‹ De l'educationChapitre 176 sur 188 · CH. I". QUANT AU DÉVELOPPEMENT DE L’ESPRIT · texte numérisé non relu

CH. I". QUANT AU DÉVELOPPEMENT DE L’ESPRIT

Avec le condisciple se rencontrent aussi les froissements, le support, la patience, l’égalité, le respect d’autrui, choses si précieuses! Non ; je le répète, il n’y a pas, ou du moins il y a bien peu d’Éducations sans condisciple.

Au petit séminaire de Paris, j’ai vu le condisciple et l’émulation préparer et accomplir des miracles de zèle et de travail, et faire fleurir, parmi cette nombreuse jeunesse, toutes les branches des plus fortes études, en même temps que les plus solides et les plus aimables vertus. J’ai vu là des enfants, dont les noms et le souvenir seront éternellement chers à mon cœur, je les ai vus s’écrier :

Je n'ai point d'ennemis, j’ai des rivaux que j’aime!

C’était la devise de leurs combats d’émulation.

J’ai vu là des émules s’aimer tendrement, se combattre, se vaincre et se féliciter tour à tour ; je les ai vus s'admirer, se chérir, se louer, s’applaudir mutuellement avec bonheur, ne pouvoir se passer les uns des autres : c’est qu’il y avait, chez cette généreuse jeunesse, la noble et pure émulation du bien, non la basse et odieuse envie.

Il se rencontrait dans cette maison, comme il convient dans les petits séminaires, — et je n’hésite pas à dire que c’est là un de leurs grands avantages, — des enfants de toutes les conditions et de toutes les fortunes. J’ai vu les riches admirer cordialement, honorer les pauvres; j’ai vu les pauvres aimer, honorer les riches; ou plutôt, il n’y avait plus là ni riches, ni pauvres : il n’y avait que des enfants de Dieu, des amis et des frères. Les grands protégeaient les plus jeunes ; les anciens accueillaient les nouveaux, et devenaient comme les anges de leur entrée

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dans la maison. Entre tons, c’était tout h la fois une émulation de travail, de vertu, et d’amitié. Doux souvenirs! temps heureux qui ne sortiront jamais de ma mémoire!

J’achèverai ce que j’ai à dire sur le premier aspect de la question qui nous occupe, en répondant à la seule objection qui puisse se faire ici.

Un précepteur, dit-on, qui n’a qu’un enfant h élever lui donnera bien plus de temps qu’un professeur de collège n’en peut donner à une multitude d’élèves entre lesquels il est obligé de partager ses soins : Magis vacabil unus uni.

Il lui donnera plus de temps. — Je réponds d’abord : et même il lui en donnera trop; il le fatiguera de sa personne, de sa voix, de scs leçons, de scs réprimandes, ce qui est la ruine de l’Education. Quand on a fait cette objection, s’est-on bien rendit compte de ce dont il s’agissait? Le voici : un enfant est en étude ou en classe :

« .Mais, (lit Quinlilien, l’étude, le plus souvent, demande qu’il soit seul. De nombreux enfants apprennent une leçon, ils écrivent, ils pensent, ils méditent : à tout cela il ne faut pas de maître, et quiconque vient, pendant ce temps, professeur ou autre, il les trouble, ou il odre à leur paresse un secours pernicieux. »

Il ne faut l'a qu’un Président d'étude, homme grave, qui fasse respecter le silence et le respecte profondément lui-même. Quant h la classe où le professeur parle aux enfants, leur donne leurs devoirs, les corrige :

* Qui empêche, dit Quinlilien et le bon sens avec !ui, qui empêche, en instruisant un cnianl, d’en instruire plusieurs?... Telle est, en effet, la nature de bien des choses, que la môme voix les porte et les communique à tous. Car il n'en est pas de la vois: d'un maître, comme d'nn repas, qui diminue à mesure que croit le nombre des convives; mois il en est comme du soleil, qui

CH. I". QUANT AU DÉVELOPPEMENT DE L’ESPRIT. «Il distribue également partout sa lumière et sa chaleur. Qu’un grammairien fasse une disscrlalion sur la langue, qu’il éclaircisse une question, qu’il explique un poète, un historien, il n’y a aucun de ceux qui l'écoutent qui n’en puisse profiter.

