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travaillent. Presque tous les gâtent dans la pratique, et en fin de compte les enfants font bien peu de chose. — 5“ Une dislribulion peu judicieme des récompenses et des châlimente. C’est presque inévitable, quand il y a tout k la fois, pour décider les châtiments ou les récompenses, un père, une mère et un précepteur; et encore je suppose qu’il n’y a ni grand-oncle, ni grand’mère qui s’en mêle. Rien n’est pire : l’enfant, alors, n’a plus une idée juste du bien et du mal. Ce n’est plus pour lui qu’une chose arbitraire, qui dépend du caprice et de la disposition du moment. Qu’on y prenne garde : il y a là de quoi fausser son jugement et gâter son cœur, souvent pour toute la vie. I/enfant devient llatteur, cajoleur, quelquefois hypocrite, et, au lieu de faire le bien, il fait des grimaces.
Tout ceci avait été bien observé par M. de Bonald :
« L’Éducation domestique est dangereti.se, écrivait-il, parce que les parents, exigeants, s’ils sont éclairés, faibles, s’ils ne le sont pas, voient trop ou ne voient pas assez les imperfections de leurs enfants, et contractent ainsi, pour toute leur vie, des préventions injustes ou une molle.sse déplorable. Celte observation est extrêmement importante. »
L’Éducation privée fait donc presque toujours, sous une forme ou sous une autre, des enfants gâtés, parce qu’il s’y rencontre prcscpie toujours trop de sévérité ou trop d’indulgence. tin gâte ceux (ju’on aime lro[), et auxquels on ne demande pas assez; et on gâte aussi ceux que l’on n’aime pas assez ou qu’on aime mal, cl auxciucls on demande tro|). Au collège, il n’en saurait être ainsi. Le travail ne peut être excessif, puisque les heures d’étude et de récréation sont iiivariablement fixées, etc. Les récompenses et les punitions sont a|)pliquécs d’après des règles générales, .sans acception de personnes.
(ISO LIV. V. INKLL’ENCE 1)1' CONDISI'.I l*LE.
On l’a dit, et il est vrai : le collège est le noviciat du monde. Tous les élèves y sont égaux devant la règle; à chacun selon ses (Kuvres. 11 n’y a la ni grand seigneur, ni riche, ni pauvre ; mais des élèves (|ui ont des talents, des succès, de la régularité; et d’autres incapables ou indociles. Aussi, au collège, point d’enfanl gâté. Un enfant n’y trouve, ni dans ses camarades, ni dans ses maîtres, des complaisants [)Our ses défauts; et son caractère, nous l’avons vu, s’y forme nécessairement par un frottement perpétuel avec d’autres caractères.
Je n’ai parlé jusiju’ici que de l’intervention inopportune des parents : je n’ai rien dit de l’intervention à peu près inévitable des domestiques : il faut bien en dire quelque chose pourtant.
Et qu’on veuille bien le remarquer : je ne parle pas ici des mauvais domestiques, qui prennent h tâche de détourner un enfant de ses devoirs; encore moins de ceux qui le corrompent. Non, je ne parle que des domestiques estim.'ibles, dévoués, attachés, comme on en rencontre encore (juelquefois dans des familles respectables : je parle des (loviesliques de confiance. Eh bien! voici quelle est généralement leur règle. Si le précepteur n’est pas avec eux plus que' poli, ils ne manquent pas une occasion, à bonne ou fâcheuse intention, de mettre la division entre lui, son élève et les parents. Ils cachent les fautes de l’enfant; ils l’excitent sous main à la désobéissance. Une femme de chambre favorite, une ancienne Bonne va conter à l’oreille de la mère les tribulations, les punitions trop sévères du pauvre enfant, avec addition et commentaires. La mère, dont le cœur n’est déjà que trop sensible, saisit cette occasion de se plaindre au précepteur de na rifUteur, juste en elle-mfme, dit-elle, mais excessive dans le
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cas présent. Si l’élève l’apprend, el il est rare qu’il ne l’apprenne pas par l’indiscrétion intéressée de la femme de chambre, l’autorité du précepteur est perdue sans ressource; il faut de toute nécessité quitter bientôt la place.
Le nouveau précepteur est vaincu par avance, à moins qu’il ne change tout ce qu’a fait son prédécesseur, et ne réédifie l’Éducation sur un nouveau plan. On le trouve quelque temps admirable, parce qu’il fait autrement que celui qui est parti : mais bientôt, s’il veut accomplir sérieusement son devoir et faire sentir son autorité, les plaintes recommencent : c'est toujours la même chose, diton, ils sont tous plus singuliers les uns que les autres.
Aussi la plupart des précepteurs cessent bientôt de lutter contre cette déplorable intervention. Ils comprennent que leurs efforts pour la neutraliser auraient plus d’inconvénients que d’avantages réels, et ils sacrifient le grave intérêt de l’Éducation à leur repos. Les plus consciencieux s’éloigneront, et les autres feront pis, car ils demeureront et laisseront l’enfant devenir ce qu’il pourra. On comprend ce qu’il deviendra en effet.
Ce qu’il y a de plus malheureux, c’est que tout cela est à peu près inévitable; tout cela est naturel; je dirai presque ; tout cela est en quelque manière excusable, mais tout cela n’en est pas moins funeste. L’enfant qui naît de là, court le grand risque d’être singulièrement égoïste ; quelquefois même sans droiture, et presque toujours sans affection et sans respect. Et si plus tard il ne développe pas les plus tristes défauts, c’est qu’il avait reçu du ciel une nature bien heureuse et sans mauvaise disposition : phénomène fort rare.
Je m’arrête enfin ; j’ai exposé à peu près toute ma pensée sur cette grande question : mais, comme je l’ai dit eu commençant, je dois le reilire ici avec plus de force, avant de finir : cette question si grave ne peut être posée entre la bonne Éducation privée et la mauvaise Éducation publique, entre la famille chrétienne et le collège impie.
L’isolement de l’enfance a, sans doute, de grands inconvénients; mais qui ne préférerait cet isolement à la société de condisciples corrompus et corrupteurs, et à l’épouvantable puissance de perversion qui se trouve dans une école d’immoralité?
Aussi, je le déclare de nouveau : je suppose essentiellement un bon collège, où la religion et les mœurs fleurissent à l’égal des études : je suppose des maîtres vertueux et dévoués, qu’ils soient laïques ou ecclésiastiques; je suppose une vigilance paternelle, une discipline religieuse, des études saines, des mœurs pures; je suppose, en un mot, tout ce qui constitue une bonne, une véritable maison d’Éducalion. — Autrement, je n’ai rien dit, et il faut déchirer mes pages.
Sans doute, l’Éducation particulière a ses dangers, même pour la vertu, même pour les mœurs ; et je ne les ai pas dissimulés; mais le mauvais collège n’olfre-l-il pas l’effroyable certitude d’une corruption immédiate, profonde, affreuse, et le plus souvent irrémédiable?
Sans doute aussi, l’Éducation publique a de grands avantages, quant au développement de l’esprit et des facultés intelleclnelles; mais à une' condition : c’est que l’intelligence y demeurera en possession do sa vigueur naturelle et ne sera pas obscurcie, hébétée, sluiiéfiée par le vice !
Sans doute enfin, dans l’Éducation particulière, l’autorité et le respect souffrent .souvent ; mais qui pourra dire où l’on en est, à cet égard, dans un mauvais collège, et
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