusqu’k eux la langue vulgaire, et font pénétrer la lumière, la noblesse el la force de leur génie el de leur vertu, dans les mots dont ils se servent; el par Ik ils les éclairent, les fortifient, les spiritualisent , et avec des mots ordinaires font une langue supérieure. Ç’a été la gloire du XVII® siècle.

Puis viennent des gens qui trouvent que tout cela est trop noble, trop pur, trop haut pour eux ; et bientôt sous leur main tout descend, tout s’abaisse : el chacun se trouvant alors plus k l’aise, comme le disait M. Royer-Collard, on se soulage enfin du respect comme d'un poidsqui fatigue.

Il n’y a pas de plus triste soulagement; mais il faut

CH. V. LA Lül DU RE.SPECT ENVERS L’INSTITUTEUR. 501 ajouter ici que notre jeunesse y est singulièrement inclinée. Ç’a été de tout temps. De tout temps, l’orgueil, qui est le grand principe du défaut de respect pour les autres, la sensualité, qui est le principe du défaut de respect pour soi-même, et la légèreté enfin, ont inspiré à la jeunesse ce que Tacite appelle si énergiquement impudentia, xni nlienique cnnlemptm. (Dialog. de oralor.) Mais ce mal de tous les temps, n’cst-il pas surtout le mal du nôtre? qui n’a entendu s’élever, enfin, et de toutes parts, les plus amères plaintes contre les écoles de la jeunesse? Il suffit de descendre dans une de ces cours de récréation : là où tous les cœurs devraient être épanouis, les visages riants, les paroles simples et aimables, on rencontre des regards farouches, des voix grossières, des paroles insolentes; ou bien encore des entretiens qui se cachent, des groupes qui se forment en fuyant loin des maîtres; pour les nouveaux élèves les plus lâches persécutions, et quelquefois même pour les hommes revêtus de la plus haute autorité, une indocilité brutale, l’impatience de tout frein, le mépris outrageant, et enfin la révolte ouverte.

Bien que je ne veuille et ne doive pas dire ici toute ma pensée, il faut bien ajouter qu’il existe encore une autre cause du mal que je déplore , et ce n’est pas la moins puissante. Les mots et les idées ne s’abaissent, que quand les hommes et les choses se sont abaissés les premiers : sauf les grandes épreuves de la Providence, dans lesquelles le juste paie pour le coupable, il faut dire que presque jamais l’autorité réelle ne périt déshonorée qu’aux mains de ceux qui ne savent pas la soutenir par leur autorité personnelle. En un mot, nul ici-bas ne perd décidément le respect qui lui est dû, qu’après avoir cessé de se respecter assez lui-même.

oVÎ LIV. IV. I/ENFANT ET LA LOI DU RESI'ECT.

Quoiqu’il en soit de celte dernière observation, le mépris de l’autorité par laquelle on est élevé, et de qui on reçoit la vie religieuse, intellectuelle, et morale, est une dépravation si extrême des sentiments naturels et de riionnêteté païenne elle-même, qu’il est impossible de l’acceplcr, et que tout instituteur qui la subit en devient digne par Ih même , et semble avouer qu’il y trouve son juste châtiment.

Mais quiconque se respecte, et élève en vérité, en conscience et en honneur, ceux que la religion et la société lui confient, il ne lé peut. El j’ajouterai, que si l’Éducation de la jeunesse ne pouvait se continuer qu’à ces conditions cl h ce prix, il faudrait y renoncer; et pas un homme de cœur ne pourrait s’y employer, sans trahir indignement l’œuvre de l’Éducation elle-même, et le caractère dont il serait revêtu ; sans descendre au-delà de ce que le dévouement le plus généreux ou la cupidité la plus vile ont jamais inspiré à la vertu la plus sublime ou à la bassesse la plus dégradée.

Quant à moi, fussé-jc la dernière voix, qui piït se dévouer et se faire entendre aux jeunes gens d’une nation, je me condamnerais à un éternel silence, et je les condamnerais eux-mêmes sans pitié à l’ignorance littéraire, plutôt que de subir avec eux un tel abrutissement moral, et que de préparer à mon pays une génération sans respect.

Grâces en soient rendues à Dieu! la France, du moins, n’est pas abaissée à ce point. Non, scs généreux fils ne sont pas misérablement placés entre rallernative de l’abaissement intellectuel ou de rabrulissement moral. Ils sont capables d’être élevés encore. Le respect est encore possible parmi nous, et les maisons d’Éducation doivent en être au besoin le dernier et inviolable asile !

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