CH. IV. SUITE ET KIN OU MÊME SUJET
et s’ils lui donnent toujours raison, bien qu’il ne l’ait pas toujours, le précepteur devient odieux, et les parents sont moins aimés. Mais s’ils lui donnent tort une fois, le mal est sans remède. L’enfant ne l’oubliera jamais ; il sait qu’il ne lui faut plus désormais que de l’habileté et de la persévérance pour bientôt l’emporter toujours et faire congédier le précepteur. Il n’y manquera pas.
Au collège, les situations ne se ressemblent point : l’enfant peut être congédié lui-même, et ne fait congédier personne. L’enfant n’est pas chez lui; il sent que l’autorité de ses instituteui-s est entière ; il y a là tout un gouvernement, tout un système régulier, où tout se soutient fortement.
Au collège, il est simple et nécessaire que les parents, sans abdiquer leur autorité, la confient tout entière. Ils sont éloignés : il y a donc nécessité que d’autres les remplacent et exercent cette autorité avec une grande plénitude.
Dans l’intérieur de la famille, au contraire, je viens de le montrer, il est moralement impossible qu'il en soit ainsi. Aussi, je ne connais guère qu’une manière de constituer l’Éducation privée. Il faut que les parents soient les instituteurs, les gouverneurs de leurs enfants; qu’ils en demeurent complètement et constamment chargés; que, non seulement ils président à leur Éducation, mais qu’ils la fassent eux-mêmes; que le précepteur soit un simple professeur qui vient, soit du dehors, soit du dedans, donner les leçons, et qui ne se mêle pas du reste.
Oh ! alors, si le père et la mère ont le temps et le mérite suffisants, le système est possible ; il peut même, tel père et telle mère étant donnés, être très-bon, admirable, surtout au grand point de vue de l’autorité paternelle et du respect filial. Mais, dans l’Éducation particulière, telle qu’elle se fait généralement, là où le précepteur n’est pas
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un simple professeur, je place en première ligne des graves inconvénients qui s’y rencontrent, l'intervention perpétuelle et nécessaire du père et de la mère, quelque habile, quelque sage, quelque modérée que soit cette intervention ; parce qu’elle nuit à l’autorité du précepteur et détruit l’unité de direction, sans laquelle on ne peut réussir dans une Éducation quelconque.
Mais les parents ne peuvent-ils donc pas s’entendre avec le précepteur? « Non, me répondait un jour un de mes « amis, parce que dans ces cas-là, s’entendre avec un pré- « cepteur signifie ordinairement que le précepteur fera « toujours tout ce que voudront les parents. Or, il vau- « drait bien mieux un précepteur d’une habileté médiocre,
« mais à qui on laisserait une véritable autorité pour di- « riger l’Education, que le plus habile obligé de s’en- « tendre avec les parents, c’est-à-dire, obligé de faire « des concessions regrettables à des parents qui souvent « ne s’y entendent pas, et, il le faut ajouter, à des parents « qui souvent même ont des vues différentes et ne s’en- « tendent guère entre eux. »
Trois défauts particuliers résultent de l’intervention inopfK)rtuue et de la direction des parents, qui n’ont point assez étudié et ignorent la science de l'Éducation : science, du reste, que chacun croit possàler naturellement, quoiqu’elle soit peut-être la plus rare de toutes les sciences.
Je me bornerai à indiquer ces défauts : 1“ Trop tl’exifienrr et de sêmrilê. C’est assez fréquent : on demande à l’enfant un travail excessif, et cela dès ses plus tendres années. Son intelligence et son courage pour le bien s’y épuisent. — 2" Trop de faiblesse et de laisser-aller. .Mors le travail est nul. Cette dispo.sition est la plus commune. Tous disent : Je ne gâte pas mes enfants; je veux qu’ils