I»ES EXEUCICES UE PIÉTÉ
Si j’ai comaiiicii ceux »lc nu!S l('cl('ur.‘; qui avaienl be soin (le l’être, ils inc demaiuleronl pcul-êlro : mais quels sont donc jes moyens de former les enfants à la piété? comment faut-il s’y prendre ? par où faut-il commencer ?
La réponse est bien simple : il faut suivre la recommandation de saint Paul ; Exerce (eipsum ad pietalem (1). Des exercices de piété bien choisis, bien proportionnés, bien faits, variés autant que possible, et toujours pratiques, voila les moyens à peu près infaillibles de donner de la piété aux enfants.
Ce qu’il faut surtout ici bien comprendre, c’est qu’en toute chose sérieuse, et surtout en fait de piété, les enfants n’aiment que les exercices courts; n’écoutent que ce qui les regarde personnellement (à moins que ce ne soit une histoire), et ne profitent bien que de ce qui les intéresse vivement.
En cela, ils ressemblent à tout le monde; mais iis offrent les types les plus caractérisés. La grande légèreté de leur esprit les pousse sans cesse à la distraction, et comme ils ne sont pas de graves philosophes, les longs discours, les dissertations sur de grands sujets dépourvus de but pratique pour eux, ne leur vont pas.
(I) Timol. IV, 7.
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Des exercices de piété trop longs, trop imillipliés, ou trop sérieux, les ennuieraient donc bien vite, et leur feraient prendre insensiblement à dégoût les cboscs pieuses.
Le juste milieu convenable est dans un choix d’exercices, et dans un arrangement tel, (pie les enfants n’en soient jamais fatigués ; pour cela, il faut rpie chaque exercice soit d’une utilité si évidente , qu’on ne puisse en retrancher aucun sans que la piété sou Ifre; enfin, qu’ils aient tous dans leur forme, dans leur briéreiê, dans leur rariélé, un tel intérêt qu’ils reposent les âmes en les fortifiant, les charment an besoin, et deviennent jusqu’à un certain jioint comme un agréable délassement du travail.
Quoi qu’il en soit, il faut poser en principe qmi tout exercice qui ennuie, est funeste; que tout exercice qui n’intéresse pas, est perdu ; que tout exercice qui peut être supprimé sans aucun incouvénienl, est au moins un temps soustrait aux études sans raison.
Je dois aussi faire observer que la manière est ici bien à considérer, et a presque autant d’importance que le fond des choses. Je l’ai rcmanpié très-souvent : c’est la façon médiocre, peu digne, quelquefois pitoyable, dont se fait un exercice de piété, qui le rend fastidieux, intolérable même.
1.CS enfants ont d’ailleurs leurs préjugés, leurs petits entêtements, leur indiHércncc, ou leur résistance sur certains points ; avant tout, ou doit les convaincre et les persuader, ou bien on n’avance pas ; les convaincre de ce qui est néce.ssaire, leur persuader ce qui est utile, leur faire aimer ce qui est bon : rien qui paraisse imposé sans raison ; rien qui sente la contrainte et la gêne.
C’est ici surtout que, selon la parole de Fénelon, ü faut suivre la (jràce el l'aider, sans violence ; ne rien négliger
i.iv. I”.
sans (loule, mais no rien forcer, ne rien précipiter non plus. D’abord, el d’au.ssi bonne beure que possible, bien instruire les enfants : leur raconter l’histoire de la Religion ; leur faire connaître Dieu, scs commandements, et former leur conscience; leur apprendre à discerner le bien du mal, ’a fuir, haïr le mal, à aimer, rechercher, pratiquer le bien; et, en môme temps, leur inspirer la crainte de Dieu, leur révéler ce qu’ils peuvent comprendre de sa grandeur souveraine, de sa justice éternelle. — Puis leur inspirer la confiance en Dieu ; l’amour de sa bonté infinie ; la reconnaissance de S(« bienfaits; l’adoration, le recueillement en sa présence, la prière.
Pour tout cela , il faut, comme je l’ai dit, des exercices de piété bien choisis, variés et soutenus; il faut ces fêtes, dont Platon nous parlait tout à l’heure, et dont naturellement notre catéchisme parle encore mieux que Platon.
Quand tout cela est bien établi, bien pratiqué dans une maison d’Éducation chrétienne, je ne connais guère sur la terre de plus touchant, de plus beau spectacle.
Je l’avais nagucres sous les yeux, avec une douceur et une consolation profonde, el je demande à mes lecteurs la permission de les y faire assister eux-mêmes, el de leur raconter ici simplement ce que j’ai vu si longtemps et ce que je vois encore pratiquer. Les détails, dans toutes les choses de l’Éducation apprennent plus que les généralités, el ont un charme particulier, auquel je sais que les pères de famille et les hommes du monde eux-mêmes ne sont pas insensibles.
A cinq heures du matin, la cloche sonne ; Sursùtn corda : c’est le cri du réveil. Les plus fervents le sentent et le répètent dans leur cœur et tous se lèvent en répondant : Dco (jratias ; et ils font bien ; car la vie est revenue
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;ivec le jour; ils vivent tous, et doivent en rendre grâces il Dieu.
