‹ De l'educationChapitre 180 sur 188 · CH. III. LA PURETÉ DES MOEURS · texte numérisé non relu

CH. III. LA PURETÉ DES MOEURS

riaient assez bien aux génies non moins antiques de l’auteur du Télémaque et de celui de VUistoire universelle. »

niAPlTRE III.

AVANTAGES OU INCONVÉNIENTS DE L’ÉDUCATION PIBLIOLT: OU PRIVÉE, QUANT A LA PURETÉ DES MŒURS.

C’est ici, je dois l’avouer, que les partisans de l’Éducalion privée, ceux-là même qui se trouvent forcés de convenir que VLspril, que le Caractère s’élèvent, se déve- •loppeut cl sc fortifient mieux dans l’Éducation publique, croient enfin remporter, se récrient à leur tour, et not:s disent, avec un Ancien, que jeter un enfant au milieu d’une foule d'autres enfants et parmi ces jeunes gens enclins au vice, dont le commerce ne peut être qu'un exemple et une source de dérèglement, c'est trop exposer sa faiblesse, et préparer à la pureté de ses mœurs une ruine presque inévitable.

La question devient, on le voit, très-délicate; car elle ne peut être résolue qu’apres un examen attentif des périls que, dans l’état actuel des mœurs publiques et privées, l’Education particulière elle-même fait courir à l’innocence de l’enfant. La réserve avec laquelle je dois m’exprimer, augmente la dilliculté de celte question : toutefois, je ferai entendre ma pensée tout entière, même

r.3 LIV. V. INFLUENCE DU CONDISaPLE.

quand je devrai ne pas la manifester hautement, même quand je ferai en sorte de ne parler que par la bouche d’autorités étrangères.

Et d’abord, je réponds sans hésiter ; que si les enfants doivent trouver dans l’Éducation publique, dans le collège, de mauvaises mœurs et l’impiété, il vaut mieux mille ET MILLE FOIS qu’ils demeurent à jamais ignorants, ou reçoivent une instruction moins parfaite, que de venir là perdre leur foi et flétrir leur vertu. Je ne fais que répéter énergiquement ici ce que j’ai dit sans cesse dans le cours de cet ouvrage. Je demande en grâce qu’on ne me fasse jamais dire autre chose.

C’est, du reste, ce que Quintilien lui-même, au sein du paganisme, déclarait sans détour. Âu sein du christianisme, hélas ! pourquoi des parents, même vertueux, tiennent-ils souvent un autre langage? Qu’ils méditent, du moins, ces belles et fortes paroles de Quintilien :

O S'il e$t vrai, disait-il, que les écoles publiques soient' a utiles aux études, mais préjudiciables aux mœurs, je « SUIS d’avis qu’un enfant apprenne plutôt a bien a VIVRE, qu’a RIEN PARLER, ET QU’iL DEMEURE IGNO- « RANT, s’il ne PEUT ACQUÉRIR LA SCIENCE SANS PERDRE « LA VERTU. »

Mais après avoir fait cette déclaration solennelle, Quintilien ajoutait, — et je prie les pères et les mères de famille véritablement sérieux et attentifs, de bien réfléchir sur cette page de Quintilien; d’y comparer le temps où nous vivons et ses périls, et de prononcer eux-mêmes sur la grave et délicate question qui nous occupe :

« Assurément, disait Quintilien, il y a des écoles publiques où les enfants se gâtent : mais ne se gâtent-ils jamais dans leurs familles?... Combien d’exemples nous prouvent que, dans la

en. ni. LA PCRETÉ DES MOEURS. «»5

maison paternelle comme aux écoles, un jeune homme peut également perdre son innocence ou la sauver ! Si un enfant est porté au mal, si on a peu de soins de former ses mœurs à la verlu, de veiller sur ses actions et de garder sa première innocence, l’Éducation paternelle et les lieux les plus retirés ne lui offriront pas pour le vice des occasions ou des facilités moins funestes. Le précepteur à qui on le confie ne peut-il pas être lui-même de mauvaises mœurs? Cet enfant sera-t-il plus en sûreté parmi des domestiques vicieux qu’avec des condisciples peu retenus?

