C.H. VIII. UKS EXtKCI('.t:S ÜE PIÉTÉ SU
0 Roi des cieiu!
Vous nous rendez tous lieureuz.
En résidant pour nous dans ces lieux!. ..
Ou bien encore :
Dans ce profond mystère,
Où la foi sait te voir.. . .
Ou bien encore :
Que celte voûte retentisse Des voeux et des chants des mortels —
Pour moi, je n’oublierai jamais ce que j’ai vu el senti au petit séminaire de Paris, dans ces premières heures de la matinée, dans ces heures célestes : — Soit en hiver, lorsque la neige et les vents sifflant autour de nous, et battant les vitres de notre pauvre chapelle, tous ces chers enfants, recueillis là, dans ce petit sanctuaire, et comme réchauffés sous les ailes de Dieu, chantaient, avec une ardeur et une douceur inexprimable, les cantiques qui préparaient aux fêtes de Noël, ces vieux airs, si touchants et si naïfs :
Venez, divin Messie,
Venez, source de vie.
Venez, venez, venez....
Ou bien encore :
Amour, homieur, louange Au Dieu sauveur dans son berceau !. . .
— Soit en été, lorsque le soleil se levant en même temps que nous, et nous illuminant de ses rayons, nous chantions sa gloire, ou plutôt celle même de Dieu, avec Racine ou avec J. -B. Rousseau :
L'oiseau vigilant nous réveille.
Et ses chants redoublés semblent chasser la nuit.
Jésus SC fait entendre à Time ipii sommeille.
<10 I.IV. l»r. llIKl’.
Kl rii|i|ivlle ï la vif, où son jour nous comliiil.. ..
O Christ ! ô soliùl ilo juslioe!. . . .
AffiTinis l'ânio qui < hancclle ; l'ais (|iit‘, lovant au oiol nos innocoiilos mains,
Nous i hanlioiis ilignoinont et la qloirc iininorlollc,
Kl lus biens «lonl ta jjrâoc a ooinblo les humains.
C’esl ainsi que s'aclicvail , chaque malin , la sainte messe.
Tous les professcui's, cliacnn de leur côté, la célébraient en même temps, dans les diverses chapelles de la maison, et tous, maîtres et élèves, après une heure et demie d’étude, étaient prêts pour la classe a sept heures trois quarts, après avoir déjeuné, cela va sans dire, au réfectoire, chaudement en hiver, et dans le parc en été.
Une petite demi-heure de déjeuner et de récréation ayant suflisaniment réparé les forces de chacun, la cloche, celle grande régulatrice du temps, sonne de nouveau, et les voilà tous au travail, aux leçons, aux thèmes, aux vers latins, à l’explicalion, et en classe.
Puis, après deux heures de classe, tous vont en récréation. Je dis tous, mailres et élèves; car, après la classe, tous les maîtres aimaient à prendre la récréation commune; ils ne savaient pas de meilleur délassement pour ces deux heures de si grande l'aligne, que de jouer ensuite uu petit (juart d’heure avec ces chers enfants.
Là, soit pendant celte récréation, soit en quelqu’autrc, se passait chaque jour quelque chose de très-touchant : je veux parler de la visite au saint Sacrement.
Tout-à-coup, un enfant s’échappait du lieu de la récréation ; je dis s’échappait; car, pour sortir du lieu où la récréation se prend, il faut toujours la permission de celui qui préside; cela est lout-à-fait de rigueur : mais pour aller
CH. VIII. l)i:s EXERCICES DE PIETE. !)l
il la cliapcile, la permission n’est pas exigée; on craindrait que cette exigence ne gênât la liberté des enfanls avec Dieu, et les secrets mêmes de Dieu avec ces pieux enfants.
Bien donc que la permission soit tellement de rigueur qu’il faut la demander, même pour aller de la récréation chez un maître, et jusque chez M. le supérieur : si un enfant veut aller chez le grand-mailre , chez le véritable maître de la maison, disons mieux, chez le hon Dieu, chez son Père enfin, nulle permission ne lui est nécessaire.
Il s’échappait donc, ce cher enfant, comme il le voulait, du milieu de ses camarades et de ses jeux, et je le voyais de loin, entrer dans la chapelle, parfois tout simplement et tout droit, parfois se cachant un peu, et ne voulant pas être vu ; non par respect humain, mais pour ne pas trop montrer une piété dont il ne se croyait peut-être pas capable de soutenir toujours l’honneur : c’était nos étourdis surtout, nos plus aimables espiègles qui faisaient de la sorte. Ils craignaient qu’on ne les trouvât encore bien dissipés, pour des gens (|ui font leur visite au saint Sacrement.
