‹ De l'educationChapitre 39 sur 188 · LIV. I«. DIEU · texte numérisé non relu

LIV. I«. DIEU

tatrer son cœur par la Piété, et en faire comme le $at%ctuaire de la Divinité (1).

Qu’od ne s’étonne pas si je cite ici les païens. Après avoir cité les apôtres et les prophètes, le témoignage des païens est encore utile, parce qu’il est pour tous irrécusable. Qui pourrait, en élevant la jeunesse catholique, contester la nécessité des vertus que des païens préconisaient eux-mémes?

Et je l’ajoute avec confusion et douleur : j’ai trouvé chez les modernes, dans les ouvrages même les plus célèbres sur l’Éducation , j’ai trouvé peu de chose qu’on puisse comparer à la gravité , à la sainteté du langage des philosophes païens : en particulier, Quintilien et Platon auraient eu horreur de Rousseau.

11 est bien remarquable que, quand les anciens ont voulu nommer les affections les plus vives, les plus profondes et les plus sacrées de la famille, l’amour et le respect des parents, le dévouement conjugal, le regret de ceux qui ne sont plus, ils n’ont pas trouvé de nom meilleur que celui de la Piété elle-même, et ils ont dit : La Piété filiale, la Piété conjugale, la Piété envers les morts ; Pietas û» par rentes, Pietas in matrem.

Qu’est-ce donc que la Piété? J’en dirais volontiers ce qu’un pieux et célèbre auteur disait autrefois d’une grande vertu chrétienne : Il vaut mieux la sentir et la pratiquer qu’en savoir la définition.

S’il faut toutefois la définir précisément , je dirai que la Piété est ce sentiment intérieur, cette vertu affectueuse de l’àme, qui fait remplir avec amour tous les devoirs de la religion envers Dieu.

(2) Deus eit comecrandu* cuiqufin tm peciore. (.Sem. apud Lad. Iiv. 6.)

CH. Vil. L.V PIÉTt.

C'est dans ce sens qu’on dit : Une grande Piété, une Piété sincère, solide, véritable,, une Piété pure, simple, vive, agissante, une Piété douce, aimable, éclairée, constante.

On peut redire de la Piété cette belle parole de Cicéron : Omnes omnium charilate$una amplexa est. Oui, tous les sentiments les plus fermes et les plus tendres, les plus nobles , et quelquefois les plus sublimes ; la foi vive , l’amour généreux, la conüance filiale, la crainte respectueuse de Dieu, la reconnaissance pour ses bienfaits, l’adoration , la prière , le bonheur de chanter ses louanges, le zèle pour étudier sa loi, pour écouter sa parole , pour visiter ses temples, pour orner ses autels et célébrer ses fêtes, la Piété est tout cela; et en retour, dans le doux et intime commerce qu’elle entretient avec Dieu, elle reçoit, selon l’expression des saintes Écritures, la rosée du soir et la rosée du matin , le souffle d’en haut et le rayon du soleil qui fait croître et fleurir dans le cœur les plus aimables et les plus énergiques vertus : c’est-à-dire, la force morale, l’énergie pour le bien, le courage invincible contre le mal, l’héroïsme de l’âme dans les dures épreuves de la vie.

Il suffit, assurément, d’avoir dit ce qu’est la Piété, pour en démontrer toute la nécessité dans l’œuvre de l’Éducation.

La Piété est nécessaire, non-seulement parce qu’elle est le premier des devoirs envers Dieu , ou plutôt parce qu’elle les renferme et les accomplit tous : la Piété est nécessaire, parce qu’elle est aussi et par là même la première des vertus, ou plutôt elle est l’inspiratrice et le soutien de toutes les vertus.

Dans la grande œuvre de l’Éducation, dont il s’agit ici.

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