X cinq heures un quart, la pricTe du matin et la petite lecture méditée de chaque jour. Le préfet de religion fait la prière vocale, à haute voix, très-distinctement, trèslentement, sans aucune roideur toutefois, et aussi religieusement que possible; olfrant ainsi un modèle aux enfants, qui, tous, répondent aux prières avec respect, et prononcent chaque parole , chaque syllabe , d’une voix non -seulement simple et naturelle, mais pieuse, recueillie, et sans la cantilène écolière.
Et qu’on ne croie pas que ces prières vocales bien faites soient une petite chose : d’abord, qu’y a-t-il de plus triste que de les mal faire, comme il arrive trop souvent ; avec une précipitation scandaleuse, ou avec une sécheresse ollicielle?
Quand la prière vocale est bien faite, quand elle n’est pus l’agitation machinale des lèvres pour former des sons grossiers, quand elle est sincère, quand elle parle religieusement â Dieu, alors elle recueille, elle saisit les âmes : elle les élève, les inspire et les transforme en (]iielque sorte : on sent que ces chers enfants s’unissent d’esprit et de cœur autant qu’ils le peuvent au prêtre pieux qui récite la prière en leur nom : on sent là, on entend dans les moindres accents, dans les moindres paroles, le cri des âmes : c’est une chose admirable ! Lorsque j’étais chargé de l’Éducation de la jeunesse, j’allais à cette prière vocale; j’aimais à y aller, parce que j’aimais à recueillir l’accent si pur de ces jeunes âmes. Et je m’y rends ({iielquefois encore, le matin, dès cinq heures, me plaçant au fond de la chapelle , sans être vu , et je ne sais rien <le plus beau, de plus grand, de jiliis doux à entendre.
Ah! lésâmes! les âmes! il n’y a vraimenl (jii’clles d’aimables sur la terre! Mais où sont-elles? où les voit-on? où peut-on les entendre encore, si ce n’est dans une maison d’Kducation chrétienne, dans une sainte chapelle, au milieu de pieux enfants? Ailleurs, les âtnes ne se rencontrent guère plus : du moins on ne les entend presque jamais; la piété, la prière fervente y niampient presque toujours.
Mais si la prière vocale, faite par des âmes pieuses, a ce charme, que sera-ce de la petite méditation qui vient ensuite?
Celui qui la fait , parle à Dieu en son nom ; il se suppose un enfant, et s’applicpie à lui-même les pensées du sujet qu’il médite, d’uue manière tout à la fois instructive et touchante.
Cette petite méditation doit être simple : comme le disait Fénelon , beaucoup du cœur, très-peu de l’esprit; il n’y Inut que des réflexions naturelles, sensibles et courtes, des sentiments naïfs avec Dieu. Sans exciter les enfants à beaucoup d’actes , dont ils n’auraient pas le goût, il suffit de leur faire faire des actes de foi, d’amour, de confiance en Dieu et de contrition : mais tout cela sans gêne et suivant que leur cœur les y porte.
Quand on connaît les enfants, leur nature volage, leurs défauts, leurs besoins réels, cette courte méditation, bien prévue, bien préparée, et faite ainsi de coMir , avec onction, produit quelquefois des émotions vives, et des fruits extraordinaires; mais il faut, encore une fois, que tout y soit expérience des enfants, pratique simple, sentiment vrai, et lumière de grâce.
C’est dans cette méditation qu’on peut leur inspirer pour Dieu des affections |)vofondes; puis des résolutions prati-
cil, VIII. DES EXEIICU.ES DE PIl'TE. 87
qucs et courageuses. C’est alors surtout qu’on leiirapgreiKl à rentrer en eux - mêmes , à examiner leur conscience , à s’accuser devant Dieu, b s’entretenir avec lui, comme un fils avec son père, et aussi à l’adorer en silence, à le remercier, h lui demander ses gn'iccs , à implorer sa miséricorde, etc., etc.
Il y a là quelquefois, pendant cette petite méditation, de grands, d’admirables, de solennels silences : on sent que Dieu est près de ces jeunes âmes.
Puis vient la sainte messe.
Sans doute, il n’est jias absolument nécessaire que, dans une maison d’Éducalion, les enfants entendent chaque jour la mes.se; mais cela se pratiipie dans la maison que j’ai sous les yeux, et où j’habite.
Kt quelle bonne journée , que celle (jui commence par une messe bien entendue!
D’ailleurs, ajoutons que ce n’est pas pour eux un exercice fatigant : les enfants y demeurent debout ou assis, et peu de tenqis à genoux. C’est encore moins un exercice fastidieux ; ils ont été solidement instruits de l’auguste mystère <]ui se célèbre sous leurs yeux; ils n'ignorent pas quelle est la grandeur du sacrifice chrétien; ils savent que c’est l’action la plus sainte que Dieu ait pu concevoir dans sa pensée, et exécuter par sa puissance; ils y voient la repré'sentation sensible, la continuation même du sacrifice de la croix.
Dans ces grandes et religieuses pensées, (jui sont pour eux simples et familières dans leur grandeur, les plus jeunes enfants même trouvent un très-vif intérêt. Tous ont un livre à la main, et suivent avec une pieuse attention les saintes cérémonies du sacrifice, et les belles prières- (|ui l’accompagnent.