« Mais, dira-l-on, le moyen qu’un homme entende, tous les jours, tant d'enfants, et qu’il ail le loisir de voir, d’examiner, de corriger ce qu’ils font? — Quand je conviendrais qu’il ne le pourrait pas, où ne trouve-t-on pas des inconvénients? .Mais je ne prétends pas aussi que l'on envoie un enfant à une école oü l’on croit qu’il sera négiigér-' un bon maitre ne se chargera jamais d’un trop grand nombre d'écoliers.

« Ce maître, nous devons surtout faire en sorte de l’avoir, je ne dis pas seulement pour ami, mais pour ami particulier, afin qu’en instruisant nos enfants, il agisse par devoir, et aussi par un secret mouvement de son affection. »

Je reconnais parfaitement d’ailleurs qu’il y a des enfants auxquels il faut donner, dans les commencements, surtout quand leur instruction primaire n’a pas clé bonne, des soins plus particuliers; mais ou peut les trouver, ces soins, dans l’Éducation publicpie. L’enfant, si cela est nécessaire, peut avoir un répétiteur, et le président d’étude peut veiller plus particulièrement sur lui, et l’aider sagement, au besoin. Mais encore faudrait-il bien prendre garde de ne jamais lui accorder ni soins, ni répétitions qui soient un secours pour sa paresse. Au petit séminaire de Paris, les répétitions étaient une des choses dont je me défiais le plus. Nos Messieurs d’ailleurs n’y avaient aucun goût : ces répétitions leur enlevaient un temps précieux. L’Universilé s’en est plaint elle-même pour ses collèges. M. de Salvandy écrivait : Le désir de s'enrichir par des répétitions voue l’eiueignement à une froide routine. Nos Messieurs donc, qui n’avaient ni le désir, ni le besoin de s’enrichir, et qui d’ailleurs étaient avares de leur temps,

6li LIV. V. INFLUENCE DU CONDISCIPLE,

ne SC prêtaient h donner des répétitions que quand c’était évidemment l’avantage des enfants, et tous nos répétiteurs travaillaient à se rendre inutiles le plus tôt possible.

Je reconnais d’ailleurs parfaitement, encore avec Quintilien, qu’il est, en tout cas, très-important de choisir un collège où les professeurs soient assez nombreux pour que chaque classe ne le soit pas trop, et que nul enfant ne soit nétjUgé. Vingt, vingt-cinq élèves par classe suffisent au professeur le plus zélé, sauf peut-être pour les hautes classes littéraires.

Au petit séminaire de Paris, jusqu’à la Seconde, dès que les élèves d’une classe passaient trente, trente-deux, je faisais deux divisions, et je donnais deux professeurs. En ce moment même, au petit séminaire d’Orléans, nous avons quatre divisions et quatre professeurs de sixième pour soixante-quinze élèves : de cette manière, tous ces jeunes enfants sont interrogés et leurs devoirs corrigés deux fois chaque jour. 11 est à peu près impossible que de telles classes ne marchent pas, et que ces enfants ne fassent pas de véritables progrès.

M. de Bonald, qui a examiné très-attentivement laquelle, de l’Éducation publique ou de l’Éducation privée, est préférable à l’autre, après avoir résolu la question comme je viens de le faire, se pose celte objection : « On « ne manquera pas de me dire qu’il y a des sujets qui ne n réussissent pas dans l’Éducation publique, et d’autres « qui réussissent dans l’Éducation domestique. »

Puis, à cette difficulté il répond simplement : « Qu’estce que cela prouve? » — Je ne répondrai pas autre chose.

M. de Bonald ajoute encore que l’Éducation privée présente, dans le très-jeune âge, des enfants qui sont véri-

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