I.IV. I". DIEU
Ainsi, un enfant ne réussit pas dans ses études : sans doute 00 ne le laisse point languir dans sa classe : on le presse, on lui fait même sentir les tristes conséquences de sa paresse ; mais on ne lui apprend pas à attaquer énergiquement en lui-méme le principe d’apathie, qui est la première cause du vice.
.Ainsi encore, on réprime les caractères emportés, mais on ne va pas hardiment à la racine ; on n’attaque pas cet orgueil caché, dont les explosions révèlent cependant la violence; en un mot, on ne prend pas soin que chaque nature s’améliore et donne tous ses bons fruits, que les défauts de chaque enfant se corrigent, et que toutes les qualités de son esprit et de son cœur se développent heureusement.
Mais il y a d’autres maisons où, pour arriver à la correction des défauts et au développement des facultés, outre les moyens généraux et sages dont nous avons parlé, outre les réglements et les exercices communs, on s’occupe de chaque enfant en particulier, comme feraient un père et une mère à l’égard de leur fils, ou un bon précepteur à l’égard de son unique élève.
Dans ces maisons, on cherche à tirer parti de l’enfant même qui a le plus de défauts; on ne désespère jamais d’une nature, excepté quand elle est dangereuse aux autres: cet enfant, cette nature devient l’objet de l’Éducation la plus sérieuse, de la sollicitude et du travail de tous les maîtres : c’est le plus grand effort, et quelquefois aus.si, c’est le triomphe de l’Éducation paternelle et pastorale.
Pour moi, je pose en principe que l’Éducation, si elle veut être digne de ce grand nom, doit s’occuper non-seulement des fnu(es, mais des défauts , et aussi des qualités, r’est-à-dirc, des principes du bien et du mal dans les âmes ;
r.ll. VI. L'APOSTOLAT DIVIN DANS L’ÉDUCATION. 5!l
étouffer, extirper ou transformer individuellement en chaque enfant les principes du mal, cultiver et développer les principes du bien.
Et c’est ainsi seulement que se fait l’œuvre de Dieu, l’œuvre admirable de la grâce ; c’est par là seulement qu’un digne instituteur exerce l'apostolat, c’est-à-dire h paternité divine et la maternité dans l’Éducation.
Je le dirai franchement :
Ne s’occuper que des désordres, des scandales , c’esi rester au-dessous de ce que fait une marâtre ; c’est ne songer qu’à soi, à sa fortune, ou à un certain honneur de sa maison ; c’est ne pas aimer ses enfants ; c’est ne pas s’intéresser à eux; c’est ne pas vouloir les rendre meilleurs, les faire bons et heureux.
Ne s’occuper que des fautes sans s’occuper des défauts qui en sont la source , c’est être un père et une mère bien vulgaires; c’est faire une œuvre sans lumière : c’est une Education sans portée, sans pénétration et sans vigueur : ce n’est pas l’œuvre intérieure et divine de l’Éducation des âmes.
Et toutefois, il faut avouer que de religieux instituteurs s’en tiennent souvent là, et que leur zèle ne va guère plus loin.
Mais, me diront-ils peut-être, est-ce que l’inlluencc générale de piété et de vertu d’une maison chrétienne, est-ce que la répression assidue des désordres et des fautes, ne vont pas à procurer efficacement cette Éducation intime dont vous parlez, et cela, sans se donner des peines inutiles, sans s’exposer à des luttes et des résistances intérieures, très-redoutables au succès même de l’Éducation ? — Je réponds hardiment : Non, et je réponds ainsi avec tous les maîtres de la vie spirituelle cl morale.