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tUi LIV. V. INFLUENCE UU (XINDISCIPLE.
joui-s et (les heures réservées, et éloigner les enfants au moment où le monde et scs agitations envahissent le salon.
Oui : cela est absolument possible, et on doit le faire, et je loue ceux qui le font. Mais cela a de graves inconvénients. Pour la plupart des grandes maisons, pour celles- la même où se rencontre le plus fréquemment l’Éducation particulière, c’est h peu près tous les jours qu’il faudrait condamner les enfants à l’éloignement du salon, au moment où le monde et les plaisirs y arrivent. Mais, encore un coup, cela même n’est pas sans düTicultés; car ce monde, ces plaisirs dont on éloigne l’enfant au moment où ils apparaissent, croit-on que l’apparition en soit pour lui sans danger, et que le sacrifice en soit toujours si facile? Non, non : ces pauvres enfants les entrevoient, ces plaisirs, les regrettent et les désirent au moment même où vous les en éloignez ! Ces regards fugitifs, ces regrets impuissants, ces désirs trompés, sont quelquefois pour eux un supplice; je ne sais rien de plus funeste, rien de plus capable d’exciter leurs passions naissantes.
Vous avez beau leur dire : Des enfants doit'enl se coticher de bonne heure; de bonne foi, ne comprenez-vous pas, ne sentez-vous point quel chagrin c’est et ce doit être pour eux, de se retirer au moment même où la maison paternelle va devenir plus gaie, plus animée, plus brillante que jamais, et offrir une scène plus curieuse et plus vive à leurs yeux et à tous leurs sens!...
On le voit : j’entre ici dans les détails pratiques les plus vulgaires : mais c’est la vérité des situations. Je pourrais m’en prendre à des faits plus solennels et plus sérieux en apparence : je m’attache à dessein ù ce qui parait si peu de chose : que serait-ce donc, si je parlais de tout le reste de la vie mondaine? Mais non ; le coucher des enfants, et
r.H. III. LA PURETÉ DES MOEURS. ' 6«
les regrets, quelquefois le désespoir et les larmes qui l’accompagnent chaque soir, me suffisent.
Dans l’Éducation publique, au contraire, le coucher, pour eux, c’est une joie. Ils ont Joué, travaillé, marché tout le jour: ils sont enchantés d’aller dormir et se reposer. D’ailleurs, au collège ou dans un petit séminaire, tout le monde se couche et dort en même temps; toutes les lumières sont éteintes à la même minute, et elles éteignent, elles endorment tous les regrets avec elles. Mais dans les familles, on illumine au moment où on éloigne les enfants. Dans ce moment-là même, ils voient arriver chez vous, avec tout le fracas de la vanité triomphante, vos amis, jeunes et vieux, tous ces hommes du monde, toutes ces femmes revêtues, non de dignité et de modestie, mais de cette élégante corruption , dont Fénelon voulait qu’on inspirât I’horrelti aux enfants , oui , I’horreur , c’est le mot dont il sc sert, lui, cet homme si doux et si modéré. Ils entrevoient tout cela; ils le goûtent avec avidité; c’est un charme, un saisissement profond, quelquefois un enivrement ; et c’est à ce moment qu’on les éloigne ! et c’est là-dessus qu’on les envoie faire leur prière du soir, leur examen de conciencc, et se coucher; et on veut que le tout soit pour eux sans regrets, sans désirs, .sans pensées funestes, sans mauvaises espérances pour un autre avenir! mais vous n’y pensez pas!...
Je recevais naguère la visite d'un magistrat qui me racontait l’histoire d’un pauvre enfant de douze ans, jeune homme aujourd’hui ruiné et presque déshonoré, lequel, élevé comme je viens de le dire, disait tout bas, pendant qu’on le tenait à genoux et qu’on lui faisait faire sa prière du soir, et qu’il enrageait : Ah! quand j'aurai dix-huit <ms, je sais bien ce que je ferai!