< Plût au ciel, ajoutait Quintilicn, que l’on n’eût pas à nous imputer à nous-mêmes ce dérèglement de nos enfants 1 Nous amollissons d’abord leur enfance par les plus indignes délicatesses. Cette Éducation molle que nous couvrons du nom d’indulgence, énerve misérablement leur esprit et leur corps. A quoi ne porteront pas leurs désirs, dans un âge plus avancé, des enfants accoutumés à fouler des tapis somptueux! A peine peuvent-ils bégayer quelques mots, qu’ils savent déjà demander ce qu’il y a de plus friand et de plus exquis. Nous leur apprenons à goûter les bons morceaux avant de leur apprendre à parler : ils croissent assis dans des chaises voluptueuses ; et s’ils mettent les pieds à terre, incontinent des femmes empressées les tiennent suspendus, et les balancent nonchalamment. S’ils disent quelque chose de licencieux, c’est un divertissement pour nous : des paroles qui ne seraient pas supportables dans la bouche des hommes les plus corrompus, nous font plaisir dans celle des enfants; on en rit, on leur applaudit, on les baise : je ne m’en étonne pas, puisque c’est de nous qu’ils les ont apprises, et qu’ils ne font que répéter ce qu’ils nous entendent dire. Ils sont témoins de nus passions; iis entrevoient nos plaisirs les plus criminels; ils entendent chanter autour d’eux des chansons obscènes; des choses que je n’oserais dire sans rougir, sont exposées en spectacle à leurs yeux. Tout cela passe bientôt pour eux en habitude, bientôt après en nature. Les pauvres enfants se trouvent vicieux avant que de savoir ce que c'est que le vice : ne res-

«34 LIV. V. INFLL’KNCE DU CONDrsCIPLE.

pirant que luxe et que mollesse, dépravés d’esprit et de corps, ils viennent à nos écoles. Y prennent-ils ces mœurs?... Non; MAIS ILS les y apportent. »

M.1 pensée, en citant ce Irès-remarqiuble passage de Qninlilien, n’esl pas, certes, d’égaler les dangers de la maison paternelle à ceux de toute espèce de colleges. A Dieu ne plaise ! Je voudrais seulement éveiller chez certains parents des pensées et des inquiétudes nécessaires, dissiper chez certains autres des illusions aussi aveugles que funestes, et éclairer ceux qui consentiront à l’étre.

Il est vrai et je le dois avouer : la société dont Quinlilicn nous dépeint les mœurs et nous trace un si triste tableau, était une société païenne ; mais je le demande à mon tour, la nôtre, où en est-elle? Qu’on lise ce que Fénelon écrivait de la société française et des périls de l’Éducation domestique au XVII' siècle, et qu’on me dise si nous sommes aujourd’hui dans des conditions Irès-prcférahlcs.

Où en sont aujourd’hui la plupart des familles? Je ne parle pas ici des maisons irrégulières, pleines d’agitations mondaines ou de dissensions scandaleuses; mais, hélas! la famille chrétienne, elle-même, qu’est-elle devenue parmi nous? Quels moyens, quels secours d’Éducation pour les enfants y peut-on espérer? Que peuvent, h cet égard, les plus sages, les plus vertueux parents? Que peuventils, contre des frères aînés, déjà indépendants? contre les cousins? contre les jeunes amis? contre les serviteurs? contre les livres et les journaux? contre les feuilletons, les romances, les chansons, les soirées, les visites, la musique et les spectacles?

En un mot, que peuvent-ils contre la vie et la dissipation du monde qui les presse et les domine de toutes parts? — Voici ce que proclamait récemment, au milieu

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