‹ De l'educationChapitre 187 sur 188 · CH. IV. CONCLUSION · texte numérisé non relu

CH. IV. CONCLUSION

jusqu’où y va le méiiris public de l’autoritc el l’abaissement des maîtres chargés des fonctions les plus importantes de l’Éducation?

Kn un mot : j’ai dit que rÉducation publique avait plus de puissance pour éveiller et exciter toutes les facultés; mais n’est-il pas manifeste qu’un régime plus excitant n’est bon qu’autant que les aliments sont sains, et que tous les avantages de l’Iùlucation publique s’évanouissent, ou se retournent contre elle, si les jeunes âmes dont les facultés y sont plus éveillées et plus excitées, n’y reçoivent, pour aliment, que le mensonge, l’orgueil el le vice, au lieu de la vérité, de la sagesse cl de la vertu?

Il ne sufiil donc pas d’avoir bien résolu la question spéculative ; il faut bien résoudre aussi la question pratique, et choisir un bon collège : et c’est le grand et diflicile devoir des parents. Il le faut cependant avouer, l’accomplissement de ce devoir est aujourd’hui devenu plus facile.

L’amélioration de l’Éducation publique ne pourra sans doute s’accomplir que lentement, mais du moins cette grande œuvre est commencée et s’accomplira, je l’espère, de jour en jour plus parfaitement, grâce à une libre et généreuse concurreuce. Déjà un assez grand nombre d’excellentes Institutions, publiques et privées; s’élèvent sur divers points de la France. Les jielils séminaires sont d’ailleurs affranchis, et les regards des familles chrétiennes peuvent se tourner enûn librement vers ces pieuses maisons ! Les pères el les mères ne pourront donc plus désormais s’en prendre qu’â eux-mêmes, s’ils m* choisissent pas comme il faut.

Voilà, ce me semble, ce qui résume pour la pratique, cette grave question de l’Éducation jiublique et de l’Éducation particulière.

Et maintenant , de ces considérations, si j’élevais mes

«Si LIV. V. INKLL'KNCK l)l’ œNDISOIPl.E.

pensées a des vues plus générales et d'un ordre supé* rieur, si je jetais un coup d’œil sur ce que je nommerai volontiers le grand côté, le côté social de la question, il y aurait certainement matière à de graves et beaux développements ; car, il ne faut pas se faire d’illusion ; c’est ici une question capitale, qui, bien ou mal résolue, peut avoir une influence décisive sur les destinées des plus importantes familles, et par conséquent de la société ellemême. Qui ne sait que dans plusieurs parties de l'Europe et particulièrement chez nous, l’Éducation privée est devenue dans les hautes classes beaucoup plus fréquente que l’Éducation publique, et qu’il en est résulté de très-funestes conséquences? Parmi nous, depuis cinquante années et plus, combien d’hommes, que leur naissance ou leur fortune destinaient aux plus grandes choses, sont devenus beaucoup trop étrangers au mouvement social de la France, et ont par lli déshérité leur pays et se sont déshérités eux-mêmes de la part légitime et nécessaire d’influence qu’ils devaient avoir dans les afl'aires publiques et dans le gouvernement de l’opinion !

Entre autres causes, ne pourrait-on pas imputer aussi un tel malheur au tort d’une Education qui les a trop séparés de leurs contemporains, qui les a isolés au milieu de leur pays, et qui a fait d’eux ce que Fénelon reprochait au duc de Bourgogne, des hommes trop particiuers?

Quand je jette mes regards sur la société européenne, un triste spectacle se présente à moi : c’est le soulèvement universel des classes inférieures contre les classes élevées et contre toutes les supériorités sociales, c’est-'a-dire, le renversement, prochain peut-être, de tout ordre, de tout respect, de toute autorité, de toute hiérarchie, et par conséquent de toute société.

Pour moi, je n’hésite pas h penser qu’une des causes

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