Un jour, — je m’en souviens encore avec attendrissement, — je faisais moi-même ma visite au saint Sacrement, je fus distrait de ma prière un moment, et mon attention se trouva comme attirée vers un enfant qui était là, devant moi, dans la chapelle, et priait sans me voir. Il avait les regards fixés vers le tabernacle, et paraissait dans une attitude vraiment angélique. Je sortis de la chapelle avant lui, et quelques minutes après, je le retrouvais en récréation, et faisais à notre grand jeu une partie de. balle avec lui. Dans un moment où la balle nous laissait quelque liberté, je m’approchai de ce pieux enfant; et lui faisant de la main une petite croix sur le front, —
1,1 V. l«f. ItlKi:.
ni
ce qui élail niu grande tendresse pour eux, — je lui dis tout bas : // me semble que tout à l'heure, vous priiez le bon Dieu de tout votre cwur ô la chapelle. — Monsieur, me répondit-il en se rapprochant de moi, je priais pour mon père. — Son père avait été fort dangereusement malade, et n’était pas encore tnut-à-fait rétabli.
Quant à ces visites au saint Sacrement, et à quelques autres exercices de piété du même genre, j’ai ici une observation importante à faire.
On voit, d’après ce que je viens d’en dire, que cette visite est un exercice de piété tout-à-fait libre, que les enfants font ou ne font pas, à leur gré. Il en est de même du chapelet et de la visite à la chapelle de la sainte Vierge.
Ce que j’ai h faire remarquer sur ce point, c’est qu’a mon sens du moins, il est très-convenable que ces exercices de piété, ou quelques autres, demeurent parfaitement libres, et que la règle de la maison ou la volonté du supérieur n’y obligent pas les enfants.
Quelque parti qu’on adopte h cet égard, on ne com- [irendra jamais assez l’importance d’avoir, dans une maison d’Éducation chrétienne, certains exercices de piété, que les enfants puissent à leur gré faire ou ne pas faire. Autrement, dans une telle maison, au milieu des prévoyances d’une règle sage, qui a dû réduire la piété à un certain nombre d’actes publics faits par tout le monde, mais auxquels on peut, si on le veut, s’appliquer fort peu, il serait facile de suivre la masse, sans que le cœur y fût pour quelque chose ; on courrait le risque de n’avoir rien de bon qui ne fût d’habitude et de routine; ou du moins on n’aurait jamais rien qui fût tout-à-fait spontané, tout-à-fait généreux, toul-à-fait libre; pour quelques-uns même rien ne serait assez sincère ; tout serait plus ou
(.H VIII. DK.S liXt;Rr,ICE.S DE l’IÉTÉ. 9Ô
moins réglé, prescrit, mais par là même comme forcé et contraint.
Avant tout, ainsi que le veut saint François de Sales, il faut les accoutumer à être simple, libre, vrai, sincère avec Dieu. Il faut, dit Fénelon, les amener à aimer Dieu avec une simplicité d’enfant, avec une familiarité tendre, avec une confiance qui charme un si bon père. Il faut leur apprendre que la piété consiste dans une volonté pure et droite de s’abandonner à Dieu, et non dans des contentions et des subtilités d’esprit, ou dans une vivacité d’imagination dangereuse, ou dans des protestations étudiées avec effort.
C’est encore ainsi que tous les enfants disent ensemble, h la fin du jour, une ou deux petites dizaines de chapelet, mais on ne le leur fait pas dire tout entier; ils en seraient peut-être fatigués. On leur conseille seulement de dire le reste en leur particulier, soit avant de s’endormir, soit dans les passages, spécialement le matin, en descendant à la prière, et le soir en allant à la lecture spirituelle et au dortoir. Iæs plus pieux n’y manquent jamais, et c’est presque tous, à cause du plaisir qu’ils trouvent à le dire d’eux-mêmes et librement.
Le long du jour, dans tous lefe passages et mouvements, ils sont en rang, deux à deux, en silence et les bras croisés. Mais les vaillants écoliers n’entendent pas perdre ces moments de la journée, et ce silence ne leur suffit pas ; il leur faut le travail, et ils étudient en marchant. Le réglement permet les bras décroisés et les mains libres à ceux qui veulent marcher en compagnie de Bossuet, de Fénelon, d’Homère, de Cornélius-Népos ou de Tacite. C’est le plus grand nombre ; les autres méditent, pensent à quclipie chose ou ne pensent à rien : c’esi leur affaire, pourvu